|
Contentieux Grande-Bretagne/Maurice
Chagos : le PM britannique a agréé à des
discussions de haut niveau
Selon le Premier ministre, Navin Ramgoolam, son homologue britannique,
Gordon Brown, "a maintenant agréé à
des discussions bilatérales de haut niveau entre la Grande
Bretagne et l'île Maurice sur la question des Chagos".
"Les dates de ces discussions doivent être convenues
entre les deux pays. We are looking at that at the moment",
a ajouté Ramgoolam en réponse à des questions
que lui avait adressées l'opposition MMM à l'Assemblée
nationale, le 29 avril dernier.
Si ce qu'a affirmé le Premier ministre ne relève
pas d'une tentative, toujours possible, des Anglais de mener l'île
Maurice en bateau, les discussions annoncées représenteraient
une très importante avancée dans le contentieux
opposant notre pays à l'Angleterre autour des Chagos depuis
le démantèlement illégal de cet archipel
de notre territoire national en 1965. Tout Mauricien ayant à
coeur les intérêts et le respect de la dignité
de son pays ne peut, en fait, que souhaiter que ces discussions
aboutissent
"L'île Maurice ne peut accepter toute tentative
de la Grande Bretagne de traiter directement avec n'importe quel
groupe au sujet des Chagos parce que c'est une affaire qui à
des implications sur sa souveraineté". C'est cette
réponse donnée suite à une interpellation
parlementaire de la députée MMM de Port-Louis Ouest-GRNO,
Arianne Navarre-Marie, et à laquelle l'opposition, dans
son ensemble, n'a rien trouvé à redire, qui a été
le point de départ des révélations de Navin
Ramgoolam au sujet des nouvelles dispositions de la Grande Bretagne
à des discussions bilatérales.
Jusque-là, mis à part la renégociation autour
de la compensation des Chagossiens en 1981, des droits de pêche
aux Chagos qu'il reconnaît revenir à l'île
Maurice dans le cadre d'engagements pris dans des procès-verbaux
de la conférence constitutionnelle de Londres (1965) et
d'un voyage-pèlerinage réservé aux Chagossiens,
le gouvernement britannique a toujours refusé de dialoguer
sérieusement avec Port-Louis de l'avenir de l'archipel
que les militaires américains occupent avec sa complicité.
La réponse du PM à Mme Navarre-Marie résumait
la position officielle de l'État mauricien face aux démarches
entreprises, à son insu, par le Groupe Réfugiés
Chagos (GRC) et l'organisation britannique UK-Chagos Support Association
de l'avoué Richard Gifford avec le soutien de la All Party
Parliamentary Human Rights Group dans le cadre de leur campagne
internationale baptisée Let Them Return censée
préparer le retour de la population civile chagossienne
dans ses îles natales mais sous juridiction anglaise.
Olivier Bancoult s'explique...
Comme on le sait déjà, fort de jugements favorables
répétés de la haute cour de Londres dans
ses procès contre l'Angleterre et en prévision d'un
dernier appel du gouvernement anglais qui sera entendu en juin
mais qu'ils sont confiants de pouvoir renverser, le GRC d'Olivier
Bancoult avec l'aide d'Ong britanniques a présenté,
le mois dernier, à certains membres de la Chambre des Lords
britanniques un plan de relogement.
Ce plan, conçu par l'expert britannique John Howell et
intitulé Returning Home, concernera dans
un premier temps 800 familles chagossiennes qui ont souhaité
retourner vivre dans les îles de Peros Banhos et Salomon.
Mais, affirme Olivier Bancoult, au fur et à mesure, d'autres
familles chagossiennes en profiteront aussi.
Attaqué à ce sujet par le Comité Social des
Chagossiens de Fernand Mandarin (CSC), son rival, qui le soupçonne
de vouloir livrer à des hommes d'affaires étrangers
avides de mettre la main sur le haut potentiel touristique et
de pêche des îles chagossiennes, Olivier Bancoult,
leader du GRC, a nié et a, comme pour prouver sa bonne
foi, soutenu qu'il allait présenter le plan officiellement
au Premier ministre et au leader de l'opposition, Paul Bérenger.
Selon Olivier Bancoult, les Chagossiens membres de son groupe,
"bien qu'ils détiennent la citoyenneté britannique,
n'ont jamais renoncé à leur statut de citoyens Mauriciens
et, de toute façon, le GRC ne s'occupent pas de la question
de souveraineté qui doit être réglée
qu'au niveau des gouvernements concernés".
Pour démontrer également que la démarche
de son groupe se faisait "dans la transparence",
le leader du GRC avait, lors de sa rencontre avec la presse, exhibé
une photo de la réunion tenue à la House of Lords
qui prouvait la présence à la réunion du
haut commissaire de Maurice à Londres, Mahen Cundassamy,
et celle de Cader Hossenally, membre en vue du Parti Mauricien
Xavier-Duval, mais sans doute en sa capacité de Mauricien
détenteur de la double citoyenneté britannique et
proche de la UK Chagos Support Association.
Or, répondant à une question additionnelle de la
députée Arianne Navarre -Marie, qui voulait savoir
si le haut commissaire mauricien ou un autre représentant
du gouvernement avait assisté à la présentation
du plan de relogement et si des discours avaient été
prononcés par eux, le Premier ministre avait répondu
: "Je ne suis pas au courant s'ils y avaient assistés,
mais il y a des rapports qu'il y avait eu présentation
du plan." Tout cela bien que le Premier ministre soutînt
détenir ses informations sur ce qui se passait à
Londres concernant les Chagossiens... du haut commissariat mauricien
lui-même.
Obligations internationales de la Grande-Bretagne
Quoi qu'il en soit, le Premier ministre a informé l'Assemblée
nationale que, pour le gouvernement Mauricien, "l'archipel
des Chagos est, et a toujours été, une partie de
l'île Maurice." "Les Mauriciens ont donc le droit
de se rendre et de vivre dans n'importe quelle partie de Maurice,
mais ils ne peuvent pas le faire présentement en raison
du litige entre l'île Maurice et la Grande Bretagne autour
de la souveraineté sur les Chagos".
Le Premier ministre a rappelé à l'Assemblée
nationale qu'aussi loin qu'octobre 1997, lorsqu'il avait discuté
avec le défunt ministre des Affaires étrangères
britannique Robin Cook, il avait réclamé des négociations
entre États afin de permettre le retour tant des Mauriciens
nés aux Chagos que de leurs descendants à Peros
Banhos et à Salomon.
"J'avais aussi dit qu'on pouvait commencer par permettre
des visites dans les îles de l'archipel pas directement
destinées à des fins militaires. À cette
époque, il n'y avait pas eu d'engagement clair du gouvernement
britannique à propos de ces visites, bien que Robin Cook
eût affirmé qu'il n'était personnellement
pas contre l'idée, mais qu'il allait en parler avec les
autorités américaines (ndlr : en raison de l'interdiction
faite par les militaires américains qui occupent l'atoll
de Diego Garcia). Une telle visite a pu avoir lieu en mars-avril
2006. J'avais insisté que les gouvernements britannique
et mauricien partagent les frais et qu'une présence mauricienne
soit visible lors de la visite", a soutenu le Premier
ministre.
Ce dernier a déclaré que l'accord de Gordon Brown
à discuter à un niveau élevé diffère
par rapport à un échelon inférieur (au niveau
d'officiels du haut commissariat mauricien et du Foreign and Commonwealth
Office) qui avait été préalablement suggéré
par Londres. Navin Ramgoolam a insisté que "le
gouvernement de la Grande-Bretagne doit, en vertu de ses obligations
en droits internationaux, traiter directement avec le gouvernement
de Maurice concernant tout plan ou projet visant à faciliter
le retour de Mauriciens, y compris des natifs et des déplacés
et de leurs descendants dans les Chagos".
Nombre d'observateurs qui ont pu tenir entre leurs mains un livret
intitulé A Crumbling Defence que fait circuler le
Groupe Réfugiés Chagos à travers le monde
pour promouvoir son plan de relogement Let Them Return
trouvent que l'île Maurice a bien raison d'être vigilante
malgré les dénégations d'Olivier Bancoult
qu'il ne se désolidarise pas de Maurice, malgré
qu'il évite, systématiquement, de se prononcer sur
la question de souveraineté. La brochure illustre les Chagos
par un monticule de sable entouré de bleu représentant
la mer sur laquelle flotte... le drapeau britannique, le Union
Jack !
| ||||||||||||