L'invasion de l'Irak: une guerre pour rien ?
L'économiste américain, Joseph Stiglitz, prix Nobel
de l'économie en 2001 et ancien vice-président de
la Banque Mondiale, a fait ses comptes sur la guerre en Irak dans
un ouvrage qu'il est venu lancer, cette semaine, à Paris,
et qui s'intitule : The Three Trillion Dollar War : The trus
Cost of the Conflict. Traduction : la guerre américano-britannique
a coûté 3000 milliards de dollars américains,
uniquement pour la partie américaine. On ne sait pas ce
que le conflit irakien a coûté aux Britanniques de
Tony Blair, aux Australiens de John Howard, ni aux Sud-coréens
ou encore aux Polonais !
Ce qui est encore plus époustouflant, c'est que Stiglitz
déclare que le chiffre qu'il a avancé, pour la partie
américaine, est plutôt conservateur. Qu'il faudrait
sans doute évoquer le chiffre de 4 à 5000 millions
de dollars... car n'ont pas été pris en compte les
dépenses qu'occasionnera le retrait des troupes vers les
États-Unis. Quand le retrait se fera-t-il? Alors que le
candidat républicain engagé dans lma course à
la Maison Blanche proclame :"Sil faut y rester 100 ans,
eh bien, nous y resterons..."
Lorsque les États-Unis partirent en croisade contre le
régime de Saddam Hussein, le prix du baril de pétrole
avoisinait entre 25 et 30 dollars américains. Aujourd'hui,
cette commodité a atteint le chiffre record de 120 dollars
et les prévisionnistes économiques annoncent le
chiffre de 200 dollars. Et, dans cette perspective-là,
qui trinqueront ? Bien sûr, les populations les plus démunies
de la Planète... Et encore, sans compter que les citoyens
américains subissent une récession jamais connue
depuis la grande Dépression des années 30. Des Américains
ont perdu leurs toits, leurs emplois et leur assurance maladie.
Et les banques se débattent pour survivre !
Paradoxalement, la guerre engagée en Irak avait pour objectif
de générer un flot de ressources monétaires,
par la vente du pétrole irakien, dont les Américains
allaient les premiers être les bénéficiaires.
C'est le contraire qui s'est produit. A en croire Joseph Stiglitz,
qui avance cet argument: "The present economic mess is
very much related to the Iraq war. It was at least partially responsible
for soaring oil prices. Moreover, money spent on Iraq did not
stimulate the economy as much as the same dollars spent at home
would have done..."
La guerre en Irak a vu l'épanouissement d'une flopée
de contracteurs privés, l'armée américaine
régulière ne pouvant pas répondre à
l'immensité de l'entreprise engagée dans un tel
conflit. Le ministère de la Défense américaine
a dû avoir recours à des compagnies de sécurité
privée, telle que Blackwater et Dyncorp, non sans oublier
Halliburton, récompensée pour ses alléchantes
contributions au parti Républicain, dont les accointances
avec le vice-président américain Dick Cheyney sont
un secret de polichinelle...
Alors, une guerre pour rien ? Qui a drainé l'économie
américaine ? Au prix, non seulement de sommes sonnantes
et trébuchantes, mais de vies enlevées, d'estropiés,
de familles disloquées, d'avenirs brisés. Et ils
ne sont pas uniquement Irakiens. Mais aussi Américains.
Ébranles, par une épreuve dans laquelle ils n'auraient
jamais dû y être...
|
é d i t o r i a l
|
WEEK-END --- dimanche 18 mai 2008
|