a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 18 mai 2008



Fonction publique - Appréhensions sur les " laké ferblan " du PRB !
Contentieux Grande-Bretagne/Maurice - Chagos : le PM britannique a agréé à des discussions de haut niveau


Fonction publique

Appréhensions sur les " laké ferblan " du PRB !

À moins de deux semaines de la publication des recommandations salariales du Pay Research Bureau (PRB) à l'intention d'un peu plus de 100 000 fonctionnaires, employés des corps para-publics et retraités du service public, les mises en garde contre des " laké ferblan " se font de plus en plus précises. Entre-temps, les premières indications les plus persistantes dans certains milieux à l'Hôtel du gouvernement soutiennent que la fourchette d'augmentation des salaires devrait être de 26 % à 46 % en y incluant le taux de compensation salariale pour le coût de la vie (CPI) de 9 % et le remboursement de 6 % au titre de l'introduction de la formule de pension contributive dans la fonction publique. À ce stade, la seule indication officielle demeure que les recommandations salariales du PRB seront rendues publiques le vendredi 30 mai. Le rapport officiel devrait être soumis au gouvernement en début de semaine prochaine.

Si les informations qui circulent depuis la fin de la semaine se confirment, le taux brut de la révision salariale du PRB variera d'un minimum de 26 % à un maximum de 46 %. À ce stade, il semblerait que les chefs de Cabinet (Permanent Secretaries), soit une des plus hautes fonctions au sein de la fonction publique, devraient voir leurs salaires s'approcher de la barre des Rs 80 000 par mois - une augmentation de plus de 40 %.

Ainsi, l'on devrait voir les plus hauts salaires des grands commis de l'État, comme les Senior Chief Executive ou Secretary to Cabinet dans l'exécutif ou des juges et du chef juge au sein du judiciaire, tourner autour des Rs 100 000, voire plus. Mais aucune source officielle, ou encore moins le PRB, n'a osé apporter de confirmation à ces détails préliminaires avant la soumission officielle du rapport.

Une autre proposition salariale du PRB serait que le ratio de 1 : 8 entre les plus bas et les plus hauts salaires dans la fonction publique pourrait être élargi vu que ceux qui sont au haut de l'échelle devront sortir gagnants de cet exercice de révision des salaires et des conditions de service. Mais ces éventuels changements dans le ratio 1 : 8 ne semblent guère inquiéter les syndicalistes de la fonction publique. C'est du moins l'avis de Rashid Imrith, président de la Government General Services Union (GGSU).

" Un éclatement du ratio entre les plus bas et les plus hauts salaires constitue un bon signe pour les catégories de fonctionnaires, comme ceux du corps enseignant du ministère de l'Education, des infirmiers du ministère de la Santé et certains grades au sein de la force policière et dans l'inspectorat en général. Dans cette éventualité, ces catégories de fonctionnaires pourront bénéficier d'une plus grande marge de manœuvre en termes de révision salariale. Mais attendons voir officiellement la démarche du PRB avant de se montrer euphoriques ", a fait comprendre le président de la GGSU.

De son côté, le président de la Government Servants'Association (GSA), Radhakrishna Sadien, met en garde contre le syndrome du chiffre au vu de la publication du rapport du PRB. " Les fonctionnaires ne doivent pas se laisser aveugler par les chiffres qui sont jonglés actuellement. Nous avions entendu parler d'une fourchette d'augmentation allant de 26 % à 46 %. Mais il faudra s'arrêter et se dire que dans ces chiffres, il y a les 9 % représentant la hausse du coût de la vie au nom de la compensation salariale et les 6 % de déductions mensuelles avec l'introduction de la formule de pension contributive. Quand nous éliminons cette moyenne de 15 %, que propose le PRB aux fonctionnaires, on se retrouve avec une révision salariale de 11 % à 31 % ", affirme Radhakrishna Sadien en parlant du premier piège à être évité dans ce contexte.

Le président de la GSA réitère son appel au PRB et au gouvernement pour qu'un plus long délai soit accordé aux fonctionnaires et aux employés des corps para-étatiques avant la signature des Option Forms. " Si le délai pour les Option Forms est maintenu à une semaine après la publication du rapport du PRB comme cela a été le cas jusqu'ici, l'euphorie illusoire de la révision salariale occultera les autres points fondamentaux du rapport. Nous maintenons qu'il faudra un délai d'au moins trois semaines pour permettre aux fonctionnaires de mieux évaluer les options offertes avant de décider ", s'appesantit-il.

Radhakrishna Sadien se montre très critique envers le PRB dans la conjoncture. " L'impression qui se dégage est que le PRB sera appelé à mettre en pratique des mesures et des décisions que le gouvernement n'arrive pas à faire avaler aux fonctionnaires et la population. Nous souhaitons que le PRB agisse en toute indépendance et toute autonomie. Bizin fer atansyon, PRB pou atas boukou laké ferblan ar fonctionnaire et li pou enrobe sa kinine-là avec chocolat augmentation saler ", affirme le président de la GSA en avançant qu'une des formules qui pourrait être utilisée concerne la compression des grades, avec élimination de postes.

Pour sa part, le président de la GGSU revient à la charge sur les questions de l'Income Tax et les séquelles dans les changements de la retraite avec la pension contributive. " Je dois reconnaître que pour une fois le patronat et le monde syndical se sont retrouvés sur la même longueur d'onde. Nous avons déjà soumis au gouvernement une proposition en vue d'un relèvement des Exempt Income Thresholds (IET) dans le prochain Budget. Je constate que la Mauritius Employers'Federation soutient une demande similaire dans son mémoire. La balle est maintenant dans le camp du vice-Premier ministre et ministre des Finances et nous pensons qu'il ne peut rester insensible à une demande des plus légitimes ", ajoute-t-il.

Rashid Imrith se fait le porte-parole des fonctionnaires en cette période prébudgétaire et pré-PRB. " Le ministre des Finances ne peut reprendre de la main gauche ce que le PRB a donné aux fonctionnaires de la main droite. Sans un changement dans les plafonds d'exemptions à l'Income Tax, beaucoup de petits fonctionnaires, qui avaient bénéficié d'un soulagement avec le paiement de l'Income Tax, se retrouveront dans les filets de la MRA et également avec le paiement de la National Residential Property Tax. Le combat pour le PRB se prolongera jusqu'à la présentation du Budget 2008/09 ", rappelle-t-il.

Un autre sujet d'inquiétudes et d'appréhensions des fonctionnaires demeure les réformes à la pension qui feront partie du prochain rapport du PRB. " It is all indicated that the forthcoming report of the Pay Research Bureau will bring drastic reforms in the pension scheme governing public sector employees. Two important changes that are being expected are : retirement age will be brought up to 65 years and employees will have to contribute 6 % of their salary for pension purposes ", ajoute Rashid Imrith dans une communication en réclamant des changements pour ne pas porter préjudice aux droits acquis des fonctionnaires au niveau de la pension. " The GGSU considers that changes would have to be brought in the computation of pensions in order not to deprive concerned employees of an important part of their contribution to the pension fund ", devait-il renchérir.

La GGSU souligne que dans la situation actuelle, tout fonctionnaire avec un maximum de 400 mois (33 1/3 ans) de service peut se prévaloir de deux options à la retraite, soit une Gross Pension soit une pension réduite représentant 2/3 de la Gross Pension et une Gratuity. Ainsi, un fonctionnaire avec les 400 mois de service et un salaire de Rs 10 000 à la retraite peut se prévaloir des deux options suivantes :

Gross Pension (G.P) only = 400 x Rs 10 000 x 12/600 = Rs. 80,000 annually

Ou

Reduced Pension = 2/3 G. P = 2/3 x 80,000 = Rs. 53 333 p. a

Et

Gratuity = 12 _ x Gross Pension/4 = Rs 250 000.

Mais avec les réformes envisagées dans le rapport du PRB, l'âge de la retraite passe de 60 à 65 ans, avec un fonctionnaire se joignant au service à 20 ans se retrouvera avec 45 ans de service, soit 540 mois, au moment de l'âge de la retraite.

" Moreover with the new pension sheme, the civil servant will be required to contribute the equivalent of 6 % of his salary to a pension fund every month. The GGSU strongly fears that unless the formula to calculate gross pension is reviewed, public sector workers will be cheated of the contribution they will be making to the pension fund after completing their 400 months service ", note Rashid Imrith.

Pour mieux étayer ses dires, le président de la GGSU a établi une comparaison avec la formule des 400 mois de service et celle des 540 pour un fonctionnaire avec un salaire de Rs 10 000 pas mois :

Cas A

Le fonctionnaire a accompli 540 mois de service mais seulement 400 mois sont tenus en ligne de compte pour calculer le montant de la Gross Pension.

Gross Pension = 400 x 10,000 x 12 = Rs 80 000 p. a

600

Ou

Reduced Pension :

Reduced pension = 2/3 G. P = 2/3 x 80,000 = Rs. 53 333 p. a

Plus

Gratuity (Lump Sum) = 12 _ x Rs 80 000/4 = Rs 250 000.

Cas B

Les 540 mois de service du fonctionnaire sont tenus en ligne de compte pour calculer la Gross Pension comme le préconise la GGSU :

Gross Pension = 540 x 10,000 x 12 = Rs 108 000 p. a

Ou

Reduced pension = 2/3 G. P = 2/3 x 108 000 = Rs. 72 000 p. a

Plus

Gratuity (Lump Sum) = 12 _ x Rs 108 000/4 = Rs 337 500.

" Après analyse de ces deux cas de figure, la différence est claire. Si la formule de pension demeure inchangée avec l'adoption du rapport du PRB, le fonctionnaire accusera un manque à gagner de Rs 87 000 au niveau de sa Gratuity et de Rs 20 000 au plan de sa pension réduite ", note le président de la GGSU.

En guise de conclusion à ce débat, qui devra gagner en intensité avec la publication du rapport du PRB et l'introduction de la formule de pension contributive, Rashid Imrith inclut les déductions mensuelles de 6 %. " Considering that the worker will continue to contribute 6 % of his salary to the pension fund he will be cheated and will suffer an underpayment in his pension and gratuity as follows : Amount underpaid : Gratuity of Rs. 337,000 less Rs. 250,000 = Rs. 87,000. Gross Pension of Rs. 108,000 less Rs. 80,000 = Rs. 21,000 p. a. ", soutient-il.

Si le compte à rebours a atteint un stade avancé pour les fonctionnaires intéressés à prendre connaissance de leurs nouveaux barèmes de salaires avec la publication du rapport du PRB, des syndicats de la fonction publique tentent de faire comprendre que l'enjeu du PRB dépasse largement le simple pourcentage d'augmentation de salaires, qui sera vite rattrapé par la hausse du coût de la vie, et que de nombreux pièges à long terme sont à éviter. Le mot d'ordre : la vigilance reste de mise….


National Pay Council - Compensation salariale : le taux fixé mercredi

Le bras de fer au sein du National Pay Council (NPC) se maintient depuis ces deux dernières semaines avec les représentants des syndicats au sein de cette instance contestant le mandat pour déterminer le quantum de la compensation salariale. Avec le walk-out des représentants des salariés intervenu vendredi, les deux autres composantes du NPC, notamment le patronat mené par la Mauritius Employers'Federation (MEF) et l'Official Side composé de représentants du gouvernement et le président du NPC, Kris Ponnusamy, s'apprêtent à arrêter le taux de la compensation salariale à être payée à compter du 1er juillet prochain. Cette étape devra être franchie lors de la prochaine réunion fixée pour mercredi prochain.

" Les indications sont que la présidence du NPC formulera ses recommandations relatives à la compensation salariale lors de la réunion de mercredi en vue de les soumettre au gouvernement en prévision de la prochaine réunion du conseil des ministres. Il va sans dire que si les représentants des syndicats ne sont pas présents, cette absence de consensus ne devrait être nullement gênante. Lors des délibérations des défuntes réunions tripartites, rares furent les occasions où le consensus avait primé ", souligne-t-on dans les milieux officiels après l'échec des consultations de vendredi dernier.

Jusqu'ici, les représentants des syndicats refusent de s'engager dans des consultations au sujet de la compensation salariale car ils contestent le mandat visant à tenir en ligne de compte le taux du coût de la vie, la capacité de payer et le volet du chômage et de la création d'emplois. Les syndicalistes veulent que le seul critère à être considéré soit la hausse du coût de la vie.

Le président du NPC a tenté de faire comprendre aux syndicalistes qu'il est tenu à opérer dans les paramètres du mandat arrêté par le gouvernement et qu'il n'est pas question de déroger à ces critères. Lors de la réunion de vendredi, les représentants des syndicats ont réclamé et obtenu un amendement de l'agenda des travaux.

En principe, la MEF devait présenter ses propositions en premier, et les syndicats devaient le faire par la suite. " Ayant obtenu cet amendement, nous avons déposé nos propositions pour une compensation salariale. Nous nous sommes retirés parce qu'il n'était nullement question pour nous de participer à des débats portant sur des critères autres que la hausse du CPI. Le mandat que la plate-forme syndicale nous a confié doit être respecté ", indique Lall Dewnath, président de l'Agricultural and General Workers'Union.

Avant la prochaine réunion du National Pay Council de mercredi prochain, les 11 fédérations syndicales constituant la plate-forme se réuniront demain pour passer en revue la situation et décider de la marche à suivre. " Nous n'avons pas déserté le National Pay Council. Nous avons fait comprendre que nous ne sommes pas mandatés pour discuter autre chose que la hausse du CPI. La balle est maintenant dans le camp du président du NPC. Il est clair qu'il n'y a pas de consensus dans la conjoncture. Nous souhaitons voir le gouvernement revenir sur sa décision au sujet des critères pour la compensation salariale ", laisse entendre Radhakrishna Sadien, président de la General Servants'Association.

Si les syndicats ne sont pas sur la même longueur d'onde quant à la tactique employée par rapport au National Pay Council, une unanimité s'est dégagée en ce qui concerne le montant de la compensation salariale. Que ce soit du côté des quatre centrales syndicales, non-représentées au sein du NPC, soit la FPU, la FTU, la GWF et la Rodrigues Workers'Federation, ou du côté de la Trade Union Common Platform avec 11 centrales syndicales représentées, le montant de la compensation salariale réclamée est de l'ordre de Rs 1 000.

La Trade Union Common Platform a déposé sur la table du NPC une requête de compensation salariale uniforme de Rs 1 064 à tous les salariés et bénéficiaires de prestations sociales. Pour arriver à cette conclusion, la plate-forme syndicale note qu'avec des dépenses de ménage de Rs 15 188 par mois et compte tenu du taux d'inflation de 8.8 % publié par le Bureau Central des Statistiques, " it is clear that an income earner is pending more than Rs 15 188 per month. This means that the average monthly consumption expenditure has increased by Rs 1 358 (15188 x 8.8 %) bringing it to Rs 16 544. "

La plate-forme avance qu'un ménage doit consacrer en moyenne Rs 581 par mois pour le remboursement des prêts, somme qu'il faudra ajouter aux dépenses supplémentaires, soit un montant global de Rs 1 916 par mois. " Given the average income earner per household is 1.8, it is now proved that the average additional expenditure is 1916/1.8 = Rs 1 064. In the light of this factor, the TUCP is therefore proposing that it is fully justified that a uniform salary compensation of not less than Rs 1064 be granted to all workers, beneficiairies of pensions and social aids ", souligne la plate-forme syndicale, qui réclame l'élaboration par le gouvernement d'un " Decent Work Country Programme ".


Ashok Subron (GWF) : " Ils n'ont fait que légitimiser le NPC "

Ashok Subron de la General Workers'Federation (GWF) a dénoncé l'opération Walk In et Walk Out des cinq représentants de la Trade Union Common Platform constituée de 11 centrales syndicales. D'autre part, dans une communication adressée au vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, la GWF et trois autres fédérations, notamment la FPU, la FTU et la Rodrigues Workers'Federation, ont réclamé des consultations au niveau des tripartites pour les besoins de la compensation salariale.

" Le walk-out syndical du NPC de vendredi ne veut rien dire. Avec leur participation aux travaux du NPC, ces cinq représentants des salariés ont donné une légitimité à cette instance, qui a pu relancer ses travaux. Il est clair que jusqu'à présent il n'y a aucune volonté de la part du gouvernement de revoir les attributions du NPC. Ce qui s'est passé au cours des quinze derniers jours ressemble à du "mauvais cinéma" ", déclare l'un des animateurs de la GWF.

" Ces cinq camarades se sont laissé rouler dans la farine par Vasant Bunwaree. Le résultat est que le gouvernement et le patronat ont atteint leur objectif, soit avoir la possibilité de réduire la compensation salariale des travailleurs pour une nouvelle année encore ", avance Ashok Subron.

Pour ce qui est de la compensation salariale à être payée à compter du 1er juillet prochain, ces quatre centrales réclament un taux uniforme de Rs 1 000, avec un complément de Rs 100 pour les salariés de Rodrigues. " We propose a uniform salary compensation of Rs 1 000 in order to favour low income earners and diminish the gap between High and Low income earners ", soulignent-elles.

Le taux d'inflation est de 9.1 %, soit celui retenu par le Pay Research Bureau (PRB) pour son prochain rapport au lieu des 8.8 % du Bureau Central des Statistiques. Ces centrales avancent que cette dernière estimation ne tient pas compte des récentes flambées de prix, notamment en ce qui concerne le ticket d'autobus.

Avec un taux d'inflation de 9.1 % et des dépenses moyennes par ménage de Rs 8 438 par mois, le taux de compensation pour perte de pouvoir d'achat est de Rs 767.84. " Apart from this component of Rs 767.84, we are of the view that workers should recoup the loss of purchasing power, at least partially, due to the devastating impact of the NPC salary compensation of last year ", rappellent-ils en avançant qu'avec des salaires de base de Rs 5 000, un salarié a souffert d'un manque à gagner de Rs 235, avec la compensation de Rs 300 allouée l'année dernière par le National Pay Council.


Contentieux Grande-Bretagne/Maurice

Chagos : le PM britannique a agréé à des discussions de haut niveau

Selon le Premier ministre, Navin Ramgoolam, son homologue britannique, Gordon Brown, "a maintenant agréé à des discussions bilatérales de haut niveau entre la Grande Bretagne et l'île Maurice sur la question des Chagos". "Les dates de ces discussions doivent être convenues entre les deux pays. We are looking at that at the moment", a ajouté Ramgoolam en réponse à des questions que lui avait adressées l'opposition MMM à l'Assemblée nationale, le 29 avril dernier.

Si ce qu'a affirmé le Premier ministre ne relève pas d'une tentative, toujours possible, des Anglais de mener l'île Maurice en bateau, les discussions annoncées représenteraient une très importante avancée dans le contentieux opposant notre pays à l'Angleterre autour des Chagos depuis le démantèlement illégal de cet archipel de notre territoire national en 1965. Tout Mauricien ayant à coeur les intérêts et le respect de la dignité de son pays ne peut, en fait, que souhaiter que ces discussions aboutissent…

"L'île Maurice ne peut accepter toute tentative de la Grande Bretagne de traiter directement avec n'importe quel groupe au sujet des Chagos parce que c'est une affaire qui à des implications sur sa souveraineté". C'est cette réponse donnée suite à une interpellation parlementaire de la députée MMM de Port-Louis Ouest-GRNO, Arianne Navarre-Marie, et à laquelle l'opposition, dans son ensemble, n'a rien trouvé à redire, qui a été le point de départ des révélations de Navin Ramgoolam au sujet des nouvelles dispositions de la Grande Bretagne à des discussions bilatérales.

Jusque-là, mis à part la renégociation autour de la compensation des Chagossiens en 1981, des droits de pêche aux Chagos qu'il reconnaît revenir à l'île Maurice dans le cadre d'engagements pris dans des procès-verbaux de la conférence constitutionnelle de Londres (1965) et d'un voyage-pèlerinage réservé aux Chagossiens, le gouvernement britannique a toujours refusé de dialoguer sérieusement avec Port-Louis de l'avenir de l'archipel que les militaires américains occupent avec sa complicité.

La réponse du PM à Mme Navarre-Marie résumait la position officielle de l'État mauricien face aux démarches entreprises, à son insu, par le Groupe Réfugiés Chagos (GRC) et l'organisation britannique UK-Chagos Support Association de l'avoué Richard Gifford avec le soutien de la All Party Parliamentary Human Rights Group dans le cadre de leur campagne internationale baptisée Let Them Return censée préparer le retour de la population civile chagossienne dans ses îles natales mais sous juridiction anglaise.

Olivier Bancoult s'explique...

Comme on le sait déjà, fort de jugements favorables répétés de la haute cour de Londres dans ses procès contre l'Angleterre et en prévision d'un dernier appel du gouvernement anglais qui sera entendu en juin mais qu'ils sont confiants de pouvoir renverser, le GRC d'Olivier Bancoult avec l'aide d'Ong britanniques a présenté, le mois dernier, à certains membres de la Chambre des Lords britanniques un plan de relogement.

Ce plan, conçu par l'expert britannique John Howell et intitulé Returning Home, concernera dans un premier temps 800 familles chagossiennes qui ont souhaité retourner vivre dans les îles de Peros Banhos et Salomon. Mais, affirme Olivier Bancoult, au fur et à mesure, d'autres familles chagossiennes en profiteront aussi.

Attaqué à ce sujet par le Comité Social des Chagossiens de Fernand Mandarin (CSC), son rival, qui le soupçonne de vouloir livrer à des hommes d'affaires étrangers avides de mettre la main sur le haut potentiel touristique et de pêche des îles chagossiennes, Olivier Bancoult, leader du GRC, a nié et a, comme pour prouver sa bonne foi, soutenu qu'il allait présenter le plan officiellement au Premier ministre et au leader de l'opposition, Paul Bérenger.

Selon Olivier Bancoult, les Chagossiens membres de son groupe, "bien qu'ils détiennent la citoyenneté britannique, n'ont jamais renoncé à leur statut de citoyens Mauriciens et, de toute façon, le GRC ne s'occupent pas de la question de souveraineté qui doit être réglée qu'au niveau des gouvernements concernés".

Pour démontrer également que la démarche de son groupe se faisait "dans la transparence", le leader du GRC avait, lors de sa rencontre avec la presse, exhibé une photo de la réunion tenue à la House of Lords qui prouvait la présence à la réunion du haut commissaire de Maurice à Londres, Mahen Cundassamy, et celle de Cader Hossenally, membre en vue du Parti Mauricien Xavier-Duval, mais sans doute en sa capacité de Mauricien détenteur de la double citoyenneté britannique et proche de la UK Chagos Support Association.

Or, répondant à une question additionnelle de la députée Arianne Navarre -Marie, qui voulait savoir si le haut commissaire mauricien ou un autre représentant du gouvernement avait assisté à la présentation du plan de relogement et si des discours avaient été prononcés par eux, le Premier ministre avait répondu : "Je ne suis pas au courant s'ils y avaient assistés, mais il y a des rapports qu'il y avait eu présentation du plan." Tout cela bien que le Premier ministre soutînt détenir ses informations sur ce qui se passait à Londres concernant les Chagossiens... du haut commissariat mauricien lui-même.

Obligations internationales de la Grande-Bretagne

Quoi qu'il en soit, le Premier ministre a informé l'Assemblée nationale que, pour le gouvernement Mauricien, "l'archipel des Chagos est, et a toujours été, une partie de l'île Maurice." "Les Mauriciens ont donc le droit de se rendre et de vivre dans n'importe quelle partie de Maurice, mais ils ne peuvent pas le faire présentement en raison du litige entre l'île Maurice et la Grande Bretagne autour de la souveraineté sur les Chagos".

Le Premier ministre a rappelé à l'Assemblée nationale qu'aussi loin qu'octobre 1997, lorsqu'il avait discuté avec le défunt ministre des Affaires étrangères britannique Robin Cook, il avait réclamé des négociations entre États afin de permettre le retour tant des Mauriciens nés aux Chagos que de leurs descendants à Peros Banhos et à Salomon.

"J'avais aussi dit qu'on pouvait commencer par permettre des visites dans les îles de l'archipel pas directement destinées à des fins militaires. À cette époque, il n'y avait pas eu d'engagement clair du gouvernement britannique à propos de ces visites, bien que Robin Cook eût affirmé qu'il n'était personnellement pas contre l'idée, mais qu'il allait en parler avec les autorités américaines (ndlr : en raison de l'interdiction faite par les militaires américains qui occupent l'atoll de Diego Garcia). Une telle visite a pu avoir lieu en mars-avril 2006. J'avais insisté que les gouvernements britannique et mauricien partagent les frais et qu'une présence mauricienne soit visible lors de la visite", a soutenu le Premier ministre.

Ce dernier a déclaré que l'accord de Gordon Brown à discuter à un niveau élevé diffère par rapport à un échelon inférieur (au niveau d'officiels du haut commissariat mauricien et du Foreign and Commonwealth Office) qui avait été préalablement suggéré par Londres. Navin Ramgoolam a insisté que "le gouvernement de la Grande-Bretagne doit, en vertu de ses obligations en droits internationaux, traiter directement avec le gouvernement de Maurice concernant tout plan ou projet visant à faciliter le retour de Mauriciens, y compris des natifs et des déplacés et de leurs descendants dans les Chagos".

Nombre d'observateurs qui ont pu tenir entre leurs mains un livret intitulé A Crumbling Defence que fait circuler le Groupe Réfugiés Chagos à travers le monde pour promouvoir son plan de relogement Let Them Return trouvent que l'île Maurice a bien raison d'être vigilante malgré les dénégations d'Olivier Bancoult qu'il ne se désolidarise pas de Maurice, malgré qu'il évite, systématiquement, de se prononcer sur la question de souveraineté. La brochure illustre les Chagos par un monticule de sable entouré de bleu représentant la mer sur laquelle flotte... le drapeau britannique, le Union Jack !



a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 18 mai 2008