o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 20 juillet 2008



  Faits et effets — Bel air…
  Humeur — Démocratisa… quoi ?
  Pris sur le vif — Mauvais air


Faits et effets...

Bel air…
Josie Lebrasse


C'est Week-End qui, dans sa rubrique "Ça va se savoir" évoquait, le 8 juin dernier déjà, que c'est un groupe dans le textile qui convoitait les terres sur lesquelles Bel Air Sugar Estate avait conçu son projet d'Integrated Resort Scheme, lequel est depuis deux ans entaché d'une affaire de pot-de-vin alléguée de Rs 50 millions qu'un intermédiaire aurait demandé pour le compte du ministre du Logement afin que le dossier soit rapidement conclue. A la faveur d'une question, mardi dernier, du député Eric Guimbeau et d'une autre, similaire, de Mireille Martin, cinq semaines après donc, c'est Asraf Dulull lui-même qui est venu confirmer que le gouvernement avait décidé d'allouer les 104 arpents de Pas Géométriques à la Compagnie Mauricienne du Textile.

Cette affaire est choquante à plus d'un titre. Voilà un dossier qui a été paralysé pendant deux ans parce qu'il y a une enquête portant sur une accusation d'une extrême gravité qui, soudain, connaît un brusque développement. C'est plus qu'étrange. D'autant que Shakeel Mohamed, député de Rivière des Anguilles/Souillac avait, l'année dernière, demandé au ministre du Logement où en était le projet. La réponse était que l'enquête sur le volet corruption du dossier n'étant pas terminée, aucune décision ne pouvait être prise pour sa réalisation.

On ne sait pas qui écrit les réponses d'Asraf Dulull, lesquelles lui ont déjà valu de sévères remontrances de la part du Speaker, mais la phraséologie ministérielle est tout un programme. Le ministre a, mardi, retracé toute la genèse du projet de BASE, des 104 arpents loués à bail à cet établissement de 69 à 99, de la soumission d'un projet IRS en 2001, de sa relance en 2003, d'une nouvelle demande formulée en octobre 2005 qui a été examinée en février 2006 et que c'est "owing to circumstances beyond control, the application could not be processed until a second application was received in April 2008…" celle de la CMT.

Quelles sont ces "circonstances beyond control" ? Il ne dit rien là-dessus, mais on peut aisément deviner que c'est cette affaire qui commence avec un petit mail que Paddy Rowntree envoie à Kailash Ruhee, une de ses connaissances qui est alors aussi Chief of Staff au bureau du Premier ministre, Navin Ramgoolam, l'informant qu'il y avait un macadam dans le dossier du projet IRS et qu'un pot-de-vin aurait été demandé par un intermédiaire. Rien ne transpire pendant un certain temps jusqu'à ce que l'affaire éclate au grand jour quelques temps après et que des dépositions en bonne et due forme ne soient consignées à l'ICAC qui, plus de deux ans après, continue toujours son enquête.

Si, pendant deux ans, l'explication officielle était que l'on ne pouvait dire à BASE d'aller de l'avant avec son projet parce qu'il y une investigation, cette même justification est subitement tombée à l'eau lorsque la CMT, qui ne savait probablement pas que ces terres existaient s'il n'y avait pas eu tout ce ramdam sur le pot-de-vin allégué, est venu réclamer les mêmes terres. Après plus de deux ans, le gouvernement n'a pu se prononcer sur la demande de BASE mais en un bon petit mois, celle de la CMT est agréée. La demande est formulée en avril 2008, elle est satisfaite en… mai 2008. Plus expéditif que ça, tu meurs.

Le plus risible des explications embarrassées du ministre Dulull mardi était que "in linewith our policy of democratisation of the economy, we have favoured the CMT". Nous ne savons pas pourquoi c'est le terme "favour" qui a été choisi, si c'est un lapsus qui révèle un vrai cas de favoritisme, mais dire que c'est démocratiser l'économie que de favoriser un promoteur qui arrive avec Rs 4,8 milliards dans son escarcelle plutôt que celui qui depuis deux ans propose Rs 2,5 milliards est plutôt amusant. Puisqu'il est question de démocratisation et de la diversification des activités, du textile au tourisme, on ne voit pas en quoi c'est démocratiser l'économie que de favoriser un groupe qui est le plus profitable de la zone franche. A cet égard, il faut demander au gouvernement pourquoi il a résilié le bail que le gouvernement MSM/MMM avait accordé à Sunil Hassamal dans le sud pour un projet hôtelier. Ce dernier est lui aussi dans le textile et il a un bilan autrement plus modeste que la CMT.C'est quoi cette démocratisation qui profite aux plus riches ?

Ce dossier de Bel Air pue - pour ne pas dire autre chose -, l'immoralité à mille lieux et aucun semblant d'explication ne pourra dissiper les doutes qui l'entourent et les suspicions qu'il suscite. La CMT veut s'engager dans l'hôtellerie. Aucun problème, un autre terrain aurait pu lui être alloué. On ne sait si elle a jeté son dévolu sur Bel Air parce que c'est ce que réclament précisément les habitants de La Tour Koenig, un peut de bel air à respirer mais il y a aussi dans le dossier de la pollution dans ce quartier de la périphérie de la capitale une incurie des autorités qui laisse perplexe. Tout a une explication, n'est-ce pas ?

On glose abondamment ces jours-ci, en marge de l'appel d'Ashock Jugnauth, devant le Privy Council, sur nos pratiques électorales. Et si on s'arrêtait aussi à nos mœurs tout court, à l'abus de l'appareil d'État au quotidien, à la MBC et dans les conseils de district. Où celui qui a osé se faire élire en dépit des ordres du maître se voit arrêter par l'ICAC - toujours présente à l'appel - pour une enquête initiée… il y a deux ans. Coïncidence, avez-vous dit ? Il n'y a que les imbéciles pour y croire…




Humeur

Démocratisa… quoi ?
Jean-Claude Antoine


Nous vivons décidément une époque extraordinaire où non seulement tout fout le camp à une vitesse grand V mais en plus les mots ne veulent plus dire la même chose. Ou plus précisément, ils ont la signification que chacun veut bien lui donner, selon le contexte et les circonstances. Tenez, prenons le terme baisse des prix. Selon le ministre des Finances, c'est un terme qui est inséparable de ses mesures budgétaires. Le problème est que ce terme est plus facile à prononcer qu'à être illustré par des exemple précis dans les magasins d'alimentation. Là-bas, on vous dit qu'ils veulent bien baisser, mais que c'est l'euro, le fret, le prix de l'électricité qui les en empêchent. Résultat des courses - qui connaissent paraît-il une baisse de fréquentation des zougadeurs -, on cherche les diminutions de prix des marchandises que l'on pourrait acheter avec des bougies rouge… Passons à un autre mot qui a un sens quand on est au gouvernement et qui signifie le contraire quand on n'est pas dans le camp du pouvoir. Ce mot aux deux sens diamétralement opposés est démocratisation. C'est au nom de ce mot que fut crée un comité chargé de chercher des moyens pour permettre au gouvernement de démocratiser l'économie. Le grand coup de ce comité fut de bloquer le processus du MAAS que le gouvernement avait pourtant signé pour exiger plus d'arpents de terre pour les besoins de la démocratisation de l'économie. Le ministre du Commerce fut, par ailleurs, l'un des grands illustrateurs du concept. Il batailla ferme pour démocratiser l'économie, commença par le lait, continua, par le fer de construction, se lança dans le gros-poids avant de se faire copieusement rouler dans la farine. Est-il besoin de rappeler que ses tentatives de démocratiser l'économie valurent aux Mauriciens pénuries et hausse de prix. Ces échecs patentés, qu'il prend pour de grands succès personnels, ne l'ont pas découragé. Il paraît qu'il s'attaque maintenant à la productivité dans le secteur de l'éducation en faisant des caretakers jouer aux maçons.

Mais il n'y a pas que le ministre du Commerce qui s'attaque à la démocratisation de l'économie, celui des Terres vient d'entrer dans la danse avec le deuxième épisode de l'affaire de Bel Air. Le premier avait eu lieu en 2006 quand on avait découvert qu'un projet comprenant un IRS et un hôtel sur les pas géométriques et des terrains privés à Bel Air Rivières des Anguilles avait été traité de manière bizarre pour dire le moins. Après que le ministre des Terres a organisé une site visit à l'aube, le projet avait été gelé. Puis, des accusations de demandes de pots de vins furent lancées, ce qui conduisit l'ICAC à ouvrir une enquête. On pensait que tous les projets concernant cette région étaient gelés en attendant les conclusions de l'enquête de l'ICAC - que l'on ne voit toujours pas venir, comme dans la fameuse fable. On se trompait lourdement. On a appris cette semaine, suite à une question parlementaire, que les terres en question ont été louées à bail à l'industriel François Woo de la CMT qui semble vouloir diversifier ses activités en se lançant dans l'hôtellerie. Pour quelle raison croyez-vous que le gouvernement mauricien a loué à François Woo les terres que Bel Air avait demandées depuis 2005 ? La démocratisation de l'économie, voyons. Le ministre des Terres a expliqué que "la CMT a fait une demande que nous avons considéré positivement en nous basant sur ses critères méritants". Question à Rs 50 millions : quels sont donc ces " critères méritants " qui ont poussé le ministère des Terres à accorder à la CMT ce qu'il a refusé à Bel Air SE ? Laissons au ministre le soin de répondre. Le ministre a expliqué sa conception de la démocratisation en ces termes : "L'investissement proposé par Bel Air SE était de Rs 2,5 milliards tandis que celui de la CMT est de Rs 4,8 milliards." Est-ce, comme le suggèrent les mauvaises langues, que le doublement du coût du projet influe également, au même taux, sur les commissions ?

D'après le Larousse le terme démocratisation signifie "action de démocratiser" ce dernier mot voulant dire "mettre à la portée de tout le monde, rendre accessible". Je vous le disais : tous les champions de la démocratisation n'ont pas la même définition du mot. Pour le ministre des Terres, il semble vouloir signifier : donner à celui qui offre le plus. En bon créole on dirait mette fort gagne fort. Ne me demandez pas qui gagne quoi. C'est comme pour le terme démocratisation : chacun a sa définition tout à fait personnelle.




Pris sur le vif

Mauvais air
Jean-Claude Antoine


-Quelles sont les bonnes nouvelles ?

- Bonnes nouvelles. C'est une affaire qu'il n'y a plus à Maurice. Je crois qu'il y a un mauvais air sur le pays. Rien ne va : tu as la fraîcheur ki pé donne bal, les prix népli prend l'ascenseur mais carrément l'avion maintenant et ma mère qui stresse, voila les news…

- Oui, toi, tu as vu cette fraîcheur-là. Cette mauvaise brise-là rentre partout, ça perce tout, même les molletons capitonnés. Si ça continue comme ça on va finir par avoir la neige à Maurice, je te dis.

- Et les prix des commissions, tu as vu ça. Tous les jours il y a une hausse : quand c'est pas de l'huile, c'est l'essence, quand c'est pas le riz, c'est le sucre. Manière ki pé allé la son va faire comme nos parents pendant la guerre : pou bizin mange manioc ek patates.

- Si tu en trouves. Tu sais combien on vend arouilles, patates, manioc tout ça ? Hors de prix, je te dis

- Tu devrais aller dire ça à ton cher ministre des Finances quand tu le vois…

- … tu vas recommencer avec tes histoires-là. A chaque fois que tu me vois tu parles du ministre. Je commence à être plein, bonne femme. Je ne suis pas son porte-parole, moi…

- … ah, bon… pas toi-même ki avait dit qu'il avait fait un mari budget, la dernière fois ? Tu as des problèmes de mémoire, tu devrais boire un peu de fortifiant. Quand tu iras acheter, tu vas découvrir à quel point le prix des médicaments a augmenté…

- … c'est pas de la faute du ministre si l'euro a augmenté…

- … je ne te dis pas que c'est sa faute, je te dis seulement qu'il a dit que la croissance était revenue et que nous allions avoir une " early harvest ". Ce que je demande, c'est simplement de me montrer où il a ce early harvest-là, sa même tout.

- Ecoute, je t'ai déjà dit si c'est pour parler de la même chose à chaque fois c'est pas la peine de se parler. Changeons de conversation…

- D'accord, mais rend-moi un service : la prochaine fois que tu trouveras que ton ministre est génial ranne moi ene service alle dire ça avec ene l'autre dumone, ok ?

- Sans problèmes. On va pas laisser la politique mettre fin à une amitié qui date depuis l'école primaire, non. Alors ta maman, qu'est-ce qui lui arrive encore ?

- Tu vas pas me croire, toi : on dirait qu'elle est redevenue un enfant.

- C'est aussi grave que ça !? Qu'est-ce qui s'est passé ? Elle a eu un choc qui la fait revenir en enfance. Pas chic, toi. Tu auras m'avoir donné un coup de fil, toi. Qu'est-ce que le médecin a dit ?

- Aio. Tu es toujours pareille toi, hein. Il n'y a pas deux comme toi pour dramatiser les choses. Je n'ai pas dit que maman est malade, moi fine dire toi qu'elle est stressée. C'est pas la même chose.

- Mais sorry, toi. C'est toi qui ne sais pas expliquer. Tu me dis que dis que ta maman est redevenue un enfant, moi j'ai pensé quelle avait perdu sa tête suite à un choc. C'est pourquoi je t'ai dit ça. Ce serait plus simple si tu m'expliquais ce qu'elle a. Comme ça je ne risque pas de me tromper.

- Elle a un stress terrible, je te dis. Elle apprend par cœur dans son cahier. Tu l'entends réciter des chiffres dans la salle de bains. Elle te dit de baisser la télévision parce que ça la déconcentre. Elle demande qu'on parle bas pour ne pas la déranger dans ses révisions. Elle appelle ses copines pour vérifier si elle a bien compris un numéro ou un total ou si ses notes sont bonnes. C'est terrible, je te dis.

- Si je ne savais que c'était ta mère j'aurais dit que tu étais en train de parler d'une élève du CPE à la veille des examens. C'est pareil je te dis : il ne manque que la prière.

- Ca ne manque pas…

- … elle fait la prière aussi !!!

- Mieux que ça : entre deux révisions, elle cause longtemps avec Dieu devant une croix. Et à la fin tu sais ce qu'elle fait?

- Aucune idée.

- Elle pose deux aspirines devant la croix.

- Deux aspirines devant la croix !!! Mais pourquoi ?

- Elle dit qu'elle a fatigué la tête du Bon Dieu avec ses demandes, alors elle lui donne deux aspirines pour faire passer son mal de tête.

- Je crois que c'est ta maman qui a besoin de boire aspirine. Mais il y a une chose que je ne comprend pas : pourquoi ta maman qui est maîtresse d'école se comporte comme un enfant de la CPE.

- Parce qu'elle doit présenter ses livres de compte et ses notes à son chef.

- A cause de ça même elle panique comme ça ?

- Oui, toi.

- Pour une fois je suis d'accord avec toi.

- Sur quoi ?

- Avec un early harvest qui fait monter tous les prix et une maîtresse d'école qui se comporte comme une élève de CPE, il y a définitivement ene mauvais air lor pays !





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 20 juillet 2008