é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 20 juillet 2008

Le brassage indianocéanique !
Gérard Cateaux


Dans ce monde multipolaire où l'on évoque, à tout bout de champ, son corollaire, la mondialisation, paradoxalement, il devient de plus en plus vital pour les états confettis comme les nôtres, dans cet ensemble indianocéaniste, de se construire sans cesse.

L'Europe des huit est passée à quinze, puis à vingt-sept, en attendant que d'autres États la rejoigne. Les États-Unis et le Canada du nord américain ont construit un véritable pont géopolitique, voire économique et culturel qui se tend, depuis des années déjà vers le sud avec le Mexique comme tête de pont. Les États d'Asie ont, tant bien que mal, crée un vrai bloc qui s'inscrit dans le cadre d'une coopération sud-sud. L'Afrique, à travers l'Union Africaine, n'offre qu'une unité géographique qui vient aussitôt contredire, à travers ses multiples conflits frontaliers, une autre évidence, à savoir que depuis la fin des colonisations, l'unité ne s'est jamais vraiment construite.

Nos pays riverains ont cherché depuis une bonne vingtaine d'années de créer autour de notre Mare Nostrum, chère aux Romains, d'abord un espace de mémoire avant d'en faire un espace de projet. C'est dans cet esprit-là que les pays membres fondateurs de la Commission de l'Océan Indien avaient cherché à créer une aire d'affinités mutuelles, non sans cette audace à devoir brasser des éléments hétérogènes, comportant des stades de développement propres à chaque île qu'englobe le pourtour indianocéanique.

Certes, un certain nombre de structures ont été mises en place, où l'intelligence des situations et l'efficacité de l'action ont pu permettre la concrétisation d'un certain nombre de projets en chantier. On ne peut nier, non plus, la mise en place d'un certain nombre de réseaux d'échanges technologiques, économiques et culturels que les vingt dernières années ont tissé de part et d'autre de notre océan commun. En ont profité, certainement, quelques acteurs économiques engagés dans les domaines tels que le tourisme, la pêche, la culture, le sport.

Mais, malgré les apparences, on sent qu'il existe un déficit au niveau du brassage entre nos peuples. On aurait souhaité voir s'établir une véritable espace où s'entrechoquent nos masses. On aime à rêver qu'il y ait plus de circulation des hommes et des femmes sur nos îles. Nos dirigeants en sont-ils conscients de cet état de déficit ? On en douterait, à voir l'indifférence avec laquelle nos pays abordent ces questions vitales. Nous ne voyons pas s'établir dans le concret de véritables ponts pour mieux aller vers l'autre, vers la découverte de l'autre. Nous aimerions voir qu'une initiative soit prise pour une véritable construction solidaire des échanges humains afin que nous puissions prendre conscience de nos affinités mutuelles.

L'océan Indien, lieu privilégié de nos métissages, demeure un espace à découvrir. Notre Mare Nostrum aurait dû être la mère de nos échanges. Nous devons commencer à brasser jusqu'à nos côtes. Un socle culturel est à redécouvrir, condition indispensable pour l'accélération de nos rapports. La responsabilité des intellectuels, dans ce défi, est fondamentale.



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 20 juillet 2008