|
" Compensation pour inondations "
La police menace : la loi appliquée contre les fauteurs
de trouble
Appréhendant des effets boule de neige avec des manifestations
de rue à différents endroits de l'île affectés
par les récentes inondations, la police a fait usage de
gros moyens pour tenter de calmer les esprits. En effet, en fin
de semaine, le commissaire de police par intérim, Iswur
Dunn Rampersad, a rappelé de manière formelle les
dispositions de la loi, notamment la Roads Act, pour dissuader
des participants à descendre dans la rue en vue d'exprimer
leur mécontentement devant le fait qu'ils n'ont pas bénéficié
de la compensation pour inondations de Rs 5 000 par ménage.
D'ailleurs, dès vendredi soir, la police est passée
à l'action avec l'arrestation de trois habitants de Bel-Air
suite à des échauffourées relativement violentes
en face du Centre social de Caroline. De son côté,
le Fact Finding Committee sur les conséquences des
pluies torrentielles, présidé par le juge de la
Cour suprême, Bushan Domah, entamera à partir de
vendredi ses délibérations même si des témoins
ont jusqu'au 18 pour se faire connaître auprès du
secrétariat.
Les forces de l'ordre ont eu fort à faire dans différentes
localités de l'île afin de contenir la colère
des victimes des inondations, qui n'avaient pas encore bénéficié
de l'allocation de Rs 5 000 annoncée par le ministère
de la Sécurité sociale. Dans un premier temps, le
poste de police de Pope Hennessy était pris d'assaut par
les mécontents qui voulaient faire entendre leur voix.
Le mouvement devait se décentraliser vers Bel-Air, Sainte-Croix,
Terre-Rouge et Poste-de-Flacq.
Mais la protestation la plus difficile avait été
enregistrée, vendredi en début de soirée,
vers les 18h15, devant le Centre social de Caroline. Un policier,
le constable Juggessur, avait été légèrement
blessé par des projectiles lancés par des habitants
en colère au vu du traitement qui leur a été
infligé par le ministère de la Sécurité
sociale. Des habitants protestaient contre le fait que des familles
affectées par les inondations et habitant les berges des
rivières en crue n'avaient pas été compensées
alors que d'autres, moins affectées par la montée
des eaux l'avaient été en fin de semaine.
La riposte de la force policière ne devait pas se faire
attendre, avec une intervention musclée et une présence
en force des éléments de la Special Supporting
Unit (SSU). Trois arrestations, soit des dénommés
Appadoo, Soutia et Naipaul, ont été effectuées
par la police. Les fauteurs de trouble présumés
sont incarcérés au Moka Detention Centre dans l'attente
de leur comparution, mardi, devant le tribunal de Flacq pour des
délits éventuels commis sous la Roads Act.
Les femmes et les enfants en première ligne
Dans la région de Sainte-Croix et de Terre-Rouge, la police
a dû faire preuve de doigté pour le Crowd Management
face à la foule qui s'était installée
sur l'asphalte, obstruant la circulation routière. En effet,
les organisateurs avaient placé en première ligne
des femmes et des enfants rendant difficile, semble-t-il, toute
utilisation de la force pour disperser les manifestants.
Dans la soirée de vendredi, la circulation routière
a dû être déviée à hauteur de
la jonction des routes Militaire et Nicolay alors que l'autoroute
du Nord était obstruée à Terre-Rouge, ce
qui rendait difficile le trafic routier. Une nouvelle tentative
de manifestation devait se produire, hier matin, à Sainte-Croix,
vu que des victimes d'inondations n'avaient pas encore bénéficié
de la compensation dans le cadre de l'exercice au Centre social
de la localité. Néanmoins, la foule de mécontents
s'est dispersée sans grande peine ; mais avec le mot d'ordre
que les mécontents vont revenir sur les lieux " au
moment voulu ".
Dans la matinée d'hier, la direction générale
de la police devait avoir une réunion de coordination avec
de hauts officiels de la Sécurité sociale pour prendre
connaissance du programme de paiements arrêté par
le ministère. Les lieux de paiement de la compensation
de Rs 5 000 constituent de véritables foyers de tension
et de protestations. À partir des informations fournies
par la Sécurité sociale, le commissaire de police
suppléant et ses plus proches collaborateurs ont élaboré
un plan de travail pour maintenir le Law and Order dans
la conjoncture alors que l'irritation était à peine
dissimulée au Prime Minister's Office.
Par ailleurs, les assistants commissaires de police et autres
surintendants affectés à des points chauds ont eu
une séance de travail aux Casernes centrales en vue de
procéder à une évaluation de la situation
sur le terrain. Ils ont passé en revue les lacunes notées
dans le déploiement du dispositif sur le terrain et y ont
apporté des mesures correctives.
D'autre part, le commissaire de police par intérim a soutenu
que dans la conjoncture, les membres des forces de l'ordre sont
habilités à intervenir pour faire respecter les
règlements sur la voie publique. La menace est des plus
claires avec la publication d'un communiqué officiel à
la mi-journée faisant état des risques de procès
contre des fauteurs de trouble.
Faire respecter la loi sur la vie publique
" The public are hereby warned that the police will take
all necessary measures to ensure that public order and public
safety is maintained ", souligne le commissaire de police
en rappelant que ceux trouvés coupables d'obstruction de
la voie publique sont passibles d'une amende de Rs 2 000 et d'une
peine d'emprisonnement ne dépassant pas deux ans, aux termes
de la section 66 (B) (2) de la Roads Act.
Par ailleurs, les préparatifs pour les délibérations
du Fact Finding Committee ont atteint un stade avancé
avec la première séance prévue vendredi prochain
dans l'enceinte de la Cour suprême. Comme indiqué
dans l'édition de Week-End de dimanche dernier,
le juge Domah et ses deux assesseurs, Ranjit Vaghjee, ancien directeur
de la Météo, et Jacques Rosalie, ancien secrétaire
au Cabinet, se sont déjà rencontrés pour
décider des procédures et du programme de travail
du comité avec une préférence pour des séances
publiques.
Après les explications techniques de la Météo,
les membres du Fact Finding Committee devront procéder
à l'audition des responsables de la force policière
au sujet des mesures prises et des opérations menées
sur le terrain à la suite des pluies torrentielles du mardi
25 et du mercredi 26. Depuis le début de la semaine, les
Divisional Commanders ont reçu des instructions
de se préparer bien à l'avance pour aller déposer
devant le comité.
Mais tout semble indiquer que le point crucial du déroulement
du Fact Finding Committee pourrait être les explications
des responsables de la Central Water Authority (CWA) au sujet
de l'évacuation du trop-plein d'eau du réservoir
de La-Nicolière en cas de pluies diluviennes. Outre les
villages de Mon-Goût et Ilot, se trouvant le long de la
rivière Citron, le village de Petite-Julie, sur un des
affluents de La-Nicolière a aussi été affecté,
dans une large mesure, par des crues soudaines.
Répondant à des interpellations supplémentaires
lors de la Private Notice Question à l'Assemblée
nationale, mardi dernier, le Premier ministre, Navin Ramgoolam,
a confirmé que les services du Prime Minister's Office
avaient vérifié dans un premier temps l'information
que La-Nicolière aurait pu être à l'origine
du drame de Mon-Gôut, avec deux victimes, soit Laura Paul,
l'élève de 13 ans, et Mme Rughoo, 59 ans. Il a ajouté
que le Fact Finding Committee devrait approfondir et confirmer,
si possible, cette éventualité lors de ses délibérations.
Post-inondations
Entre désespoir et peur
Une odeur nauséabonde vous prend à la gorge. Tantôt
elle provient de la terre, encore humide à certains endroits,
tantôt elle empuantit l'intérieur des maisons, et
saute au nez. Dix jours après les pluies diluviennes sur
l'île, c'est la désolation pour des centaines de
familles. Les traces des inondations, que ce soit à Mon-Goût,
Terre-Rouge, Ste-Croix, Cité-Argy, Poste de Flacq, Bel-Air
sont conséquentes. Le triste spectacle des dégâts
est pratiquement le même : téléviseurs, réfrigérateurs
inutilisables, lits et armoires dans un état lamentable,
matériel scolaire abîmé, matelas posés
à même la rue, nourriture avariée. Si les
familles victimes des inondations ont eu la vie sauve - trous
dans les murs et vitres cassées témoignant de leurs
démarches pour évacuer l'eau - elles ont quasiment
perdu tous les effets personnels dans leur maison. Les inondations
ont provoqué un décor répugnant, mais les
familles tentent d'y survivre
"Lerin pe cassé telman pe nettoyé",
soupire Kumaree Ramen, une habitante de chemin Carporone, Poste
de Flacq. Depuis le jeudi 27 mars, comme les autres habitants
de cette région touchés par les inondations, elle
tente de remettre de l'ordre dans sa maisonnette suite aux dégâts
causés par les pluies torrentielles. À l'intérieur
de sa maison, deux fauteuils, un lit sans matelas, des vêtements
éparpillés sur un buffet. De ses effets personnels,
il ne lui reste pratiquement rien ; Tel est le cas de centaines
autres familles, les eaux ont emporté postes de télévision,
réfrigérateurs, armoires
"Gramatin
met matelas sec dan soley, tanto remet dan lacaz pou kapav dormi
inpé", explique Kumaree Ramen. Racontant le calvaire
qu'elle a vécu ce mercredi noir, notre interlocutrice indique
le niveau d'eau lors des inondations, soit plus d'un mètre
dans sa maison. "Tou finn allé. Larmoir inn cassé.
Nou finn assiz dan sofa. Boui dité bwar enn lanwit atann
la pli passé". Son frère, Nan Ramen, dont
la maison est en construction à côté de la
sienne, a également tout perdu. Il a dû, avec sa
femme et ses deux fils, se réfugier chez Kumaree. "Si
mo pa ti zett ross, loto oussi ti pou alé", affirme
Jimmy Ramen, le neveu, ajoutant "monn trouv mo matelas
pe alé dan dilo. Linz tou. Zordi naryen pena".
Les panneaux de vitre et les portes de sa demeure ont été
détruits par les torrents. Après l'accalmie, le
lendemain, le spectacle était plus que désolant.
Plus d'une semaine après ces très fortes averses,
les traces demeurent. Dehors, le sentier qui mène au domicile
des Ramen est impraticable. Il faut patauger dans la boue pour
entrer chez les Ramen, et l'odeur en ce lieu empeste. "Pa
kapav respiré mem. Loder la couma dir enn zanimo mor",
soulignent Jimmy et Kumaree Ramen. La famille a dû solliciter
une pelleteuse pour labourer le sentier qui mène à
son foyer.
À Cité-Argy, Flacq, la même désolation.
Mme Paul, 80 ans, assise sur un rocher en face de l'entrée
de sa maison inondée par les récentes pluies, espère
toujours l'aide d'un généreux qui pourrait lui faire
don d'un matelas sur lequel elle pourrait passer la nuit. "Enn
zourné li rest la. Li pena matelas nanien pou dormi. So
lacaz inn inondé partou. Assoir li ale rest kot so ti zenfan",
indiquent ses voisins. Les maisonnettes sont encore humides. Des
matelas sèchent au soleil. Après les récentes
pluies diluviennes, les habitants de la région essayent,
tant bien que mal, de survivre. Entre le triage des vêtements
offerts par de généreux donateurs, et le remplissage
des trous faits en toute urgence dans les murs en vue d'évacuer
l'eau, il y a véritablement fort à faire. De plus,
réaffirment des habitants "pa kapav mem resté
dan sa loder là. Moizi partou. Bebet pe sorti partou".
D'autres racontent que depuis une semaine, ils n'ont pas été
en mesure de se rendre au travail. Certains indiquent que cela
fait neuf jours qu'ils attendent l'autorisation de l'usine de
la localité afin de pouvoir opérer la cantine qu'ils
tiennent. "Zot inn dir nou bizin désinfecté
lizinn. Nou pena travay, lacaz enba lao, mové miser nou
pe passé", laisse entendre Stéphanie Grandcourt.
À Poste de Flacq, Michaël Bisnath, regarde le "carré
vide" devant sa maison ; outre les dégâts chez
lui, ce mécanicien de motocyclettes a perdu tout ce qu'il
y avait dans son atelier. Les feuilles de tôle qui abritaient
cet atelier ont également été emportées
par les eaux.
Nourriture avariée
À Bois d'Oiseaux, Flacq, l'eau boueuse stagne dans certaines
cours. Une maison, celle de Ruby Volfrin, a subi des dégâts,
et le propriétaire a également perdu les quelques
canards et lapins qu'il élevait pour gagner sa vie. Pour
sa part, Jean Claude Catapermal de Cité-Argy, nous montre
un gros sac de riz duquel se dégage une odeur fétide.
"Manzé inn gâté. Tou ceki nou ti ena
inn pourri are delo. Sa lapli la inn fer mové dégât",
dit-il. À chaque fois que les pluies sont abondantes, Argy
subit l'inondation. Les habitants dont les maisons se trouvent
en bordure de la route principale sont les plus touchés.
Pointant du doigt le pont d'Argy, d'autres s'indignent que rien
n'a été fait jusqu'ici pour prévenir des
dégâts par temps de pluies diluviennes. "Dépi
tou letemp nou pe dir bizin hausse pont la. Bizin elarzi li, bizin
enn drain. Aster maler inn arrivé. Mo espéré
ki bann lotorité pran nou enn compte. Ki pou arivé
si ena gro lapli encor", fait ressortir un habitant.
En effet, pour survivre dans une telle situation, ils comptent
sur le soutien des autorités. Certains ont perçu
l'allocation de l'État, mais pour beaucoup, si l'attente
est longue, ils désespèrent de recevoir cette aide.
"Bann la guette figir. Dan enn lari kot tou lacaz finn
inondé, zot donn zis de dimoun. Li pa normal. Nou tou victim
parey", déplorent des victimes d'inondations.
D'où les nombreuses manifestations effectuées récemment.
Car si certaines victimes de Flacq, principalement, ont perçu
l'aide des hôtels de la région et celle des paroisses
avoisinantes, elles ne sont pas pour autant tirées d'affaire.
"Lotel inn donn inpé serviet, drap, lili, manzé,
me seki noun perdi inn perdi. Mo trois zenfan pe dormi lor enn
ti lili enn plass", fait comprendre un habitant de Poste
de Flacq. Les dons des églises à proximité
sont salués. "San sa bann led la, nou pa ti pou
ena manzé", souligne-t-on.
"Ce parski nou pe souffer ki nou pe reclam sa led la"
L'espoir des victimes de reprendre goût à la vie
est suspendu à l'éventuelle "compensation exceptionnelle".
Mais disent-ils, "Rs 5 000 pa pou fer nou regagn tou.
Nou ena meb, frizider, massine kot magasin, finn alé dan
dilo. Magasin pa conn nanien. Nou bizin payé pou seki noun
perdi. Manzé pena dan lacaz". Ils font ressortir
que c'est uniquement lorsque des habitants de la localité,
principalement des femmes, sont descendus dans les rues pour manifester
leur colère, que certains d'entre eux ont reçu la
compensation gouvernementale. Ruby Volfrin indique, lui, que depuis
lundi dernier, les habitants de Bois d'Oiseaux n'ont aucune nouvelle
des autorités. "Noun ale lapolis pou fer déclaration.
Zot inn dir pou vini, me ziska ler nanien", dit-il. Ce
maçon déplore que "gouvernma pe dir travay
la pe bien fer, me nou victim ki cone nou miser. Zot fer boul
are nou". Il met en avant que si les victimes tiennent
des manifestations "ce pa à coz l'opposition. Nou
conn nou souffrans. Nou civilisé. Dimoun pa bizin mont
nou latete. Ce parski nou pe souffer ki nou pe reclam sa led la".
Déplorant la lenteur de l'État à fournir
de l'aide, les victimes soulignent qu'ils militeront jusqu'à
ce qu'ils obtiennent satisfaction. "Si bizin manifesté
encor, nou pou fer li. Nou bizin led pou nou kapav remet nou dibout",
disent-ils.
Quand la désolation cède la place à la
peur
D'autres personnes que Week-End a rencontrées racontent
le traumatisme de leurs enfants qui ne cessent de demander "si
lapli pou revini". Uniformes et matériels scolaires
emportés par les inondations, nombre d'entre eux ne se
sont pas rendus à l'école la semaine dernière.
De plus, les insectes et autres petites bêtes qui font leur
apparition font craindre des maladies. "Ena ti bébé
9 zour dan mo lacaz. Partou humid. Loder partou. Dehor tou. Kapav
trap maladie are sa", déplore Jean-Paul Tuyau.
Il s'élève contre l'attitude des autorités
concernées concernant les mesures correctives (désinfection
et fumigation entre autres) qui doivent être prises afin
d'assainir l'environnement et prévenir des maladies. Les
habitants disent craindre la prolifération de moustiques
au vu de l'eau stagnante dans des régions. "Pe
meté mem lord, pa facil", expliquent certains.
Ces familles laissent parler leur inquiétude en ce sens.
Après ce mercredi fait d'événements tragiques,
ils redoutent une nouvelle montée des eaux. Certains ont
été chez des voisins et affirment avoir vu sur Internet,
que deux cyclones nous menaceraient. Les images du mercredi 26
mars dans leur tête, les moments de panique et la peur vécus,
nombre de nos interlocuteurs s'interrogent : "kot nou
pou alé ?" "Laterr pa encor sek. Lacaz fini plat.
Nou nepli ena nanien. Aster si lot inondation, couma pou fer ?"
Cet après-midi, sur l'esplanade du Plaza: Veillée
en mémoire de Laura Paul
L'Union of Private Secondary Education Employees organise une
veillée, ce soir, en mémoire de Laura Paul, collégienne
décédée tragiquement, à Mont Goût,
lors des inondations du 26 mars dernier. Cette veillée
se tiendra sur l'esplanade du Plaza, à Rose-Hill entre
de 17 à 19 heures.
Sinistrés des inondations
Une semaine de fortes récriminations
Alors que c'est ce week-end que devait, en principe, s'achever
l'exercice de paiement de la "compensation exceptionnelle"
aux sinistrés des inondations du mercredi 26 mars dernier,
des manifestants récriminaient encore dans les rues contre
les autorités au courant de la matinée d'hier.
Devant l'ampleur des dégâts dans les endroits qui
avaient été le plus exposés, il semble que
les autorités aient, manifestement, pris conscience de
la nette insuffisance de la "flood allowance" de Rs
109 par membre de chaque famille de victimes prévue par
la réglementation de la Sécurité sociale.
C'est ainsi que dans la journée de dimanche, soit quatre
jours après le sinistre, la ministre de la Sécurité
sociale, Sheila Bappoo, annonçait qu'au-delà de
cette allocation alimentaire, l'État avait agréé
d'accorder aux victimes une "compensation exceptionnelle"
de Rs 5 000 par famille sinistrée.
Cette somme, précisait-elle, allait être payée
après enquête de la police et de ses officiers "aux
familles de victimes les plus méritantes". Mme
Bappoo estimait, alors, à entre 1 500 et 2 000 ces familles.
Selon les premières dispositions, le paiement allait se
faire à partir de mardi. En vue, disait-elle, de faciliter
la tâche des sinistrés, ce paiement devait se faire
de manière décentralisée dans les centres
sociaux et autres Citizens Advice Bureau (CAB) des localités
sinistrées.
Or, il semble que le nombre de demandeurs méritants a vite
fait de faire retarder les enquêtes de police. Si bien qu'à
mercredi, moins de 400 familles sinistrées avaient obtenu
la compensation. Des quelque 2 000 "victimes méritantes"
que la Sécurité sociale avait cru entrevoir et au
vu des manifestations de rue en diverses localités tant
rurales qu'urbaines, la décision était prise que,
dorénavant, l'ensemble des familles bénéficiaires
de la première allocation alimentaire de Rs 109 allait
être concerné par le deuxième exercice de
compensation.
"Désinvolture"
Le nombre global de bénéficiaires de la compensation
exceptionnelle était, alors, révisé à
quelque 5 000. Tout au long de la semaine, des manifestations
spontanées de colère devant ce que les protestataires
considèrent comme la "désinvolture" des
autorités devaient surgir en diverses localités
dont Poste-de-Flacq, Terre-Rouge, Sainte-Croix, Caroline et Bel-Air.
Alors que certains protestataires manifestaient contre le fait
qu'ils aient eu à attendre des heures durant sans que la
compensation promise ne leur soit versée, d'autres alléguaient
que des personnes moins méritantes avaient eu droit à
l'indemnisation, mais pas eux.
Par ailleurs, à hier, plus de 4 000 familles victimes des
récentes inondations avaient été compensées
pour un montant global supérieur à Rs 20 millions.
Dans la mesure où l'exercice d'indemnisation des quelque
5 000 familles pouvant, globalement, aspirer à la compensation
de Rs 5000 n'étant pas achevé et puisqu'aujourd'hui
c'est dimanche et que demain, lundi, c'est jour férié,
il semble que la poursuite de l'exercice se fera mardi.
Les quelque 5 000 familles identifiées, au départ,
par les autorités comme en mesure d'aspirer à cette
"compensation exceptionnelle" représentent, au
total, quelque 20 000 sinistrés. Des actions parallèles
de solidarité en leur faveur sont organisées, notamment,
par des radios privées et des organisations socioculturelles
et caritatives.
À Mon-Goût, mercredi, une veillée de prières
notamment animée par le pandit Ved Gopee et le travailleur
social, Julien Lourdes a eu lieu sur la berge de la rivière
Citron dont les flots avaient emporté la jeune élève,
Laura Paul et Jaywantee Rughoo.
Vendredi, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui était
dans le village, aurait laissé entendre que les familles
des quatre personnes disparues lors des inondations pourraient
disposer d'une aide du Prime Minister's Relief Fund.
De son côté, le ministère de la Santé
s'active depuis ces derniers jours, à éviter la
survenue d'épidémies telles la gastro-entérite,
le chikungunya, la malaria ou la conjonctivite, particulièrement
dans les régions les plus inondées.
Des exercices de fumigation de même que d'épandage
d'herbicides sont en cours à cet effet. Des produits anti-moustiques
sont aussi distribués aux habitants des régions
les plus affectées où des officiers du ministère
de la Santé procèdent par ailleurs, sur place, à
l'examen médical des habitants.
À Bon Accueil vendredi
Ramjuttun fait des allégations contre un trafic de bons
d'achats
Des bons d'achats destinés aux sinistrés des récentes
pluies torrentielles seraient distribués en priorité
à des agents politiques. Ce "trafic" était
un des thèmes du meeting tenu vendredi à Bon Accueil,
dans la circonscription des ministres Baichoo et Gokhool, par
Dinesh Ramjuttun. Une résolution a été votée
par la foule pour réclamer la démission des deux
ministres.
C'est après des négociations pour un changement
de lieu - le propriétaire du premier ayant subitement changé
d'avis - que le leader du Front Patriotique Mauricien a pu tenir
son meeting, vendredi. Il est revenu sur les inondations de la
semaine dernière et accusé les ministres Beebeejaun,
Baichoo et Gokhool de ne pas avoir pris leurs responsabilités
respectives. Dinesh Ramjuttun a tiré à boulets rouges
sur les ministres de la circonscription n°9 en leur demandant
d'avoir la décence de démissionner. À cet
effet, l'orateur a fait voter une résolution à la
foule.
Il a par ailleurs dénoncé une affaire de bons d'achats
qui se déroulerait actuellement à Flacq. Selon l'orateur,
une somme de plusieurs centaines de milliers de roupies aurait
été obtenue des hôteliers et entreprises de
l'est par un ministre pour venir en aide aux sinistrés.
Au lieu de transférer cette somme dans un fonds officiel
du gouvernement, elle aurait été versée dans
un supermarché qui a fait sortir des bons d'achat de Rs
500.
Selon le leader du Front Patriotique Mauricien, ces bons destinés
aux sinistrés seraient distribués en priorité
aux agents et proches d'un ministre plutôt qu'aux sinistrés.
Ramjuttun a annoncé qu'il compte aller faire une déposition
à l'ICAC sur ce trafic et ceux qui en sont responsables.
| ||||||||||||||||