Faits et effets — Bel air…
Humeur — Démocratisa… quoi ?
Pris sur le vif — Mauvais air
Faits et effets...
Bel air
C'est Week-End qui, dans sa rubrique "Ça va se savoir"
évoquait, le 8 juin dernier déjà, que c'est
un groupe dans le textile qui convoitait les terres sur lesquelles
Bel Air Sugar Estate avait conçu son projet d'Integrated
Resort Scheme, lequel est depuis deux ans entaché d'une
affaire de pot-de-vin alléguée de Rs 50 millions
qu'un intermédiaire aurait demandé pour le compte
du ministre du Logement afin que le dossier soit rapidement conclue.
A la faveur d'une question, mardi dernier, du député
Eric Guimbeau et d'une autre, similaire, de Mireille Martin, cinq
semaines après donc, c'est Asraf Dulull lui-même
qui est venu confirmer que le gouvernement avait décidé
d'allouer les 104 arpents de Pas Géométriques à
la Compagnie Mauricienne du Textile.
Cette affaire est choquante à plus d'un titre. Voilà
un dossier qui a été paralysé pendant deux
ans parce qu'il y a une enquête portant sur une accusation
d'une extrême gravité qui, soudain, connaît
un brusque développement. C'est plus qu'étrange.
D'autant que Shakeel Mohamed, député de Rivière
des Anguilles/Souillac avait, l'année dernière,
demandé au ministre du Logement où en était
le projet. La réponse était que l'enquête
sur le volet corruption du dossier n'étant pas terminée,
aucune décision ne pouvait être prise pour sa réalisation.
On ne sait pas qui écrit les réponses d'Asraf Dulull,
lesquelles lui ont déjà valu de sévères
remontrances de la part du Speaker, mais la phraséologie
ministérielle est tout un programme. Le ministre a, mardi,
retracé toute la genèse du projet de BASE, des 104
arpents loués à bail à cet établissement
de 69 à 99, de la soumission d'un projet IRS en 2001, de
sa relance en 2003, d'une nouvelle demande formulée en
octobre 2005 qui a été examinée en février
2006 et que c'est "owing to circumstances beyond control,
the application could not be processed until a second application
was received in April 2008
" celle de la CMT.
Quelles sont ces "circonstances beyond control" ? Il
ne dit rien là-dessus, mais on peut aisément deviner
que c'est cette affaire qui commence avec un petit mail que Paddy
Rowntree envoie à Kailash Ruhee, une de ses connaissances
qui est alors aussi Chief of Staff au bureau du Premier ministre,
Navin Ramgoolam, l'informant qu'il y avait un macadam dans le
dossier du projet IRS et qu'un pot-de-vin aurait été
demandé par un intermédiaire. Rien ne transpire
pendant un certain temps jusqu'à ce que l'affaire éclate
au grand jour quelques temps après et que des dépositions
en bonne et due forme ne soient consignées à l'ICAC
qui, plus de deux ans après, continue toujours son enquête.
Si, pendant deux ans, l'explication officielle était que
l'on ne pouvait dire à BASE d'aller de l'avant avec son
projet parce qu'il y une investigation, cette même justification
est subitement tombée à l'eau lorsque la CMT, qui
ne savait probablement pas que ces terres existaient s'il n'y
avait pas eu tout ce ramdam sur le pot-de-vin allégué,
est venu réclamer les mêmes terres. Après
plus de deux ans, le gouvernement n'a pu se prononcer sur la demande
de BASE mais en un bon petit mois, celle de la CMT est agréée.
La demande est formulée en avril 2008, elle est satisfaite
en
mai 2008. Plus expéditif que ça, tu meurs.
Le plus risible des explications embarrassées du ministre
Dulull mardi était que "in linewith our policy of
democratisation of the economy, we have favoured the CMT".
Nous ne savons pas pourquoi c'est le terme "favour"
qui a été choisi, si c'est un lapsus qui révèle
un vrai cas de favoritisme, mais dire que c'est démocratiser
l'économie que de favoriser un promoteur qui arrive avec
Rs 4,8 milliards dans son escarcelle plutôt que celui qui
depuis deux ans propose Rs 2,5 milliards est plutôt amusant.
Puisqu'il est question de démocratisation et de la diversification
des activités, du textile au tourisme, on ne voit pas en
quoi c'est démocratiser l'économie que de favoriser
un groupe qui est le plus profitable de la zone franche. A cet
égard, il faut demander au gouvernement pourquoi il a résilié
le bail que le gouvernement MSM/MMM avait accordé à
Sunil Hassamal dans le sud pour un projet hôtelier. Ce dernier
est lui aussi dans le textile et il a un bilan autrement plus
modeste que la CMT.C'est quoi cette démocratisation qui
profite aux plus riches ?
Ce dossier de Bel Air pue - pour ne pas dire autre chose -, l'immoralité
à mille lieux et aucun semblant d'explication ne pourra
dissiper les doutes qui l'entourent et les suspicions qu'il suscite.
La CMT veut s'engager dans l'hôtellerie. Aucun problème,
un autre terrain aurait pu lui être alloué. On ne
sait si elle a jeté son dévolu sur Bel Air parce
que c'est ce que réclament précisément les
habitants de La Tour Koenig, un peut de bel air à respirer
mais il y a aussi dans le dossier de la pollution dans ce quartier
de la périphérie de la capitale une incurie des
autorités qui laisse perplexe. Tout a une explication,
n'est-ce pas ?
On glose abondamment ces jours-ci, en marge de l'appel d'Ashock
Jugnauth, devant le Privy Council, sur nos pratiques électorales.
Et si on s'arrêtait aussi à nos murs tout court,
à l'abus de l'appareil d'État au quotidien, à
la MBC et dans les conseils de district. Où celui qui a
osé se faire élire en dépit des ordres du
maître se voit arrêter par l'ICAC - toujours présente
à l'appel - pour une enquête initiée
il y a deux ans. Coïncidence, avez-vous dit ? Il n'y a que
les imbéciles pour y croire
Humeur
Démocratisa
quoi ?
Nous vivons décidément une époque extraordinaire
où non seulement tout fout le camp à une vitesse
grand V mais en plus les mots ne veulent plus dire la même
chose. Ou plus précisément, ils ont la signification
que chacun veut bien lui donner, selon le contexte et les circonstances.
Tenez, prenons le terme baisse des prix. Selon le ministre
des Finances, c'est un terme qui est inséparable de ses
mesures budgétaires. Le problème est que ce terme
est plus facile à prononcer qu'à être illustré
par des exemple précis dans les magasins d'alimentation.
Là-bas, on vous dit qu'ils veulent bien baisser, mais que
c'est l'euro, le fret, le prix de l'électricité
qui les en empêchent. Résultat des courses - qui
connaissent paraît-il une baisse de fréquentation
des zougadeurs -, on cherche les diminutions de prix des marchandises
que l'on pourrait acheter avec des bougies rouge
Passons
à un autre mot qui a un sens quand on est au gouvernement
et qui signifie le contraire quand on n'est pas dans le camp du
pouvoir. Ce mot aux deux sens diamétralement opposés
est démocratisation. C'est au nom de ce mot que
fut crée un comité chargé de chercher des
moyens pour permettre au gouvernement de démocratiser l'économie.
Le grand coup de ce comité fut de bloquer le processus
du MAAS que le gouvernement avait pourtant signé pour exiger
plus d'arpents de terre pour les besoins de la démocratisation
de l'économie. Le ministre du Commerce fut, par ailleurs,
l'un des grands illustrateurs du concept. Il batailla ferme pour
démocratiser l'économie, commença par le
lait, continua, par le fer de construction, se lança dans
le gros-poids avant de se faire copieusement rouler dans la farine.
Est-il besoin de rappeler que ses tentatives de démocratiser
l'économie valurent aux Mauriciens pénuries et hausse
de prix. Ces échecs patentés, qu'il prend pour de
grands succès personnels, ne l'ont pas découragé.
Il paraît qu'il s'attaque maintenant à la productivité
dans le secteur de l'éducation en faisant des caretakers
jouer aux maçons.
Mais il n'y a pas que le ministre du Commerce qui s'attaque à
la démocratisation de l'économie, celui des Terres
vient d'entrer dans la danse avec le deuxième épisode
de l'affaire de Bel Air. Le premier avait eu lieu en 2006 quand
on avait découvert qu'un projet comprenant un IRS et un
hôtel sur les pas géométriques et des terrains
privés à Bel Air Rivières des Anguilles avait
été traité de manière bizarre pour
dire le moins. Après que le ministre des Terres a organisé
une site visit à l'aube, le projet avait été
gelé. Puis, des accusations de demandes de pots de vins
furent lancées, ce qui conduisit l'ICAC à ouvrir
une enquête. On pensait que tous les projets concernant
cette région étaient gelés en attendant
les conclusions de l'enquête de l'ICAC - que l'on ne voit
toujours pas venir, comme dans la fameuse fable. On se trompait
lourdement. On a appris cette semaine, suite à une question
parlementaire, que les terres en question ont été
louées à bail à l'industriel François
Woo de la CMT qui semble vouloir diversifier ses activités
en se lançant dans l'hôtellerie. Pour quelle raison
croyez-vous que le gouvernement mauricien a loué à
François Woo les terres que Bel Air avait demandées
depuis 2005 ? La démocratisation de l'économie,
voyons. Le ministre des Terres a expliqué que "la
CMT a fait une demande que nous avons considéré
positivement en nous basant sur ses critères méritants".
Question à Rs 50 millions : quels sont donc ces "
critères méritants " qui ont poussé
le ministère des Terres à accorder à la CMT
ce qu'il a refusé à Bel Air SE ? Laissons au ministre
le soin de répondre. Le ministre a expliqué sa conception
de la démocratisation en ces termes : "L'investissement
proposé par Bel Air SE était de Rs 2,5 milliards
tandis que celui de la CMT est de Rs 4,8 milliards."
Est-ce, comme le suggèrent les mauvaises langues, que le
doublement du coût du projet influe également, au
même taux, sur les commissions ?
D'après le Larousse le terme démocratisation signifie
"action de démocratiser" ce dernier mot
voulant dire "mettre à la portée de tout
le monde, rendre accessible". Je vous le disais : tous
les champions de la démocratisation n'ont pas la même
définition du mot. Pour le ministre des Terres, il semble
vouloir signifier : donner à celui qui offre le plus. En
bon créole on dirait mette fort gagne fort. Ne me
demandez pas qui gagne quoi. C'est comme pour le terme démocratisation
: chacun a sa définition tout à fait personnelle.
Pris sur le vif
Mauvais air
-Quelles sont les bonnes nouvelles ?
- Bonnes nouvelles. C'est une affaire qu'il n'y a plus à
Maurice. Je crois qu'il y a un mauvais air sur le pays. Rien ne
va : tu as la fraîcheur ki pé donne bal, les prix
népli prend l'ascenseur mais carrément l'avion maintenant
et ma mère qui stresse, voila les news
- Oui, toi, tu as vu cette fraîcheur-là. Cette mauvaise
brise-là rentre partout, ça perce tout, même
les molletons capitonnés. Si ça continue comme ça
on va finir par avoir la neige à Maurice, je te dis.
- Et les prix des commissions, tu as vu ça. Tous les jours
il y a une hausse : quand c'est pas de l'huile, c'est l'essence,
quand c'est pas le riz, c'est le sucre. Manière ki pé
allé la son va faire comme nos parents pendant la guerre
: pou bizin mange manioc ek patates.
- Si tu en trouves. Tu sais combien on vend arouilles, patates,
manioc tout ça ? Hors de prix, je te dis
- Tu devrais aller dire ça à ton cher ministre des
Finances quand tu le vois
-
tu vas recommencer avec tes histoires-là. A chaque
fois que tu me vois tu parles du ministre. Je commence à
être plein, bonne femme. Je ne suis pas son porte-parole,
moi
-
ah, bon
pas toi-même ki avait dit qu'il avait
fait un mari budget, la dernière fois ? Tu as des problèmes
de mémoire, tu devrais boire un peu de fortifiant. Quand
tu iras acheter, tu vas découvrir à quel point le
prix des médicaments a augmenté
-
c'est pas de la faute du ministre si l'euro a augmenté
-
je ne te dis pas que c'est sa faute, je te dis seulement
qu'il a dit que la croissance était revenue et que nous
allions avoir une " early harvest ". Ce que je demande,
c'est simplement de me montrer où il a ce early harvest-là,
sa même tout.
- Ecoute, je t'ai déjà dit si c'est pour parler
de la même chose à chaque fois c'est pas la peine
de se parler. Changeons de conversation
- D'accord, mais rend-moi un service : la prochaine fois que tu
trouveras que ton ministre est génial ranne moi ene service
alle dire ça avec ene l'autre dumone, ok ?
- Sans problèmes. On va pas laisser la politique mettre
fin à une amitié qui date depuis l'école
primaire, non. Alors ta maman, qu'est-ce qui lui arrive encore
?
- Tu vas pas me croire, toi : on dirait qu'elle est redevenue
un enfant.
- C'est aussi grave que ça !? Qu'est-ce qui s'est passé
? Elle a eu un choc qui la fait revenir en enfance. Pas chic,
toi. Tu auras m'avoir donné un coup de fil, toi. Qu'est-ce
que le médecin a dit ?
- Aio. Tu es toujours pareille toi, hein. Il n'y a pas deux comme
toi pour dramatiser les choses. Je n'ai pas dit que maman est
malade, moi fine dire toi qu'elle est stressée. C'est pas
la même chose.
- Mais sorry, toi. C'est toi qui ne sais pas expliquer. Tu me
dis que dis que ta maman est redevenue un enfant, moi j'ai pensé
quelle avait perdu sa tête suite à un choc. C'est
pourquoi je t'ai dit ça. Ce serait plus simple si tu m'expliquais
ce qu'elle a. Comme ça je ne risque pas de me tromper.
- Elle a un stress terrible, je te dis. Elle apprend par cur
dans son cahier. Tu l'entends réciter des chiffres dans
la salle de bains. Elle te dit de baisser la télévision
parce que ça la déconcentre. Elle demande qu'on
parle bas pour ne pas la déranger dans ses révisions.
Elle appelle ses copines pour vérifier si elle a bien compris
un numéro ou un total ou si ses notes sont bonnes. C'est
terrible, je te dis.
- Si je ne savais que c'était ta mère j'aurais dit
que tu étais en train de parler d'une élève
du CPE à la veille des examens. C'est pareil je te dis
: il ne manque que la prière.
- Ca ne manque pas
-
elle fait la prière aussi !!!
- Mieux que ça : entre deux révisions, elle cause
longtemps avec Dieu devant une croix. Et à la fin tu sais
ce qu'elle fait?
- Aucune idée.
- Elle pose deux aspirines devant la croix.
- Deux aspirines devant la croix !!! Mais pourquoi ?
- Elle dit qu'elle a fatigué la tête du Bon Dieu
avec ses demandes, alors elle lui donne deux aspirines pour faire
passer son mal de tête.
- Je crois que c'est ta maman qui a besoin de boire aspirine.
Mais il y a une chose que je ne comprend pas : pourquoi ta maman
qui est maîtresse d'école se comporte comme un enfant
de la CPE.
- Parce qu'elle doit présenter ses livres de compte et
ses notes à son chef.
- A cause de ça même elle panique comme ça
?
- Oui, toi.
- Pour une fois je suis d'accord avec toi.
- Sur quoi ?
- Avec un early harvest qui fait monter tous les prix et une maîtresse
d'école qui se comporte comme une élève de
CPE, il y a définitivement ene mauvais air lor pays !
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 20 juillet 2008
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