o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 11 mai 2008



  Faits et effets - Agitations post 1er Mai
  Humeur - Le marketing grégorien
  Pris sur le vif - Babysitting


Faits et effets...

Agitations post 1er Mai
Josie Lebrasse


On sait qu'il y a une intense campagne de mobilisation qui précède généralement les rassemblements du 1er Mai mais on ne se doutait pas qu'il y avait une autre… après la Fête du Travail également. Au sein de l'Alliance sociale, toutes les composantes s'étaient mises ensemble le temps d'une rencontre avec la presse pour dire qu'il y avait foule à Vacoas et deux fois plus de monde qu'à Rose-Hill. Or, après avoir saisi le prétexte de la commémoration de l'anniversaire de la mort de Sir Gaëtan Duval pour une sortie en duo à l'École hôtelière mercredi dernier pour un hommage appuyé à l'ancien leader des bleus, Xavier Duval et Rama Valayden étaient présents à une réunion conjointe à Curepipe le lendemain.

Il y a non seulement le fait de tenir ses rassemblements ensemble, mais il y aussi ce qui s'y dit. A Ébène mercredi, Xavier Duval s'est présenté avec Rama Valayden comme deux des "ministres les plus performants" du gouvernement de l'Alliance sociale. Passons sur le côté un peu déplacé qui consiste à s'autoféliciter et à s'encenser soi-même mais il n'y a, néanmoins, pas besoin de décodeur sophistiqué pour comprendre ce que ces deux ministres pensent de leurs collègues et quelle piètre opinion ils ont d'eux. La campagne de XLD "résultat lors résultats" d'avant le 1er Mai continue donc de plus belle. Et faut savoir à qui ce message est destiné.

A Curepipe, c'est le champ politique qui a été balisé. Les dirigeants des deux partis de l'Alliance sociale que sont le PMXD et le MR ont parlé d'union qui fait la force et on croyait ferme que c'était l'association de tous les partis qui se retrouvent au gouvernement qui assurait cela mais il faut croire que non puisque deux de ses composantes ont ressenti le besoin de s'organiser. Reste plus au PTr et au MSD d'Anil Baichoo de battre le rappel de leurs troupes ensemble. Il y a plusieurs grilles de lecture possible à cette stratégie du PMXD et du MR. Voyons-les.

Ces deux partis minoritaires de l'Alliance sociale se sentent un peu marginalisés au sein du gouvernement. XLD n'a toujours pas digéré le fait qu'il a été rétrogradé à la troisième place et qu'il n'est plus qu'un faux vice-Premier ministre, ce qui doit être particulièrement pénible pour quelqu'un qui revendique des résultats alors que Rama Valayden est lui dans une position encore plus fragile, lui qui n'est pas élu et qui dispose d'un siège éjectable à souhait.

Il y a ensuite deux rumeurs que l'on véhicule allégrement ces derniers jours, celle d'un remaniement qui verrait quelques retouches dans la répartition des maroquins et l'entrée de Suren Dayal au gouvernement, la circonscription No 8 étant celle où une partielle pourrait être déclarée et où la présence d'un ministre pourrait peser de tout son poids si cela s'avérait. Il y a aussi cette folle rumeur, répandue par les Travaillistes eux-mêmes, de l'arrivée du MSM au gouvernement. Ce qui fragiliserait davantage la place du PMXD et du MR, puisqu'à eux deux, ils ne disposent que deux voix au Parlement, celles de Richard et de Xavier Duval, le leader du MR n'ayant pas le droit de vote contrairement au MSM qui compte quand même dix députés au Parlement.

Et comme le seul poste ministériel auquel le non-élu Pravind Jugnauth peut aspirer est celui de l'Attorney General, on peut comprendre que Rama Valayden assure dès maintenant ses arrières. On parle même du paiement du PRB et de la compensation salariale, de la présentation, d'un budget "la bouche doux" avant des élections anticipées, 2009 devant être une année moins faste que celles que le pays a connue jusqu'ici. Quoi qu'il en soit, on aura l'occasion de vérifier si toutes ces rumeurs se confirment dans les semaines à venir.

Il ne faut pas croire que l'opposition soit en reste. Certains, tant au sein du MSM que du MMM, se sont mis en tête qu'une nouvelle alliance est encore possible et ils y travaillent dans l'espoir de constituer une plate-forme commune le 1 er mai 2009. Il y a eu, en tout cas, une détente très visible entre élus du MSM et du MMM mardi dernier au Parlement. Il n'a échappé à personne qu'à son arrivée dans l'hémicycle, le chef de file du MSM a été saluer chaleureusement le leader de l'opposition avant un bref brin de causette dans la bonne humeur.

Non seulement, certains se sont mis en choeur au MSM comme au MMM pour embarrasser le gouvernement et les envoyer quelques bonnes piques mais chez les orange ils ont été particulièrement sensibles et heureux d'entendre de la bouche de Paul Bérenger que c'est Pravind Jugnauth qui avait lancé le Programme-Based Budgeting en 2004 alors que le leader du MSM officiait comme vice-Premier ministre et ministre des Finances, mais Paul Bérenger a même été jusqu'à citer l'extrait du discours du budget de juin 2004 pour soutenir sa thèse selon laquelle c'est l'ancien gouvernement qui avait mis ce projet en chantier et que celui de l'Alliance sociale a mis trois bonnes et longues années pour le mettre en pratique.

Il n'en a pas fallu plus pour que l'on parle dès jeudi de "dégel" dans les relations MSM/MMM et que certains se mettent à rêver d'une reconstitution proche de l'alliance qui, dans la sérénité, a présidé aux destinées du pays de 2000 à 2005. Certains parlementaires des deux partis seraient, dit-on, à la base de ces fuites d'informations indiquant un réchauffement des relations entre le MSM et le MMM. Mais il y a eu les mises au point respectives de Paul Bérenger et de Pravind Jugnauth hier sur toute cette question. Il y a visiblement encore du chemin à faire mais il est clair aussi que la possibilité que les routes se croisent n'est pas exclue. Les agitations post-1er Mai ont leur raison d'être. C'est aujourd'hui qu'il faut dégager les configurations qui s'affronteront demain. Les voilà partis…




Humeur

Le marketing grégorien
Jean-Claude Antoine


Jocelyn Grégoire aura au moins réussi, avec son rassemblement du 1er Mai, une chose qu'il est loin de détester, faire parler de lui. Il faut reconnaître qu'il ne s'est épargné aucune peine pour atteindre cet objectif médiatique. Déjà avant son départ de Maurice en mars, il avait lancé l'opération médiatique en annonçant que la Fédération des Créoles Mauriciens allait organiser une manifestation le 1er mai. De quoi obliger les Mauriciens à se questionner sur le pourquoi de cette décision d'organiser une manifestation le jour où tous les partis politiques réunissent traditionnellement leurs partisans. D'autant plus que le bon père n'arrête pas de jurer ses grands Dieux qu'il n'a aucune intention de faire de la politique. Jurer ne pas vouloir faire de la politique et organiser une manifestation - un meeting en fait - le 1er Mai, ça ne peut que faire jaser. C'était ça le but de l'opération : faire parler de son initiative et de lui, même en son absence du pays. Et pour le cas où la vague de curiosité s'affaiblirait, il ralluma la flamme par quelques déclarations de presse via téléphone ou internet des USA pour entretenir le flou sur le lieu où il tiendrait son meeting avant de jeter son dévolu sur le stade de Rose-Hill. A quelques centaines de mètres de celle du meeting du MMM et pratiquement aux mêmes heures. Cette proximité dans le lieu et les horaires ne pouvaient que susciter des réactions et faire rebondir la polémique. Jocelyn Grégoire consacra plusieurs déclarations de presse volontairement ambigues à l'entretenir en changeant plusieurs fois d'horraire pour finalement annoncer que l'heure choisie serait annoncée plus tard. Le tout dans le cadre d'une campagne de marketing médiatique comprenant plusieurs interviews radios sur une même chaîne dont une en compagnie de représentants de la Voice of Hindu. Ce qui ramène le FCM au rang d'une organisation communaliste déclarée ? Sans doute, mais ça fait parler du produit et c'est ça l'essentiel en marketing, n'est-ce pas ?

C'est, porté sur des épaules - comme Gaëtan Duval, ou comme une rock star - et entouré de bouncers déguisés en gardes de sécurité - ou en garde prétorienne ou en apôtres selon les mauvaises langues - que Jocelyn Gregoire fit son entrée au stade de Rose-Hill. Lui qui jure ne pas vouloir faire de la politique parla pendant deux heures - comme Fidel Castro -, promit tout et son contraire, jura de défendre la cause et fit des propositions qui furent vivement applaudies par la foule. Comme tout politicien qui se respecte. Des propositions qui ne pouvaient que susciter la polémique et que le bon père répéta lors de sa conférence de presse bilan du 1er Mai. Comme tous les partis politiques. C'est quand même curieux de refuser de faire de la politique en copiant systématiquement tout ce que font les politiciens. Parmi les propositions répétées et destinées à provoquer des réactions : celle du quota de 35% dans le Service Civil. Comment ne pas faire réagir un pays où chaque communauté est persuadée que les autres ont plus que ce à quoi ils ont droit en lançant un combat pour que 35% des places du Service civil soient réservées aux créoles. Le sujet est explosif et ne peut que susciter des réactions négatives. C'est le but de la manœuvre et de toute l'opération marketing grégorien autour du 1er Mai. D'ailleurs, le soir de son retour au pays, il anima une manifestation à Bambous, qui fut annoncée par un SMS dont une phrase résumait toute la philosophie du marketing grégorien : "Venez en foule, ce sera médiatisée."

Rendons à César ce qui lui appartient : Jocelyn Gregoire sait se médiatiser par des déclarations provocantes soigneusement pensées. Mais suffit-il de faire parler d'un leader dans la presse ou d'afficher son image sur toutes les murailles du pays pour améliorer les conditions de vie de ceux qui le suivent et lui font confiance ? Autrement dit, est-ce que le produit est de la même qualité, au niveau de la réalisation des promesses faites et des engagements pris, que l'opération marketing qui a entouré son lancement ?

L'avenir répondra rapidement à cette question.




Pris sur le vif

Babysitting
Jean-Claude Antoine


- Seigneur, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as figure comme si on t'avait obligée à monter et à redescendre la montagne du Pouce à toute vitesse.

- Aio, qu'est-ce que je vais te dire, toi ? J'ai des problèmes à la maison…

- … nooon ! qu'est-ce qui t'es arrivée ?... Ne me dis pas que ton mari ?... non, c'est pas possible…

- … je te préviens… fais attention à ce que tu vas dire là, hein !

- Mais je n'ai rien dit…

- … justement… avec certaines personnes, c'est quand elles disent rien qu'on entend tout !

-.. sorry bonnefemme… pas besoin de piquer une crise… mo fine seulement demande toi pourquoi tu as mauvaise mine et tu m'a répondu que tu avais des problèmes dans ton ménage.

-... mon ménage !... je n'ai jamais dit mon ménage. J'ai dit ma maison. C'est pas la même chose, non ?

- Ecoute-moi, je n'ai pas fait attention aux mots. Seule affaire, je voulais t'aider. Maintenant si tu veux garder ton problème pour toi… c'est ton problème. D'ailleurs, c'est toujours comme ça : quand tu veux aider, tu reçois toujours des coups de pied.

- Arrête ton cinéma. Je sais que tu meurs d'envie de savoir ce qui fine arrive moi.

- Tu sais moi, je ne veux surtout pas te donner l'impression que je veux veiller tes affaires.

- Bon… on laisse tomber, ok ? Figure-toi que j'ai cette tête parce que j'ai fait du baby-sitting.

- Toi faire du baby-sitting ? Toi qui n'a jamais laissé tes enfants boire avec toi et qui les a envoyés en garderie petit, petit même !!! Mais qu'est-ce qui t'es arrivée ? Et surtout avec quel enfant que tu veilles comme ça !?

- C'est une histoire compliquée..

- Ca, c'est sûr ? Surtout que tout le monde sait que tu aimes les petits bébés - surtout en photos. Mais où est-ce que tu es allée trouver un bébé ? A ma connaissance, il n'y a personne dans ta famille qui était gros ventre. En tout cas, ça ne se voyait pas.

- Mo pas ti konné ki to contrôleur grosseur ventre, moi.

- Aio… arrête de tire l'ail, donc. Ce n'est qu'une manière de parler. Alors ce bébé… kot li sorti ?

- C'est le bébé de ma bonne.

- J'ai raté un épisode ou je suis tarée ? Tu fais du baby-sitting avec le bébé de ta bonne ? Et pendant ce temps que fait ta bonne ?

- Mais elle fait le ménage.

- Sorry, on va rewind un coup : pendant que ta bonne fait le ménage chez toi, toi tu babbysit son bébé, c'est ça ?

- Oui.

- Madam veille ti baba servante quand servante pé faire l'ouvrage madame : c'est une nouvelle mode ou une nouvelle loi du gouvernement pour la démocratisation de l'économie ?

- Arrête de faire ton foutant. C'est juste que ma bonne a eu une prise de bec avec sa belle-mère et ne peut plus lui demander de veiller son bébé.

- Alors tu veille son bébé pour qu'elle puisse faire le ménage chez toi. Je t'avoue que je trouve ça un peu comique et surtout compliqué. C'est pas plus simple de faire ton ménage toi-même ?

- C'est ce que m'a dit mon mari. Je ne te dis pas la rafale que j'ai prise avec lui quand il est rentré pour me voir en train de bercer le bébé ! Mais je lui ai fait comprendre qu'il n'était pas question pour moi de faire le ménage. Je suis plein de faire la servante dans la maison.

- Tu préfères faire la babysitteuse de la servante ? Je suppose que ton mari a dû te dire ça.

- S'il n'avait dit que ça.

- Qu'est-ce qu'il a ajouté encore ?

- Il ma dit de transformer le garage en garderie pour m'occuper également des enfants du jardinier et de la dame qui fait le repassage l'après-midi, comme ça tous mes travailleurs pourraient travailler en paix !





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 11 mai 2008