é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 11 mai 2008

ISRAËL, L'AN SOIXANTE !
Gérard Cateaux


Le 14 mai, l'Etat d'Israël soufflera ses soixante bougies. Cet Etat sioniste, créé à la faveur d'une résolution votée par l'Assemblée générale des Nations unies, le 29 novembre 1947, prévoyait aussi le partage de la Palestine en deux Etats, l'un juif, l'autre arabe. Mais l'histoire nous a appris que si le premier vœu a été exaucé, le second attend toujours et, en attendant, plusieurs guerres ont opposé Israéliens et pays arabes au prix d'on ne sait combien de victimes des deux côtés, civils et militaires.

Israël et ses alliés occidentaux ont souvent évoqué que leurs initiatives militaires, les occupations territoriales tant qu'en Egypte, en Syrie ou au Liban étaient liées à leur survie en tant qu'Etat. Nous savons aussi que certains jusqu'au-boutistes arabes avaient souhaité jeter tous les Juifs d'Israël à la mer, comme une sorte d'opération Exodus à l'envers. Mais nous savons aussi que ce souhait était irréalisable dans la mesure où l'Etat hébreu disposait d'un formidable appui de l'Occident avec pour tête de pont les Etats-Unis et le puissant lobby juif américain.

Tout ceci nous amène à penser que Palestiniens et Israéliens sont appelés à gérer leur destin commun. Chassés de la Palestine au temps de l'occupation romaine, - d'où l'expression de "Juifs errants"- les Juifs de la Palestine ont, effectivement, erré sur les terres européennes, en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Hongrie et, même jusqu'à Maurice, lorsque leurs identités ont été happées par le nazisme hitlérien. Les Juifs d'Europe ont connu l'un des pires génocides de l'histoire du vingtième siècle. Ce qui est impardonnable !

Certes, ils ont eu leur Etat, ils l'ont fait fructifier. Ils ont inventé un mouvement extraordinaire autour des Kibbouz, genre de fermes agricoles qui ont permis de faire reverdir le désert. Ils étaient en avance sur le développement durable. Aujourd'hui, ces Kibbouz se sont modernisés et se sont transformés en villages hi-tech, véritable Silicon Valley du désert ! Les Israéliens, sur le plan militaire, possèdent l'armée la plus puissante et la plus moderne du Moyen-Orient.

Et pourtant, leur soif de conquête territoriale, où la gestion de l'eau demeure leur obsession primordiale, prime sur leur occupation du Jourdain et du plateau du Golan. Un jour, Alain Bauer, spécialiste des problèmes de sécurité à l'échelle mondiale - il fait partie, nous croyons, du cabinet du président français, Nicolas Sarkozy - nous disait que la question israélo-palestinienne était liée, essentiellement, à l'approvisionnement de l'eau et que son enclavement l'empêchait de faire la part belle à ses "ennemis"…

Eau, source de vie, dit le slogan ! Mais aussi source de conflits. Avec leurs sœurs et frères arabes ! Depuis la création de l'Etat d'Israël, ce pays est allé de guerre en guerre : 1956, la Guerre des Six Jours en 1967, la guerre du Kippour, en 1973, où, pour la première fois, Tsahal est défaite par les Egyptiens, le massacre du camp palestinien Sabra et Chatila en septembre 1982, la guerre du Liban en juillet-août 2006. Non sans oublier les deux Intifada où Israël a dû courber l'échine face à la guérilla.

Laissons le mot de la fin à l'historien israélien, Avi Shlaïm, qui, dans son livre Le Mur de fer Israël et le monde arabe, écrit, comme un message d'espoir : "Il n'est pas totalement exclu que les Israéliens tirent aussi un jour les leçons de leurs erreurs et élisent des dirigeants conscients que la coexistence de deux Etats constitue la seule vraie solution. Les nations, comme les individus, sont capables d'agir rationnellement - après avoir épuisé toutes leurs autres solutions…"

SHALOM !



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 11 mai 2008