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Le 25 avril au Centre Swami Vivekananda
Yannick Noah revient!
Alignant les concerts depuis le mois de Mars, Yannick Noah, chanteur-athlète
très apprécié en France et ailleurs, donne
rendez-vous à ses fans mauriciens pour un concert qui se
tiendra le 25 Avril à 20h au Centre Swami Vivekananda à
Pailles. Invité par l'agence Immedia, le chanteur franco-camerounais,
qui s'est imposé comme l'un des valeurs sûres de
la chanson française interprétera à l'occasion
plusieurs titres dont ceux de son dernier album Charango.
Yannick Noah, qui entame une série de concerts depuis le
mois de Mars en France, poursuit sa tournée dans l'océan
Indien. Trois ans après avoir conquis le cur des
Mauriciens à la Citadelle, Yannick Noah est de retour à
Maurice pour le plus grand bonheur de ses fans. Dans l'ambiance
intimiste du Centre Swami Vivekananda à Pailles, l'interprète
de Destination ailleurs offrira deux heures de ballades,
de secousses et de rythmes exotiques. Rama Poonoosamy, le directeur
de l'agence Immedia a, lors d'une conférence de presse
mercredi dernier, annoncé que le chanteur arrivera à
Maurice le mardi 22 avril, soit après s'être produit
le samedi 19 pour la première fois à Madagascar.
L'ex-tennisman qui fêtera ses 48 ans le 18 mai prochain
séjournera avec sa femme, ses enfants ainsi que tous ses
musiciens, techniciens et choristes à l'hôtel Beau
Rivage avant de faire un saut à l'île de la Réunion
pour deux représentations et regagner la France où
de nombreuses escales dans bon nombre de villes sont prévues.
Fils d'un père camerounais et d'une mère française,
Yannick Noah passe son enfance à Yaoundé. Sa victoire
à Roland Garros en 1983 contre Mats Willander l'impose
dans le cur du public. Son allure détendue, ses tresses
et son humour en font le chouchou des français. Après
23 titres internationaux, il met un terme à sa carrière
pour devenir capitaine de l'équipe de France en 1991. La
France remporte alors sa première victoire de la Coupe
Davis depuis 1932, et tout le public reprend en cur sa chanson
Saga Africa.
Le joueur s'est en effet reconverti dans la chanson. Peu à
peu, sa musique s'améliore : l'album au titre éponyme
qui sort en 2000 est coproduit par Goldman et son album Pokhara,
en 2003, remporte un succès qu'on peut vérifier
sur scène. Engagé dans des uvres humanitaires,
il crée plusieurs associations comme les Enfants de la
Terre ou Fête le Mur, et organise des tennis-concerts pour
les jeunes défavorisés. En juin 2005, paraît
le disque intitulé Métisse(s) et en 2006,
il sort Charango, troisième album studio paru en
octobre chez Columbia, et qui a déjà généré
trois hits et singles : Donne-moi une vie, Aux arbres
citoyens et Destination ailleurs. Avec Charango,
il offre un métissage de musiques sur une base naturelle
de reggae, utilisant un instrument traditionnel d'Amérique
Latine, le charango.
Les billets places debout (Rs 900 et Rs 500), sièges réservés
gradins (Rs 1200 et Rs 650), en vente depuis jeudi dernier sont
disponibles à travers le Rézo Otayô sur le
466 99 99.
Du 10 au 19 avril
Crossbreed Supersoul en tournée à La Réunion
Le groupe de rock mauricien Crossbreed Supersoul sera en tournée
à La Réunion du 10 au 19 avril. Huit concerts sont
prévus. Sur le site L'Azenda qui annonce leur venue,
on peut lire que CrossBreed SuperSoul devrait séduire le
public rock réunionnais "grâce à ses
prestations hyper vitaminées qui font la part belle aux
mélodies et à la voix de son charismatique chanteur,
Vincent Brasse".
Du chemin parcouru donc par ce groupe de potes qui démarre
en 2004 avec Armand (basse), Guylain (batterie) Roro (guitare
solo) Laurent (guitare rythmique et chur) et Vincent (guitare
acoustique et chant), et qui gagnera une reconnaissance locale
qui ne cessera de croître grâce à son album
Live at the BBC enregistré en 2005 au Banana Beach
Club de Grand Baie. Leur deuxième album, A Letter to
G, sorti en novembre 2007, confirme et approfondit leur potentiel.
"Crossbreed SuperSoul affiche des influences à
l'image du nom du groupe (littéralement " croisement
des races " et "grande force spirituelle "), c'est-à-dire
mélangées. Avec des breaks impeccables, un poumon
basse-batterie particulièrement bien en place et des mélodies
efficaces, le groupe est prêt à passer à la
vitesse supérieure et à exporter sa musique à
La Réunion puis en Europe. De jeune groupe confidentiel
en 2004, CrossBreed SuperSoul est d'ailleurs passé
en quelques années au stade de véritable locomotive
du renouveau musical mauricien", écrit L'Azenda.
"Les musiciens de CrossBreed SuperSoul sont très
motivés à l'idée de se produire devant le
public réunionnais et d'avoir l'opportunité de conquérir
de nouvelles oreilles. Un public qu'ils savent plus réceptif
et plus exigeant qu'à Maurice, en raison d'une offre musicale
bien plus étendue. Un public devant lequel tout reste à
faire. Nous leur souhaitons bonne chance dans cette entreprise",
conclut l'Azenda. Nous aussi.
Hip hop
Stage et "Battle" avec Eric Mezino
Le chorégraphe Eric Mezino de la compagnie E.GO revient
à Maurice pour poursuivre son atelier de danse hip hop,
initié au mois de septembre 2007.
La Compagnie E. go a été créée en
janvier 2003 à Niort par Eric Mezino, au terme de dix années
de travail comme chorégraphe et co-directeur artistique
au sein des Compagnies Accrorap et Malka, et d'accompagnement
d'amateurs et de professionnels. A travers trois axes de travail
que sont l'action artistique, l'action pédagogique et l'action
internationale, la Cie E. go initie et mène des projets
culturels dans le monde entier. Elle s'efforce de toucher un très
large public d'initiés et de néophytes. Elle tend
surtout à mélanger les publics les plus divers pour
échanger et partager autour de la culture hip hop. Avec
un réseau d'une trentaine de danseurs professionnels et
trois créations qui tournent actuellement, l'action artistique
constitue une grande part de l'activité de la compagnie.
Chez nous, Eric Mezino proposera donc un nouvel atelier qui se
déroulera du lundi 21 au mercredi 30 avril de 10h à
14h 30 au CCB à Rose Hill. L'atelier est ouvert à
tous les danseurs et en particulier à ceux pratiquant le
hip hop. Les inscriptions peuvent se faire au centre culturel.
Entre compétition sportive et performance
A l'issue de ces ateliers, un "battle" est prévu
le samedi 26 avril à 16h au M.G.I. à Moka. A mi-chemin
entre compétition sportive et performance, un battle de
hip hop est avant tout, expliquent les adeptes du genre, une rencontre
de danse organisée dans un esprit festif. Les " crews
" (ou compagnies de danse) se mesurent les unes aux autres
dans différentes catégories de hip hop : b. boying
(danse au sol), popping, locking, expérimental...
L'exploit physique est mis en avant dans une conception populaire
du défi, de l'affrontement et de la virtuosité technique
des gestes chorégraphiques. Le jury, composé de
danseurs confirmés, classe les équipes suivant des
critères précis, ayant trait notamment à
l'interprétation de la musique par le/ les danseurs, le
degré de difficulté des enchaînements chorégraphiques,
l'originalité, la créativité et le style
du/des danseurs et la répartition des passages de chaque
danseur dans son équipe.
A voir donc le 26 avril au MGI. Le droit d'entrée est à
Rs 250 et Rs 50 pour les moins de 25 ans.
Les billets seront en vente à partir du mardi 8 avril au
CCB à Rose-Hill, au CCEF à Curepipe, chez Campus
France (ex CIFOD) à Port-Louis et à travers le Rézo
Otayo.
Portrait
Rivaltz Quenette, la mémoire de la Loge
Rivaltz Quenette vient de publier le deuxième et dernier
tome de l'histoire de "La Franc maçonnerie à
l'île Maurice". Un ouvrage très documenté,
comme les précédents de l'auteur, qui nous fournit
l'occasion de brosser le portrait de ce natif du mythique ward
IV de Port-Louis dont le long passage au Parlement comme Clerc
contribua au prestige de l'institution.
Au contraire de ceux qui n'ont pas grand-chose a dire et multiplient
les déclarations, Rivaltz Quenette fait partie des lettrés
qui privilégient la discrétion. Et pourtant cet
enfant du Ward IV de Port-Louis en aurait des choses à
raconter. Tout d'abord sur ce mythique Ward IV, qui fut longtemps
la capitale culturelle de l'île Maurice, puisque réunissant
au pied de la montagne des Signaux plusieurs générations
de Mauriciens qui allaient faire honneur au pays dans divers domaines.
C'est dans cette région, qui deviendra plus tard le dernier
des quatre wards municipaux, que sont venus habiter les premiers
créoles libres après l'abolition de l'esclavage.
Plus tard, l'ouverture de plusieurs établissements scolaires
contribuera à la réputation culturelle de ce coin
de Port-Louis. Tout d'abord celle du collège Royal, qui
admettra les premiers élèves de couleur, ce qui
provoquera un frottement - d'abord forcé - avec les fils
des élites blanches. Ensuite l'ouverture de quelques ti
lékol célèbres, ensuite celle de la
School, puis du collège Bhujoharry, qui
devait pendant des années former l'élite du pays
et faire jeu égal - au niveau pédagogique - avec
le collège Royal. Les habitants, les institutions et sans
doute l'air de la montagne firent naître dans ce ward "une
affirmation sociale culturelle et même sportive"
qui allait en faire la capitale culturelle de l'île. Il
existait également une solidarité exemplaire dans
le ward dont Rivaltz Quenette fut un des heureux bénéficiaires.
Élève brillant né dans une famille modeste,
il put faire ses études secondaires grâce à
la générosité de deux hommes : le bonhomme
Bhujohurry, qui ne fit pas payer ses frais d'écolage et
Sookdeo Bissoondoyal qui lui donna pendant des années des
leçons deux fois par semaine. Durant ses études,
Rivaltz Quenette fait la connaissance d'un autre habitant du ward
qui allait jouer un rôle déterminant dans sa formation
: Marcel Cabon, journaliste, poète et écrivain et
fondateur du Cercle Rémy Ollier. Il confie à l'étudiant
les recherches historiques aux archives dont il avait besoin pour
écrire les biographies de Rémy Ollier, puis d'Edgar
Laurent. C'est cette recherche aux archives qui donnera à
Rivaltz Quenette le goût du travail sur l'histoire et l'écriture
ainsi que la collaboration que Marcel Cabon lui offrit à
Advance dont il était alors le rédacteur
en chef.
Clerc et biographe
Après ses études secondaires, Rivaltz Quenette obtient
un poste au secrétariat du service civil en 1948. C'est
le point de départ d'une carrière qui va le faire
voyager dans les différents secteurs du gouvernement colonial,
ce qui va lui permettre de faire de belles rencontres qui le marqueront
: Marcelle Lagesse, Kissoonsingh Hazareesing et Raymond Philogène
à l'Assistance Publique ; Arthur Jessops aux chemins de
Fer, puis, à la fermeture du réseau ferroviaire,
à la toute nouvelle RTLA qui allait gérer le transport
par autobus. La RTLA avait son bureau à la gare Victoria
et pour voisin la Widows, le bureau des pensions des veuves et
des orphelins, dont le secrétaire était M. Luc Ahnee,
amateur de littérature et jeu de mots dont le joke
favori était "je ne suis pas un animal, je suis
le mâle Ahnee." En Juin 1961, Rivaltz Quenette
sur l'insistance de son ami Bala Soopramanien entre comme assistant
Clerc à l'Assemblée Législative alors présidée
par celui qui deviendra sir Harilall Vaghjee, le premier Speaker
du Parlement mauricien et - pour beaucoup de parlementaires
- le meilleur qu'ait connu Maurice à ce poste. Il passera
de grands moments aux côtés du Speaker, par
ailleurs auteur de pièces de théâtre et de
marches musicales, qui lui donnera le goût de la lecture
des débats parlementaires locaux et de ceux de la Grande-Bretagne.
Une manière de le préparer à occuper le poste
de Clerc du Parlement, fonction que Rivaltz Quenette occupera
pendant de longues années avec efficacité et discrétion.
Il assistera aux toutes premières loges - sans jeu de mots
- aux débats parlementaires, dont celui qui précéda
le vote pour l'indépendance au cours duquel les députés
PMSD St Guillaume et Narainen votèrent contre leur parti
et avec le gouvernement. Sans vouloir faire de comparaison avec
les parlementaires d'après l'indépendance, l'ancien
Clerc dit regretter les grands tribuns et les grands débats
d'autrefois qui étaient âpres et mouvementés,
mais marqués par beaucoup d'élégance. Tout
en veillant à la transcription des discours des parlementaires
du vingtième siècle, Rivaltz Quenette écrira
les biographiques de trois grands tribuns mauriciens : Emmanuel
Anquetil, le Révérend Lebrun et Onésipho
Beaugeard. Il publiera également l'Appel aux urnes et cinq
volumes sur l'histoire de la Corporation municipale de Port-Louis.
"le franc maçon était un suppôt de
Satan dont la fréquentation menait directement à
la damnation éternelle"
Maçon discret depuis 1971, Rivaltz Quenette a participé
à la préparation des célébrations
du bi centenaire de la franc maçonnerie à Maurice.
C'est à l'occasion de ces célébrations qu'il
décide de consacrer un livre à l'histoire mouvementée
des loges à Maurice, plus pour le grand public que pour
les frères qui sont censés connaître leur
histoire. Publié en deux volumes, cet ouvrage raconte dans
quelle mesure l'évolution de la franc maçonnerie
a été liée aux mutations sociales, politiques
et culturelles du pays. Il remonte aux origines de la franc maçonnerie
où les loges étaient réservées à
l'élite du gouvernement colonial et aux planteurs ; puis
la passation de pouvoir des mains de l'oligarchie blanche, qui
cède - pour ne pas dire abandonne - la place aux représentants
de la bourgeoisie créoles ; le refus d'accepter des mauriciens
d'origine hindoue pendant longtemps, et enfin la transformation
de la franc maçonnerie avec l'entrée dans les loges
des premiers frères d'origine hindoue. Une large part du
deuxième volume est consacrée à la violente
campagne lancée par l'église catholique contre la
franc maçonnerie par la voix de certains évêques
à la fin du dix neuvième siècle. Pour ces
représentants du Vatican, le franc maçon était
un suppôt de Satan dont la fréquentation menait directement
à la damnation éternelle en enfer, il fallait donc
s'en débarrasser. Cette partie du livre fourmille de détails
sur la campagne de l'église allant de l'intimidation au
boycott des manifestations avec des menaces d'ex communion. Mais
au lieu de faire disparaître la franc maçonnerie,
cette campagne hystérique n'a fait que consolider sa réputation
de société secrète redoutable qui inquiète
tout en attisant la curiosité. Un sentiment mitigé
qui perdure de nos jours et explique sans doute le fait qu'il
existe aujourd'hui autant de livres sur la maçonnerie que
sur la religion catholique sur les étages de certaines
librairies locales. C'est l'histoire de la franc maçonnerie
avec ses grands moments de gloire, l'obligation de se défendre
des attaques de l'église catholique, les querelles d'obédiences
- qui ont poussé des loges et des frères à
adopter des comportements et des tactiques n'ayant rien de fraternels
- que raconte le deuxième livre de Rivaltz Quenette. Un
livre qui s'arrête volontairement au début des années
quarante, au siècle dernier parce que l'auteur ne veut
pas publier les noms des frères qui veulent peut être
garder leur appartenance secrète pour des raisons qui leurs
sont propres.
Ceux qui veulent en savoir un peu plus sur l'histoire de la franc
maçonnerie à Maurice et comprendre l'origine de
certains clichés contre cette organisation et son rôle
dans l'évolution du pays doivent lire le livre de Rivaltz
Quenette. En attendant qu'il se décide, enfin, à
écrire ses mémoires de témoin privilégié
qui a suivi aux premières loges, les travaux parlementaires
qui ont conduit Maurice de la période coloniale à
l'indépendance et finalement à la République.
Histoire: Les tribulations et les triomphes d'une cathédrale
L'épopée de la cathédrale Saint-Louis
La Cathédrale Saint-Louis, précieux héritage
du diocèse de Port-Louis et fière occupante de la
vaste Place de la Cathédrale, se dresse sur un site qui
a été identifié dans les années 1750,
des années après le départ de Mahé
de La Bourdonnais. Lors de son administration, ce dernier avait
choisi un site différent pour la future cathédrale,
celui qu'occupe, plus ou moins, la Cour Suprême, l'ancien
Palais de Justice. Le choix de La Bourdonnais ne fut pas retenu
pour la bonne et simple raison que l'espace en était restreint,
toute extension à venir étant, d'ores et déjà,
compromise, d'une part, par le passage tout près de la
rivière de la Butte-à-Thonnier, et, d'autre part,
par l'alignement qui avait déjà été
tracé de la rue du Champ de Mars, aujourd'hui rue Pope
Hennessy.
La construction de la cathédrale, qui devait épouser
les contours d'une croix latine, se conformait aux plans dressés
dans les années 1736-1739 par l'ingénieur en chef
de la Colonie, Charpentier de Cossigny. (1) La pose de la pierre
angulaire eut lieu en 1752, exercice auquel se prêta de
bonne grâce le gouverneur d'alors Pierre-Félix Barthélemy
David. Le curé et vice-préfet apostolique Gabriel
Igou bénit la pierre qui présentait les dimensions
suivantes : deux pieds (pieds français) quatre pouces de
long, deux pieds un pouce et quart de large et dix pouces et demi
d'épaisseur. (2) Elle portait l'inscription suivante en
latin :
IN NOMINE PATRIS, ET
FILII ET SPIRITUS
SANCTI
ANNO 1752, GUBERN.
ILLUS.D.PETRO DAVID
LAPIS ISTE POSITUS EST
NECNON GABRIELLE
IGOU, RECTORE ET PRE
FECTO APOSTOLICO
qui signifie en français :
Au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit
En l'année 1752, sous le
Très illustre Sieur Pierre David,
gouverneur,
cette pierre a été posée,
Gabriel Igou étant Curé et
Préfet Apostolique
Edifice inutilisé pour le culte jusqu'à reconstruction
Les travaux de construction ont commencé sous la supervision
de l'ingénieur militaire, le lieutenant Dulac. Au départ
de ce dernier en congé, Charpentier de Cossigny - de nouveau
dans l'île du 5 juin 1753 à juillet 1759 - le remplaça
et termina l'église. (Idem) Cependant, l'édifice
terminé ne servit guère au culte. Réquisitionné
pour des besoins militaires le temps que dura la Guerre de Sept
Ans (1756-1763), un malheur ne venant pas seul, l'église
fut sérieusement endommagée par deux violents cyclones
qui frappèrent l'île le 27 janvier 1760 et dans la
nuit du 9-10 avril 1773. Les dommages causés à l'édifice
par l'ouragan de 1760 s'étendaient à une des faces
latérales "fendue et ouverte depuis l'entablement
jusqu'à la fondation, en plusieurs endroits sur la longueur
de quinze toises" (1), soit une longueur de quatre-vingt-dix
pieds. Bernardin de Saint-Pierre, écrivain, également
ingénieur de formation, attribuait la cause du désastre
au fait que "le comble était trop élevé".
(Idem)
Toutefois, comme l'édifice n'était pas irrémédiablement
perdu, les autorités envisagèrent de le réhabiliter.
Les travaux furent confiés à l'ingénieur
en chef Jevigny qui "dessina l'édifice sur le même
plan de croix latine que celui de Cossigny" (2), mais en
faisant disparaître la tour carrée avoisinant la
sacristie, et la dressant derrière la façade style
jésuite pour servir de beffroi. Mais aussitôt l'église
réhabilitée, elle est utilisée pour caserner
une partie du régiment du Royal-Cambrésis qui débarquait
à Port-Louis le 11 juillet 1760. Et treize ans plus tard,
en 1773, l'édifice est jeté à terre par un
violent ouragan et transformé en un "amas de décombres
informes". (Idem) Le plus attristant, c'est qu'elle n'avait
pu servir au culte. "Cet édifice fonctionnel qui devait
combler une indigence religieuse ne servit jamais de lieu de culte."
(Idem) Pauvres paroissiens de Saint-Louis !
La chapelle Saint Louis en attendant la future cathédrale
Heureusement pour les paroissiens de Saint Louis, faute de pouvoir
prier et se réunir pour la messe et les autres solennités
dans la nouvelle église (parce que réquisitionnée
à des fins militaires, d'une part, et abattue par des ouragans,
d'autre part), ils peuvent le faire dans une chapelle en pierre,
portant le même nom, à la rue Royale
en attendant
mieux ! En fait, la chapelle de la rue Royale a desservi la population
catholique port-louisienne pendant presque un demi-siècle,
de 1737 à 1782. A quoi ressemblait cette chapelle ou église
? "Son chevet s'orientait
vers l'est, comme le recommande
la liturgie. Construite en maçonnerie, couverte en bardeaux,
elle mesurait soixante-quatre pieds de long, vingt de large et
dix de haut. Des carreaux de terre cuite la pavaient. Six fenêtres
l'éclairaient et une porte y donnait accès. L'autel,
le marchepied et la balustrade qui ferme le chur, en menuiserie.
La sacristie, longue de vingt pieds, large de dix, s'étendait
derrière le sanctuaire". (1) Le dimanche 6 octobre
1737, le curé de Port-Louis, Gabriel Igou, prit possession
solennelle du nouvel édifice.
Il est évident que la nouvelle chapelle, en pierre et en
bois, marquait un progrès par rapport aux premiers édifices
qui servaient d'église avant 1737, soit pendant les quinze
premières années de la colonisation française.
Ces édifices étaient, d'abord, une "hutte en
palissades couverte de feuilles de palmistes", ensuite, une
"baraque en planches" occupant "avec la case du
clergé, le carré formé aujourd'hui par les
rues Royale, Sir William Newton, de la reine et Bourbon".
(Idem) Cependant, même s'ils convenaient au nombre très
modeste de paroissiens, lequel s'élevait à "cent
soixante âmes, dont trente esclaves", ni leur architecture,
ni leurs dimensions "ne convenaient au temple principal de
l'île de France." (Idem) Aussi, cela n'étonne
guère que Bernardin de Saint-Pierre ait qualifié
la chapelle de la rue Royale de "petite église de
village", et qu'aux yeux du gouverneur La Brillane, elle
n'était qu'"une masure, indécente à
tous égards". (Idem) Mais, l'ironie dans tout cela,
c'est que, lorsque les paroissiens ont eu, en 1756, une église
convenable à la rue du Champ de Mars, ils ont dû
en laisser l'usufruit aux autorités militaires franciliennes
et se contenter de la "masure".
Renaissant de ses cendres tel le phénix pour devenir
cathédrale
C'est au chevalier de Guiran-La Brillane, gouverneur de l'île
de 1776 à 1779, qui avait qualifié la chapelle de
la rue Royale de "masure, indécente à tous
les égards", que revient l'honneur d'avoir donné
le momentum décisif au projet de construction d'une nouvelle
église digne de ce nom "où le service pût
se faire avec décence". (Idem) Il obtenait l'aval
de la métropole via le ministre, M. de Sartine, au cours
du second semestre de 1777 et au second semestre de 1778 les travaux
ont démarré sous la houlette de l'ingénieur
Thomas Dayot (celui-là même à qui fut confié,
en 1782, la tâche de construire le célèbre
canal portant son nom, destiné à approvisionner
en eau potable la région longeant la rue du Rempart, aujourd'hui
rue Edith Cavell) pour s'achever sous l'administration du gouverneur
Vicomte de Souillac en 1782. Les coûts du nouvel édifice
atteignaient les 275 000 livres. La nouvelle église Saint
Louis ouvrait ses portes aux fidèles la même année
alors que la chapelle de la rue Royale tombait en désuétude.
Cependant, de nouvelles tragédies allaient s'abattre sur
l'église Saint Louis sous le gouvernement révolutionnaire.
Des fissures menaçantes apparurent en plusieurs endroits
de l'édifice, et précipitèrent sa fermeture
fin 1795. Au moment de son passage sous autorité britannique
en décembre 1810, l'église n'était que ruines,
mais plus pour longtemps car Sir Robert Farquhar, premier gouverneur
anglais de l'île, s'enthousiasma pour la reconstruction
du lieu de prière qu'il orna lui-même et dota d'un
harmonium venu tout droit d'Europe. Il fit davantage en rendant
la fête de Saint-Louis plus colorée, et allant jusqu'à
proclamer un jour férié pour cette solennité.
Les travaux de reconstruction confiés à l'architecte
Pierre Poujade et Joseph Marie Dayot, démarrèrent
en 1814. L'édifice, élevé d'après
les plans de 1778, en mesure d'accueillir 1 200 personnes, s'ouvrit
au culte peu après le grand incendie de 1816. Les curs
des Catholiques ont vibré de gratitude pour ce que l'administrateur
britannique avait fait afin de leur offrir un lieu de prière
digne de ce nom et promouvoir leur religion.
C'est parée dans la nouvelle splendeur dont on l'avait
revêtue, que l'église paroissiale Saint Louis obtenait
le statut de cathédrale le 7 décembre 1847 au moment
de l'élévation de Port-Louis au rang de diocèse.
Ainsi, la majestueuse cathédrale a passé l'épreuve
du temps et des intempéries pendant plus d'un siècle,
mais les nombreux cyclones (près d'une centaine depuis
1816) qui visitèrent l'île ainsi que l'âge
eurent manifestement le dessus sur la santé du centenaire.
Les travaux de démolition débutèrent le 10
décembre 1928. Cinq années plus tard, le 25 août
1933, la nouvelle cathédrale flambant neuve était
inaugurée par Mgr. James Leen, évêque de Port-Louis.
Trois-quart de siècle plus tard, elle trône toujours
sur l'immense place, guettant en face la plus que bicentenaire
fontaine aux têtes de lions posée sur l'initiative
du Vicomte de Souillac (3) et la statue de Saint-Louis (celle-là
date des années 1950 et n'a rien de celle érigée
initialement en 1896), et ayant au dos l'imposant palais épiscopal
(4) qui, lui-même, a 155 ans cette année.
Bibliographie
1. L'Eglise Saint Louis (1722-1930), Mgr Joseph Mamet, General
Printing & Stationery, Port-Louis, 1933
2. Cathédrale Saint-Louis, Ile Maurice, Amédée
Nagapen, Editions Diocèse de Port-Louis, 2008
3. National Monuments of Mauritius - Volume 1, Port-Louis District,
Editions de l'Océan Indien/ Mauritius Institute, 1988
4. Histoire de l'Eglise Isel de France-Ile Maurice, 1721-1968,
Amédée Nagapen, Editions Diocèse de Port-Louis,
1996
"Cathédrale Saint-Louis - Ile Maurice" d'Amédée
Nagapen
Trois-quart de siècle après l'ouvrage de Joseph
Mamet "L'Eglise Saint-Louis, 1722-1930", paraît
"Cathédrale Saint-Louis - Ile Maurice" d'Amédée
Nagapen. Il va sans dire que ce dernier ouvrage, lancé
durant la Semaine Sainte, qui retrace l'histoire pathétique
et palpitante de la cathédrale Saint-Louis (avant et après
obtention de ce prestigieux statut), complète le premier,
en y apportant, en plus, rigueur et science du point de vue de
l'historiographie.
En effet, l'ouvrage d'Amédée Nagapen (284 pages)
prend soin de citer les sources utilisées, ce que ne fait
pas Joseph Mamet qui a l'élégance, toutefois, de
faire savoir par les signes appropriés ce qu'il emprunte
à d'autres auteurs. D'autre part, comme dans ses précédents
ouvrages, l'historien Nagapen gratifie ses lecteurs de deux index
- un index des noms propres et un index thématique. Est
forcément inélégant, voire mauvais, un ouvrage
d'histoire qui est dépourvu d'index. Cela peut relever
du bâclé !
"Cathédrale Saint-Louis - Ile Maurice" fait défiler,
par-delà l'histoire paroissiale, les périodes charnières
dans lesquelles les événements locaux et paroissiaux
dont ceux liés à l'Eglise cathédrale sont
incrustés. Rien ne résume mieux l'ouvrage que cette
note en quatrième de couverture :
"Dans Cathédrale Saint-Louis - Ile Maurice, l'auteur
fait défiler les périodes charnières de l'occupation
française et de la colonisation anglaise qui ont abouti
à l'indépendance de 1968. En s'appuyant sur les
documents d'archives, en interrogeant les chroniqueurs, en expliquent
les événements, tout en s'efforçant de connaître
les motifs des hommes qui sont passés à l'action,
l'historien Amédée Nagapen introduit sur le devant
de la scène paroissiale le peuple portlouisien, avec ses
"figures de proue" - pasteurs, colons et autres citadins
de toutes classes et couleurs. L'itinéraire de la cathédrale
Saint-Louis accompagne pas à pas celui du chef-lieu, dépeint
une Eglise plongeant ses racines dans la Cité de Port-Louis
et expose la trame des relations Eglise-Etat, avec ses ombres
et ses lumières, du 18e au 21e siècle.
Dans le même souffle se déroule le parcours effectué
par les pèlerins de la paroisse qui avec fierté
et ferveur ont bâti successivement, sur le même périmètre,
les quatre temples de basalte en 1752,1777,1816 et 1933
"
"Cathédrale Saint-Louis - Ile Maurice" est en
vente en librairie à Rs 300 l'exemplaire.
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