a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 20 juillet 2008



  Dans la nuit d'hier — 10 personnes égarées aux Sept Cascades
  Pollution Industrielle à La Tour Koenig — Les habitants insistent : "La CMT pollue quotidiennement notre environnement"
  Le ministère de l'Environnement offre un dernier ultimatum à la CMT
  François Woo : "Il faut situer les responsabilités"
  Après l'allocation des terres à CMT — Bel Air Sugar Estate envisage une action en Cour
  Diversification — La CMT veut figurer, dans cinq ans, parmi les groupes hôteliers
  Privy Council — N°8 : sérénité et confiance mesurées affichées


Dans la nuit d'hier

10 personnes égarées aux Sept Cascades

Une délicate Search and Rescue Operation était en cours dans la nuit d'hier à ce matin dans la région des Sept Cascades, Henrietta. En effet, depuis 16 h30, hier, l'alerte avait été donnée à l'effet qu'une dizaine de personnes, parties en excursion dans cette région de l'île depuis tôt le matin, s'étaient égarées en route et n'étaient plus en mesure de retrouver leur chemin dans cette réserve naturelle.

Pas moins de deux équipes du Groupement d'Intervention de la Police Mauricienne (GIPM) et de la Special Mobile Force (SMF), aidés de trois secouristes volontaires de Vertical World, étaient déployées sur le terrain à la hauteur de la quatrième Cascade à l'arrière de l'arrêt d'autobus d'Henrietta dans une tentative de faire le pont avec le groupe d'excursionnistes en difficultés. Malgré l'utilisation d'un téléphone cellulaire pour garder le contact, le groupe n'a pas été en mesure, en début de soirée, de communiquer aux membres de la force policière des informations précises quant aux lieux où ils se trouvaient.

Cette absence de détails devait constituer un handicap majeur dans le déroulement des opérations de secours en début de soirée. Ce fut vers les 22h30, suite à un échange téléphonique de Week-End avec l'un des excursionnistes, que le lieu exact où le groupe se trouvait avait pu être établi. Les promeneurs s'étaient déjà éloignés de la Grande Cascade et se trouvaient bloqués sur la falaise entre deux cascades à la hauteur dite région Crématoire.

" Cet endroit est connu comme la région Crématoire d'Henrietta. C'est une région très délicate où même les plus chevronnés peuvent parfois confondre les repères avant de se reprendre en au moins deux fois pour retrouver la route. C'est un endroit avec des parois très abruptes et escarpées où il faut un maximum de prudence ", a fait comprendre un spécialiste de la région. Avec l'heure avancée dans la nuit et une nette détérioration du temps, les opérations de secours devaient connaître un ralentissement avec les deux équipes du GIPM et de la police dans les gorges des Sept Cascades et la coordination assurée par le surintendant Ramen et le chef inspecteur Ramdoo.

A tard, hier soir, très peu d'indications étaient disponibles quant à l'identité et l'âge des membres de ce groupe sauf que la police avait été informée des difficultés par Mme Jhurry, dont le fils en faisait partie. Ils étaient partis très tôt hier matin pour une excursion aux Sept Cascades dans une tentative assez osée de faire le trajet sans le soutien de guide averti.

Ce choix devait s'avérer peu judicieux vu que les conditions climatiques prévalentes n'étaient nullement propices à ce genre de risques. Les équipes de secours, qui étaient restées à pied d'œuvre durant la nuit, se disaient confiantes de retrouver les excursionnistes sains et saufs avec le lever du jour.

Si les membres du GIPM et de la SMF étaient équipés pour affronter le froid aux Sept Cascades, le pire était à craindre pour la bande de jeunes. A l'heure où la présente édition de Week-End allait être mise sous presse, les recherches se poursuivaient.


Pollution Industrielle à La Tour Koenig

Les habitants insistent : "La CMT pollue quotidiennement notre environnement"

François Woo (à l'extrême droite), aux côtés des autres membres de la direction de la CMT, a tenu, hier, lors d'une conférence de presse, à faire la lumière sur le problème de pollution à La Tour Koenig.
Deux accidents en 11 ans d'opération. Des accidents causés par des déficiences techniques au niveau des pièces de la chaudière de la teinturerie de la Compagnie Mauricienne de Textile (CMT), à La Tour Koenig. "Les accidents ne sont pas volontaires. Ce sont des choses qui peuvent arrivées", explique François Woo, directeur de l'usine. Aux côtés d'autres responsables de la CMT, dont Louis Lai Fur, il rencontrait hier la presse, pour expliquer les récents événements qui ont touché La Tour Koenig durant la semaine écoulée. Des événements qui soulignent encore une fois la colère et l'exaspération des habitants de cette région qui n'en démordent pas : "La CMT pollue quotidiennement notre environnement".

Trois ans depuis qu'ils vivent dans les appartements Les Tourelles de la NHDC, à La Tour Koenig. Trois ans que dure leur calvaire. Les habitants de ces résidences, comme ceux des résidences Les Coquillages, situées quelques mètres plus loin sont exaspérés de la situation. "Nous vivons quotidiennement dans la pollution", crient-ils. Une pollution qu'ils attribuent à l'émanation de la fumée de la CMT. Depuis trois ans, ces habitants affirment qu'ils ont déposé plusieurs plaintes à la Police de l'Environnement ainsi qu'au ministère concerné, contre la CMT. Mais rien n'a été fait. "Ce n'est que lorsqu'il y a des accidents que les autorités prennent les choses en main, et cela après de véhémentes protestations des habitants de La Tour Koenig. La situation s'assainie quelques jours, mais la pollution demeure", déplorent les habitants. Ces émanations de fumées noirâtres causent d'énormes dégâts, non seulement sur l'environnement mais sur la santé des habitants de la région. Plusieurs personnes, dont trois enfants, sont tombés malades ces derniers temps à cause de cette pollution, soutiennent-ils.

Manifestations des habitants de la NHDC

Dans la soirée de dimanche à lundi dernier, réveillés par une odeur nauséabonde et une fumée noirâtre émanant des cheminées de la CMT, une cinquantaine d'habitants des résidences Les Tourelles et Les Coquillages, ont laissé éclater leur colère devant la grille d'entrée principale de l'usine. "Couma dir lanez noir ti pe tombé. Partou ti ena depo carbone", racontent les habitants. La police, mandée sur les lieux, a ramené le calme et dispersé les habitants vers 3h du matin. Le lendemain, après une réunion au ministère de l'Environnement (voir texte plus loin), les habitants de La Tour Koenig ont une nouvelle fois manifesté leur exaspération devant l'usine. Ils ont réussi à obtenir une rencontre avec le Business Unit Leader de la CMT, Cougen Naidu, qui leur a expliqué "qu'un accident technique été survenu au niveau d'une des pièces de la chaudière", d'où l'émanation de cette fumée noirâtre qui les a largement incommodée dans la soirée du dimanche à lundi. Si le ministère a été forcé la semaine dernière de prendre des actions contre la CMT - en lui servant un "Enforcement notice" mandant l'usine de prendre les mesures nécessaires pour assainir la situation d'ici le 28 juillet - les habitants de la région déplorent que les autorités ne prennent des actions que lorsque la situation est catastrophique. À chaque fois que des tests sont effectués, tant par le laboratoire du ministère concerné que des techniciens du département d'ingénierie de l'Université de Maurice (UoM), l'émanation de fumée est moindre, notent-ils. Mais aussitôt les officiers partis, "le bal reprend de plus bel", affirment ces habitants.

Ainsi, malgré les explications de la CMT (voir texte plus loin), les habitants de la NHDC dresse un tableau noir de la situation. Une situation qui n'a que trop durée, disent-ils ajoutant qu'en plus de se cacher derrière les accidents techniques, la CMT s'appuient sur "les normes internationales" pour justifier la pollution. "La CMT, concédant que la pollution existe bel et bien à La Tour Koenig, se justifie en disant qu'elle opère selon les normes", s'insurgent-ils. Faut des normes pour polluer?, interrogent ces habitants, rappelant qu'un mégot de cigarette jeté dans la rue équivaut à une amende. "Qu'en est-il de la santé des habitants. Est-ce que parce que l'usine opère selon les normes, même si les habitants tombent malades à cause de cette fumée, nous devons nous taire?", demandent-ils. L'un d'entre eux fait ressortir que les cas de cancer ne se révèlent pas en un jour, deux mois. "Certaines personnes, dont les enfants, plus vulnérables sont des victimes immédiates de cette pollution. Mais sur le long terme que se passera-t-il? Combien de cancéreux compterons-nous parmi les habitants de La Tour Koenig?", dit-il.

"Si la CMT peut investir Rs 4.8 milliards dans des hôtels, pourquoi pas dans le déplacement de sa chaudière?"

Las d'attendre depuis 2007 que des actions soient prises pour améliorer l'atmosphère dans la région, ils espèrent que suivant les derniers événements, la CMT prendra des actions concrètes. "Depuis 2007 nous entendons toujours la même chanson. La CMT dit toujours qu'elle prend des mesures, mais nous nous vivons la pollution tous les jours. Nous nous attendons à des actions concrètes", soulignent les habitants de Les Tourelles et Les Coquillages. Ces derniers font ressortir qu'ils ne souhaitent pas la fermeture de l'usine, mais voudraient voir le déplacement de la chaudière. Si la CMT peut investir Rs 4.8 milliards dans des étoiles 4-5 étoiles, pourquoi ne pas investir dans le déplacement de la chaudière?, demandent-ils. Ils estiment qu'en tant que compagnie responsable, la CMT a un devoir de veiller sur le bien-être des habitants de la région. Ils s'interrogent par ailleurs sur la décision de la CMT d'investir prochainement dans un autre équipement pour assainir l'atmosphère. "Si comme l'affirment non seulement la direction de l'usine et le ministère de l'Environnement, mais aussi les rapports de l'UoM, la CMT opère selon les normes internationales, pourquoi est-ce que l'usine investit dans un autre équipement pour corriger et améliorer le taux de pollution?", demandent-ils. Selon eux, c'est probablement parce que la CMT sait que cette pollution nuit grandement à la santé des habitants de la région.


François Woo : "Il faut situer les responsabilités"

Legende
La grosse émanation de fumée noirâtre dans la soirée du 13 au 14 juillet dernier émane d'une panne d'une pièce défectueuse de la chaudière de l'usine CMT. Une situation qui a provoqué le courroux des habitants de la région, exaspérés par ce problème de pollution qu'ils déplorent depuis 2007. Une semaine, après les manifestations des habitants des résidences Les Tourelles et Les Coquillages de la NHDC, La Tour Koenig, largement incommodés par la pollution dans la région, la CMT a tenu à s'expliquer. Outre un communiqué de presse, la direction a tenu à rencontrer les journalistes, hier, pour faire la lumière sur ce problème. Problème de pollution, que ne récuse pas la direction - même si elle s'appuie surtout sur les deux accidents survenus ces quelques mois pour s'expliquer - mais qui serait selon les normes, assure-t-elle.

"Les accidents ne sont pas volontaires. Ce sont des choses qui peuvent arriver", explique François Woo. En 11 ans d'opération dans la région, deux incidents, d'origines mécaniques - le premier après le passage du cyclone Gamède, et le second suivant la panne d'air d'une vanne dans la chaudière, ont provoqué de graves dégâts. Mais la CMT opère selon les normes, insiste François Woo. Il s'appuie d'ailleurs sur deux rapports du département d'ingénierie de l'université de Maurice (UoM) pour affirmer ses propos. Néanmoins, dit-il, parce que la direction, consciente des risques de pollution dans le cadre de ses opérations, n'est pas insensible aux doléances des habitants de la NHDC, la direction a pris les mesures nécessaires pour réduire ces risques. Ainsi, si après le cyclone Gamède en mars 2007, la CMT a investit dans les moyens nécessaires pour réduire l'émanation de carbone de ses cheminées.

La direction indique qu'elle a également investit dans d'autres mesures pour réduire davantage les risques de pollution. La compagnie a doublé la surveillance de sa chaudière en plaçant un écran de télé pour contrôler l'émanation de fumée des cheminées dôtées de caméras infra-rouge. Parmi d'autres mesures, la compagnie fera prochainement l'acquisition de "oxygen sensors", pour chacune de ses cheminées, pouvant ainsi prévenir tout risque de combustion. Qui plus est, confie François Woo, malgré le fait qu'elle opère selon les normes, en vue d'assainir davantage l'atmosphère, la CMT, en négociation depuis quatre mois, avec une compagnie américaine, compte investir Rs 18 M dans l'achat d'un appareil en vue d'avoir un meilleur contrôle de système de traitement d'huile à combustion.

Si des mesures sont prises pour que pareille situation en se répète, le directeur de la CMT insiste à dire "qu'il faut situer les responsabilités". La CMT, rapelle François Woo, avait prévenu les autorités que les risques de pollution existent. Faisant l'historique de la CMT à La Tour Koenig, François Woo, fait ressortir que lors de son installation dans la région en 1996, l'usine avait pris toutes les précautions nécessaires pour placer la chaudière loin des appartements NHDC existant à l'époque (Dodo, Alpha, Bengali, Colibri…), tout en considérant la direction du vent, afin d'éviter que la pollution ne gêne les habitants de la région. Le directeur de la CMT fait également ressortir qu'il avait, en 2003, protesté contre la construction des appartements Les Tourelles de la NHDC derrière son usine. François Woo indique qu'il avait même eu une réunion avec le directeur de la NHDC de l'époque, Ehsan Khodabocus, soulignant ses réserves face à la construction de ces résidences. Selon la CMT, la NHDC avait alors pris l'engagement de prévenir les futurs résidents des risques de pollution, de créer une zone tampon entre les appartements les usines, de hausser le mur, mais également d'utiliser les blocs les plus proches de l'usine à d'autres fins que ceux de résidences. "Aujourd'hui, les gens manifestent leur colère. Mais cette situation a longtemps été prévenue. Les accidents peuvent survenir, mais les risques de pollution sont toujours là. Il n'existe pas de zéro-pollution. Nous devons situer les responsabilités", estime François Woo, ajoutant qu'il faut croire dans la sincérité de son entreprise.


La NHDC récuse les torts : "Ce n'est pas nous qui polluons l'environnement"

Un permis EIA en bonne et due forme. C'est ce que brandit la NHDC pour justifier la construction des appartements de la NHDC proche de l'usine CMT, La Tour Koenig. Pointée du doigt parce qu'elle s'est implantée dans la région après l'installation de la CMT et malgré les protestations de l'usine à l'époque, la NHDC récuse les torts. "Nous avons obtenu tous les permis nécessaires pour construire ces appartements dans cette zone", indique un haut cadre de cet organisme. Il rappelle que depuis 1971, la NHDC a effectué plusieurs constructions dans la région. Les constructions des appartements de la NHDC relèvent de la responsabilité du ministère du Logement qui détermine les zones, explique-t-il. Rejetant toute accusation dans cette affaire de pollution industrielle, ce haut cadre de la NHDC fait ressortir que "certes il y a eu protestations de la CMT à l'époque. Mais le ministère de l'Environnement a, lui-même, approuvé, la construction de ces appartements". La NHDC a construit dans les règles, assure-t-il, ajoutant que venir accuser la NHDC n'est pas la solution au problème de pollution. "Ce n'est pas nous qui polluons l'environnement. C'est facile aujourd'hui pour la CMT de trouver un bouc émissaire. Mais la question reste toujours la même. Qui est mis en cause dans cette affaire de pollution", fait-il ressortir.


Le ministère de l'Environnement offre un dernier ultimatum à la CMT

Des preuves irréfutables. Une cuvette pleine de particules de carbone soumise au ministère de l'Environnement lundi dernier. Les habitants des résidences Les Tourelles et Les Coquillages ne sont pas passés par quatre chemins. Ils ont été frappé à la porte du ministre Anil Baichoo pour lui soumettre personnellement leurs doléances avec preuves à l'appui. Face aux dégâts causés par l'émanation de fumée noirâtre par la CMT dans la soirée de dimanche à lundi dernier et la manifestation des habitants de la région, le ministère de l'Environnement a servi un Enforcement Notice à la CMT. L'usine a jusqu'à la fin de juillet pour se conformer aux ordres des autorités.

Un audit complet de la chaudière pour déterminer les causes de panne et la pollution de l'air, des mesures correctives pour assainir l'atmosphère, incluant un plan de contingence, un cahier de charges pour la maintenance régulière de la chaudière, le recensement des régions affectées par la pollution… Ce sont là les mesures que la CMT est sommée de prendre d'ici la fin de juillet. L'Enforcement notice que lui a servi le ministère de l'Environnement lui donne 21 jours, à compter du lundi 14 juillet pour se conformer à ces ordres. Au cas contraire, selon la section 71 de l'Environment Protection Act de 2002, la CMT devra payer une amende de Rs 50 000 ou Rs 100 000 ou les responsables purgeront une peine de quatre ans d'emprisonnement. Le ministre de l'Environnement est ferme face à cette situation disant qu'il n'est pas insensible aux doléances des habitants de La Tour Koenig. Il rappelle que le jour même de l'incident, le 14 juillet dernier, un des officiers de son ministère s'est rendu sur les lieux et que quelques heures après la panne technique de la chaudière a été réparée. "Nous avons eu une réunion avec les habitants de la NHDC lundi et nous avons servi un enforcement notice à la CMT. C'est son dernier ultimatum. Sinon nous prendrons des actions", explique Anil Baichoo. Indiquant que l'accident du 14 juillet dernier relève d'une panne technique, Anil Baichoo fait ressortir que "depuis que la CMT est entrée en opération, il y a eu deux cas d'accidents rapportés". Il concède néanmoins que son ministère est en présence de plusieurs plaintes des habitants de La Tour Koenig par rapport à la pollution industrielle dans la région. Toutefois, fait-il ressortir, les tests effectués démontrent que la CMT opère selon les normes internationales. "Il y a deux rapports de l'Université de Maurice (UoM) qui le confirment cela. De plus les tests d'air ambiant effectué par le laboratoire de mon ministère ne relève rien d'anormal", souligne Anil Baichoo.

Reconnaissant qu'il existe malgré tout un problème de pollution dans cette région, le ministre souligne que la police de l'Environnement ainsi que les officiers du ministère concerné suivent cette affaire depuis de nombreux mois. Anil Baichoo rappelle néanmoins les circonstances dans lesquelles la NHDC a décidé d'implanter ces résidences dans cette zone, alors que la CMT s'y été déjà installée depuis plusieurs années. "Ceux qui ont construit ces appartements dans cette région auraient du prendre leurs responsabilités. C'est purposely que la NHDC s'est implanté là-bas", indique Anil Baichoo. Les cas de pollution ne sont pas évident à gérer, dit-il, ajoutant que ces cas relèvent de cas sociaux. "Il faut sauver les intérêts des personnes concernées. Il y a l'emploi de quelques 10 000 personnes menacées, mais il y a aussi la santé des habitants de la région", explique le ministre Baichoo.

Ce problème de pollution ne doit pas être un political issue, estime le ministre. Mais ce dossier intéresse l'opposition qui est revenue à la charge mardi dernier, lors de l'ajournement des travaux parlementaires. Sheila Grenade, du MSM et Jean Claude Barbier du MMM, députés de la circonscription No. 1 (Grande-Rivière Nord Ouest/Port-Louis) ont tous deux soulevé ce problème de pollution à La Tour Koenig avec le ministre de l'Environnement. Outre un contre-rapport du rapport du département d'ingénierie de l'UoM indiquant que la CMT opère selon les normes, Jean Claude Barbier a fait plusieurs propositions, dont celui d'émettre un prohibition order contre la CMT, pour résoudre cette affaire. Sheila Grenade a elle demandé au gouvernement de trouver une solution à long terme à ce problème de pollution industrielle.

Le comité interministériel a soumis son rapport

Par ailleurs, le comité interministériel institué en décembre dernier sous la coordination de Sir Bhinod Bacha, pour s'occuper de ce problème de pollution a soumis son rapport au ministère concerné. "Le dossier est avec le ministère de l'Environnement", indique Sir Bhinod Bacha. Il fait ressortir que le comité interministériel, constitué des officiers des ministères de la Santé, de l'Environnement, des Administrations régionales, et des représentants de la CMT ainsi que ceux des Forces Vives de Les Tourelles et Les Coquillages, a effectué un travail en toute transparence. "Les réunions que nous avons eu ont donné l'occasion à tous les partis concernés de s'exprimer librement. On a pris connaissance de ce qui se passe dans cette région et le comité a soumis son rapport au ministère", explique Sir Bhinod Bacha. Il regrette néanmoins que les Forces Vives n'ont pas eu l'occasion d'entendre les explications des techniciens de l'UoM concernant les normes internationales auxquelles se conforment la CMT. Aujourd'hui le suivi de ce dossier devra être assuré par le ministère de l'Environnement, indique Sir Bhinod Bacha.


Après l'allocation des terres à CMT

Bel Air Sugar Estate envisage une action en Cour

Après confirmation par le ministre des Terres et du Logement, Asraf Dulull, mardi dernier, que les terres qu'il avait eu à bail pendant 30 ans et sur lesquelles il voulait réaliser un projet d'Integrated Resort Scheme a été alloué à la Compagnie Mauricienne de Textile pour un projet hôtelier, Bel Air Sugar Estate (BASE) envisage une action en Cour pour contester la décision du gouvernement. Ses directeurs dont Paddy Rowntree ont déjà contacté leurs hommes de loi à cet effet.

Un autre aspect de ce dossier à rebondissements (voir plus loin) est la démarche de certains émissaires qui visent à convaincre BASE à participer au projet en tant qu'actionnaire très minoritaire, le but étant d'obtenir ainsi une voie d'accès aux 104 arpents de Pas Géométriques sur lesquelles la CMT veut construire ces deux hôtels. Il faut passer sur les terres privées de BASE pour avoir accès à ces terrains du littoral du sud. "Pas question" a laissé entendre à Week-End un responsable du dossier à BASE qui juge la décision du gouvernement aussi "choquante qu'arbitraire".

Après Eric Guimbeau, auteur de la question sur cette réallocation des Pas Géométriques de BASE à la CMT, c'était au tour du leader de l'opposition de commenter cette affaire vendredi à un congrès du MMM à Bel Air alors qu'il évoquait les proportions que la corruption a pris à Maurice affirmant que si le pays connaît un taux de croissance annuelle de 5%, pour "l'industrie de la corruption, li 50%!".

Il n'y a jamais eu autant de "développement dans coquin, ti copains et trafic d'influence" a constaté Paul Bérenger dénonçant, sous le même chapitre, l'ICAC qui est une "machine à laver". Il a aussi estimé qu'Indira Manrakhan "ti bizin ine allé!" et que la commission retarde le procès intenté à Ajay Gunness alors même que ce dernier a réclamé un "early trial".

C'est juste après qu'il a évoqué le projet IRS de BASE qui devait être construit sur ses propres terres et sur les Pas Géométriques et qu'une demande dans ce sens avait été soumise au gouvernement il y a deux ans. Il a aussi rappelé l'éclatement de l'affaire des Rs 50 millions, le pot de vin allégué que l'intermédiaire Raffick Peermamode aurait demandé au promoteur pour le compte du ministre Asraf Dulull et qui avait été soumis à l'ICAC.

Le leader de l'opposition: "gare à l'acquisition obligatoire!"

"Cabri manz salad, létan passé et là, dans Parlement, ine vine dire ki fine donne sa banne later là à CMT quelques jours après ki zot fine demandé et alors ki l'ICAC pé enquête lors Rs 50 millions" a souligné le leader du MMM. Poursuivant, il a dit que ces Pas Géométriques se trouvent derrière les terres de Bel Air et qu'il n'y a pas de chemin pour s'y rendre. Il a mis en garde contre toute tentative de procéder à une "compulsory acquisition" d'une partie de ces terres sous un pretexte quelconque, comme un centre social à construire ou même une statue du Premier ministre à ériger sur la falaise, pour faire plaisir au "gros petit copain".

"Kot ou guetté, c'est puanteur, fraude, corruption" a-til déclaré, écoeuré ajoutant que ce qui se passe projette une très mauvaise image du pays à l'étranger. Il a aussi relevé qu'il n'y a pas eu un seul mot dans le budget sur la fraude et la corruption et a dit que "lors tou sa banne cas là, pas croire pou chappé koumsa sène fois-là, ki li CT Power, ki li Bel Air, pou éna full l'enquête et, kouma mo fine déjà dire, éna fermé la dans!".


Diversification

La CMT veut figurer, dans cinq ans, parmi les groupes hôteliers

La CMT a la volonté de grandir. Son ambition est de figurer, dans cinq ans, parmi les groupes hôteliers mauriciens. Ce sont en ces termes que François Woo, directeur de l'usine CMT justifie la diversification de sa compagnie qui investit dans l'hôtellerie. "On ne veut pas mettre tous nos œufs dans le même panier. Car le jour où le panier tombera accidentellement, on risque de perdre tous nos œufs", indique-t-il.

Une diversification qui émane du souci de la CMT de sauvegarder les intérêts de ses employés. C'est en tout cas ce qu'a affirmé, hier, lors d'un point de presse au siège de la CMT à Phoenix, le directeur de la compagnie. Insistant sur la qualification de la CMT pour ce projet IRS, François Woo explique que la CMT a effectué plusieurs applications en vue de mettre sur pied son projet IRS. Il précise que ce n'est pas en son nom personnel que ce terrain de Bel Air a été accordé, mais au nom de la CMT qui a les qualifications nécessaires pour la mise en place d'un projet IRS. Il assure que "François Woo n'a obtenu aucune concession des autorités". Brossant un tableau sombre de l'industrie du textile qui fait face actuellement à de nombreuses difficultés, François Woo se dit inquiet de la situation. "L'industrie du textile fait face à un multiple shock. Du jamais vu", souligne-t-il. Et les entreprises ne savent pas combien de temps va durer cette situation. "Les plus gros marchés sont en récession, la crise pétrolière ne nous épargne pas. Les frais du fret connaissent une hausse chaque trois mois, l'appréciation de la roupie… ce sont autant de facteurs qui font que nous nous trouvons dans une situation difficile", explique François Woo. Tous ces facteurs font que les usines de textiles font face à un débalancement entre l'offre qui n'a pas changée et la demande qui continue de baisser, souligne le directeur de la CMT.

Le textile dans une situation difficile

S'il n'est pas question de fermeture d'usine, assure François Woo, d'ici 18 mois, tout le paysage du commerce va changer. Dans cette crise qui touche la zone franche depuis dix mois environ, la CMT travaille au jour le jour, confie son directeur. D'où la décision de la compagnie de réduire les coûts et d'éviter le gaspillage. François Woo indique que pour être profitable, la CMT a investi dans un budget marketing pour une meilleure visibilité. "Mais ce n'est pas tout. Nous avons besoin d'encouragement", indique François Woo. Encouragement qu'il estime devrait émaner, entre autres, de l'État. Ne souhaitant pas entrer dans un débat politique, assure-t-il, François Woo fait ressortir que l'État doit faire un effort pour sortir de cette situation. "Nous connaissons les contraintes face à la roupie, mais c'est à l'État de juger dans des situations pareilles quelles mesures prendre", estime le directeur de la CMT.

Il fait ainsi ressortir que "pendant 23 ans, la CMT est restée concentré sur une seule activité. C'est dangereux car l'emploi de quelque 10 000 personnes est concerné. Nous sommes des entrepreneurs, c'est pourquoi nous pensons qu'investir dans l'hôtellerie nous aidera à progresser davantage". Une vision qui, selon lui, est en ligne avec celle du gouvernement actuelle qui a pour objectif d'atteindre la barre de 2 millions de touristes d'ici 2015. Dans cinq ans, fait ressortir François Woo, la CMT compte avoir le profil d'un groupe hôtelier avec 800 chambres. Il fait ressortir que la CMT a un track record qui démontre qu'elle peut apporter son soutien à l'économie mauricienne et espère que la diversification de la CMT dans l'hôtellerie apportera les mêmes résultats.

Le directeur de la CMT est également revenu sur l'investissement de sa compagnie dans la Ferme Marine de Mahébourg. Confiant que depuis quatre ans, la CMT accorde son soutien à cette entreprise, François Woo fait ressortir qu'aujourd'hui, avec l'emploi de nombreuses personnes menacé, la CMT a décidé d'injecter de grosses sommes dans cette ferme. L'objectif est de donner un nouveau souffle à la Ferme marine de Mahébourg, et faire en sorte que cette entreprise, qui était en faillite, remonte la pente. "Nous relevons ce défi, car nous souhaitons voir le développement de cette ferme", dit-il.

Investissements en Inde

Toujours dans le cadre de la politique de diversification de la CMT, François Woo confie également que la compagnie a investi dans un projet de parc industriel, le Special Economic Zone (SEZ), en Inde. La CMT est actionnaire minoritaire (9 %) dans ce projet, qui équivaut à Rs 15 milliards, souligne François Woo. Les autres investisseurs sont des compagnies américaines, skri-lankaises et hong-kongaises. "Les travaux sont toujours en cours même si quelques usines s'y sont déjà implantées", indique François Woo, ajoutant que ce SEZ, qui se développe sur un terrain de 1 000 arpents, est similaire à celui du projet Tianli, à Maurice.


Privy Council

N°8 : sérénité et confiance mesurées affichées

Deux jours de délibérations en début de semaine devant le Privy Council à Londres. Mais le suspense est toujours de mise en ce qui concerne le verdict des cinq Law Lords constituant le full bench quant au sort qui sera réservé à Ashock Jugnauth en tant que membre de l'Assemblée nationale. Le camp de Raj Ringadoo, candidat battu de l'Alliance Sociale au n°8 (Moka/Quartier-Militaire) lors des élections générales du 3 juillet 2005, affiche une sérénité et une confiance mesurées quant au verdict, qui devra être connu dans un délai maximal des trois mois, soit d'ici octobre prochain.

Les délibérations devant le conseil privé se sont articulées autour de trois principaux points, l'immunité accordée par la section 45 du Representation of People Act pendant la campagne électorale, le standard of proof et les éléments de preuves soutenant les allégations de fraude électorale formulées par Raj Ringadoo.

" I would like to put on record one thing. Me Ivan Collendavelloo, qui est mon senior au barreau, est venu me féliciter chaudement après ma plaidoirie devant le Conseil Privé. J'apprécie le geste de mon confrère. " C'est-ce qu'a déclaré en fin de semaine à Week-End Me Sanjay Bhuckory, qui paraissait en compagnie de Me Robin Ramburn et Me Hiren Jankee (avoué), pour Raj Ringadoo, en guise de commentaires sur le déroulement de l'appel interjeté par Ashock Jugnauth contre le jugement invalidant son élection au n°8 prononcé par les juges Paul Lam Shang Leen et Bushan Domah.

" Je dois souligner que je suis entièrement satisfait de la latitude avec laquelle j'ai pu développer mes arguments devant le full bench du Privy Council, qui a fait preuve de beaucoup d'égards et d'élégance. À ce stade, je préfère ne pas faire de commentaires quant au verdict des Law Lords, même si nous sommes sereins face à l'avenir ", devait-il poursuivre.

D'autres sources soutiennent qu'il serait prématuré de vouloir tirer des conclusions hâtives dans un sens comme dans un autre en ce qui concerne le jugement. " At this stage, it's impossible to predict what will be the outcome of the appeal ", a avancé une source présente à la salle d'audience pendant les deux jours d'appel devant le conseil privé.

Des trois legal issues abordés lors de ces deux jours de plaidoirie, le point qui a suscité le plus de divergence demeure celui relatif au " standard of proof ". Les recoupements d'informations effectués par Week-End indiquent que les divergences entre les différentes parties sont très prononcées. Me Collendavelloo, dont les services ont été retenus par Ashock Jugnauth, a soutenu avec force que dans un cas de pétition électorale avec possibilité d'invalider une élection, le standard of proof doit être celui d'un criminal standard, c'est-à-dire que le délit doit être prouvé " beyond reasonable doubt ".

Ce point de vue est partagé par Me Ajit Boolell, Parliamentary Counsel au State Law Office, qui assure les intérêts du commissaire électoral, Irfan Rahman, et du Returning Officer au n°8. " Sir Hamid Moollan, qui paraissait pour l'Electoral Supervisory Commission, a adopté une approche très pragmatique. Il a soutenu que peu importe que ce soit un cas civil ou criminel, ce cas a été traité comme si c'était une offense de nature criminelle ", a fait comprendre une des sources présentes à la salle d'audience du Privy Council à Londres.

Pour sa part, Me Bhuckory s'est tenu à la position qu'il avait développée lors de l'affaire en Cour suprême. " Je suis d'avis que le standard of proof doit être celui d'une affaire au civil en tenant compte de la balance of probabilities. Cela pour la raison qu'une pétition électorale relève d'une affaire civile et traitée devant une instance judiciaire civile à Maurice. Je dois rappeler que le système à Maurice est différent de celui en Grande-Bretagne. Les pétitions électorales sont de nature inquisitoire en Grande-Bretagne avec la présence du DPP, alors qu'à Maurice elle est accusatoire. Je suis confiant d'avoir pu faire la différence ", a-t-il déclaré.

La question d'immunité accordée aux ministres en période de campagne électorale sous la section 45 du Representation of People Act a permis aux conseils légaux des différentes parties en présence d'aller approfondir l'intention du législateur en faisant adopter cet amendement en 1976. Une quasi unanimité s'est dégagée lors des débats à l'effet que cette clause de la loi régissant les élections ne constitue nullement un sauf-conduit pour " que des ministres puissent s'engager dans des opérations d'achat de vote à le veille des élections en encourant des dépenses au nom de l'État. "

À différentes étapes des deux jours d'audience, les Law Lords ont laissé échapper des remarques pertinentes du genre " Is this tantamount to bribery ? " ou " Is it not just a lie ? " lors de l'analyse des faits allégués et reprochés à l'ancien ministre de la Santé. D'autre part, l'impression qui se dégageait du full bench est que les Law Lords donnaient des fois l'impression de ne pas être sur la même longueur d'onde lors des délibérations.

Ce ne fut nullement une surprise quand à la fin du right of reply de Me Collendavelloo, mardi après-midi, Lord Scott of Foscote, qui agissait en tant que président, annonça que le jugement était réservé. Pendant plus d'une heure, mardi après-midi, Lord Scott of Foscote et ses quatres assesseurs, les Law Lords Rodger of Earlsferry, Walker of Gestingthorpe, Brown of Easton-Underwood et Mance, ont participé à une première séance de travail à huis clos en prévision de la rédaction des attendus du jugement du conseil privé.



a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 20 juillet 2008