é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 6 avril 2008

KING, AU CIMETIÈRE DE L'HISTOIRE !
Gérard Cateaux


Lorsque le Dr. Martin Luther King succomba sous les balles de James Earl Ray, en ce 14 avril 1968, à 6h01 du matin, sur le balcon du Lorraine Hotel de Memphis, dans le Tennessee, c'est tout un rêve qui devait s'écrouler. Le militant pour la cause des Noirs aux Etats-Unis, Prix Nobel de la Paix, le pasteur modéré qui s'était opposé aux militants des Black Panthers, initiés, eux, à la lutte armée, voire à la guérilla urbaine, Martin Luther King ne pouvait pas échapper à son destin, comme s'il était écrit quelque part qu'il devait rejoindre la cohorte des martyrs réunis au cimetière de l'histoire.

En ce temps-là, nous étions des jeunes épris des grands bouleversements de cette année 68. Le 22 mars de cette année-là, des étudiants français occupaient la faculté de Nanterre, ce qui devait être le coup d'envoi de Mai 68, événement suivi aux Etats-Unis par les marches de protestations contre la guerre du Viet-nâm, pour les droits civiques des Noirs, non sans oublier que dans les satellites de l'Union soviétique des mouvements, dits libertaires, s'érigeaient contre le totalitarisme, d'où qu'il vienne. C'est dans cette mouvance qu'il faille situer l'action de Martin Luther King. Parce qu'il se savait dans le collimateur des opposants à la cause des Noirs aux Etats-Unis. Donc, la cible privilégiée des antiprogressistes !

Le 3 avril donc, King et son entourage décidèrent d'occuper le Lorraine Hotel et, lui, choisit la chambre 306 parce que c'est là que lui-même et le pasteur Ralph Abernathy avaient l'habitude de partager lorsqu'ils descendaient à Memphis. La balle qui lui était adressée et qui parvenait de l'arme de James Earl Ray transperça sa joue, broya sa mâchoire pour atteindre, enfin, sa gorge. Ses derniers mots furent adressés au musicien Ben Branch : "Ben, make sure you play

Take my hand, Precious Lord in the meeting tonight. Play it real pretty..."

Sur ce fameux balcon du Lorraine Hotel, il y avait Jesse Jackson, Ralph Abrrnathy, bien sûr, mais aussi Andrew Young qui devint par la suite représentant des Etats-Unis à l'ONU, sous Jimmy Carter, puis maire d'Atlanta. On se souviendra de cette image d'Epinal prise du balcon du Lorraine Hotel, où Andrew Young pointait du doigt de là où partit le coup fatal à Martin Luther King.

40 ans se sont écoulés depuis ce triste événement. Mais que reste-t-il de l'œuvre de Martin Luther King, sinon quelques chrysanthèmes que ses proches déposent, chaque année, sur sa tombe à Atlanta ? Les Noirs demeurent, à coup sûr, à la traîne du développement. C'est dans cette communauté où l'on rencontre davantage de chômeurs et de drogués, quand ils ne sont pas candidats aux délits criminels…

Mais, parmi les références de King les plus citées, figuraient Howard Thurman, un militant des Droits Civiques, Bayard Rustin, lui-même militant pour la même cause. Mais, surtout, le Mahatma Gandhi, l'apôtre de la non-violence. Tous deux ont connu le même sort, pour avoir milité pour la paix…

Je me souviens d'un séjour à Washington et mon guide se nommait Peter Craig. Après une visite au port de Baltimore, Peter me dit : "Je vais te montrer le back-yard de Washington…" Un ensemble d'immeubles délabrés, une région en état de siège où, à chaque feu rouge, vous pouviez être victime de "car jacking" (lorsque vous vous arrêtez au feu, il y a une carabine qui vous pointe au nez : "Débarrassez de votre voiture, sinon, on vous tue... !")



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