é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 18 mai 2008

L'invasion de l'Irak: une guerre pour rien ?
Gérard Cateaux


L'économiste américain, Joseph Stiglitz, prix Nobel de l'économie en 2001 et ancien vice-président de la Banque Mondiale, a fait ses comptes sur la guerre en Irak dans un ouvrage qu'il est venu lancer, cette semaine, à Paris, et qui s'intitule : The Three Trillion Dollar War : The trus Cost of the Conflict. Traduction : la guerre américano-britannique a coûté 3000 milliards de dollars américains, uniquement pour la partie américaine. On ne sait pas ce que le conflit irakien a coûté aux Britanniques de Tony Blair, aux Australiens de John Howard, ni aux Sud-coréens ou encore aux Polonais !

Ce qui est encore plus époustouflant, c'est que Stiglitz déclare que le chiffre qu'il a avancé, pour la partie américaine, est plutôt conservateur. Qu'il faudrait sans doute évoquer le chiffre de 4 à 5000 millions de dollars... car n'ont pas été pris en compte les dépenses qu'occasionnera le retrait des troupes vers les États-Unis. Quand le retrait se fera-t-il? Alors que le candidat républicain engagé dans lma course à la Maison Blanche proclame :"Sil faut y rester 100 ans, eh bien, nous y resterons..."

Lorsque les États-Unis partirent en croisade contre le régime de Saddam Hussein, le prix du baril de pétrole avoisinait entre 25 et 30 dollars américains. Aujourd'hui, cette commodité a atteint le chiffre record de 120 dollars et les prévisionnistes économiques annoncent le chiffre de 200 dollars. Et, dans cette perspective-là, qui trinqueront ? Bien sûr, les populations les plus démunies de la Planète... Et encore, sans compter que les citoyens américains subissent une récession jamais connue depuis la grande Dépression des années 30. Des Américains ont perdu leurs toits, leurs emplois et leur assurance maladie. Et les banques se débattent pour survivre !

Paradoxalement, la guerre engagée en Irak avait pour objectif de générer un flot de ressources monétaires, par la vente du pétrole irakien, dont les Américains allaient les premiers être les bénéficiaires. C'est le contraire qui s'est produit. A en croire Joseph Stiglitz, qui avance cet argument: "The present economic mess is very much related to the Iraq war. It was at least partially responsible for soaring oil prices. Moreover, money spent on Iraq did not stimulate the economy as much as the same dollars spent at home would have done..."

La guerre en Irak a vu l'épanouissement d'une flopée de contracteurs privés, l'armée américaine régulière ne pouvant pas répondre à l'immensité de l'entreprise engagée dans un tel conflit. Le ministère de la Défense américaine a dû avoir recours à des compagnies de sécurité privée, telle que Blackwater et Dyncorp, non sans oublier Halliburton, récompensée pour ses alléchantes contributions au parti Républicain, dont les accointances avec le vice-président américain Dick Cheyney sont un secret de polichinelle...

Alors, une guerre pour rien ? Qui a drainé l'économie américaine ? Au prix, non seulement de sommes sonnantes et trébuchantes, mais de vies enlevées, d'estropiés, de familles disloquées, d'avenirs brisés. Et ils ne sont pas uniquement Irakiens. Mais aussi Américains. Ébranles, par une épreuve dans laquelle ils n'auraient jamais dû y être...



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