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Rencontre
Bert Van Walbeek, "Master in Disaster"
Skal International - Mauritius, association qui regroupe des professionnels
du secteur touristique local, vient d'organiser un séminaire
sur le "risk prevention and crisis management in tourism
and related activities". Le conférencier invité
était Bert Van Walbeek, spécialiste de la question
et "Master in Disaster". Il nous a fait un résumé
de ce séminaire qui a eu un énorme succès.
Hôtelier, conférencier et spécialiste du marketing
touristique, le hollandais Bert Van Walbeek a travaillé
en Europe et en Amérique du Nord avant de choisir de s'installer
en Asie en 1985, plus précisément en Thaïlande.
C'est à la fin des années 80, alors qu'il travaillait
pour le groupe Sheraton, que Bert Van Walbeek est confronté
aux conséquences découlant de la première
Guerre du golfe sur le tourisme. Il propose alors le concept "Back
to normal", qui est adopté par un nombre conséquent
de groupes hôteliers. Il continue à développer
le concept qui est aujourd'hui une des propositions de The Winning
Edge (la compagnie de consultants qu'il a créée
il y a quelques années), donne des conférences et
anime des séminaires sur ce thème dans toute l'Asie.
C'est lors d'une de ces conférences donnée, à
l'invitation de la Tourism Authority de Macao, que Bert Van Walbeek
a été invité par Skal International - Mauritius.
Qu'est-ce qu'un "Master in Disaster" ? "C'est
quelqu'un qui sait comme faire face aux situations de crise et
qui a été préparé pour éviter
que ce genre de situations ne se transforme en désastre.
Plus on pratique le risk management, moins on est exposé
aux situations de crise. L'actualité offre un exemple terrible
des conséquences qui peuvent découler d'une situation
de crise non envisagée avec le passage du cyclone Nargis
sur une partie de la Birmanie. Si les précautions nécessaires
avaient été prises, si les informations nécessaires
avaient été diffusées, si les risques avaient
été évalués correctement, si les responsables
avaient assumé leur responsabilité - on n'aurait
certes pas pu détourner le cyclone de sa trajectoire -,
mais on aurait pu limiter les dégâts en pertes de
vies humaines. Prévenus à temps, les Birmans auraient
eu la possibilité de se mettre à l'abri. Il y aurait
eu des dégâts certes, mais à un degré
moindre que ce qui a été enregistré. De
manière générale, ceux qui travaillent dans
le secteur touristique n'aiment pas parler de mauvais temps ou
de possibilités de catastrophes, c'est la spécificité
du métier, affirme Bert Van Walbeek. "Mais une
chose est de ne pas en parler, une autre de ne pas les envisager.
Nous sommes là pour offrir détente et moments de
bonheur et de bien-être à nos clients, mais il faut
également ne pas négliger les dangers qui peuvent
affecter cette situation et se préparer discrètement
mais fermement à toute éventualité. Le risk
management est un concept relativement nouveau dans le tourisme.
Tous les responsables d'hôtels ont toujours veillé
à la sécurité de leurs hôtes et au
bon état de leurs infrastructures. Mais cela faisait partie
des précautions générales alors qu'aujourd'hui
la risk prevention est un sujet primordial à lui
tout seul. Aujourd'hui, le touriste demande des destinations sécurisées.
La sécurité est devenue un élément
aussi, sinon plus important, que le coût dans le budget
du touriste. Il demande de plus en plus de garanties sur la sécurité
de la destination non seulement au niveau des conflits armés
ou des possibilités d'attentats mais également au
plan des risques sanitaires. Surtout depuis le 11-Septembre, le
conflit du Moyen Orient, les attentats en Egypte et à Bali,
le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère)
et le chikungunya."
"La sécurité est devenue un élément
aussi, sinon plus important, que le coût dans le budget
du touriste"
Peut-on dire que le secteur hôtelier est mieux préparé
aujourd'hui à ces risques ? "Ca commence à
venir dans le tourisme alors que l'aviation a des règles
de sécurité très strictes depuis des années
et qu'elle les renforce constamment. Ca commence à venir
dans le secteur hôtelier surtout en raison de la pression
des consommateurs de plus en plus exigeants dans ce domaine. Ils
posent des questions qu'ils n'avaient jamais abordées auparavant
au moment de réserver leurs places. Ils sont capables de
changer de destination ou de ne pas voyager s'ils ne sont pas
satisfaits des conditions de sécurité.
"En Thaïlande le secteur touristique a été
contraint de revoir tout son système de sécurité
qui, dans beaucoup de cas, était réduit à
sa plus simple expression pour ne pas dire inexistant. À
cet égard, le tsunami a obligé les Thaïlandais
à prendre des précautions dans tous les secteurs.
Les constructions sont plus solides et le système électrique,
téléphonique et informatique ont des back up."
Avec la destruction de tout leur réseau informatisé
sans aucun back up, les hôteliers thaïlandais se sont
retrouvés dans une situation où ils ne pouvaient
même pas indiquer aux parents des victimes les numéros
des chambres que ces derniers occupaient. Des hôteliers
thaïlandais sont passés à l'autre extrême
: ils ont installé des systèmes d'alerte qu'ils
font fonctionner à chaque fois qu'un VIP visite Phuket.
Cela est devenu une habitude. Du coup, à chaque fois que
le signal se fait entendre les habitants de Phuket disent "
Tiens ! il y a un VIP dans les environs ". Puisqu'on parle
du tsunami je crois qu'il faut souligner une information essentielle
concernant le risk management ; malgré toute son
horreur le tsunami a fait moins de dégâts au sein
de l'industrie touristique thaïlandaise que le SRAS. Le tsunami
a fait des victimes à Phuket et dans la région,
pas sur l'ensemble de la Thaïlande, tandis que le SRAS a
eu des répercussions sur l'ensemble du pays et toute l'Asie.
"Qu'avez-vous dit aux participants mauriciens qui
disent tous avoir été impressionnés par votre
conférence ?" Je crois que j'ai été
un eye opener pour eux dans ce domaine. Je crois qu'ils
étaient conscients du problème de manière
vague, inconsciente même et que je suis venu les interpeller
à haute voix. J'ai été moi aussi étonné
de la qualité de leur participation dans les groupes de
discussion sur le sujet. Je crois qu'il y a définitivement
une prise de conscience, au point où les animateurs ont
eu beaucoup de peine à respecter les horaires tant le sujet
a suscité des réactions de la part des participants.
J'ai été également agréablement surpris
que le ministre du Tourisme ait passé la journée
entière à suivre les différentes étapes
de la conférence. Généralement les ministres
viennent pour prononcer le discours d'ouverture de la conférence
et disparaissent vite fait après. J'ai eu l'occasion de
discuter avec le ministre mauricien du Tourisme qui est très
concerné par le sujet, surtout après le chikungunya.
Si l'intérêt et la pression viennent d'en haut il
ne fait aucun doute que les choses vont aller vite à Maurice
dans le domaine de la risk prevention".
Peut-on traiter à fond d'une question aussi importante
pour l'industrie touristique mauricienne au cours d'un séminaire
étalé sur deux jours ? "L'objectif de cette
première conférence était de créer
l'awareness, de donner une idée de l'étendue
du problème, de résumer le dossier, les précautions
à prendre, les manières de réagir pour améliorer
ce qui existe déjà. Je devrais normalement être
de retour à Maurice au mois d'août pour un suivi
de la conférence. J'ai soumis une série de recommandations
au ministre et j'attends sa réaction. L'étape suivante
devrait être, je l'ai dit lors du séminaire, la constitution
d'une petite équipe pour travailler sur les risques auxquels
Maurice pourrait avoir à faire face et surtout les solutions
à envisager pour les éviter ou les affronter.
"Faut-il aller, pour prendre les précautions
indispensables, jusqu'à nommer un risk ou disaster
manager dans chaque établissement hôtelier ?"
Certaines chaînes internationales ont créé
ce genre de postes. Je crois que ce type de fonctions va rapidement
se multiplier en même temps que les demandes des clients.
Il n'est pas nécessaire d'avoir une personne dans chaque
établissement mais une ou deux personnes pouvant couvrir
un secteur géographique ou un petit pays comme Maurice.
"
Questionné sur ses sentiments quant à la sécurité
touristique à Maurice, Bert Van Walbeek précise
que bien qu'il n'ait passé que quelques jours à
Maurice, il trouve "qu'il existe un safe feeling
ici". Et de souligner : "Ce sentiment recoupe
d'ailleurs les recommandations des magazines et autres blogs touristiques
qui décrivent Maurice comme une destination safe.
On m'a beaucoup parlé de voleurs à la tire et d'agressions
de touristes. Je voudrais dire, sans les minimiser, que ce genre
de petty crimes existe toujours dans les destinations touristiques."
Mai 68 ailleurs dans le monde
Le vent de la révolte pratiquement partout
Aux États-Unis, peu avant que les émeutes de Mai
58 en France, le président Lyndon Johnson était
contraint de se retirer de la course présidentielle à
cause de mouvements estudiantins de rues trop importants et hostiles
à son gouvernement. Pendant cette même période,
nombreux étaient les étudiants américains
qui épousaient les idées de Martin Luther King Jr,
qui devait finalement être assassiné le 4 avril de
la même année. Tout de suite après l'assassinat
de cette figure emblématique de la lutte en faveur des
droits des Américains de couleur, des étudiants
révoltés occupent l'université de Colombia
et finissent même par provoquer sa fermeture.
Le 2 octobre 1968, alors que la France panse encore ses blessures
d'un mois de mai sanglant et violent, dix jours avant le début
de ses jeux olympiques, une manifestation estudiantine tourne
à la fusillade à la place de Las Tres Culturas,
à Tlatelolco. Alors qu'aux États-Unis et en Allemagne,
les mouvements estudiantins étaient peu soutenus, en Argentine
et en Italie, la classe ouvrière s'est jointe au mouvement
estudiantin afin de créer une société différente,
fondée sur l'égalité des classes.
En Belgique, les étudiants de l'université flammande,
Katholieke Universiteit Leuven, protestent contre la prédominance
de la langue française à l'université. Ce
mouvement devait provoquer la création d'une autre université
- francophone celle-là -, à savoir : l'université
Catholique de Louvain.
En Europe de l'Est, les étudiants ne sont pas restés
inactifs non plus. S'inspirant de leurs camarades de l'Ouest,
les étudiants polonais et yougoslaves protestent énergiquement
contre les restrictions à la liberté d'expression
imposées par les régimes communistes prévalant
dans leurs pays respectifs. En Tchéquoslovaquie, le fameux
"printemps de Prague" devait permettre un élargissement
de la liberté politique jusqu'à son écrasement
par l'Union Soviétique et ses alliés signataires
du pacte de Varsovie.
En Amérique du Sud, notamment au Brésil, les étudiants
se révoltent contre la dictature militaire. Les étudiants
sont sur tous les fronts, combattent farouchement les forces de
l'ordre et créent leur propre milice, qui va jusqu'à
orchestrer le kidnapping d'un certain nombre de diplomates étrangers
en poste dans leur pays. Ainsi, dans le but d'imposer au régime
militaire la libération de leurs camarades révolutionnaires,
la milice estudiantine kidnappe l'ambassadeur Américain,
Charles Burke Elbrick en 1969. L'escalade de la révolte
estudiantine au Brésil devait déboucher sur la déclaration
de l'acte institutionnel N° 5, qui consolida le pouvoir absolu
de la dictature militaire, provoqua le démantèlement
du congrès et la révocation des droits constitutionnels
des citoyens brésiliens.
L'esprit de Mai 68
L'héritage littéraire à Maurice
La littérature mauricienne n'est sans doute pas sortie
indemne de ce qui s'est jouée en 1968. Les témoins,
héritiers, écrivains et poètes revisitent
Mai 68 du côté de la littérature et se livrent
en même temps à une réflexion sur l'héritage
actuel des luttes politiques, sociales, culturelles et écologistes
dès le début des années 60. Dev Virahsawmy
a choisi de nous parler de la fracture dans l'intimité
de son uvre provoquée par cette série de transformations
culturelles et idéologiques.
Dev Virahsawmy fait ressortir d'emblée l'influence de ces
bouleversements intervenus dans le monde dans les années
60 sur sa pensée et son uvre. Le poète, écrivain,
dramaturge nous raconte qu'il a vécu en Écosse de
1963 à 1967. L'auteur replace l'héritage de Mai
68 dans son contexte historique. Les années 60 ont vu le
mouvement des hippies aux États-Unis, les Rolling 60s en
Angleterre. Selon Dev Virahsawmy, après la Deuxième
Guerre mondiale, on a assisté au développement économique
et à une expansion du capitalisme. C'est dans ce contexte
de développement matériel qu'il faut situer les
"Babyboomers", nous dit-il. Il y avait ce désir
de contester l'establishment, de vivre autrement avec plus de
liberté. Dev Virahsawmy rend compte des mouvements déterminants
dans son cheminement culturel : l'influence des Beatles, les chansons
engagées de Bob Dylan. Côté littérature,
il y a eu l'influence de Harold Binter (dramaturge, homme de gauche).
Deux pièces de théâtre, dont The Caretakers,
signalent une nouvelle approche de l'écriture théâtrale.
Le théâtre de Binter est connu pour son engagement
pour un monde meilleur. ll y a aussi l'influence exercée
par les uvres de Jean-Paul Sartre, écrivain engagé
et les travaux féministe de Simone de Beauvoir (en France)
et Germaine Greer (en Angleterre). Il y a surtout la révolution
linguistique qui séduit. Il y avait une approche différente
à la langue, raconte Dev Virahsawmy, avec la contestation
des normes imposées par les universitaires. Et pour compléter
cette série de transformations culturelles et idéologiques,
il faut mentionner le grand développement qu'il y a eu
au niveau de la théologie de la libération. Dev
Virahsawmy parle de l'influence de ces bouleversements sur ses
uvres. Il donne en exemple sa pièce Li, dans
laquelle il y a une façon de voir la théorie de
la libération. La pièce s'achève par une
mobilisation populaire qui mène à un changement
de la société. Autre élément à
souligner : le personnage féminin d'Angèle qui prend
conscience du combat qu'il lui faut mener. Poursuivant sur les
grandes influences, Dev cite son texte Lafime dan lizié
qui est une reprise de la fameuse Smoke in your eyes des
Platters.
A la question : que reste-t-il de l'esprit de Mai 68 ? Dev Virahsawmy
se livre à une réflexion sur l'aspect "libération
des murs" que ce grand mouvement social de l'après-Deuxième
guerre mondiale en Europe a provoqué. Mai 68 nous a permis
de jouir d'une plus grande liberté. Se référant
au discours dans lequel Nicolas Sarkozy stigmatisait Mai 68, il
fait ressortir que ce dernier s'attaque là à sa
propre base culturelle. Notre interlocuteur met l'accent sur une
autre dimension : "Mai 68, c'est la révolution
culturelle du capitalisme." Le néocapitalisme,
dit-il, a fait surface. Et il s'agit aujourd'hui de voir au niveau
mondial comment arrêter le massacre issu du néolibéralisme,
en matière de réchauffement climatique, par exemple.
Il nous faut penser, dit-il, en conclusion, le partage sinon la
Terre ne pourra pas nourrir nos ambitions matérielles.
Préoccupés en 68 par les questions d'indépendance
(Mars 68), nos intellectuels parlent aussi de Mai 68 et revisitent
les événements en évoquant l'héritage
littéraire reçu.
Les livres sur Mai 68: Des barricades aux pavés
De nombreux livres permettent de revenir sur les événements
de Mai 68 au travers du prisme éditorial (livres en tout
genre).
Voici quelques-unes de ces parutions :
Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy,
André et Raphaël Glucksmann, Ed. Denoel, 2008. Les
auteurs interrogent l'identité nationale française
contemporaine et font le bilan des pratiques politiques développées
par la gauche soixante-huitarde, de son ancrage au monde et de
la réalité de son influence. L'ouvrage s'articule
autour du discours de Bercy d'avril 2007, dans lequel N. Sarkozy
stigmatisait Mai 68.
1968-2008 : faut-il liquider l'esprit de mai, Daniel Cohn
-Bendit (Ed. de l'Aube, 2008). Il s'agit là d'un témoignage
sur les bouleversements intervenus à travers le monde en
1968 par l'un des acteurs du mouvement en France.
Ce livre sera " le " livre de la commémoration
de Mai 68. En raison de la personnalité de son auteur principal
bien sûr, Daniel Cohn-Bendit, avec son témoignage,
sa mémoire, ses anecdotes et ses réflexions.
68 mon amour, Daniel Picouly (Grasset 2008). La journée
du 29 mai 1968 est racontée heure par heure : d'un côté,
de Gaulle en héros fatigué ; de l'autre, un étrange
couple composé d'une nymphomane et d'un anar en fauteuil
roulant, qui déambulent dans Paris armés d'une grenade.
Ecrire, mai 68, Dominique Viart (Argol éditions,
2008). 40 écrivains et poètes revisitent la littérature
et la poésie de l'époque, 40 ans plus tard. Engagés
en Mai 68 dans des mouvements collectifs, ils rendent compte de
ces instants déterminants de la pensée française.
MAI 68 en BD
Les pavés historiques déboulent aussi en BD et Mai
68. Histoire d'un printemps, qui déroule les événements
jour par jour, est un livre ambitieux, dense et sérieux
: un ton de bédé- reportage, une esthétique
à la Scott McCloud. Instructif mais à lire en plusieurs
étapes. Dans Mai 68. Le pavé de bande dessinée,
la " révolution " est vue par un collectif
de dessinateurs, qui alterne planches illustrées et récits
courts avec des styles divers et une inspiration inégale.
Mention spéciale à Chabouté, Hans et Parel.
Enfin, Tardi, dans N'effacez pas nos traces !, a mis en
images des classiques de la chanson contestataire et des textes
signés et interprétés par son épouse,
la chanteuse Dominique Grange - un CD accompagne l'objet. Tardi
domine le sujet de ses dessins à la gouache.
Évocation
Mai 68, il y a 40 ans
Déjà avant le mois de Mai, en France, 1968 avait
commencé comme l'année des revendications sociopolitiques
qui marqueront le siècle précédents et dont
les conséquences se font encore sentir. En Chine, c'est
la fin de la révolution culturelle ; en Israël, c'est
la naissance du mouvement palestinien ; en Russie et derrière
le rideau de fer, les premiers cris des dissidents commencent
à se faire entendre ; à Prague naît le socialisme
à visage humain et aux États-Unis, face aux manifestations
de la beat generation, les autorités commencent
enfin à admettre que la guerre du Vietnam est un désastre.
Si en fin de compte 1968 sera l'année de toutes les revendications,
celle des jeunes du monde entier interpellant leurs sociétés
respectives pour tenter de prendre en mains leur destin et échapper
à celui dessiné par leurs parents, ce sont les étudiants
français - rejoints par les ouvriers - qui exprimeront
le mieux ce désir de vivre autrement au mois de Mai.
En fait, c'est en mars que commence Mai 68 à l'université
de Nanterre, quand les étudiants commencent à manifester
pour réclamer de meilleurs conditions d'études et
occupent les locaux universitaires. Ce mouvement de protestation
va s'étendre à toutes les universités françaises,
puis gagner les lycées pendant les mois de mars et d'avril.
La droite affirme que le mouvement est mené par des "
"agitateurs étrangers" tandis que le parti communiste
et ses syndicats affiliés l'attribuent à "des
étudiants bourgeois qui n'ont rien de révolutionnaire".
Émerge de ce mouvement, un étudiant allemand aux
cheveux roux et au rire ironique qui va en devenir un des symboles
: Daniel Cohn-Bendit. Le 2 mai, les étudiants de la Sorbonne
décident d'organiser une manifestation de soutien à
leurs camarades de Nanterre privés de cours. Le recteur
de la Sorbonne demande aux CRS d'expulser les étudiants
de l'enceinte universitaire. Les CRS, nargués par les étudiants
depuis le début des manifestations, chargent les étudiants
à la matraque et au gaz lacrymogène. Les étudiants
répliquent avec des slogans, puis avec des pavés,
le Quartier latin devient un champs de bataille et à la
fin de la journée, on compte 100 blessés et près
de 600 étudiants arrêtés, puis condamnés.
La condamnation de ces étudiants provoque une manifestation
de soutien le 6 mai alors que Daniel Cohn- Bendit et dix autres
étudiants sont convoqués par le conseil disciplinaire
de la Sorbonne. Les universités étant fermées,
ce sont près de 50 000 étudiants qui convergent
vers la Sorbonne où les attendent 10 000 CRS. Les affrontements
vont durer douze heures et faire plus d'un millier de blessés.
Si la radio et la télévision d'État minimisent
les événements pour suivre les ordres du gouvernement,
la presse et surtout les radios privées descendent dans
la rue et font vivre l'événement en direct à
la France... Contre l'avis des états-majors politiques
et syndicaux de gauche, les ouvriers se mettent en grève
pour soutenir les étudiants, occupent les usines et paralysent
le pays. Les centrales syndicales finissent par rejoindre le mouvement
et appellent à la grève générale.
Mai 68, la plus grande manifestation populaire depuis la Révolution
française vient de commencer. A la mi-Mai, "les
étudiants sont dans la rue, les ouvriers occupent les usines,
les syndicalistes sont dépassés, le gouvernement
sur le point d'exploser. Le mouvement de protestation des étudiants
de Nanterre est devenue une révolution qui a gagné
toute la France."
Les manifestations, qui dégénèrent en affrontements
contre les forces de l'ordre, se multiplient, comme les barricades,
partout en France et aux quatre coins de Paris. Commencent alors
à se joindre aux manifestants des groupes de loubards de
banlieues qui cherchent systématiquement l'affrontement,
le pillage, l'incendie de voitures et la violence. Ces actes de
violence qui va marquer négativement Mai 68 dans l'opinion
publique. La démission du ministre de l'Éducation,
puis la disparition pendant deux jours du général
de Gaulle, alors président de la République, poussent
les centrales syndicales à crier à la fin du régime
et à organiser une manifestation monstre à Paris
le 29 mai pour demander le départ de de Gaulle. Ce défilé
et le retour du général, qui reprend le discours
de la fermeté, annoncent un remaniement ministériel
et des élections anticipées et va faire réagir
la droite et la pousser dans la rue le 30 Mai. Des centaines de
milliers de manifestants de droite brandissant le drapeau tricolore
et chantant la Marseillaise défilent à Paris et
réclament la remise en ordre et la reprise en mains du
pays. Cette manifestation marque la fin de Mai 68. Les syndicats
suivent le mouvement et lancent les négociations pour la
reprise du travail et les étudiants commencent à
se préparer pour les examens prévus en juin. En
politique, les partis traditionnels reviennent sur le devant de
la scène qu'ils avaient dû céder aux étudiants
pendant tout ce mois de Mai.
La vie semble reprendre son cours normal, mais "en France,
comme a travers le monde, rien ne sera tout à fait comme
avant Mai 68. Le combat fut perdu sur le coup, mais l'influence
et les idées générées par Mai 68 allaient
non seulement demeurer mais influencer des générations
de jeunes étudiants à travers le monde."
Comme ce fut le cas, à Maurice, en mai 1975.
Mai 68 vu par les Français en 2008
La révolution des murs plébiscitée
Alors que renaît chaque année les débat sur
les vertus ou les méfaits de Mai 68, à l'occasion
de son 40 ème anniversaire, chacun y va de son appréciation
sur l'évolution de la société en France et
dans le monde de cet événement qui, quoi qu'on pense,
a pesé sur les grandes démocraties.
Mai 68 est responsable de tout. Nicolas Sarkozy n'a pas hésité
à faire le frémir en agitant à nouveau le
spectre. Il s'agit, selon lui, "de savoir si l'héritage
de Mai 68 doit être perpétué ou s'il doit
être liquidé une bonne fois pour toutes".
Dans cette liquidation seraient visés non seulement les
droits syndicaux, le Salaire minimum et le salaire socialisé,
mais aussi les avancées obtenues, entre autres, par les
luttes féministes. C'était au temps de la campagne
électorale pour la présidentielle...
Depuis, les Français ont eu l'occasion de s'exprimer en
particulier dans un sondage réalisé par le Nouvel
observateur sur leur vision de cette époque. Le sondage
CSA Nouvel Observateur a montré que les français
rejette la vision de Sarkozy : 74% des personnes interrogées
pensent que 68 a eu un effet positif sur la société.
Les trois-quarts des personnes interrogées ne sont pas
d'accord avec le projet éradicateur de Sarkozy en campagne.
Elles pensent que " les reproches que l'on peut faire
sur l'état d'esprit de la société française
ne sont pas liés à Mai 68". Que reste-t-il
de Mai 68? La révolte estudiantine, les barricades, la
Sorbonne, la libération sexuelle et les slogans exaltant
la liberté et le résistance à l'autoritarisme
: "Il est interdit d'interdire" et "Le
pouvoir abuse, le pouvoir absolu abuse absolument". Et
cette photo fameuse entre toutes : le visage d'un rouquin devant
les CRS : Daniel Cohn-Bendit.
Ce dernier a d'ailleurs fait un bilan scrupuleux de cette période
dans un livre paru en avril dernier et dont le titre est évocateur:
"Forget 68". Selon Cohn-Bendit, il n'y a rien
à liquider, bien au contraire, il faut tout réinventer
pour changer la politique. Au Nouvel Obs, il déclarait
récemment: "68, c'est fini. On a gagné."
REPERES
1968: 22 mars
Effervescence dans les universités françaises
Un groupe à tendance anarchiste se crée à
l'université de Nanterre autour de Daniel Cohn-Bendit.
Il s'agit du " Mouvement du 22 mars ". Les étudiants
qui le composent réagissent à l'arrestation de camarades
lors d'une manifestation contre la guerre du Vietnam. Ils occupent
la salle du conseil de la faculté de Lettres. L'occupation
dure et les incidents se multiplient si bien que le recteur décidera
de fermer la faculté le 2 mai.
1968: 2 mai
Fermeture de la faculté de Nanterre
Au cours d'une journée marquée par des rumeurs d'intervention
de l'organisation d'extrême droite Occident contre les gauchistes
du Mouvement du 22 mars, la confusion règne dans la faculté
de Nanterre. A la fin de l'après-midi, le recteur décide
de sa fermeture. Le désordre qui suit donne le point de
départ aux événements de Mai 68.
1968: 3 mai
Premières barricades de Mai 68
La police, à la demande du recteur Jean Roche, fait évacuer
la Sorbonne où se tient un meeting de protestation. Les
étudiants dressent alors des barricades sur le "boul'Mich".
La crise de Mai 68 commence dans les rues du Quartier latin :
barricades, pavés et cocktails Molotov sont les armes des
étudiants contre les matraques et gaz lacrymogènes
des CRS. L'évacuation se déroule sans ménagement
et dans la violence : 600 personnes sont arrêtées.
La révolte, d'abord universitaire, débouchera sur
des grèves et une crise sociale généralisée.
1968: 10 mai
La "nuit des barricades"
La révolte des étudiants atteint son point culminant
dans la nuit du 10 au 11 mai au cours de laquelle étudiants
et CRS s'affrontent dans de véritables combats de rues
: voitures incendiées, rues dépavées, vitrines
brisées, centaines de blessés. Le pays est stupéfait
et l'agitation étudiante, jusque-là isolée,
rencontre alors la sympathie d'une grande partie de l'opinion
publique. Le 13 mai, les syndicats manifesteront avec les étudiants
pour protester contre les brutalités policières
et, le 14 mai, une vague de grèves commencera.
1968: 11 mai
Appel à la grève des syndicats
Suite à la violente nuit de manifestation étudiante
qui se solde par un millier de blessés, le mouvement ouvrier
décide de se joindre à la contestation et appel
à une grève générale pour le 13 mai.
1968: 13 mai
Grande manifestation contre de Gaulle
Les syndicats ouvriers (CGT, CFDT) déclenchent une grève
générale et appellent à rejoindre les étudiants
qui manifestent depuis le début du mois. Une foule de 800
000 personnes (170 000 selon la police) envahit les rues de Paris
aux cris de "10 ans, ça suffit !", en allusion
au dixième anniversaire du retour au pouvoir de de Gaulle.
Les manifestants dénoncent aussi la société
de consommation et le chômage inhérent au régime
capitaliste.
1968: 27 mai
Signature des accords de Grenelle
Les négociations entamées le 25 mai entre le gouvernement,
le patronat et les syndicats, aboutissent aux accords signés
au ministère des Affaires sociales, rue de grenelle. Ils
prévoient l'augmentation du SMIG (salaire minimum) de 25%,
des salaires de 10% et la réduction du temps de travail.
Mais ces concessions ne satisfont pas la base ouvrière
et la grève continue. C'est l'impasse, la crise sociale
de mai 68 débouche alors sur une crise politique. Le 30
mai, De Gaulle annoncera la dissolution de l'Assemblée
et reprendra le pays en main.
1968: 29 mai
De Gaulle s'éclipse à Baden-Baden
Face à l'impasse des événements de Mai 68,
De Gaulle quitte soudainement le territoire français et
se rend en Allemagne, dans la base militaire française
de Baden-Baden. Pendant qu'il s'entretient avec le général
Massu, personne ne sait où est le Président de la
République française.
1968: 30 mai
De Gaulle dénonce la "chienlit"
Après s'être éclipsé une journée
en s'envolant vers Baden-Baden sans même prévenir
son premier ministre, Charles de Gaulle prononce un discours de
fermeté face aux manifestations. Dénonçant
la "chienlit" comme il l'avait déjà fait
le 15 mai, il appelle à une manifestation pour soutenir
le pouvoir en place. Il décide également de dissoudre
l'Assemblée. Ses choix semblent efficaces puisque les contre-manifestations
connaissent un grand succès et que les gaullistes sont
renforcés au Parlement après les législatives
organisées en juin. Mais de Gaulle ne bénéficiera
en fait que d'un sursis d'un an.
1968: 30 juin
Large victoire de l'UDR aux législatives
Suite à la dissolution de l'Assemblée le 30 mai,
De Gaulle a formé un nouveau parti : l'Union pour la Défense
de la République. Bénéficiant de la lassitude
des Français et de l'angoisse du désordre politique,
l'UDR obtient une victoire sans appel avec 293 sièges sur
487. Les événements de Mai 68 sont terminés
: De Gaulle semble être le grand vainqueur, pourtant il
quittera le pouvoir un an plus tard. Quant aux ouvriers, ils ont
obtenu des résultats probants lors des accords de Grenelle.
Les étudiants, à l'origine du mouvement, peuvent
apparaître comme les grands perdants. En réalité,
leur action a fait sauter de nombreux verrous et entrer la France
dans la voie de la modernisation.
1968: 10 octobre
Un nouveau souffle à l'enseignement supérieur
Au lendemain de la crise de mai 1968, Edgar Faure, alors ministre
de l'Éducation nationale, soumet au Parlement une loi modifiant
le fonctionnement des universités. Tenant compte des revendications
étudiantes, cette loi d'orientation assure aux universités
une autonomie plus importante, tant sur le plan financier que
pédagogique.
1969: 28 avril
Charles de Gaulle démissionne
Pour répondre aux désirs de modernisation du pays
exprimés lors des manifestations de 1968, Charles de Gaulle
a préparé une réforme du Sénat accompagnée
d'une loi sur la régionalisation. Il a également
décidé de mettre tout son poids dans cette élection
en annonçant qu'il démissionnerait en cas de victoire
du non. Lorsque les résultats donnant une victoire du non
sont officiellement annoncé, il remet donc sa démission
et quitte définitivement la vie politique française.
Il travaillera alors sur ses Mémoires et rencontrera notamment
Franco.
Musiques du monde - Rythmes africains, discours universel:
Dobet Gnahoré promet du grand spectacle
Dobet Gnahoré est l'une des meilleures représentantes
de "la nouvelle chanson africaine." Voix puissante,
répertoire jazzy ou folk, la charismatique chanteuse ivoirienne
se lance à la conquête du public mauricien le mercredi
28 mai au Conservatoire François Mitterrand.
Dobet Gnahoré a un héritage culturel impressionnant.
Elle est la fille de Boni Gnahoré, maître-tambour,
comédien, chanteur, membre fondateur du village Ki-Yi en
Côte d'Ivoire. C'est là que Dobet a grandi et a appris
les arts de la scène: théâtre, danse, chant,
percussions. Digne fille de son père, elle revisite les
rythmes de la Côte d'Ivoire en y ajoutant sa propre touche
musicale: intonations subtiles et diverses et avec cela un sens
aigu du spectacle. L'on dit que les concerts de Dobet sont "nourris
de ses expériences chorégraphiques et théâtrales.
De quoi nourrir aussi les attentes des fans de la world music
à Maurice.
Dobet Gnahoré porte un regard sur son Afrique natale depuis
son premier album Ano Neko. L'histoire d'Ano Neko
remonte à la rencontre de la jeune chanteuse avec le Français
Colin Laroche de Féline lorsque ce dernier a débarqué
dans le village d'artistes de Ki Yi M'Bock. Le Français
avait quelque peu délaissé sa formation jazz classique
pour se frotter aux rythmes africains. Un deuxième album
de Dobet Gnahoré, Na Afriki a permis à la
jeune chanteuse de faire entendre sa voix et les rythmes pan-africains
interprétés dans différentes langues. Les
styles visités dans Na Afriki vont de la ballade
sénégalaise à la rumba zaïroise dans
les langues bambara, wolof ou le français. Un répertoire
qui parle de l'Afrique d'aujourd'hui, des maux de nos sociétés.
Le tout formant un discours universel. Le deuxième album
de Dobet a définitivement fait exploser sa musique et l'a
consacrée comme voix originale de la nouvelle chanson africaine.
Depuis son deuxième album, Dobet Gnahoré a entamé
un véritable tour du monde pour défendre un répertoire
qui mêle tous les registres, du chant incantatoire à
la ballade.
A découvrir les intonations tantôt graves, tantôt
aïgues de l'artiste et sa prestation chorégraphique
le mercredi 28 mai au Conservatoire François Mitterrand.
La première partie du spectacle sera assurée par
Alain Auriant. Un belle soirée en perspective à
l'initiative du Centre Culturel Charles Baudelaire.
Un conte africain
C'est l'histoire d'une fille de douze ans qui de sa voix clair
et chagrinée, supplie son père dans un jeu de séduction,
de ne pas l'envoyer à l'école. "Papa, je ne
veux plus aller à l'école. Je veux rester au village
comme toi." Dobet obtient gain de causes. Elle reste au village
et apprend les arts de la scène. En 1996, un jeune Français
Colin vient partager la musique et le cur de Dobet. Naissent
des compositions, un premier album Ano Neko (Créons
ensemble, en Dida) et la formation d'un quartet (avec le choriste-bassiste
Nabil Mehrezi et le percussionniste Laurent Rigaud) pour des tournées
dans le monde.
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