é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 27 avril 2008

Mai 68 !
Gérard Cateaux


Nous allons nous remémorer, dans quelques jours, les événements qui ont marqué notre génération, voilà 40 ans. Martin Luther King jr a été assassiné. La guerre du Vietnam, avec l'offensive du Têt, bat son plein avec ces coriaces Viêt-cong qui défient la plus grande armée du monde, celle des États-Unis. Les troupes du général Westmoreland sont aux abois. Et, pendant ce temps, les enfants de Marx et de Coca-Cola occupent, à Paris, la Sorbonne avec à leur tête un certain Daniel Cohn-Bendit qui nargue d'un sourire goguenard un policier masqué au Quartier Latin.

Pendant ce temps-là, aussi, Léo Ferré chante sur un air de rumba : "Comme une fille / La rue se déshabille / Les pavés s'entassent / Et les flics qui passent, les prennent sur la gueule..." La "fête" est totale !

Mon ami et frère, Hervé Masson jr, dit Tivé, traverse, de la rue des Amandiers, Paris, pour se rendre dans une loge maçonnique où il devait être initié. En cours de route, me confia-t-il, il se retrouva en plein cœur de l'insurrection estudiantine. Il décida, sur-le-champ, de ne pas rejoindre la loge et se joignit aux manifestants du Quartier Latin. Et il me dira qu'il avait été initié sur les barricades... Sacré Tivé !

Face à la réaction musclée de la police, les étudiants parisiens, rejoints par les forces syndicales, vont forcer le pouvoir politique français à davantage de retenue. Acculé, le général De Gaulle se rend à Baden-Baden, en Allemagne, pour rechercher auprès du général Massu un certain soutien militaire au cas où "la chienlit" - l'expression est de De Gaulle - entraînerait la France vers le chaos.

Et pourtant, au cours de ces événements de 68, des individus d'âges et de conditions divers, touchés par un certain réveil d'une conscience politique collective, voulaient témoigner de leur révolte. Ces baby-boomers de la Seconde Guerre mondiale souhaitaient faire table rase d'un passé révolu. Et il se sont exprimés à travers des slogans devenus célèbres. A savoir : "Cours camarade, le vieux monde est derrière toi !" Ou encore : "Il est interdit d'interdire !" Et le fameux : "Sous les pavés, la plage !" Et puis ce poster montrant un De Gaulle sous la forme d'une ombre chinoise, la main sur la bouche d'un jeune avec ce slogan : "Sois jeune et tais-toi !"

Ces jeunes-là s'étaient inspirés des paroles du dieu Wotan - ou Odin - grand dieu du panthéon nord-germanique, dieu de la Guerre et du Savoir, qui, dans l'Or du Rhin, déclamait : "Tout ce qui vit aime le perpétuel changement. Ce jeu-là m'est nécessaire..."

Il faut aussi voir dans ce mouvement de Mai 68 autre chose qu'une simple manifestation résultant du conflit de générations. Mai 68 a mis en lumière le phénomène de la contre-culture, une culture nouvelle, souvent parallèle ou souterraine, et qui entre en rébellion avec la culture officielle, celle-ci, aux mains de l'économie et du pouvoir, était jugée aliénante, statique, sclérosée, dépassée ou inutile.

A l'instar d'un François Truffaut, d'un Claude Chabrol ou d'un Jean-Luc Godard qui, pour le cinéma français, d'abord, puis international avec l'avènement des cinéastes "indépendants" américains, qui militèrent pour une cinématographie révolutionnaire. John Dos Passos ou encore Henry Miller, pour la littérature, avaient déjà "doublé" nos jeunes révolutionnaires "frenchies" sur leur gauche...

A ce moment précis, Louis Aragon s'écrie : "On a fait des lois, des morales, des esthétiques pour vous donner le respect des choses fragiles. CE QUI EST FRAGILE EST À CASSER..."



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 27 avril 2008