a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 6 avril 2008



  MCB Focus - Eau et électricité : contraintes majeures !
  « Compensation pour inondations » - La police menace : la loi appliquée contre les fauteurs de trouble
  Post-inondations - Entre désespoir et peur…
  Sinistrés des inondations - Une semaine de fortes récriminations
  À Bon Accueil vendredi - Ramjuttun fait des allégations contre un trafic de bons d'achats


MCB Focus

Eau et électricité : contraintes majeures !

La dernière édition du MCB Focus tire la sonnette d'alarme sur les délais et retards accumulés dans l'exécution des projets d'infrastructure dans des secteurs clés. Cette publication de la Mauritius Commercial Bank (MCB) attire l'attention sur le fait que la complaisance, qui prévaut par rapport à la mise en œuvre de ce programme d'investissements, dont seulement 17 % avaient été réalisés en ce début d'année, pourrait constituer de contraintes majeures à la croissance économique. Elle recommande un sursaut au plus haut niveau avec le souhait que " policymakers should avoid incongruous situations wherein in spite of the availability of capital funds, infrastructure projects tend to be held back or even abandoned ". Ce document, rendu public au cours de la semaine écoulée, passe en revue les plus importants projets dans des secteurs clés, dont l'électricité, l'eau, l'infrastructure routière, le port et l'aéroport.

La MCB maintient que sans un changement de régime au niveau des investissements infrastructurels, les perspectives de croissance risquent d'être compromises. " Considering apparent delays observed in the initiation of planned public investment projects - as indicated by the disbursement from July to December of only 17 % of capital expenditure earmarked for FY 2007/08, a proportion well below trends observed in previous years - it is feared that physical capacity deficiences, if unaddressed, will hamper operations in various sectors and act as a brake to investment, thus restraining the ability of the economy to uphold high annual expansion rates in the periods ahead ", note la MCB.

L'analyse de la MCB au chapitre de l'électricité met en garde contre des risques de black-outs vu les risques que les projets de centrales thermiques bagasse/charbon de l'industrie sucrière ou encore les centrales thermiques à bagasse avec une participation du Central Electricity Board (CEB) ne soient pas opérationnels selon le calendrier établi. La MCB critique de manière sans équivoque l'indécision des autorités à ce chapitre.

" As the situation stands, there are indications that enduring energy reform indecisiveness at national level - a major determinant being lingering negotiations between government and the sugar industry relating to the participation of private operators in the restructuring programme - is causing the scheduled timescale for future energy generations projects to be highly stressed ", avance la MCB en faisant état du fait que " capacity issues are a serious cause of concern " dans le domaine de la fourniture d'énergie électrique.

Dans la conjoncture, la MCB est d'avis qu'aucune des centrales thermiques bagasse/charbon de l'industrie sucrière n'entrera en production aux dates prévues alors que les deux centrales thermiques à charbon du CEB devront accumuler des retards d'au moins deux ans, soit la mi-2011 au lieu de 2009. " Overall, it is judged that delays in the setting up of new electricity generation plants could restrain the ability of capital stock to keep pace with mounting demand pressures. As such, rapid and bold decisions are the only apparent way to forestall brown and black-outs in the not too distant future, " devait s'appesantir la MCB.

Les grandes orientations de développement dans le secteur de l'énergie sont passées en revue avec notamment un scénario de compromis comprenant

une centrale thermique bagasse/charbon de 15 MW à Savannah pour 2008 ;

une centrale thermique bagasse/charbon de 22 MW à FUEL en 2009 ;

une autre centrale à Médine d'une capacité de 15 à 21 MW en 2011 ;

une centrale thermique à charbon de 50 MW à partir de 2009 et

une autre centrale thermique à charbon de 50 MW en 2010.

La réforme dans le secteur énergétique est également abordée avec des recommandations pour que l'expérience de l'Inde et de la France en matière de politique de libéralisation soit suivie de près. La MCB propose des mesures pour restructurer le CEB. " However, it is important to ensure that the national electricity provider maintains a prominent position, notable to guard against market failure ".

Tout en se félicitant de la nomination de Joël de Rosnay en tant que Special Adviser au Prime Minister's Office en matière de développement durable, la MCB revient sur la possibilité visant à réintroduire l'heure d'été ou encore la mise en place d'un " Public Sector Support to Renewable Energy Production ".

" Negligible Progress "

En ce qui concerne le secteur de l'eau, la MCB met l'accent sur les pressions générées par la croissance démographique, le développement des activités industrielles ou encore les perspectives de croissance touristique. " Yet, negligible progress has been noted as regards capacity extension for water supply, " ajoute le document de réflexion. Deux zones d'ombre au niveau du stockage d'eau, soit environ 30 % de perte par Evatranspiration et la perte d'un important volume d'eau déversé dans la mer. Il faudra ajouter le taux de perdition dans le réseau de distribution d'eau qui est de l'ordre de 50 %.

" The expected continuing in per capita income and economic development - with particular emphasis on the hospitality sector which should become an even greater source of water demand given the target of 2 million tourists by 2015 and the development of the IRS segment - will pose a major challenge to the water sector in terms of the additional capacity requirements ", souligne la MCB, qui rappelle que certains groupes hôteliers ont déjà pris des dispositions pour investir dans leur propre structure d'approvisionnement en eau.

Nouveaux tarifs d'eau

Les prévisions établies indiquent qu'en 2015, Maurice aura besoin de 132,2 millions de m3 d'eau potable, soit 40 % de plus qu'actuellement. La demande pour le secteur domestique dans sept ans est estimée à 96,9 millions de m3, soit une croissance annuelle de 3,2 %, et de 12 millions de m3 pour le secteur hôtelier, soit 12 % annuellement, alors qu'il faudra prévoir 23,3 millions de m3 pour d'autres besoins.

" It could become increasingly difficult to meet the projected demand for water if the physical infrastructure for water is not rapidly and adequately improved. It appears that there is yet neither a concerted approach nor enough a sense of urgency to ensure the development and management of water infrastructure take place in the most constructive conditions ", constate avec impuissance la MCB.

Parmi la série de mesures proposées pour insuffler un nouvel élan au secteur de l'eau, la MCB mentionne l'élaboration d'une National Water Destination Strategy en tenant en ligne de compte l'expérience acquise par les hôteliers dans ce domaine, une étude technique complète des structures des réservoirs existants, un programme de construction de réservoirs sur une période de 15 à 20 ans.

La politique de tarification de l'eau est retenue comme un instrument majeur pour une utilisation optimale de cette ressource naturelle. La MCB est en faveur d'une révision des tarifs de la CWA avec des filets de protection pour les groupes les plus économiquement vulnérables. " At the outset though, to underpin the involvement of the CWA in costly, but most essential, projects and to discourage water wastage, particularly during periods of shortage, a review of the pricing system could be envisaged, bearing in mind cost but also equity considerations ", souligne la MCB.

" Most Crowded Road Networks "

Une autre recommandation porte sur la mise en place d'un système de tarification d'eau différentiel, avec des barèmes spécifiques au-delà de certains volumes de consommation, à être appliqué en période de sécheresse.

Le troisième secteur, qui demeure une entrave à la croissance, est la congestion routière. À ce chapitre, le palmarès de Maurice est peu enviable, soit une 14e place au classement mondial de " Most Crowded Road Networks ". Cette performance est présentée par la MCB comme " a notable worsening of its ranking five years ago ". Le rapport trouve que " to tackle the road traffic congestion, an array of reforms must be implemented on various fronts ".

Avant de procéder à une présentation des principaux projets, qui pourraient être mis à exécution, la MCB met en exergue le fait que " given the rather long decision gaps that have systematically delayed the implementation of recommended strategies from unusually large amount of studies to tackle road congestion, it is henceforth crucial that the commitment to reform is marked by sufficient firmness and a sense of urgency. In short, this is not time for more studies, but for rapid decisions ".

Outre l'éventualité de la décentralisation des activités économiques vers d'autres pôles géographiques que Port-Louis, les autorités ont identifié les projets suivants en vue de résoudre le problème de congestion routière dans la capitale :

une autoroute de 21 kilomètres reliant Terre-Rouge à Trianon en passant par Verdun ;

une Bus Lane le long de l'autoroute entre Ebène et Port-Louis ;

le projet de Dream Bridge sur le port ;

la Ring Road pour contourner le centre-ville :

un Dedicated Bus Corridor entre Curepipe et Port-Louis aux dépens du Light Railway Transport System.

En conclusion, la MCB affirme que " with traffic volumes diverging from sustainability levels, road congestion has gradually turned out to be a serious obstacle to economic growth in Mauritius - owing for instance to high estimated business cost attached to long transport delays - thus calling for long overdue and wide-ranging remedies ".


Port : des projets de Rs 5 milliards

Le port et l'aéroport sont deux autres secteurs stratégiques réclamant des investissements conséquents pour encadrer les efforts de croissance économique. La MCB avance que pour le seul secteur portuaire, des projets d'un montant de Rs 5 milliards ont été identifiés en vue de faire de Port-Louis " a regional transportation, distribution and marketing hub in line with the aim of becoming a preferred transshipment base for cargo traffic transiting between Asia and Africa ".

La MCB souligne que les derniers développements dans le secteur portuaire ont suscité des appréhensions quant à la capacité de ce secteur de répondre aux nouvelles exigences de pointe au plan du trafic de conteneurs. " It is thus feared that such a situation could cause major international shipping lines and vessels to prefer other regional ports for their transshipment activities in order to reduce costs and expedite the delivery of goods ".

Dans cette perspective, la MCB trouve que la cohérence doit être de mise dans l'élaboration de la stratégie portuaire avec la construction d'une Petroleum Jetty, l'extension du Mauritius Container Terminal, le développement du port de pêche ou encore des travaux de dragage pour accommoder de plus grands porte-conteneurs. La nécessité d'un partenariat stratégique avec des opérateurs portuaires de renommée internationale revient sur le tapis.

Au niveau de l'aéroport, outre les travaux d'extension de l'infrastructure au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, la MCB plaide en faveur d'un " convenient institutional support ", notamment au niveau d'Airports of Mauritius Ltd, " where the right leadership needs to be in place for long enough in order to contribute towards timely and decisive moves in the positive direction ".

La MCB trouve que la construction d'une seconde piste d'atterrissage à Plaisance est primordiale alors que des améliorations s'imposent dans les secteurs du Check-In, de l'immigration et de la douane pour créer un climat d'Optimal Customer-friendliness of operations. Avec l'objectif de deux millions de touristes d'ici à 2015, le nombre de vols à l'aéroport sera plus que doublé, passant de 55 par jour en 2006 à 120 en 2015, soit un avion chaque dix minutes.


Rodrigues: Rs 1,3 Md pour la nouvelle piste

Le projet d'extension de la piste d'atterrissage à l'aéroport Sir Gaëtan Duval, Plaine-Corail, Rodrigues, nécessitera des investissements de Rs 1,3 milliard. Telle est la conclusion d'une étude préliminaire confiée à la firme de consultants Gibb. Ce rapport, qui a été soumis au chef-commissaire de Rodrigues, Johnson Roussety, fera l'objet de discussions en vue de trouver des bailleurs de fonds et assurer le financement de ce projet d'infrastructure.

La nouvelle piste à Plaine-Corail, qui sera allongée vers le Sud, sera de 2 100 mètres de long et de 45 mètres de large. Au terme de ces travaux d'extension, Rodrigues devra être en mesure d'accueillir des avions du type Airbus A 319 et Boeing 737-300, dont les capacités respectives sont de 140 et de 117 passagers comparativement aux 72 de l'ATR-42.

Ce projet, qui a fait l'objet de discussions lors de la réunion de l'Executive Council de l'Assemblée régionale de Rodrigues, vendredi dernier, vise quatre objectifs majeurs :

accroître le nombre de passagers sur la ligne Maurice/Rodrigues/Maurice à un coût compétitif, avec un target de 320 000 passagers à Plaine-Corail d'ici à 2025 ;

promouvoir la desserte aérienne régionale ;

encourager un plus grand nombre de touristes à visiter Rodrigues et

attirer des investisseurs potentiels dans le secteur hôtelier.

Le projet d'extension de la piste d'atterrissage avait été évoqué initialement avec le vice-Premier ministre et ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval, qui a initié des procédures. L'Assemblée Régionale de Rodrigues compte approcher sous la supervision du ministère des Finances les bailleurs de fonds, dont la France, et des investisseurs privés pour le montage financier de ce projet. La formule de Public/Private Partnership (PPP) n'est pas écartée. En 2007, le Sir Gaëtan Duval Airport de Plaine-Corail avait accueilli 55 405 passagers à l'arrivée et 55 323 au départ.


" Compensation pour inondations "

La police menace : la loi appliquée contre les fauteurs de trouble

Appréhendant des effets boule de neige avec des manifestations de rue à différents endroits de l'île affectés par les récentes inondations, la police a fait usage de gros moyens pour tenter de calmer les esprits. En effet, en fin de semaine, le commissaire de police par intérim, Iswur Dunn Rampersad, a rappelé de manière formelle les dispositions de la loi, notamment la Roads Act, pour dissuader des participants à descendre dans la rue en vue d'exprimer leur mécontentement devant le fait qu'ils n'ont pas bénéficié de la compensation pour inondations de Rs 5 000 par ménage. D'ailleurs, dès vendredi soir, la police est passée à l'action avec l'arrestation de trois habitants de Bel-Air suite à des échauffourées relativement violentes en face du Centre social de Caroline. De son côté, le Fact Finding Committee sur les conséquences des pluies torrentielles, présidé par le juge de la Cour suprême, Bushan Domah, entamera à partir de vendredi ses délibérations même si des témoins ont jusqu'au 18 pour se faire connaître auprès du secrétariat.

Les forces de l'ordre ont eu fort à faire dans différentes localités de l'île afin de contenir la colère des victimes des inondations, qui n'avaient pas encore bénéficié de l'allocation de Rs 5 000 annoncée par le ministère de la Sécurité sociale. Dans un premier temps, le poste de police de Pope Hennessy était pris d'assaut par les mécontents qui voulaient faire entendre leur voix. Le mouvement devait se décentraliser vers Bel-Air, Sainte-Croix, Terre-Rouge et Poste-de-Flacq.

Mais la protestation la plus difficile avait été enregistrée, vendredi en début de soirée, vers les 18h15, devant le Centre social de Caroline. Un policier, le constable Juggessur, avait été légèrement blessé par des projectiles lancés par des habitants en colère au vu du traitement qui leur a été infligé par le ministère de la Sécurité sociale. Des habitants protestaient contre le fait que des familles affectées par les inondations et habitant les berges des rivières en crue n'avaient pas été compensées alors que d'autres, moins affectées par la montée des eaux l'avaient été en fin de semaine.

La riposte de la force policière ne devait pas se faire attendre, avec une intervention musclée et une présence en force des éléments de la Special Supporting Unit (SSU). Trois arrestations, soit des dénommés Appadoo, Soutia et Naipaul, ont été effectuées par la police. Les fauteurs de trouble présumés sont incarcérés au Moka Detention Centre dans l'attente de leur comparution, mardi, devant le tribunal de Flacq pour des délits éventuels commis sous la Roads Act.

Les femmes et les enfants en première ligne

Dans la région de Sainte-Croix et de Terre-Rouge, la police a dû faire preuve de doigté pour le Crowd Management face à la foule qui s'était installée sur l'asphalte, obstruant la circulation routière. En effet, les organisateurs avaient placé en première ligne des femmes et des enfants rendant difficile, semble-t-il, toute utilisation de la force pour disperser les manifestants.

Dans la soirée de vendredi, la circulation routière a dû être déviée à hauteur de la jonction des routes Militaire et Nicolay alors que l'autoroute du Nord était obstruée à Terre-Rouge, ce qui rendait difficile le trafic routier. Une nouvelle tentative de manifestation devait se produire, hier matin, à Sainte-Croix, vu que des victimes d'inondations n'avaient pas encore bénéficié de la compensation dans le cadre de l'exercice au Centre social de la localité. Néanmoins, la foule de mécontents s'est dispersée sans grande peine ; mais avec le mot d'ordre que les mécontents vont revenir sur les lieux " au moment voulu ".

Dans la matinée d'hier, la direction générale de la police devait avoir une réunion de coordination avec de hauts officiels de la Sécurité sociale pour prendre connaissance du programme de paiements arrêté par le ministère. Les lieux de paiement de la compensation de Rs 5 000 constituent de véritables foyers de tension et de protestations. À partir des informations fournies par la Sécurité sociale, le commissaire de police suppléant et ses plus proches collaborateurs ont élaboré un plan de travail pour maintenir le Law and Order dans la conjoncture alors que l'irritation était à peine dissimulée au Prime Minister's Office.

Par ailleurs, les assistants commissaires de police et autres surintendants affectés à des points chauds ont eu une séance de travail aux Casernes centrales en vue de procéder à une évaluation de la situation sur le terrain. Ils ont passé en revue les lacunes notées dans le déploiement du dispositif sur le terrain et y ont apporté des mesures correctives.

D'autre part, le commissaire de police par intérim a soutenu que dans la conjoncture, les membres des forces de l'ordre sont habilités à intervenir pour faire respecter les règlements sur la voie publique. La menace est des plus claires avec la publication d'un communiqué officiel à la mi-journée faisant état des risques de procès contre des fauteurs de trouble.

Faire respecter la loi sur la vie publique

" The public are hereby warned that the police will take all necessary measures to ensure that public order and public safety is maintained ", souligne le commissaire de police en rappelant que ceux trouvés coupables d'obstruction de la voie publique sont passibles d'une amende de Rs 2 000 et d'une peine d'emprisonnement ne dépassant pas deux ans, aux termes de la section 66 (B) (2) de la Roads Act.

Par ailleurs, les préparatifs pour les délibérations du Fact Finding Committee ont atteint un stade avancé avec la première séance prévue vendredi prochain dans l'enceinte de la Cour suprême. Comme indiqué dans l'édition de Week-End de dimanche dernier, le juge Domah et ses deux assesseurs, Ranjit Vaghjee, ancien directeur de la Météo, et Jacques Rosalie, ancien secrétaire au Cabinet, se sont déjà rencontrés pour décider des procédures et du programme de travail du comité avec une préférence pour des séances publiques.

Après les explications techniques de la Météo, les membres du Fact Finding Committee devront procéder à l'audition des responsables de la force policière au sujet des mesures prises et des opérations menées sur le terrain à la suite des pluies torrentielles du mardi 25 et du mercredi 26. Depuis le début de la semaine, les Divisional Commanders ont reçu des instructions de se préparer bien à l'avance pour aller déposer devant le comité.

Mais tout semble indiquer que le point crucial du déroulement du Fact Finding Committee pourrait être les explications des responsables de la Central Water Authority (CWA) au sujet de l'évacuation du trop-plein d'eau du réservoir de La-Nicolière en cas de pluies diluviennes. Outre les villages de Mon-Goût et Ilot, se trouvant le long de la rivière Citron, le village de Petite-Julie, sur un des affluents de La-Nicolière a aussi été affecté, dans une large mesure, par des crues soudaines.

Répondant à des interpellations supplémentaires lors de la Private Notice Question à l'Assemblée nationale, mardi dernier, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a confirmé que les services du Prime Minister's Office avaient vérifié dans un premier temps l'information que La-Nicolière aurait pu être à l'origine du drame de Mon-Gôut, avec deux victimes, soit Laura Paul, l'élève de 13 ans, et Mme Rughoo, 59 ans. Il a ajouté que le Fact Finding Committee devrait approfondir et confirmer, si possible, cette éventualité lors de ses délibérations.


Post-inondations

Entre désespoir et peur…

Une odeur nauséabonde vous prend à la gorge. Tantôt elle provient de la terre, encore humide à certains endroits, tantôt elle empuantit l'intérieur des maisons, et saute au nez. Dix jours après les pluies diluviennes sur l'île, c'est la désolation pour des centaines de familles. Les traces des inondations, que ce soit à Mon-Goût, Terre-Rouge, Ste-Croix, Cité-Argy, Poste de Flacq, Bel-Air… sont conséquentes. Le triste spectacle des dégâts est pratiquement le même : téléviseurs, réfrigérateurs inutilisables, lits et armoires dans un état lamentable, matériel scolaire abîmé, matelas posés à même la rue, nourriture avariée. Si les familles victimes des inondations ont eu la vie sauve - trous dans les murs et vitres cassées témoignant de leurs démarches pour évacuer l'eau - elles ont quasiment perdu tous les effets personnels dans leur maison. Les inondations ont provoqué un décor répugnant, mais les familles tentent d'y survivre…

"Lerin pe cassé telman pe nettoyé", soupire Kumaree Ramen, une habitante de chemin Carporone, Poste de Flacq. Depuis le jeudi 27 mars, comme les autres habitants de cette région touchés par les inondations, elle tente de remettre de l'ordre dans sa maisonnette suite aux dégâts causés par les pluies torrentielles. À l'intérieur de sa maison, deux fauteuils, un lit sans matelas, des vêtements éparpillés sur un buffet. De ses effets personnels, il ne lui reste pratiquement rien ; Tel est le cas de centaines autres familles, les eaux ont emporté postes de télévision, réfrigérateurs, armoires… "Gramatin met matelas sec dan soley, tanto remet dan lacaz pou kapav dormi inpé", explique Kumaree Ramen. Racontant le calvaire qu'elle a vécu ce mercredi noir, notre interlocutrice indique le niveau d'eau lors des inondations, soit plus d'un mètre dans sa maison. "Tou finn allé. Larmoir inn cassé. Nou finn assiz dan sofa. Boui dité bwar enn lanwit atann la pli passé". Son frère, Nan Ramen, dont la maison est en construction à côté de la sienne, a également tout perdu. Il a dû, avec sa femme et ses deux fils, se réfugier chez Kumaree. "Si mo pa ti zett ross, loto oussi ti pou alé", affirme Jimmy Ramen, le neveu, ajoutant "monn trouv mo matelas pe alé dan dilo. Linz tou. Zordi naryen pena". Les panneaux de vitre et les portes de sa demeure ont été détruits par les torrents. Après l'accalmie, le lendemain, le spectacle était plus que désolant. Plus d'une semaine après ces très fortes averses, les traces demeurent. Dehors, le sentier qui mène au domicile des Ramen est impraticable. Il faut patauger dans la boue pour entrer chez les Ramen, et l'odeur en ce lieu empeste. "Pa kapav respiré mem. Loder la couma dir enn zanimo mor", soulignent Jimmy et Kumaree Ramen. La famille a dû solliciter une pelleteuse pour labourer le sentier qui mène à son foyer.

À Cité-Argy, Flacq, la même désolation. Mme Paul, 80 ans, assise sur un rocher en face de l'entrée de sa maison inondée par les récentes pluies, espère toujours l'aide d'un généreux qui pourrait lui faire don d'un matelas sur lequel elle pourrait passer la nuit. "Enn zourné li rest la. Li pena matelas nanien pou dormi. So lacaz inn inondé partou. Assoir li ale rest kot so ti zenfan", indiquent ses voisins. Les maisonnettes sont encore humides. Des matelas sèchent au soleil. Après les récentes pluies diluviennes, les habitants de la région essayent, tant bien que mal, de survivre. Entre le triage des vêtements offerts par de généreux donateurs, et le remplissage des trous faits en toute urgence dans les murs en vue d'évacuer l'eau, il y a véritablement fort à faire. De plus, réaffirment des habitants "pa kapav mem resté dan sa loder là. Moizi partou. Bebet pe sorti partou". D'autres racontent que depuis une semaine, ils n'ont pas été en mesure de se rendre au travail. Certains indiquent que cela fait neuf jours qu'ils attendent l'autorisation de l'usine de la localité afin de pouvoir opérer la cantine qu'ils tiennent. "Zot inn dir nou bizin désinfecté lizinn. Nou pena travay, lacaz enba lao, mové miser nou pe passé", laisse entendre Stéphanie Grandcourt. À Poste de Flacq, Michaël Bisnath, regarde le "carré vide" devant sa maison ; outre les dégâts chez lui, ce mécanicien de motocyclettes a perdu tout ce qu'il y avait dans son atelier. Les feuilles de tôle qui abritaient cet atelier ont également été emportées par les eaux.

Nourriture avariée

À Bois d'Oiseaux, Flacq, l'eau boueuse stagne dans certaines cours. Une maison, celle de Ruby Volfrin, a subi des dégâts, et le propriétaire a également perdu les quelques canards et lapins qu'il élevait pour gagner sa vie. Pour sa part, Jean Claude Catapermal de Cité-Argy, nous montre un gros sac de riz duquel se dégage une odeur fétide. "Manzé inn gâté. Tou ceki nou ti ena inn pourri are delo. Sa lapli la inn fer mové dégât", dit-il. À chaque fois que les pluies sont abondantes, Argy subit l'inondation. Les habitants dont les maisons se trouvent en bordure de la route principale sont les plus touchés. Pointant du doigt le pont d'Argy, d'autres s'indignent que rien n'a été fait jusqu'ici pour prévenir des dégâts par temps de pluies diluviennes. "Dépi tou letemp nou pe dir bizin hausse pont la. Bizin elarzi li, bizin enn drain. Aster maler inn arrivé. Mo espéré ki bann lotorité pran nou enn compte. Ki pou arivé si ena gro lapli encor", fait ressortir un habitant. En effet, pour survivre dans une telle situation, ils comptent sur le soutien des autorités. Certains ont perçu l'allocation de l'État, mais pour beaucoup, si l'attente est longue, ils désespèrent de recevoir cette aide. "Bann la guette figir. Dan enn lari kot tou lacaz finn inondé, zot donn zis de dimoun. Li pa normal. Nou tou victim parey", déplorent des victimes d'inondations. D'où les nombreuses manifestations effectuées récemment. Car si certaines victimes de Flacq, principalement, ont perçu l'aide des hôtels de la région et celle des paroisses avoisinantes, elles ne sont pas pour autant tirées d'affaire. "Lotel inn donn inpé serviet, drap, lili, manzé, me seki noun perdi inn perdi. Mo trois zenfan pe dormi lor enn ti lili enn plass", fait comprendre un habitant de Poste de Flacq. Les dons des églises à proximité sont salués. "San sa bann led la, nou pa ti pou ena manzé", souligne-t-on.

"Ce parski nou pe souffer ki nou pe reclam sa led la"

L'espoir des victimes de reprendre goût à la vie est suspendu à l'éventuelle "compensation exceptionnelle". Mais disent-ils, "Rs 5 000 pa pou fer nou regagn tou. Nou ena meb, frizider, massine kot magasin, finn alé dan dilo. Magasin pa conn nanien. Nou bizin payé pou seki noun perdi. Manzé pena dan lacaz". Ils font ressortir que c'est uniquement lorsque des habitants de la localité, principalement des femmes, sont descendus dans les rues pour manifester leur colère, que certains d'entre eux ont reçu la compensation gouvernementale. Ruby Volfrin indique, lui, que depuis lundi dernier, les habitants de Bois d'Oiseaux n'ont aucune nouvelle des autorités. "Noun ale lapolis pou fer déclaration. Zot inn dir pou vini, me ziska ler nanien", dit-il. Ce maçon déplore que "gouvernma pe dir travay la pe bien fer, me nou victim ki cone nou miser. Zot fer boul are nou". Il met en avant que si les victimes tiennent des manifestations "ce pa à coz l'opposition. Nou conn nou souffrans. Nou civilisé. Dimoun pa bizin mont nou latete. Ce parski nou pe souffer ki nou pe reclam sa led la". Déplorant la lenteur de l'État à fournir de l'aide, les victimes soulignent qu'ils militeront jusqu'à ce qu'ils obtiennent satisfaction. "Si bizin manifesté encor, nou pou fer li. Nou bizin led pou nou kapav remet nou dibout", disent-ils.

Quand la désolation cède la place à la peur…

D'autres personnes que Week-End a rencontrées racontent le traumatisme de leurs enfants qui ne cessent de demander "si lapli pou revini". Uniformes et matériels scolaires emportés par les inondations, nombre d'entre eux ne se sont pas rendus à l'école la semaine dernière. De plus, les insectes et autres petites bêtes qui font leur apparition font craindre des maladies. "Ena ti bébé 9 zour dan mo lacaz. Partou humid. Loder partou. Dehor tou. Kapav trap maladie are sa", déplore Jean-Paul Tuyau. Il s'élève contre l'attitude des autorités concernées concernant les mesures correctives (désinfection et fumigation entre autres) qui doivent être prises afin d'assainir l'environnement et prévenir des maladies. Les habitants disent craindre la prolifération de moustiques au vu de l'eau stagnante dans des régions. "Pe meté mem lord, pa facil", expliquent certains. Ces familles laissent parler leur inquiétude en ce sens. Après ce mercredi fait d'événements tragiques, ils redoutent une nouvelle montée des eaux. Certains ont été chez des voisins et affirment avoir vu sur Internet, que deux cyclones nous menaceraient. Les images du mercredi 26 mars dans leur tête, les moments de panique et la peur vécus, nombre de nos interlocuteurs s'interrogent : "kot nou pou alé ?" "Laterr pa encor sek. Lacaz fini plat. Nou nepli ena nanien. Aster si lot inondation, couma pou fer ?"


Cet après-midi, sur l'esplanade du Plaza: Veillée en mémoire de Laura Paul

L'Union of Private Secondary Education Employees organise une veillée, ce soir, en mémoire de Laura Paul, collégienne décédée tragiquement, à Mont Goût, lors des inondations du 26 mars dernier. Cette veillée se tiendra sur l'esplanade du Plaza, à Rose-Hill entre de 17 à 19 heures.


Sinistrés des inondations

Une semaine de fortes récriminations

Alors que c'est ce week-end que devait, en principe, s'achever l'exercice de paiement de la "compensation exceptionnelle" aux sinistrés des inondations du mercredi 26 mars dernier, des manifestants récriminaient encore dans les rues contre les autorités au courant de la matinée d'hier.

Devant l'ampleur des dégâts dans les endroits qui avaient été le plus exposés, il semble que les autorités aient, manifestement, pris conscience de la nette insuffisance de la "flood allowance" de Rs 109 par membre de chaque famille de victimes prévue par la réglementation de la Sécurité sociale.

C'est ainsi que dans la journée de dimanche, soit quatre jours après le sinistre, la ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, annonçait qu'au-delà de cette allocation alimentaire, l'État avait agréé d'accorder aux victimes une "compensation exceptionnelle" de Rs 5 000 par famille sinistrée.

Cette somme, précisait-elle, allait être payée après enquête de la police et de ses officiers "aux familles de victimes les plus méritantes". Mme Bappoo estimait, alors, à entre 1 500 et 2 000 ces familles. Selon les premières dispositions, le paiement allait se faire à partir de mardi. En vue, disait-elle, de faciliter la tâche des sinistrés, ce paiement devait se faire de manière décentralisée dans les centres sociaux et autres Citizens Advice Bureau (CAB) des localités sinistrées.

Or, il semble que le nombre de demandeurs méritants a vite fait de faire retarder les enquêtes de police. Si bien qu'à mercredi, moins de 400 familles sinistrées avaient obtenu la compensation. Des quelque 2 000 "victimes méritantes" que la Sécurité sociale avait cru entrevoir et au vu des manifestations de rue en diverses localités tant rurales qu'urbaines, la décision était prise que, dorénavant, l'ensemble des familles bénéficiaires de la première allocation alimentaire de Rs 109 allait être concerné par le deuxième exercice de compensation.

"Désinvolture"

Le nombre global de bénéficiaires de la compensation exceptionnelle était, alors, révisé à quelque 5 000. Tout au long de la semaine, des manifestations spontanées de colère devant ce que les protestataires considèrent comme la "désinvolture" des autorités devaient surgir en diverses localités dont Poste-de-Flacq, Terre-Rouge, Sainte-Croix, Caroline et Bel-Air.

Alors que certains protestataires manifestaient contre le fait qu'ils aient eu à attendre des heures durant sans que la compensation promise ne leur soit versée, d'autres alléguaient que des personnes moins méritantes avaient eu droit à l'indemnisation, mais pas eux.

Par ailleurs, à hier, plus de 4 000 familles victimes des récentes inondations avaient été compensées pour un montant global supérieur à Rs 20 millions. Dans la mesure où l'exercice d'indemnisation des quelque 5 000 familles pouvant, globalement, aspirer à la compensation de Rs 5000 n'étant pas achevé et puisqu'aujourd'hui c'est dimanche et que demain, lundi, c'est jour férié, il semble que la poursuite de l'exercice se fera mardi.

Les quelque 5 000 familles identifiées, au départ, par les autorités comme en mesure d'aspirer à cette "compensation exceptionnelle" représentent, au total, quelque 20 000 sinistrés. Des actions parallèles de solidarité en leur faveur sont organisées, notamment, par des radios privées et des organisations socioculturelles et caritatives.

À Mon-Goût, mercredi, une veillée de prières notamment animée par le pandit Ved Gopee et le travailleur social, Julien Lourdes a eu lieu sur la berge de la rivière Citron dont les flots avaient emporté la jeune élève, Laura Paul et Jaywantee Rughoo.

Vendredi, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui était dans le village, aurait laissé entendre que les familles des quatre personnes disparues lors des inondations pourraient disposer d'une aide du Prime Minister's Relief Fund.

De son côté, le ministère de la Santé s'active depuis ces derniers jours, à éviter la survenue d'épidémies telles la gastro-entérite, le chikungunya, la malaria ou la conjonctivite, particulièrement dans les régions les plus inondées.

Des exercices de fumigation de même que d'épandage d'herbicides sont en cours à cet effet. Des produits anti-moustiques sont aussi distribués aux habitants des régions les plus affectées où des officiers du ministère de la Santé procèdent par ailleurs, sur place, à l'examen médical des habitants.


À Bon Accueil vendredi

Ramjuttun fait des allégations contre un trafic de bons d'achats

Des bons d'achats destinés aux sinistrés des récentes pluies torrentielles seraient distribués en priorité à des agents politiques. Ce "trafic" était un des thèmes du meeting tenu vendredi à Bon Accueil, dans la circonscription des ministres Baichoo et Gokhool, par Dinesh Ramjuttun. Une résolution a été votée par la foule pour réclamer la démission des deux ministres.

C'est après des négociations pour un changement de lieu - le propriétaire du premier ayant subitement changé d'avis - que le leader du Front Patriotique Mauricien a pu tenir son meeting, vendredi. Il est revenu sur les inondations de la semaine dernière et accusé les ministres Beebeejaun, Baichoo et Gokhool de ne pas avoir pris leurs responsabilités respectives. Dinesh Ramjuttun a tiré à boulets rouges sur les ministres de la circonscription n°9 en leur demandant d'avoir la décence de démissionner. À cet effet, l'orateur a fait voter une résolution à la foule.

Il a par ailleurs dénoncé une affaire de bons d'achats qui se déroulerait actuellement à Flacq. Selon l'orateur, une somme de plusieurs centaines de milliers de roupies aurait été obtenue des hôteliers et entreprises de l'est par un ministre pour venir en aide aux sinistrés. Au lieu de transférer cette somme dans un fonds officiel du gouvernement, elle aurait été versée dans un supermarché qui a fait sortir des bons d'achat de Rs 500.

Selon le leader du Front Patriotique Mauricien, ces bons destinés aux sinistrés seraient distribués en priorité aux agents et proches d'un ministre plutôt qu'aux sinistrés. Ramjuttun a annoncé qu'il compte aller faire une déposition à l'ICAC sur ce trafic et ceux qui en sont responsables.



a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 6 avril 2008