m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 18 mai 2008



Portrait - Cécile Gonzales, danseuse et chorégraphe
Le presbytère de Saint-François d'Assise aux Pamplemousses - Record du plus vieil édifice paroissial habité
Rencontre - Bert Van Walbeek, "Master in Disaster"
Mai 68 ailleurs dans le monde - Le vent de la révolte pratiquement partout
L'esprit de Mai 68 - L'héritage littéraire à Maurice
Évocation - Mai 68, il y a 40 ans
Mai 68 vu par les Français en 2008 - La révolution des mœurs plébiscitée
Musiques du monde - Rythmes africains, discours universel: - Dobet Gnahoré promet du grand spectacle


Portrait

Cécile Gonzales, danseuse et chorégraphe

Alors qu'en général les Mauriciens qui font de la danse rêvent de commencer ici pour aller ensuite faire carrière à l'étranger, c'est la démarche inverse que tente Cécile Gonzales. Portrait d'une jeune danseuse et chorégraphe pleine d'énergie qui a décidé de venir pratiquer son métier à Maurice en lançant, avec d'autres artistes, une compagnie qui sort de l'ordinaire.

Née d'une mère mauricienne et d'un père franco- espagnol, Cécile Gonzales a vécu son enfance au Tchad, dans une petite plantation sucrière avant d'être envoyée à Paris pour ses études secondaires. Après avoir commencé avec le piano, la natation et la danse, elle décide de se lancer dans cette dernière matière où elle se sentait beaucoup plus à l'aise. Au point où se parents lui font suivre un programme sports-études dans des classes spécialisées. "A partir de ce moment, et tout en faisant mes études classiques, je suis entrée dans le programmes des danseuses, c'est-à-dire, une suite ininterrompue de cours et de concours pour obtenir des diplômes en danse contemporaine. Je suis devenue une espèce de bête à concours à Metz et à Lyon, avant d'aller à Paris après avoir passée mon bac." Dans la capitale française, Cécile, tout en travaillant à côté pour subvenir à ses besoins et faire des économies, passe des auditions pour essayer de se faire engager dans une troupe. Comment se passaient ces auditions ? "Comme les concours auxquels les danseurs apprennent à se préparer. On n'est, en général, qu'un numéro parmi cent, parfois deux cents candidats qui se présentent en ligne de dix ou de douze devant un jury pour une période limitée de temps. En une minute trente, on doit trancher sur le lot, se faire remarquer et séduire le jury pour faire partie des deux ou trois sélectionnés. On met tout ce qu'on peut et sait faire dans cette audition. On a peur, les candidats ne se parlent pas. Quand on n'est pas choisi, ce qui est souvent le cas, on sort de l'audition anéanti, puis on s'habitue et on recommence." Cécile se rend bien vite compte qu'elle est trop jeune pour enseigner et déjà trop vieille pour entrer dans une compagnie et décide de faire une formation pédagogique de trois ans pour pouvoir enseigner la danse. C'est après avoir obtenu son diplôme, encore un, que Cécile obtint ce qui est pour elle un véritable cadeau du ciel : une bourse d'une année au cours que donne Merce Cunningham, à New York, une des légendes de la danse contemporaine. "C'était le rêve, le bonheur absolu, une année au paradis. J'avais trouvé ce que je voulais faire dans la vie, mais cela n'a duré qu'un an, le temps de la bourse, Mais, pour être honnête, ce paradis a débuté comme un enfer. Pendant les premiers mois du cours, j'ai vécu trois mois de vraie souffrance à cause du rythme à imprimer à mon corps pour pouvoir suivre les cours. Je rentrais tous les soirs le corps en feu, les pieds en sang et je passais la nuit à pleurer. Puis, quand mon corps s'est adapté aux exigences physiques demandées, j'ai vécu neuf mois de magie totale avec un corps sans limites et sans douleur qui pouvait tout danser." Après un an à New York, Cécile rentre à Paris avec un atout professionnel énorme : "Je savais ce que je pouvais faire de mon corps, j'avais amélioré ma technique après avoir travaillé sous la direction de mon idole. Je suis rentrée à Paris en découvrant que je n'avais plus envie de danser comme avant, que je ne voulais plus passer des concours. J'ai travaillé un an à gauche et a droite, je n'avais plus envie de danser comme interprète dans une troupe, mais je n'en étais pas sûre. Je suis allée poursuivre ma réflexion pendant un an en Australie au cours d'une période sabbatique, puis j'ai décidé de rentrer définitivement à Maurice où je n'avais passé que des vacances jusqu'alors."

"Ce que je fais au niveau professionnel, à Maurice, m'apporte trois fois plus que ce que j'ai pu faire à l'étranger "

Quand on a dansé en Europe, quand on a étudié chez Merci Cunningham, aux États-Unis, pendant une année, est-ce que venir s'installer a Maurice n'est pas professionnellement un enfermement ? "Maurice peut paraître petit, mais mon cœur est ici, à la base. C'est ici que je voulais revenir après tous mes voyages, car c'est le seul endroit où je me lève le matin et je me sens totalement bien. Ce que je fais au niveau professionnel à Maurice m'apporte trois fois plus que ce que j'ai pu faire à l'étranger. J'ai plus de bonheur à exercer mon métier ici qu'ailleurs. Si vous voulez être danseuse dans une compagnie internationale, si vous voulez faire carrière, évidemment ce n'est pas à Maurice qu'il faut venir. Mais moi, je suis dans une autre démarche. Je suis venue ici pour travailler à mon rythme, avec mon expérience. Je suis heureuse et c'est sans doute le plus important dans la vie. J'ai peut-être la tête dans les étoiles, mais j'ai les pieds bien sur terre, dans le sable. C'est une idée que je porte en moi depuis des années. J'ai définitivement posé mes valises à Maurice pour le moment. Je dis pour le moment, car on ne peut jamais dire de quoi sera fait l'avenir. Mais j'ai le sentiment que ce moment va durer quelques temps, car il y a des choses à faire ici, au niveau artistique." Arrivée à Maurice, en Août de l'année dernière, Cécile Gonzales est rapidement introduite dans le milieu artistique mauricien et participe en tant que danseuse et chorégraphe à divers spectacles. Puis, elle commence à parler d'une idée qui lui trotte dans la tête depuis son arrivée et qui se concrétisera au début de l'an 2008 par la formation d'une compagnie : OMADA, qui veut dire groupe en grec. "C'est une compagnie d'art et de spectacle composée de cinq associés à part égale, Eva Caillé et Tabo Legrand qui sont des danseurs comme moi et Frédéric et Guillaume Antoinette qui sont dans l'audiovisuel. OMADA est une compagnie qui veut rassembler, dans le cadre de projets ponctuels, le plus d'artistes possibles dans tous les champs possibles pour essayer de changer les lois du spectacle à Maurice. Nous voulons faire sortir le spectacle dans les lieux où on le comprime en général. Nous proposons à ceux qui organisent des événementiels des artistes capables de s'adapter à une idée, d'évoluer dans un site ou une situation. Nous pouvons analyser le lieu, étudier le thème ou la marque et y incorporer la musique, la danse, le chant ou n'importe quel autre forme artistique à la demande." Mais est-ce qu'OMADA ne vient pas marcher sur les plates-bandes des compagnies mauriciennes spécialisées dans l'organisation d'événementiels ? "Pour l'instant, on n'a pas les moyens de monter un spectacle public, mais proposons nos services au secteur hôtelier et aux maisons de commerce sans pour autant faire concurrence aux groupes qui existent. Mais attention : nous ne voulons pas intervenir dans un hôtel une fois par semaine, il y a des artistes qui le font et le font très bien. Nous travaillons sur des événements particuliers. Nous ne sommes pas une boîte d'événementiels mais une compagnie d'art et de spectacles qui va travailler pour les boites d'événementiels sur des projets définis. Nous voulons être un réservoir de possibilités artistiques dans lequel ceux qui ont besoin de lancer un événement peuvent venir puiser." Mais les ambitions d'OMADA ne se limitent pas seulement à être un réservoir artistique. "A l'avenir nous souhaitons faire des créations non seulement pour des événementiels, mais aussi des spectacles pour le public, avec le concours d'artistes étrangers invités dans tous les domaines. Nous aimerions aussi créer une fondation d'art et de spectacle avec des studios de danse, d'audiovisuel, de musique, dans une structure qui nous permette de donner des cours, de créer des spectacle." En attendant, OMADA s'est présentée à ses clients potentiels à travers un spectacle de lancement joué samedi dernier "dans un campement privé au bord d'un lagon pour justement sortir le spectacle de ses repères traditionnels. C'est un spectacle qui a été travaillé dans la tête avant d'être travaillé dans le corps par rapport au site en proposant trois grands tableaux entrecoupés de bande son et de musique live. Ce spectacle dont j'ai proposé l'idée de départ a été accepté, je l'ai chorégraphié et mise en place avec l'aide de l'équipe. Ce spectacle va montrer dans le concret que ce que les cinq associés du groupe, qui sont cinq planètes différentes, mais complémentaires, peuvent proposer."

A l'heure où ce texte est écrit, le lancement d'OMADA n'avait pas encore eu lieu. L'avenir nous dira rapidement si le spectacle annoncé était à la dimension des attentes suscitées par les propos de sa principale conceptrice. Mais une chose est certaine : avec son expérience et son énergie, Cécile Gonzales va sûrement faire parler d'elle à Maurice.


Le presbytère de Saint-François d'Assise aux Pamplemousses

Record du plus vieil édifice paroissial habité

En ce mois de mai, le presbytère de St-François d'Assise aux Pamplemousses (du moins le rez-de-chaussée dont la maçonnerie est telle qu'elle était au moment de l'acquisition du bâtiment par la Compagnie française des Indes Orientales le 26 mai 1743 pour le compte de l'Église) a 265 ans révolus et a encore de beaux jours devant lui, surtout depuis des travaux de restauration et de rénovation qui y ont été faits en 1998 pour son 255e anniversaire. Le lieu est toujours occupé par le clergé affecté au fonctionnement et à l'animation de la paroisse, ce qui en fait le plus vieil édifice paroissial servant de logement aux prêtres dans l'île.

Toutefois, il est utile de tenir compte du fait que le bâtiment ainsi que la propriété dont la Compagnie des Indes a fait l'acquisition en 1743, appartenaient antérieurement à M. Boucher, officier de garnison, qui lui-même les a achetés de M. Samson - ou 'Sanson' comme orthographié par William Edward Hart (1). Cela fait du bâtiment converti en presbytère en 1743, un contemporain des bâtiments civils et militaires tels l'Hôtel du Gouvernement ( dont les bases sont déjà jetées sous l'administration du Gouverneur Maupin, mais solidement développées par son successeur La Bourdonnais), l'hôpital militaire sur le front de mer et les casernes dont la construction est initiée par La Bourdonnais dans les années 1730-1740. C'est La Bourdonnais lui-même qui propose aux autorités ecclésiastiques de l'époque la propriété de l'officier Boucher "pour servir d'église et de presbytère avec une portion pour le cimetière".(2) Effectivement, aussitôt l'acquisition conclue, le rez-de-chaussée est converti en complexe paroissial, moitié servant d'église et moitié de presbytère.(3)

Les prestigieux témoins de l'inauguration de l'église/presbytère

La conversion de la maison de M. Boucher (acquise par la Compagnie des Indes suivant une décision arrêtée par le Conseil Supérieur de l'Isle de France le 25 avril 1742) en "église/presbytère" s'est fait le 26 mai 1743 en présence de deux témoins qui jouissent d'un prestige certain, étant les épouses des plus hautes personnalités de l'administration francilienne à l'époque. La première est Mme Charlotte Combaut d'Auteuil, épouse de Mahé de La Bourdonnais, gouverneur général des Iles de France et de Bourbon, et la seconde est Mme Michel Duhamel, épouse de Didier de St Martin, directeur général du commerce et commandant des troupes.

Le clergé est présent en force au moment de l'inauguration du complexe et sa conversion en église et en presbytère. Le curé de la paroisse de Saint-François d'Assise, François Rabinel, en prend possession solennellement en présence du vice-préfet apostolique Gabriel Igou et de Messires Dominique Ariette et René du Ruays, prêtres. La présence des membres du clergé, des Mesdames La Bourdonnais et St Martin et "d'autres notables habitants" lors de "la prise de possession solennelle"du lieu qui sert sur le champ de presbytère et d'église. Une plaque commémorative dévoilée par Mgr James Leen, archevêque-évêque de Port-Louis, le 30 mai 1943, pour marquer le bicentenaire de cette prise de possession, rappelle cet événement fondateur de la création de la paroisse de Saint-François d'Assise au quartier des Pamplemousses.

La physionomie du lieu et son usage dans les faits

A quoi ressemble la résidence de l'officier Boucher dont l'Église vient de prendre possession officiellement en ce 26 mai 1743 ? "L'habitation de M. Boucher est construite en pierre de taille. Elle date des premières années de la colonisation française. Elle est vaste et comporte un étage. Elle est bordée sur deux côtés d'une varangue. Au rez-de-chaussée on trouve trois pièces et deux à l'étage, plus un grenier et une cave…La cuisine, ainsi que la salle à manger, sont séparées pour éviter la destruction par le feu, de l'habitation." (2) Toutefois, il n'est pas sûr qu'au moment de l'acquisition en 1743, l'édifice soit doté d'un étage avec deux pièces bien qu'il y ait "un escalier qui monte au grenier"(Idem). Pendant une quinzaine d'années le lieu sert simultanément de presbytère et d'église.

Toutefois, l'utilisation du lieu comme église n'est que provisoire, étant donné qu'un terrain pour la construction d'une église convenable pour la nouvelle paroisse avait déjà été acquis en 1733, sous l'administration du gouverneur général Maupin. Le terrain en question, appartenant à M. Samson, capitaine de Bourgeoisie du Quartier, se trouve à quelques mètres du nouveau complexe ecclésial utilisé comme presbytère et église. Une pierre est même gravée sur le lieu portant l'inscription "Hic Arcam Federis" (Ici tu édifieras le sanctuaire), pour marquer l'emplacement de la future église. (Idem) Mais le projet a dû être gelé en raison du coût prohibitif de l'édifice, un gel qui a duré une bonne dizaine d'années, car ce n'est qu'en 1753 que les travaux de construction de l'église paroissiale ont démarré pour se terminer aux alentours de 1756.

Une quinzaine d'années comme lieu de prière

En attendant que l'église paroissiale projetée soit construite, les services religieux se déroulent dans un espace adjacent au presbytère. Quatre membres du clergé serviront l'église provisoire de 1743 à 1757, dont le premier est le père François Rabinel, lazariste. Son successeur à la modeste église est le père Jean-Dominique Ariet (1746-1748). Ce dernier, également lazariste, est excellent éducateur. Il met sa compétence pédagogique au bénéfice de ses paroissiens en ouvrant une humble école dans une des salles du presbytère, devenant ainsi un véritable pionnier dans le domaine de l'éducation dans la colonie.

Le père J.D. Ariet, connu aussi pour la catéchisation des esclaves, est mort à l'âge de 39 ans. Il est inhumé dans le cimetière paroissial où sa tombe s'y trouve toujours. Une simple inscription paraît sur son épitaphe::

Ci-git

le corps de M. Jean-Dominique Ariet

curé de cette paroisse. Agé

de 39 ans, décédé le 22

juillet 1748, requiesca in pace

Après le décès du père J.D. Ariet, ce sont les ères Grégoire Delfolie (1748-1749) et Pierre Joseph Massolini (1749-1750) qui occupent le presbytère/église de Pamplemousses.

Presbytère à part entière à l'ouverture de Saint-François d'Assise

Au cours de ces 250 dernières années, l'ancienne résidence de M. Boucher sert de presbytère exclusivement, les fidèles se réunissant, à partir du milieu des années 1750, en l'église Saint-François d'Assise dont la construction a enfin abouti. Situons le presbytère et l'église Saint-François d'Assise pour les visiteurs d'aujourd'hui, tels qu'ils se dressent le long de la rue Poivre qui fait face à l'entrée principale du jardin botanique de Pamplemousses. En regardant en direction de cette entrée, on a, à sa gauche, l'église Saint-François d'Assise et, à sa droite, le presbytère. Les deux édifices ont connu récemment d'importants travaux de rénovation. (4)

Revenons en arrière, à l'époque où la Compagnie des Indes a fait acquisition de l'ancienne résidence de M. Boucher, qui sert d'église/presbytère au début, pendant une quinzaine d'années, puis de presbytère exclusivement. Une description élaborée de l'édifice est donnée une vingtaine d'années après l'acquisition lorsque la Compagnie rétrocède l'île au roi Louis XIV, mais il n'est pas question d'appartement se trouvant à l'étage :

"Presbytère - couvert de charpente, taillé en pavillon, revêtu en bardeaux, une varangue sur longueur du bâtiment, 9 pieds de large ; aux deux bouts de cette varangue, il a été pratiqué deux cabinets de chacun 7 pieds 6 pouces carrés intérieurement et une salle, une chambre, et 4 cabinets dont un sert de cage pour l'escalier qui monte au grenier. Les faces sont percées de 4 portes et de 4 fenêtres, combles éclairés de 6 lucarnes. Plancher du haut et du bas posé sur les solives de 22 pieds de long sur 9 à 12 pouces de grosseur. Varangue : pavés en carreaux de l'Inde."

Il paraît que ce n'est que vers le milieu du 19e siècle que l'édifice abritant le presbytère est doté de trois chambres à l'étage, avec la toiture toujours revêtue de bardeaux.(2)

Bicentenaire et longévité assurée au 20e siècle

Au 20e siècle, deux événements s'inscrivent dans les annales du presbytère - la célébration de son bicentenaire en 1943 et la restauration de l'édifice en 1998. Pour le bicentenaire, célébré le 30 mai 1943 en la présence de Mgr James Leen, évêque de Port-Louis, et des notables du Comité des Souvenirs Historiques, une plaque commémorative en marbre est apposée au-dessus de la porte d'entrée principale du presbytère, rappelant l'acquisition de l'"habitation du Sieur Boucher" et sa En 1998, en la 255e année de son existence, à l'issue de certains travaux de restauration, les bardeaux qui recouvraient la toiture ont été remplacés par de la tôle nervurée, et la plaque commémorative du bicentenaire a pris place sous la varangue, côté ouest. Des modifications qui ne font qu'assurer la longévité du plus vieil édifice paroissial du pays…


"Pamplemousses, Un Quartier chargé d'histoire" : L'ouvrage le mieux documenté à ce jour

Le livre (216 pages), sorti des presses de l'IPC à Cassis, préfacé par René Forceville, ambassadeur de France, et rédigé par Pierre Claite et un collectif dont les membres du Comité du Vieux Cimetière des Pamplemousses (les pères Gérard Guillemot et Guy Billaud, Mesdames Marie-France Chelin-Goblet et Monique Tyack, MM. Jean Brouard, Gérard Cadet de Fontenay, Patrick Ferrat, Bernard Maurice et Henri Médan) et d'autres collaborateurs, est sur les rayons depuis quelques semaines à peine.

Des lecteurs ont eu entre les mains l'ouvrage, à ce jour, le mieux documenté qui soit sur ce district du nord, et dont l'acquisition en librairie pour Rs 900 et la lecture valent certainement le détour. D'autant plus, qu'une partie substantielle de l'ouvrage est consacrée à une vue d'ensemble du développement et de l'histoire du pays, comme le souligne, à juste titre, le préfacier qui qualifie la démarche de "contribution particulièrement enrichissante à la connaissance de l'île Maurice, de son peuplement, de son histoire."

Sans doute, le Vieux cimetière de Pamplemousses, adjacent au presbytère et lorgnant, de l'autre côté de la rue Poivre, l'église paroissiale Saint-François d'Assise, fait l'objet d'une "approche minutieuse et scrupuleusement documentée" avec, en prime, "une découverte itinérante de nombreux lieux de vie situés dans le quartier de Pamplemousses" en y agrégeant, observe René Forceville, "d'importants éléments d'histoire qui éclairent d'un jour nouveau, la vie culturelle et économique d'un pays en devenir."

Porté par le désir de brasser plus large

L'ouvrage contient aussi un avant-propos signé conjointement par Pierre Claite, président du Comité du Vieux Cimetière de Pamplemousses de 1996 à 2000, et le père Gérard Guillemot, curé de Saint-François d'Assise (Pamplemousses) de 1993 à 1998. Cet avant-propos met en relief toute la démarche entourant la restauration du Vieux cimetière et la remise en ordre des registres, et comment cela a, de pierre en pierre, mené à l'ébauche d'un ouvrage plus ambitieux sur tout le quartier de Pamplemousses tout un jetant regard rétrospectif sur l'ensemble du développement, de la vie et de l'histoire du pays:

"Chemin faisant, ce travail de restauration de monuments historiques a éveillé en nous la conviction qu'il fallait mettre par écrit, non seulement la liste de toutes les personnes identifiées dans ces tombes, mais également faire mémoire de ces nombreuses personnalités qui ont contribué, en leur temps, au développement et à la renommée de notre pays, dont nous bénéficions encore aujourd'hui.

Ces personnes ont vécu dans un contexte donné et à une époque précise. Elles ont habité des endroits connus qu'elles ont, le plus souvent, construits elles-mêmes ; elles ont contribué à certaines créations d'entreprises, à certaines évolutions économiques, sociales ou politiques. Elles ont été à l'origine de certains villages et ont apporté leur contribution à l'embellissement de certains sites. Il n'était donc pas possible de passer tout cela sous silence. Voilà pourquoi nous avons pensé publier ce livre."

Sans doute "Pamplemousses Un Quartier chargé d'histoire" est une formidable œuvre de mémoire contribuant, selon René Forceville, à "un accroissement du patrimoine national, tout au moins à sa préservation". Mais le côté utilitaire de cet ouvrage n'est pas négligeable non plus, comme souligné dans l'avant-propos: "Désormais, le circuit touristique des Pamplemousses devra inclure, outre le jardin botanique, le vieux cimetière, l'église paroissiale et le vieux presbytère plus de deux fois centenaire, récemment restauré, sans oublier la vieille cloche de vaisseau qui porte l'inscription suivante : Combroom William Cokell-Agt-April 1734."


Rencontre

Bert Van Walbeek, "Master in Disaster"

Skal International - Mauritius, association qui regroupe des professionnels du secteur touristique local, vient d'organiser un séminaire sur le "risk prevention and crisis management in tourism and related activities". Le conférencier invité était Bert Van Walbeek, spécialiste de la question et "Master in Disaster". Il nous a fait un résumé de ce séminaire qui a eu un énorme succès.

Hôtelier, conférencier et spécialiste du marketing touristique, le hollandais Bert Van Walbeek a travaillé en Europe et en Amérique du Nord avant de choisir de s'installer en Asie en 1985, plus précisément en Thaïlande. C'est à la fin des années 80, alors qu'il travaillait pour le groupe Sheraton, que Bert Van Walbeek est confronté aux conséquences découlant de la première Guerre du golfe sur le tourisme. Il propose alors le concept "Back to normal", qui est adopté par un nombre conséquent de groupes hôteliers. Il continue à développer le concept qui est aujourd'hui une des propositions de The Winning Edge (la compagnie de consultants qu'il a créée il y a quelques années), donne des conférences et anime des séminaires sur ce thème dans toute l'Asie. C'est lors d'une de ces conférences donnée, à l'invitation de la Tourism Authority de Macao, que Bert Van Walbeek a été invité par Skal International - Mauritius.

Qu'est-ce qu'un "Master in Disaster" ? "C'est quelqu'un qui sait comme faire face aux situations de crise et qui a été préparé pour éviter que ce genre de situations ne se transforme en désastre. Plus on pratique le risk management, moins on est exposé aux situations de crise. L'actualité offre un exemple terrible des conséquences qui peuvent découler d'une situation de crise non envisagée avec le passage du cyclone Nargis sur une partie de la Birmanie. Si les précautions nécessaires avaient été prises, si les informations nécessaires avaient été diffusées, si les risques avaient été évalués correctement, si les responsables avaient assumé leur responsabilité - on n'aurait certes pas pu détourner le cyclone de sa trajectoire -, mais on aurait pu limiter les dégâts en pertes de vies humaines. Prévenus à temps, les Birmans auraient eu la possibilité de se mettre à l'abri. Il y aurait eu des dégâts certes, mais à un degré moindre que ce qui a été enregistré. De manière générale, ceux qui travaillent dans le secteur touristique n'aiment pas parler de mauvais temps ou de possibilités de catastrophes, c'est la spécificité du métier, affirme Bert Van Walbeek. "Mais une chose est de ne pas en parler, une autre de ne pas les envisager. Nous sommes là pour offrir détente et moments de bonheur et de bien-être à nos clients, mais il faut également ne pas négliger les dangers qui peuvent affecter cette situation et se préparer discrètement mais fermement à toute éventualité. Le risk management est un concept relativement nouveau dans le tourisme. Tous les responsables d'hôtels ont toujours veillé à la sécurité de leurs hôtes et au bon état de leurs infrastructures. Mais cela faisait partie des précautions générales alors qu'aujourd'hui la risk prevention est un sujet primordial à lui tout seul. Aujourd'hui, le touriste demande des destinations sécurisées. La sécurité est devenue un élément aussi, sinon plus important, que le coût dans le budget du touriste. Il demande de plus en plus de garanties sur la sécurité de la destination non seulement au niveau des conflits armés ou des possibilités d'attentats mais également au plan des risques sanitaires. Surtout depuis le 11-Septembre, le conflit du Moyen Orient, les attentats en Egypte et à Bali, le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et le chikungunya."

"La sécurité est devenue un élément aussi, sinon plus important, que le coût dans le budget du touriste"

Peut-on dire que le secteur hôtelier est mieux préparé aujourd'hui à ces risques ? "Ca commence à venir dans le tourisme alors que l'aviation a des règles de sécurité très strictes depuis des années et qu'elle les renforce constamment. Ca commence à venir dans le secteur hôtelier surtout en raison de la pression des consommateurs de plus en plus exigeants dans ce domaine. Ils posent des questions qu'ils n'avaient jamais abordées auparavant au moment de réserver leurs places. Ils sont capables de changer de destination ou de ne pas voyager s'ils ne sont pas satisfaits des conditions de sécurité.

"En Thaïlande le secteur touristique a été contraint de revoir tout son système de sécurité qui, dans beaucoup de cas, était réduit à sa plus simple expression pour ne pas dire inexistant. À cet égard, le tsunami a obligé les Thaïlandais à prendre des précautions dans tous les secteurs. Les constructions sont plus solides et le système électrique, téléphonique et informatique ont des back up." Avec la destruction de tout leur réseau informatisé sans aucun back up, les hôteliers thaïlandais se sont retrouvés dans une situation où ils ne pouvaient même pas indiquer aux parents des victimes les numéros des chambres que ces derniers occupaient. Des hôteliers thaïlandais sont passés à l'autre extrême : ils ont installé des systèmes d'alerte qu'ils font fonctionner à chaque fois qu'un VIP visite Phuket. Cela est devenu une habitude. Du coup, à chaque fois que le signal se fait entendre les habitants de Phuket disent " Tiens ! il y a un VIP dans les environs ". Puisqu'on parle du tsunami je crois qu'il faut souligner une information essentielle concernant le risk management ; malgré toute son horreur le tsunami a fait moins de dégâts au sein de l'industrie touristique thaïlandaise que le SRAS. Le tsunami a fait des victimes à Phuket et dans la région, pas sur l'ensemble de la Thaïlande, tandis que le SRAS a eu des répercussions sur l'ensemble du pays et toute l'Asie.

"Qu'avez-vous dit aux participants mauriciens qui disent tous avoir été impressionnés par votre conférence ?" Je crois que j'ai été un eye opener pour eux dans ce domaine. Je crois qu'ils étaient conscients du problème de manière vague, inconsciente même et que je suis venu les interpeller à haute voix. J'ai été moi aussi étonné de la qualité de leur participation dans les groupes de discussion sur le sujet. Je crois qu'il y a définitivement une prise de conscience, au point où les animateurs ont eu beaucoup de peine à respecter les horaires tant le sujet a suscité des réactions de la part des participants. J'ai été également agréablement surpris que le ministre du Tourisme ait passé la journée entière à suivre les différentes étapes de la conférence. Généralement les ministres viennent pour prononcer le discours d'ouverture de la conférence et disparaissent vite fait après. J'ai eu l'occasion de discuter avec le ministre mauricien du Tourisme qui est très concerné par le sujet, surtout après le chikungunya. Si l'intérêt et la pression viennent d'en haut il ne fait aucun doute que les choses vont aller vite à Maurice dans le domaine de la risk prevention".

Peut-on traiter à fond d'une question aussi importante pour l'industrie touristique mauricienne au cours d'un séminaire étalé sur deux jours ? "L'objectif de cette première conférence était de créer l'awareness, de donner une idée de l'étendue du problème, de résumer le dossier, les précautions à prendre, les manières de réagir pour améliorer ce qui existe déjà. Je devrais normalement être de retour à Maurice au mois d'août pour un suivi de la conférence. J'ai soumis une série de recommandations au ministre et j'attends sa réaction. L'étape suivante devrait être, je l'ai dit lors du séminaire, la constitution d'une petite équipe pour travailler sur les risques auxquels Maurice pourrait avoir à faire face et surtout les solutions à envisager pour les éviter ou les affronter.

"Faut-il aller, pour prendre les précautions indispensables, jusqu'à nommer un risk ou disaster manager dans chaque établissement hôtelier ?" Certaines chaînes internationales ont créé ce genre de postes. Je crois que ce type de fonctions va rapidement se multiplier en même temps que les demandes des clients. Il n'est pas nécessaire d'avoir une personne dans chaque établissement mais une ou deux personnes pouvant couvrir un secteur géographique ou un petit pays comme Maurice. "

Questionné sur ses sentiments quant à la sécurité touristique à Maurice, Bert Van Walbeek précise que bien qu'il n'ait passé que quelques jours à Maurice, il trouve "qu'il existe un safe feeling ici". Et de souligner : "Ce sentiment recoupe d'ailleurs les recommandations des magazines et autres blogs touristiques qui décrivent Maurice comme une destination safe. On m'a beaucoup parlé de voleurs à la tire et d'agressions de touristes. Je voudrais dire, sans les minimiser, que ce genre de petty crimes existe toujours dans les destinations touristiques."


Mai 68 ailleurs dans le monde

Le vent de la révolte pratiquement partout

Aux États-Unis, peu avant que les émeutes de Mai 58 en France, le président Lyndon Johnson était contraint de se retirer de la course présidentielle à cause de mouvements estudiantins de rues trop importants et hostiles à son gouvernement. Pendant cette même période, nombreux étaient les étudiants américains qui épousaient les idées de Martin Luther King Jr, qui devait finalement être assassiné le 4 avril de la même année. Tout de suite après l'assassinat de cette figure emblématique de la lutte en faveur des droits des Américains de couleur, des étudiants révoltés occupent l'université de Colombia et finissent même par provoquer sa fermeture.

Le 2 octobre 1968, alors que la France panse encore ses blessures d'un mois de mai sanglant et violent, dix jours avant le début de ses jeux olympiques, une manifestation estudiantine tourne à la fusillade à la place de Las Tres Culturas, à Tlatelolco. Alors qu'aux États-Unis et en Allemagne, les mouvements estudiantins étaient peu soutenus, en Argentine et en Italie, la classe ouvrière s'est jointe au mouvement estudiantin afin de créer une société différente, fondée sur l'égalité des classes.

En Belgique, les étudiants de l'université flammande, Katholieke Universiteit Leuven, protestent contre la prédominance de la langue française à l'université. Ce mouvement devait provoquer la création d'une autre université - francophone celle-là -, à savoir : l'université Catholique de Louvain.

En Europe de l'Est, les étudiants ne sont pas restés inactifs non plus. S'inspirant de leurs camarades de l'Ouest, les étudiants polonais et yougoslaves protestent énergiquement contre les restrictions à la liberté d'expression imposées par les régimes communistes prévalant dans leurs pays respectifs. En Tchéquoslovaquie, le fameux "printemps de Prague" devait permettre un élargissement de la liberté politique jusqu'à son écrasement par l'Union Soviétique et ses alliés signataires du pacte de Varsovie.

En Amérique du Sud, notamment au Brésil, les étudiants se révoltent contre la dictature militaire. Les étudiants sont sur tous les fronts, combattent farouchement les forces de l'ordre et créent leur propre milice, qui va jusqu'à orchestrer le kidnapping d'un certain nombre de diplomates étrangers en poste dans leur pays. Ainsi, dans le but d'imposer au régime militaire la libération de leurs camarades révolutionnaires, la milice estudiantine kidnappe l'ambassadeur Américain, Charles Burke Elbrick en 1969. L'escalade de la révolte estudiantine au Brésil devait déboucher sur la déclaration de l'acte institutionnel N° 5, qui consolida le pouvoir absolu de la dictature militaire, provoqua le démantèlement du congrès et la révocation des droits constitutionnels des citoyens brésiliens.


L'esprit de Mai 68

L'héritage littéraire à Maurice

La littérature mauricienne n'est sans doute pas sortie indemne de ce qui s'est jouée en 1968. Les témoins, héritiers, écrivains et poètes revisitent Mai 68 du côté de la littérature et se livrent en même temps à une réflexion sur l'héritage actuel des luttes politiques, sociales, culturelles et écologistes dès le début des années 60. Dev Virahsawmy a choisi de nous parler de la fracture dans l'intimité de son œuvre provoquée par cette série de transformations culturelles et idéologiques.

Dev Virahsawmy fait ressortir d'emblée l'influence de ces bouleversements intervenus dans le monde dans les années 60 sur sa pensée et son œuvre. Le poète, écrivain, dramaturge nous raconte qu'il a vécu en Écosse de 1963 à 1967. L'auteur replace l'héritage de Mai 68 dans son contexte historique. Les années 60 ont vu le mouvement des hippies aux États-Unis, les Rolling 60s en Angleterre. Selon Dev Virahsawmy, après la Deuxième Guerre mondiale, on a assisté au développement économique et à une expansion du capitalisme. C'est dans ce contexte de développement matériel qu'il faut situer les "Babyboomers", nous dit-il. Il y avait ce désir de contester l'establishment, de vivre autrement avec plus de liberté. Dev Virahsawmy rend compte des mouvements déterminants dans son cheminement culturel : l'influence des Beatles, les chansons engagées de Bob Dylan. Côté littérature, il y a eu l'influence de Harold Binter (dramaturge, homme de gauche). Deux pièces de théâtre, dont The Caretakers, signalent une nouvelle approche de l'écriture théâtrale. Le théâtre de Binter est connu pour son engagement pour un monde meilleur. ll y a aussi l'influence exercée par les œuvres de Jean-Paul Sartre, écrivain engagé et les travaux féministe de Simone de Beauvoir (en France) et Germaine Greer (en Angleterre). Il y a surtout la révolution linguistique qui séduit. Il y avait une approche différente à la langue, raconte Dev Virahsawmy, avec la contestation des normes imposées par les universitaires. Et pour compléter cette série de transformations culturelles et idéologiques, il faut mentionner le grand développement qu'il y a eu au niveau de la théologie de la libération. Dev Virahsawmy parle de l'influence de ces bouleversements sur ses œuvres. Il donne en exemple sa pièce Li, dans laquelle il y a une façon de voir la théorie de la libération. La pièce s'achève par une mobilisation populaire qui mène à un changement de la société. Autre élément à souligner : le personnage féminin d'Angèle qui prend conscience du combat qu'il lui faut mener. Poursuivant sur les grandes influences, Dev cite son texte Lafime dan lizié qui est une reprise de la fameuse Smoke in your eyes des Platters.

A la question : que reste-t-il de l'esprit de Mai 68 ? Dev Virahsawmy se livre à une réflexion sur l'aspect "libération des mœurs" que ce grand mouvement social de l'après-Deuxième guerre mondiale en Europe a provoqué. Mai 68 nous a permis de jouir d'une plus grande liberté. Se référant au discours dans lequel Nicolas Sarkozy stigmatisait Mai 68, il fait ressortir que ce dernier s'attaque là à sa propre base culturelle. Notre interlocuteur met l'accent sur une autre dimension : "Mai 68, c'est la révolution culturelle du capitalisme." Le néocapitalisme, dit-il, a fait surface. Et il s'agit aujourd'hui de voir au niveau mondial comment arrêter le massacre issu du néolibéralisme, en matière de réchauffement climatique, par exemple. Il nous faut penser, dit-il, en conclusion, le partage sinon la Terre ne pourra pas nourrir nos ambitions matérielles.

Préoccupés en 68 par les questions d'indépendance (Mars 68), nos intellectuels parlent aussi de Mai 68 et revisitent les événements en évoquant l'héritage littéraire reçu.


Les livres sur Mai 68: Des barricades aux pavés

De nombreux livres permettent de revenir sur les événements de Mai 68 au travers du prisme éditorial (livres en tout genre).

Voici quelques-unes de ces parutions :

Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy, André et Raphaël Glucksmann, Ed. Denoel, 2008. Les auteurs interrogent l'identité nationale française contemporaine et font le bilan des pratiques politiques développées par la gauche soixante-huitarde, de son ancrage au monde et de la réalité de son influence. L'ouvrage s'articule autour du discours de Bercy d'avril 2007, dans lequel N. Sarkozy stigmatisait Mai 68.

1968-2008 : faut-il liquider l'esprit de mai, Daniel Cohn -Bendit (Ed. de l'Aube, 2008). Il s'agit là d'un témoignage sur les bouleversements intervenus à travers le monde en 1968 par l'un des acteurs du mouvement en France.

Ce livre sera " le " livre de la commémoration de Mai 68. En raison de la personnalité de son auteur principal bien sûr, Daniel Cohn-Bendit, avec son témoignage, sa mémoire, ses anecdotes et ses réflexions.

68 mon amour, Daniel Picouly (Grasset 2008). La journée du 29 mai 1968 est racontée heure par heure : d'un côté, de Gaulle en héros fatigué ; de l'autre, un étrange couple composé d'une nymphomane et d'un anar en fauteuil roulant, qui déambulent dans Paris armés d'une grenade.

Ecrire, mai 68, Dominique Viart (Argol éditions, 2008). 40 écrivains et poètes revisitent la littérature et la poésie de l'époque, 40 ans plus tard. Engagés en Mai 68 dans des mouvements collectifs, ils rendent compte de ces instants déterminants de la pensée française.


MAI 68 en BD

Les pavés historiques déboulent aussi en BD et Mai 68. Histoire d'un printemps, qui déroule les événements jour par jour, est un livre ambitieux, dense et sérieux : un ton de bédé- reportage, une esthétique à la Scott McCloud. Instructif mais à lire en plusieurs étapes. Dans Mai 68. Le pavé de bande dessinée, la " révolution " est vue par un collectif de dessinateurs, qui alterne planches illustrées et récits courts avec des styles divers et une inspiration inégale. Mention spéciale à Chabouté, Hans et Parel. Enfin, Tardi, dans N'effacez pas nos traces !, a mis en images des classiques de la chanson contestataire et des textes signés et interprétés par son épouse, la chanteuse Dominique Grange - un CD accompagne l'objet. Tardi domine le sujet de ses dessins à la gouache.


Évocation

Mai 68, il y a 40 ans

Déjà avant le mois de Mai, en France, 1968 avait commencé comme l'année des revendications sociopolitiques qui marqueront le siècle précédents et dont les conséquences se font encore sentir. En Chine, c'est la fin de la révolution culturelle ; en Israël, c'est la naissance du mouvement palestinien ; en Russie et derrière le rideau de fer, les premiers cris des dissidents commencent à se faire entendre ; à Prague naît le socialisme à visage humain et aux États-Unis, face aux manifestations de la beat generation, les autorités commencent enfin à admettre que la guerre du Vietnam est un désastre. Si en fin de compte 1968 sera l'année de toutes les revendications, celle des jeunes du monde entier interpellant leurs sociétés respectives pour tenter de prendre en mains leur destin et échapper à celui dessiné par leurs parents, ce sont les étudiants français - rejoints par les ouvriers - qui exprimeront le mieux ce désir de vivre autrement au mois de Mai.

En fait, c'est en mars que commence Mai 68 à l'université de Nanterre, quand les étudiants commencent à manifester pour réclamer de meilleurs conditions d'études et occupent les locaux universitaires. Ce mouvement de protestation va s'étendre à toutes les universités françaises, puis gagner les lycées pendant les mois de mars et d'avril. La droite affirme que le mouvement est mené par des " "agitateurs étrangers" tandis que le parti communiste et ses syndicats affiliés l'attribuent à "des étudiants bourgeois qui n'ont rien de révolutionnaire". Émerge de ce mouvement, un étudiant allemand aux cheveux roux et au rire ironique qui va en devenir un des symboles : Daniel Cohn-Bendit. Le 2 mai, les étudiants de la Sorbonne décident d'organiser une manifestation de soutien à leurs camarades de Nanterre privés de cours. Le recteur de la Sorbonne demande aux CRS d'expulser les étudiants de l'enceinte universitaire. Les CRS, nargués par les étudiants depuis le début des manifestations, chargent les étudiants à la matraque et au gaz lacrymogène. Les étudiants répliquent avec des slogans, puis avec des pavés, le Quartier latin devient un champs de bataille et à la fin de la journée, on compte 100 blessés et près de 600 étudiants arrêtés, puis condamnés. La condamnation de ces étudiants provoque une manifestation de soutien le 6 mai alors que Daniel Cohn- Bendit et dix autres étudiants sont convoqués par le conseil disciplinaire de la Sorbonne. Les universités étant fermées, ce sont près de 50 000 étudiants qui convergent vers la Sorbonne où les attendent 10 000 CRS. Les affrontements vont durer douze heures et faire plus d'un millier de blessés. Si la radio et la télévision d'État minimisent les événements pour suivre les ordres du gouvernement, la presse et surtout les radios privées descendent dans la rue et font vivre l'événement en direct à la France... Contre l'avis des états-majors politiques et syndicaux de gauche, les ouvriers se mettent en grève pour soutenir les étudiants, occupent les usines et paralysent le pays. Les centrales syndicales finissent par rejoindre le mouvement et appellent à la grève générale. Mai 68, la plus grande manifestation populaire depuis la Révolution française vient de commencer. A la mi-Mai, "les étudiants sont dans la rue, les ouvriers occupent les usines, les syndicalistes sont dépassés, le gouvernement sur le point d'exploser. Le mouvement de protestation des étudiants de Nanterre est devenue une révolution qui a gagné toute la France."

Les manifestations, qui dégénèrent en affrontements contre les forces de l'ordre, se multiplient, comme les barricades, partout en France et aux quatre coins de Paris. Commencent alors à se joindre aux manifestants des groupes de loubards de banlieues qui cherchent systématiquement l'affrontement, le pillage, l'incendie de voitures et la violence. Ces actes de violence qui va marquer négativement Mai 68 dans l'opinion publique. La démission du ministre de l'Éducation, puis la disparition pendant deux jours du général de Gaulle, alors président de la République, poussent les centrales syndicales à crier à la fin du régime et à organiser une manifestation monstre à Paris le 29 mai pour demander le départ de de Gaulle. Ce défilé et le retour du général, qui reprend le discours de la fermeté, annoncent un remaniement ministériel et des élections anticipées et va faire réagir la droite et la pousser dans la rue le 30 Mai. Des centaines de milliers de manifestants de droite brandissant le drapeau tricolore et chantant la Marseillaise défilent à Paris et réclament la remise en ordre et la reprise en mains du pays. Cette manifestation marque la fin de Mai 68. Les syndicats suivent le mouvement et lancent les négociations pour la reprise du travail et les étudiants commencent à se préparer pour les examens prévus en juin. En politique, les partis traditionnels reviennent sur le devant de la scène qu'ils avaient dû céder aux étudiants pendant tout ce mois de Mai.

La vie semble reprendre son cours normal, mais "en France, comme a travers le monde, rien ne sera tout à fait comme avant Mai 68. Le combat fut perdu sur le coup, mais l'influence et les idées générées par Mai 68 allaient non seulement demeurer mais influencer des générations de jeunes étudiants à travers le monde." Comme ce fut le cas, à Maurice, en mai 1975.


Mai 68 vu par les Français en 2008

La révolution des mœurs plébiscitée

Alors que renaît chaque année les débat sur les vertus ou les méfaits de Mai 68, à l'occasion de son 40 ème anniversaire, chacun y va de son appréciation sur l'évolution de la société en France et dans le monde de cet événement qui, quoi qu'on pense, a pesé sur les grandes démocraties.

Mai 68 est responsable de tout. Nicolas Sarkozy n'a pas hésité à faire le frémir en agitant à nouveau le spectre. Il s'agit, selon lui, "de savoir si l'héritage de Mai 68 doit être perpétué ou s'il doit être liquidé une bonne fois pour toutes". Dans cette liquidation seraient visés non seulement les droits syndicaux, le Salaire minimum et le salaire socialisé, mais aussi les avancées obtenues, entre autres, par les luttes féministes. C'était au temps de la campagne électorale pour la présidentielle...

Depuis, les Français ont eu l'occasion de s'exprimer en particulier dans un sondage réalisé par le Nouvel observateur sur leur vision de cette époque. Le sondage CSA Nouvel Observateur a montré que les français rejette la vision de Sarkozy : 74% des personnes interrogées pensent que 68 a eu un effet positif sur la société. Les trois-quarts des personnes interrogées ne sont pas d'accord avec le projet éradicateur de Sarkozy en campagne. Elles pensent que " les reproches que l'on peut faire sur l'état d'esprit de la société française ne sont pas liés à Mai 68". Que reste-t-il de Mai 68? La révolte estudiantine, les barricades, la Sorbonne, la libération sexuelle et les slogans exaltant la liberté et le résistance à l'autoritarisme : "Il est interdit d'interdire" et "Le pouvoir abuse, le pouvoir absolu abuse absolument". Et cette photo fameuse entre toutes : le visage d'un rouquin devant les CRS : Daniel Cohn-Bendit.

Ce dernier a d'ailleurs fait un bilan scrupuleux de cette période dans un livre paru en avril dernier et dont le titre est évocateur: "Forget 68". Selon Cohn-Bendit, il n'y a rien à liquider, bien au contraire, il faut tout réinventer pour changer la politique. Au Nouvel Obs, il déclarait récemment: "68, c'est fini. On a gagné."


REPERES

1968: 22 mars

Effervescence dans les universités françaises

Un groupe à tendance anarchiste se crée à l'université de Nanterre autour de Daniel Cohn-Bendit. Il s'agit du " Mouvement du 22 mars ". Les étudiants qui le composent réagissent à l'arrestation de camarades lors d'une manifestation contre la guerre du Vietnam. Ils occupent la salle du conseil de la faculté de Lettres. L'occupation dure et les incidents se multiplient si bien que le recteur décidera de fermer la faculté le 2 mai.

1968: 2 mai

Fermeture de la faculté de Nanterre

Au cours d'une journée marquée par des rumeurs d'intervention de l'organisation d'extrême droite Occident contre les gauchistes du Mouvement du 22 mars, la confusion règne dans la faculté de Nanterre. A la fin de l'après-midi, le recteur décide de sa fermeture. Le désordre qui suit donne le point de départ aux événements de Mai 68.

1968: 3 mai

Premières barricades de Mai 68

La police, à la demande du recteur Jean Roche, fait évacuer la Sorbonne où se tient un meeting de protestation. Les étudiants dressent alors des barricades sur le "boul'Mich". La crise de Mai 68 commence dans les rues du Quartier latin : barricades, pavés et cocktails Molotov sont les armes des étudiants contre les matraques et gaz lacrymogènes des CRS. L'évacuation se déroule sans ménagement et dans la violence : 600 personnes sont arrêtées. La révolte, d'abord universitaire, débouchera sur des grèves et une crise sociale généralisée.

1968: 10 mai

La "nuit des barricades"

La révolte des étudiants atteint son point culminant dans la nuit du 10 au 11 mai au cours de laquelle étudiants et CRS s'affrontent dans de véritables combats de rues : voitures incendiées, rues dépavées, vitrines brisées, centaines de blessés. Le pays est stupéfait et l'agitation étudiante, jusque-là isolée, rencontre alors la sympathie d'une grande partie de l'opinion publique. Le 13 mai, les syndicats manifesteront avec les étudiants pour protester contre les brutalités policières et, le 14 mai, une vague de grèves commencera.

1968: 11 mai

Appel à la grève des syndicats

Suite à la violente nuit de manifestation étudiante qui se solde par un millier de blessés, le mouvement ouvrier décide de se joindre à la contestation et appel à une grève générale pour le 13 mai.

1968: 13 mai

Grande manifestation contre de Gaulle

Les syndicats ouvriers (CGT, CFDT) déclenchent une grève générale et appellent à rejoindre les étudiants qui manifestent depuis le début du mois. Une foule de 800 000 personnes (170 000 selon la police) envahit les rues de Paris aux cris de "10 ans, ça suffit !", en allusion au dixième anniversaire du retour au pouvoir de de Gaulle. Les manifestants dénoncent aussi la société de consommation et le chômage inhérent au régime capitaliste.

1968: 27 mai

Signature des accords de Grenelle

Les négociations entamées le 25 mai entre le gouvernement, le patronat et les syndicats, aboutissent aux accords signés au ministère des Affaires sociales, rue de grenelle. Ils prévoient l'augmentation du SMIG (salaire minimum) de 25%, des salaires de 10% et la réduction du temps de travail. Mais ces concessions ne satisfont pas la base ouvrière et la grève continue. C'est l'impasse, la crise sociale de mai 68 débouche alors sur une crise politique. Le 30 mai, De Gaulle annoncera la dissolution de l'Assemblée et reprendra le pays en main.

1968: 29 mai

De Gaulle s'éclipse à Baden-Baden

Face à l'impasse des événements de Mai 68, De Gaulle quitte soudainement le territoire français et se rend en Allemagne, dans la base militaire française de Baden-Baden. Pendant qu'il s'entretient avec le général Massu, personne ne sait où est le Président de la République française.

1968: 30 mai

De Gaulle dénonce la "chienlit"

Après s'être éclipsé une journée en s'envolant vers Baden-Baden sans même prévenir son premier ministre, Charles de Gaulle prononce un discours de fermeté face aux manifestations. Dénonçant la "chienlit" comme il l'avait déjà fait le 15 mai, il appelle à une manifestation pour soutenir le pouvoir en place. Il décide également de dissoudre l'Assemblée. Ses choix semblent efficaces puisque les contre-manifestations connaissent un grand succès et que les gaullistes sont renforcés au Parlement après les législatives organisées en juin. Mais de Gaulle ne bénéficiera en fait que d'un sursis d'un an.

1968: 30 juin

Large victoire de l'UDR aux législatives

Suite à la dissolution de l'Assemblée le 30 mai, De Gaulle a formé un nouveau parti : l'Union pour la Défense de la République. Bénéficiant de la lassitude des Français et de l'angoisse du désordre politique, l'UDR obtient une victoire sans appel avec 293 sièges sur 487. Les événements de Mai 68 sont terminés : De Gaulle semble être le grand vainqueur, pourtant il quittera le pouvoir un an plus tard. Quant aux ouvriers, ils ont obtenu des résultats probants lors des accords de Grenelle. Les étudiants, à l'origine du mouvement, peuvent apparaître comme les grands perdants. En réalité, leur action a fait sauter de nombreux verrous et entrer la France dans la voie de la modernisation.

1968: 10 octobre

Un nouveau souffle à l'enseignement supérieur

Au lendemain de la crise de mai 1968, Edgar Faure, alors ministre de l'Éducation nationale, soumet au Parlement une loi modifiant le fonctionnement des universités. Tenant compte des revendications étudiantes, cette loi d'orientation assure aux universités une autonomie plus importante, tant sur le plan financier que pédagogique.

1969: 28 avril

Charles de Gaulle démissionne

Pour répondre aux désirs de modernisation du pays exprimés lors des manifestations de 1968, Charles de Gaulle a préparé une réforme du Sénat accompagnée d'une loi sur la régionalisation. Il a également décidé de mettre tout son poids dans cette élection en annonçant qu'il démissionnerait en cas de victoire du non. Lorsque les résultats donnant une victoire du non sont officiellement annoncé, il remet donc sa démission et quitte définitivement la vie politique française. Il travaillera alors sur ses Mémoires et rencontrera notamment Franco.


Musiques du monde - Rythmes africains, discours universel:

Dobet Gnahoré promet du grand spectacle

Dobet Gnahoré est l'une des meilleures représentantes de "la nouvelle chanson africaine." Voix puissante, répertoire jazzy ou folk, la charismatique chanteuse ivoirienne se lance à la conquête du public mauricien le mercredi 28 mai au Conservatoire François Mitterrand.

Dobet Gnahoré a un héritage culturel impressionnant. Elle est la fille de Boni Gnahoré, maître-tambour, comédien, chanteur, membre fondateur du village Ki-Yi en Côte d'Ivoire. C'est là que Dobet a grandi et a appris les arts de la scène: théâtre, danse, chant, percussions. Digne fille de son père, elle revisite les rythmes de la Côte d'Ivoire en y ajoutant sa propre touche musicale: intonations subtiles et diverses et avec cela un sens aigu du spectacle. L'on dit que les concerts de Dobet sont "nourris de ses expériences chorégraphiques et théâtrales. De quoi nourrir aussi les attentes des fans de la world music à Maurice.

Dobet Gnahoré porte un regard sur son Afrique natale depuis son premier album Ano Neko. L'histoire d'Ano Neko remonte à la rencontre de la jeune chanteuse avec le Français Colin Laroche de Féline lorsque ce dernier a débarqué dans le village d'artistes de Ki Yi M'Bock. Le Français avait quelque peu délaissé sa formation jazz classique pour se frotter aux rythmes africains. Un deuxième album de Dobet Gnahoré, Na Afriki a permis à la jeune chanteuse de faire entendre sa voix et les rythmes pan-africains interprétés dans différentes langues. Les styles visités dans Na Afriki vont de la ballade sénégalaise à la rumba zaïroise dans les langues bambara, wolof ou le français. Un répertoire qui parle de l'Afrique d'aujourd'hui, des maux de nos sociétés. Le tout formant un discours universel. Le deuxième album de Dobet a définitivement fait exploser sa musique et l'a consacrée comme voix originale de la nouvelle chanson africaine.

Depuis son deuxième album, Dobet Gnahoré a entamé un véritable tour du monde pour défendre un répertoire qui mêle tous les registres, du chant incantatoire à la ballade.

A découvrir les intonations tantôt graves, tantôt aïgues de l'artiste et sa prestation chorégraphique le mercredi 28 mai au Conservatoire François Mitterrand. La première partie du spectacle sera assurée par Alain Auriant. Un belle soirée en perspective à l'initiative du Centre Culturel Charles Baudelaire.


Un conte africain

C'est l'histoire d'une fille de douze ans qui de sa voix clair et chagrinée, supplie son père dans un jeu de séduction, de ne pas l'envoyer à l'école. "Papa, je ne veux plus aller à l'école. Je veux rester au village comme toi." Dobet obtient gain de causes. Elle reste au village et apprend les arts de la scène. En 1996, un jeune Français Colin vient partager la musique et le cœur de Dobet. Naissent des compositions, un premier album Ano Neko (Créons ensemble, en Dida) et la formation d'un quartet (avec le choriste-bassiste Nabil Mehrezi et le percussionniste Laurent Rigaud) pour des tournées dans le monde.



m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 18 mai 2008