Le brassage indianocéanique !
Dans ce monde multipolaire où l'on évoque, à
tout bout de champ, son corollaire, la mondialisation, paradoxalement,
il devient de plus en plus vital pour les états confettis
comme les nôtres, dans cet ensemble indianocéaniste,
de se construire sans cesse.
L'Europe des huit est passée à quinze, puis à
vingt-sept, en attendant que d'autres États la rejoigne.
Les États-Unis et le Canada du nord américain ont
construit un véritable pont géopolitique, voire
économique et culturel qui se tend, depuis des années
déjà vers le sud avec le Mexique comme tête
de pont. Les États d'Asie ont, tant bien que mal, crée
un vrai bloc qui s'inscrit dans le cadre d'une coopération
sud-sud. L'Afrique, à travers l'Union Africaine, n'offre
qu'une unité géographique qui vient aussitôt
contredire, à travers ses multiples conflits frontaliers,
une autre évidence, à savoir que depuis la fin des
colonisations, l'unité ne s'est jamais vraiment construite.
Nos pays riverains ont cherché depuis une bonne vingtaine
d'années de créer autour de notre Mare Nostrum,
chère aux Romains, d'abord un espace de mémoire
avant d'en faire un espace de projet. C'est dans cet esprit-là
que les pays membres fondateurs de la Commission de l'Océan
Indien avaient cherché à créer une aire d'affinités
mutuelles, non sans cette audace à devoir brasser des éléments
hétérogènes, comportant des stades de développement
propres à chaque île qu'englobe le pourtour indianocéanique.
Certes, un certain nombre de structures ont été
mises en place, où l'intelligence des situations et l'efficacité
de l'action ont pu permettre la concrétisation d'un certain
nombre de projets en chantier. On ne peut nier, non plus, la mise
en place d'un certain nombre de réseaux d'échanges
technologiques, économiques et culturels que les vingt
dernières années ont tissé de part et d'autre
de notre océan commun. En ont profité, certainement,
quelques acteurs économiques engagés dans les domaines
tels que le tourisme, la pêche, la culture, le sport.
Mais, malgré les apparences, on sent qu'il existe un déficit
au niveau du brassage entre nos peuples. On aurait souhaité
voir s'établir une véritable espace où s'entrechoquent
nos masses. On aime à rêver qu'il y ait plus de circulation
des hommes et des femmes sur nos îles. Nos dirigeants en
sont-ils conscients de cet état de déficit ? On
en douterait, à voir l'indifférence avec laquelle
nos pays abordent ces questions vitales. Nous ne voyons pas s'établir
dans le concret de véritables ponts pour mieux aller vers
l'autre, vers la découverte de l'autre. Nous aimerions
voir qu'une initiative soit prise pour une véritable construction
solidaire des échanges humains afin que nous puissions
prendre conscience de nos affinités mutuelles.
L'océan Indien, lieu privilégié de nos métissages,
demeure un espace à découvrir. Notre Mare Nostrum
aurait dû être la mère de nos échanges.
Nous devons commencer à brasser jusqu'à nos côtes.
Un socle culturel est à redécouvrir, condition indispensable
pour l'accélération de nos rapports. La responsabilité
des intellectuels, dans ce défi, est fondamentale.
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é d i t o r i a l
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WEEK-END --- dimanche 20 juillet 2008
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