o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 4 mai 2008



  Faits et effets… - Les vraies questions…
  Humeur - Les mathématiciens du 1er Mai
  Pris sur le vif - Principes


Faits et effets...

Les vraies questions…
Josie Lebrasse


Les plus naïfs ou les plus malhonnêtes vous diront que les foules du 1er- Mai, ce n'est pas ce qui importe. Ce sont des enjeux dont il doit être question, même si, lorsqu'ils sont évoqués ici et là, ça ne semble que peu les intéresser. Faut savoir ce qu'on veut. Tous les ans, c'est la même chose, les syndicats vous disent qu'on leur a volé leur Fête du Travail, ce qui est un peu vrai. D'autres critiqueront l'autobus gratuit et les collations qui l'accompagnent, mais ce qu'ils omettent de dire c'est que, pour qu'il y ait offre, il faut qu'il y ait demande. Il faut croire que cela plaît à des milliers de nos compatriotes de faire une sortie politique le 1er mai. C'est devenu une tradition et elle ne disparaîtra que lorsque le peuple aura refusé cette sortie annuelle folklorique et lorsque les états-majors auront tous consenti à faire l'impasse sur ce type de célébration de la Fête du Travail. Et ce n'est pas demain la veille…

Il y a eu un événement politique, l'analyse s'impose donc. L'Alliance sociale n'a finalement pas mal fait compte tenu de la conjoncture et de ses trois ans passés au pouvoir, de l'usure et de sa courbe ascendante d'impopularité qui ne fléchit pas. Certains diront, sans être totalement dans l'erreur, qu'après deux années à la traîne, les formations gouvernementales ont pris peur et ont voulu limiter la casse en déployant les gros moyens. L'Alliance sociale est entrée tard dans la campagne de mobilisation, même si elle a sa télévision de propagande pour manipuler l'opinion et elle a sorti les gros moyens dans la dernière semaine avec une présence en termes d'affiches, de banderoles et d'oriflammes dignes d'une campagne électorale.

Il faut aussi dire que toutes les astuces - pour ne pas dire autre chose - ont été utilisées: le réseau des vieilles personnes, cette tranche de l'électorat qui, sondage après sondage, se confirme comme constituant le hard core du labour, les bons d'achat post-inondations qui continuaient à être distribués par les agents de l'Alliance sociale, plus d'un mois après la catastrophe. On parle aussi de la liste dressée de ceux qui ont reçu les Rs 5 000 de compensation pour la perte de leurs effets lors des pluies torrentielles et à qui on a demandé un petit geste de reconnaissance pour la Fête du Travail.

Et comme l'a si bien démontré une radio lors d'un micro-trottoir à Vacoas, une personne présente dans la foule, avec un accent qui n'est pas celui d'un Mauricien, semblait dire qu'elle avait été emmenée là et qu'elle ne savait pas trop ce qu'elle y faisait. Cela n'a fait que conforter les affirmations de ceux qui ont identifié un certain nombre de travailleurs étrangers. On ne va pas chipoter là-dessus, allons dire que la Fête du Travail, c'est aussi pour les travailleurs étrangers. Mais tous les moyens étaient bons pour grossir les effectifs. Et, apparemment, cela n'a pas suffi puisqu'il a fallu une demi-heure de plus pour la MBC pour monter les images du rassemblement de Vacoas à l'avantage de l'Alliance sociale, le bulletin télévisé ayant démarré à 20h03 au lieu de 19h30 et ce, sans un mot d'excuse. Et on nous dit que nous ne sommes pas dans une république bananière !

À Rose Hill, le MMM, qui avait déjà bien fait en 2006 et 2007, ne pouvait pas ne pas améliorer sa performance, d'autant que sa campagne de mobilisation a connu du succès. Les partisans du MMM ont, comme dans les grandes occasions, répondu présents. Ils étaient là parce qu'un récent sondage, en date du 26 février au 3 mars 2008, a placé leur leader devant Navin Ramgoolam comme le Premier ministre préféré des Mauriciens et que cela est tout aussi mobilisateur pour le peuple militant que la campagne immédiate de diabolisation que cela a déclenchée chez ses adversaires qui ont été pris de court pour ne pas dire de panique. Il est clair aussi qu'une certaine frange de la population qui avait, pour une raison ou pour une autre, soutenu l'Alliance sociale aux dernières élections, revient graduellement au MMM, et cela était manifeste jeudi.

Quant au MSM, compte tenu de ce qu'il représente sur l'échiquier, ce n'était pas trop mal à Port-Louis où il s'essayait pour la première fois. Tous les moyens étant mobilisés à cette fin. Son leader a bien essayé, mais sans succès, de dissuader le FSM de Cehl Meeah de tenir son rassemblement au même moment, comme s'il pêchait dans le même bassin. Ce que l'on retient de ce meeting, c'est que, comme à Vacoas, il n'y avait que pour Paul Bérenger avec, en prime, l'annonce que sir Anerood Jugnauth, du haut de ses 78 ans, va faire trembler plus d'un. Cet homme jeune qui était destiné à un grand destin politique doit être, quelque part, un peu désespéré pour s'abriter derrière de tels artifices. Dans l'espoir de faire de l'effet. Après nous avoir dit qu'il n'était pas correct que l'on mêle le président de la République à des considérations partisanes et politiques, voilà qu'il s'y met lui-même. Which is which ? Il est vrai qu'il est devenu difficile de suivre Pravind Jugnauth, de comprendre qu'il revendique être dans l'opposition et d'attaquer une autre de ses composantes, de ne rien avoir à dire sur la MBC mais de passer son temps à s'en prendre à la presse indépendante.

Au stade de Rose Hill, par contre, les critiques formulées de part et d'autre semblent avoir apporté leurs fruits. Présence moins affichée des caciques de l'Alliance sociale et ton moins belliqueux du père Grégoire, même si on peut regretter, pour la forme, cette posture dégradante qui consiste à se faire porter sur les épaules de quelques acquis à sa cause. On ne sait pas si c'est la meilleure manière de respecter la dignité des gens mais cela nous a ramenés à quelques années en arrière, à une symbolique que l'on croyait dépassée, où ceux qui se proclament leader n'avaient pas besoin d'être juchés sur les épaules des uns et des autres pour s'imposer.

Les rassemblements du 1er mai terminés, place maintenant aux dossiers urgents comme le transport qui augmente de 40% à partir de demain, même s'il est vrai que le transport pour se rendre au travail est remboursé et qu'il est gratuit pour les étudiants et les personnes âgées. Il y a quand même cette tradition de visiter la famille les dimanches. Cette hausse va grever davantage le budget des ménages. Il y a ensuite les attentes, du PRB, de la compensation, du budget et les vraies questions qui taraudent le quotidien des familles…




Humeur

Les mathématiciens du 1er Mai
Jean-Claude Antoine


Les quatre premiers mois de chaque année sont politiquement marqués à Maurice par une question. La question, celle que l'on se pose sur tous les tons et de plus en plus fort au fur et à mesure que le quatrième mois va vers sa fin est : combien vont-ils avoir ? Dans les premiers jours du mois mai, c'est la réponse à cette question qui fait débat. Il s'agit bien sûr des foules aux meetings et manifestations, un exercice qui, selon tous les concernés, ne sert à rien et surtout ne prouve rien mais que tous s'obstinent à perpétuer. Ce qui ne les empêche pas de se battre comme des chiffonniers en faisant preuve d'une mauvaise foi absolue pour s'octroyer la meilleure foule. C'est dans cette perspective qu'il faut ranger l'exercice auquel s'est livré cette année le secrétaire général du PTr. Au lieu de s'occuper des moyens de mesurer sa foule à Vacoas, il est allé arpenter la place de la rue Édouard VII à Rose-Hill où devait se tenir le meeting du MMM. Après avoir mesuré, il a divisé pour décréter selon ses calculs que les mauves ne pouvaient accueillir en tout et pour tout que six mille personnes. A noter qu'en mai de l'année dernière, c'est le leader de Mouvement Républicain qui avait, au nom de l'Alliance sociale, calculé a posteriori la foule du MMM. Comme méthode de calcul, il avait choisi de compter le nombre de… coques de pistache vides pour déterminer l'assistance au meeting. L'histoire ne dit pas si sa méthode tenait compte des non mangeurs de pistaches et de ceux qui sont capables de vous bouffer une livre sans ressentir des maux d'estomac. Cette année comme les précédentes, après l'énergie et les moyens déployés pour l'organisation de leurs manifestations respectives, les responsables des partis politiques vont passer les premiers jours du mois de mai à contester, parfois violemment, les estimations chiffrées publiées par la presse et revues selon les cas à la hausse ou à la baisse. Dans les deux cas, on pratique surtout la multiplication par au moins deux pour " rectifier ". Dans ce jeu de cons, la presse est de toutes les manières perdante et sert de bouc émissaire. Si elle ne couvre pas les meetings et ne chiffre pas les foules, elle est accusée de boycott. Quand elle fait son travail et publie ses estimations, ses journalistes sont accusés, dans des conférences de presse bilan, de faire le jeu des adversaires et ses chiffres sont dénoncés avant d'être revus et corrigés. La perversité du jeu des foules du 1er Mai réside dans le fait qu'il ne peut exister sans le support de la presse écrite, la télévision étant, depuis des années, hors concours pour cause de manipulation d'images éhontée. Il serait amusant que lors d'un prochain 1er Mai la presse écrite décide de ne pas couvrir les meetings juste pour voir la réaction des organisateurs…

Comme d'habitude, tout et son contraire a été dit dans commentaires/analyses sur les foules du 1er Mai 2008. Comme d'habitude, les commentateurs patentés n'ont pas hésité à gonfler leur foule et à se livrer à de ridicules exercice d'autocongratulations souvent contradictoires. C'est ainsi que Navin Ramgoolam a déclaré qu'il n'y avait pas suffisamment d'espace à Vacoas pour ses 15 000 partisans. En oubliant de dire que parmi lesquels, il y avait pas mal d'ouvriers indiens et sri-lankais et même des ouvrières chinoises à qui on avait promis une ballade en autobus. Mais le chiffre annoncé par le leader du Ptr devrait être revu à la baisse par son secrétaire général, jamais en panne de déclarations. En se fondant sur sa fameuse méthode de calcul, il a déclaré, après avoir traité de tous les noms l'express pour ses estimations que " le Ptr avait fait deux fois mieux que le MMM. " Or, selon ses propres calculs, le MMM ne pouvait accueillir que 6000 personnes à Rose-Hill. A moins que l'Alliance sociale n'ait changé les règles des mathématiques comme elle avait promis de changer la vie des Mauriciens, 2X6000 = 12 000. Il manque donc 3000 partisans dans l'estimation de Navin Ramgoolam. Interrogation angoissante : qui est meilleur calculateur entre le leader et le secrétaire général du PTr ? Pour sa part, le leader du MMM a déclaré sans ambages que sa foule a Rose-Hill a apporté la preuve que son parti " est le plus grand du pays ". Son estimation de la foule : plus de 14 000 personnes. 8 000 personnes de plus que la place de la rue Edouard VII est censée pouvoir contenir selon le SG du PTr. L'autre spécialiste du décompte des foules du 1er Mai qu'est devenu le leader du MSM ne pouvait être absent du débat après ses interventions intempestives de l'année dernière. Il a estimé cette année que sa foule à Port-Louis était composé de 15 000 personnes. Autant qu'à Vacoas, selon les estimations de Navin Ramgoolam et un millier de plus qu'à Rose-Hill selon les calculs de Paul Bérenger. Comme s'il avait peur que son affirmation ne suffise pas à convaincre, le leader du MSM a fait placarder d'immenses affiches à Port- Louis avec une photo de sa foule. Le père Grégoire, qui jure qu'il est d'abord et avant tout prêtre en utilisant de plus en plus des tactiques et des méthodes de politiciens, est lui aussi entrée dans la bataille des chiffres du 1er Mai. Si la presse avait estimé la foule rassemblée au stade de Rose Hill à 12, 13 000 personnes, des membres du FCM parlaient eux de 20 à 23 000 tandis que Jocelyn Grégoire après avoir annoncé 30 000 a revu son estimation à la hausse pour atteindre 35 000. Comme ce n'est que demain que le FCM tiendra sa conférence de presse bilan, il est possible que d'ici là les chiffres subissent une nouvelle poussée inflationniste. Est-ce qu'après la multiplication des pains serions-nous sur le point de découvrir celle des foules ?




Pris sur le vif

Principes
Jean-Claude Antoine


- Qu'est-ce que tu as fait le 1er-Mai ?

- Ce que la majorité des Mauriciens a fait : je suis resté chez moi pour jouir de mon jour de congé. J'ai kasé une mari poz à ne rien faire.

- A quel meeting to mari est allé ?

- Oken part. Je crois qu'il commence à être plein par la politique, comme moi, d'ailleurs. Avec toutes ces démissions, ces retournements de vestes, on ne se retrouve plus toi. Les honnêtes gens ne savent plus où regarder, je te dis. Ils sont dégoûtés. Tu sais quel est le dernier joke au Parlement ?

- Depuis quand tu es au courant des jokes du Parlement toi. Pour quelqu'un qui est plein avec la politique, je trouve que tu es mari bien renseignée…

-… pas du tout, c'est X qui a raconté ça. C'est un des collègues de son mari qui le lui avait dit.

-… ma chère, tu fréquentes des femmes de député maintenant. Drôle de façon d'être plein avec la politique.

- Qu'est-ce que tu vas encore chercher là ? Je ne la fréquente pas. Ma cousine m'a demandé de lui donner un lift pour renter chez elle. Elle habite une rue de l'autre côté de chez moi. Je n'allais pas refuser sous prétexte que son mari fait de la politique…

- …enfin…

-… quel enfin, ça ? Moi je suis civilisé et j'ai des manières et des principes, moi.

-… Aio, ce que tu peux être susceptible… on ne peut rien te dire sans que tu montes sur tes chevaux. Allez quel est le joke ?

- Je ne suis pas sûr que tu vas aimer, ça critique ton parti…Il paraît que Sithanen a dit à Shekar Naidoo, celui qui vient de démissionner du MSM : Dulloo, Dayal et Ramjuttun vont avoir six mois de Premier ministre chacun avec Bérenger, toi combien de semaines de Premier ministre tu vas avoir avec Bérenger quand tu vas entrer au MMM…

- Sithanen fait des jokes comme ça maintenant ? Il est un peu mal placé, lui qui a quitté Jugnauth pour Ramgoolam du jour au lendemain, lui qui a envoyé sa lettre de démission comme ministre au vice-Premier ministre et pas au président de la République… dis-lui d'aller voir son "early harvest"...

-… écoute… teigne to cassette anti-Sithanen et laisse-moi finir le joke ! C'est la réponse de Naidoo qui fait le joke : il lui a répondu : moi je vais avoir cinq ans full, comme vice-Premier ministre.

- Il y a joke dedans ? Ou ça hein ? Ca me rappelle l'expression créole "guidi guidi moi pou mo rié !! "

- Ce que tu peux être de mauvaise foi, toi, quand on parle des gens qui ne sont pas de ton bord politique…

-… je ne suis pas de mauvaise foi, je suis juste réaliste. Tu as déjà entendu Sithanen faire un joke qui fait rire toi ? Le campment tax, la taxe sur les intérêts bancaires, et la taxe sur les maisons ça te faire rire toi ?

- Je savais qu'il ne fallait pas parler de politique avec toi, mais pas à ce point…

-… mais tu dis n'importe quoi… tu me raconte une histoire supposément drôle et moi je réagis en te demandant où est le comique. C'est tout. Bon, changeons de sujet. Donc, ton mari est mari plein avec la politique comme toi et il n'a pas été aux meetings du 1er Mai.

- Il m'a dit que cela ne valait plus la peine et que topette ne valait pas morette. De toutes les façons, on savait ce que chaque parti allait dire non:"Nous même fine gagne plus gros la foule", et traiter les autres de menteurs. D'ailleurs, ça n'a pas manqué. Le MSM fine dire qu'il avait eu 15 000 personnes à Port-Louis, Ramgoolam qu'il n'y avait pas assez de place pour mettre ses partisans à Vacoas et le MMM qu'il y avait plus de monde à Rose-Hill cette année qu'en 2007.

- Donc, ton bonhomme n'est pas sorti le 1er Mai?

- Il n'est pas allé dans les meetings. Il a été juste faire un petit tour pour se faire une idée.

- Avec sa voiture dans un défilé ?

-- Comment tu sais ça toi ? Ca qui appelle tu sais veiller les affaires des gens ça…

- Qu'est-ce que tu veux que j'aille veiller ? Les affaires des bêtes ? Mais de toutes les façons, bonne femme, les gens ont des yeux pour voir…

-… et des langues de vipère pour raconter en exagérant…

-… si to mari va dans des défilés, c'est pour se faire voir, non ?

- Pas du tout. Qu'est-ce que tu vas chercher là. Il a été coincé dans ce défilé en voulant aller au supermarché, c'est tout.

- Avec deux pavillons rouge et bleu sur son auto. C'est comme ça qu'il montre qu'il est dégoûté de politique et qu'il a des principes, comme toi ?





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 4 mai 2008