o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 16 mars 2008



  Faits et effets — Three in one
  Humeur — Une mauvaise telenovela mauriciennne
  Interrogations — Coups d'éclats
  Pris sur le vif — Tension docteur
  CARNET—Effet boule de neige


Faits et effets...

Three in one
Josie Lebrasse


Lorsque notre rédacteur en chef Gérard Cateaux avait été arrêté le 21 novembre dernier, certains confrères avaient relégué cette choquante nouvelle pour nos libertés au statut d'un entrefilet à la page 4, estimant que puisque "week-end sa", prononcé souvent sur le ton de la jalousie que suscite notre très large lectorat, il n'y avait pas lieu de s'en émouvoir outre mesure. Si certains n'avaient pas encore compris que ça n'arrive pas qu'aux autres et que l'indifférence ne fait que conforter les apprentis sorciers dans leur entreprise d'intimidation, le département d'État des États-Unis est venu leur rafraîchir la mémoire.

Si ce n'était toujours pas suffisant, il y a eu, depuis l'arrestation de Gérard Cateaux et de nos deux confrères de Radio Plus, l'interpellation du journaliste de Samedi Plus, Rudy Veeramundur qui avait commis un crime de lèse-majesté pour avoir exposé les failles de l'Independent Commission against Corruption au grand public et d'avoir révélé les faiblesses de sa direction. Et vendredi c'était au tour de Radio One de faire les frais de la politique d'intimidation du régime. C'est le three in one de ces derniers cinq mois et avec Gérard Cateaux, Josian Valère, Anabelle Volbert, Rudy Veeramundur, Karishma Beeharry et Humaira Ali, cela fait un journaliste qui est inquiété toutes les trois semaines dans ce pays. De quoi nous faire figurer au tableau des pays qui restreignent la liberté de la presse.

Des fautes et des erreurs, tout le monde en commet même le Premier ministre et ses ministres. Mais il y a la bonne foi, les procédures et les lois. Dans le cas de Radio One, toute l'affaire tourne autour d'une information diffusée vendredi matin selon laquelle le Conseil des ministres et la réunion du bureau politique du PTr n'auraient pas lieu ce jour-là parce que le Premier ministre serait souffrant. Rien qui trouble la paix publique et qui est susceptible de provoquer un grand séisme. La communication de Navin Ramgoolam, celle dont se plaint même la MBC en raison de son caractère outrancier - c'est dire! - est intervenue, allons dire, énergiquement, et la radio a, non seulement, rectifié à la première occasion mais a aussi présenté des excuses parce que la com l'a exigé.

Si Navin Ramgoolam gouvernait dans la sérénité, s'il était quelqu'un qui avait, un tant soit peu, d'humour et qu'il était capable de rire de lui-même, ce qui est l'expression d'une forme supérieure de l'intelligence, il aurait pris son téléphone et emprunté sa plus belle voix pour demander à parler sur les ondes de Radio One et montrer qu'il est en parfaite santé et qu'il a même la pêche. Peut être craignait-il qu'on lui pose quelques questions. Comme celles qui portent sur l'agencement de son emploi du temps et les raisons pour lesquelles il boude la célébration officielle de la Journée internationale de la Femme le samedi 8 mars et qu'il va le lendemain, 9 mars, à une fonction socioculturelle où il se perd en insultes en direction des "esprits cabossés". La communauté et la caste des femmes seraient-elles moins importantes que d'autres ?

Sur ce qui, au premier chef, est au cœur des incidents de vendredi, le renvoi du Conseil des ministres, une explication officielle s'imposait avant et non après comme s'il y avait quelque chose à cacher. On s'en fout éperdument du calendrier des organes politiques du PTr, qu'ils soit très organisé, avec ou sans papiers préparés et visés par le Premier ministre à l'avance mais on a certainement à l'oeil les délibérations du Conseil des ministres parce que, payés des fonds publics, ils ont certainement des comptes à rendre pour une semaine chômée à un moment où on parle de productivité. Il y a eu un jour férié et les ministres étaient pris avec les célébrations de l'indépendance. Or, c'est un événement annuel et il faut se préparer à l'avance. On a connu des Premier ministres et des gouvernements qui s'organisaient pour tenir le conseil des ministres un samedi et un dimanche. Ne pas tenir le Conseil des ministres est une grosse nouvelle et il faut qu'il y ait force majeure pour qu'il en soit ainsi et le mieux à faire c'est de dire pourquoi il n'y en a pas. Le respect de la population le commande.

Au-delà des contingences des tristes incidents de vendredi dernier, il y a la méthode et un certain état d'esprit depuis les dernières élections. Les journalistes ont été comparés aux prostitués, les radios ont été menacées d'être nettoyées, les lois plus sévères sont brandies. Cela fait beaucoup mais il n'y a pas que la presse ou les syndicats que l'on menace et les journalistes et les syndicalistes que l'on intimide au moyen d'actions répressives, il y a tout un plan pour museler ceux qui ne sont pas dans les bons papiers des princes qui oublient qu'ils ne sont que les puissants d'un moment, qu'ils auront à faire face non seulement à l'électorat mais à un jugement qui est encore plus implacable qui est celui de l'Histoire.

Nous parlions de three in one plus haut non pas pour parodier la tranche du matin de nos confrères de Radio One mais parce que le terme s'y prête et s'applique aux méthodes terroristes qui se sont manifestées cette semaine. Pensez-vous traîner le Chief Legal Adviser de l'ICAC, Manish Gobin aux Casernes au lieu d'enquêter sur les allégations contre cette commission, interpeller deux journalistes et saisir le passeport d'un député pour dire ensuite que l'on s'est trompé. Three in one and shame on you!




Humeur

Une mauvaise telenovela mauriciennne
Jean-Claude Antoine


Un auditeur de Radio One le disait avec justesse samedi matin : A Maurice, ce n'est plus à la télévision qu'on diffuse les telenovelas, mais on peut les suivre en direct à la radio. C'est ce qui s'est passé vendredi après-midi où les auditeurs de Radio One d'ici et d'ailleurs ont pu suivre pratiquement en direct les tentatives d'une équipe de huit policiers du CCID de faire avouer à deux journalistes de la station qui leur avait dit que le Premier ministre était malade. Et que c'est à cause de son état de santé qu'il avait fait annuler le Conseil des ministres et la réunion du bureau politique du PTr prévus pour vendredi. Avant la police, le Special Adviser de Navin Ramgoolam avait exigé et obtenu une rectification et des excuses. Cet acharnement à certifier que Navin Ramgoolam est en parfaite santé est en train de produire l'effet inverse. Les énormes moyens déployés pour faire dire que le Premier ministre n'est pas malade sont en train de faire naître toutes sortes de spéculations. Du coup, chacun essaye de se rappeler quelle était la mine du Premier ministre lors de sa dernière apparition à la télévision ou, pour ceux qui ont eu plus de chance, à la garden party du Réduit, jeudi dernier. Avec, en tête, la rectification, puis les excuses exigées suivies de l'opération policière, les Mauriciens se disent qu'effectivement, Navin Ramgoolam ne paraissait pas dans son assiette lors de la garden party. A ceux qui disent que l'image de la MBC n'était peut-être pas tout à fait nette, les autres, ceux qui étaient sur place, rétorquent que sous la tente au Réduit, Navin Ramgoolam avait le teint un peu brouillé comme s'il avait mal dormi la veille. Ou avait bu le verre de trop qui vous barbouille l'estomac et vous oblige à boire un soda au petit déjeuner. Je vous laisse le soin d'imaginer le nombre de maladies et la description de leurs symboles que l'on attribue à Navin Ramgoolam depuis vendredi. Sans compter les jokes de plus ou moins mauvais goût sur ses préférences en termes de boisson. Sans les excès de zélé de son conseiller special et "l'initiative" de la police l'état de santé de Navin Ramgoolam ne serait pas devenue une question d'actualité nationale. Traitée sur un ton de mauvaiss telenovella.

La police a dépêché huit de ses officiers pour aller recueillir la déposition des deux journalistes de Radio One et l'opération a duré plus de trois heures. Est-ce que ce déploiement de forces policières n'aurait pas été utile dans des cas policiers beaucoup plus "genuines" ? Tenez, prenons l'exemple du vol de l'école Étoile de Mer à Roches Noires. Cette école fait partie de la Fédération ANFEN qui s'occupe des rejetés du CPE. Elle a soixante élèves venant des milieux défavorisés de la région qui apprennent ce que l'école primaire n'a pas pu leur enseigner en sept ans d'études : lire, écrire, compter. Comme toutes les écoles ANFEN, l'Étoile de Mer vit de dons, de volontariat et d'un projet pédagogique de Rs 340 000 financé en grande partie par l'Union Européenne. Avec le concours d'un établissement hôtelier de la région, ce projet permet d'offrir aux soixante élèves un petit déjeuner, un déjeuner chaud et des fruits et des yaourts chaque jour. La première tranche du financement a permis d'acheter les marchandises nécessaires pour la préparation des repas. Dans la nuit du 11 au 12 Mars, des voleurs ont enfoncé la porte et ont fait main basse sur tout ce qui pouvait avoir de la valeur dans l'école. Tous les ordinateurs, le matériel scolaire, la bonbonne de gaz, les conserves, les épices etc., ont été emportés. Même le riz déjà cuit et gardé au froid pour le repas du 12 Mars a été volé. Les voleurs connaissaient les lieux puisqu'ils ont laissé derrière eux uniquement les choses sans valeur. Ce sont les plus pauvres d'entre les pauvres qui ont été volés, des enfants qui sont rejetés par le système et qui n'ont même pas droit à un verre de limonade et un massepain offert par la République le jour de la fête de l'Indépendance. Au lieu de déployer huit policiers interroger les deux journalistes de Radio One sur la bonne ou la mauvaise santé de Navin Ramgoolam, est-ce que la police n'aurait pas été mieux inspirée d'envoyer ses hommes enquêter sur le vol de l'école Étoile de Mer de Roches Noires ? Est-ce que cette action ne correspond pas mieux à la mission de la police que l'opération de vendredi qui ressemblait plus à une séquence de mauvaise telenovela qu'à autre chose ?

*

Depuis des années, le Premier ministre affirme ne pas lire Week-End qui, selon son analyse, serait contre lui, son gouvernement et son parti et encourage ses ministres et ses partisans à suivre son exemple. Dimanche dernier, lors d'une fonction à Centre de Flacq, Navin Ramgoolam a répondu à l'interview accordée à Week-End par Mme Joyti Jeetun en citant plusieurs extraits des propos de l'ancienne responsable du SIT. Ces citations permettent d'établir qu'en dépit de ses affirmations, Navin Ramgoolam lit Week-End, comme la majorité des Mauriciens. Cela méritait d'être souligné.




Interrogations

Coups d'éclats
Shenaz Patel


Vers qui se tourne-t-on à chaque fois qu'il est question de marquer un événement, commémorer une date importante, organiser une célébration? Vers les artistes. Le 40ème anniversaire de l'indépendance fêté mercredi dernier n'a pas échappé à la règle. Pas plus qu'à celle qui consiste à traiter ces mêmes artistes comme de la merde. Et le terme n'est pas trop fort.

Rs 30 millions pour célébrer cet anniversaire, certains ont d'emblée trouvé que c'était trop. Pas forcément, à notre sens, si cet argent devait servir, pour une fois, à assurer un traitement correct aux artistes chargés de faire que la fête soit, une nuit durant. Créer demande de l'énergie, de la disponibilité, de longues heures de recherche, de répétitions, de retouches. Et implique souvent, au bout de tout cela, de se retrouver livré au bon vouloir des princes et autres décideurs du jour. Qui semblent penser qu'ils font presque une faveur aux artistes en leur donnant l'occasion de s'exprimer, et que ces derniers devraient sans doute en éprouver une satisfaction, une gratification qui se suffisent à elles-mêmes. Personne n'envisagerait de demander à un plombier, un maçon ou un comptable de travailler gratuitement. Alors pourquoi semble-t-on estimer, trois fois sur quatre, que les artistes doivent se produire bénévolement ? Tout travail mérite salaire. Alors Rs 30 millions pour, enfin, rétribuer les artistes à leur juste valeur et leur permettre de partager, dans les meilleures conditions possibles, ce qu'ils ont eux aussi apporté au développement de ce pays au cours de ces quarante dernières années, pourquoi pas ? Rs 30 millions pour montrer que nous avons finalement pris conscience qu'un pays, ce n'est pas seulement sa politique et son économie mais aussi sa culture, pourquoi pas ? On était toutefois loin de ces considérations le 12 mars dernier. Deux scènes minables recouvertes de prélarts approximatifs, une sono défectueuse, des groupes invités qui ont dû patienter des heures au-delà de l'horaire initialement prévu, dans la pluie et le vent, pour se produire à 3 ou 4h du matin devant une centaine de rescapés. Un budget de Rs 30 millions et pas un minimum de considération, de respect pour ceux tout juste bons à " amiz lepep "…

Personne ne se souvient aujourd'hui de qui fut le Premier ministre ou le leader de l'opposition ou encore de ce qu'était le prix du pétrole ou du pain à telle ou telle époque en France, en Italie, en Inde, ou ailleurs, mais les trésors du Musée du Louvre, les peintures de Léonard de Vinci au Vatican, les chefs d'œuvre de la littérature grecque ou le Taj Mahal réalisé par des artistes et artisans de premier plan continueront à traverser le temps. Des siècles plus tard, c'est à travers le travail d'artistes que nous parvient la grandeur de certains Etats, de certaines civilisations et cultures. Pas à travers le coup d'éclat, éphémère, d'un grand feu d'artifice, aussi beau fût-il…

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Autre coup d'éclat d'un même pouvoir : l'interrogatoire auquel ont été soumises deux journalistes de Radio One vendredi. Pour avoir dit à l'antenne le matin que deux rendez-vous, dont la réunion du Conseil des ministres, avaient été annulés car le Premier ministre était souffrant, information rectifiée à la mi-journée, nos deux consœurs ont donc été interrogées pendant trois heures par la CCID sous la présomption de publishing false news et de diffamation.

Est-il diffamatoire de dire qu'une personne est malade ? Difficilement. Est-il diffamatoire de dire que des activités ont été renvoyées à cause de l'indisposition d'une personne ? On voit mal comment. Le fait que la nouvelle de la maladie était erronée justifie-t-elle la poursuite sous l'accusation de publishing false news ? Me Michel Ahnee, conseiller légal de Rado One, nous rappelle que ce qui est un délit, c'est le publishing of false news avec l'intention de nuire, ou si cela est susceptible de créer une instabilité ou une menace à la sécurité du pays. Était-ce le cas ici ? Certains auront beau penser que le monde entier s'enrhume lorsqu'ils éternuent, on voit mal comment on pourrait arriver à une telle conclusion dans ce cas.

Et c'est bien là que se situe le nœud du problème.

Rien ne dit que la presse peut publier et diffuser toutes les faussetés qui lui passent par la tête. Mais on peut s'étonner et s'inquiéter, ici, de la disproportion de la réaction par rapport à l'information en soi. Les responsables de ce mauvais scénario savent fort bien qu'aucune cour de justice ne les suivra sur ce terrain. D'où le coup de force, le coup d'éclat, les trois heures d'interrogatoire dans le but, supposé, d'intimider. Ce qui semble bien être le désir de ce gouvernement décidément bien insecure pour en arriver à de telles extrémités, selon une tendance déjà amorcée il y a quelques semaine avec l'arrestation du rédacteur en chef de Week-End et de deux journalistes de Radio Plus.

En soi, cette action aurait tendance à montrer une chose : si on peut soumettre des journalistes à ce genre de traitement policier pour une nouvelle, somme toute, aussi peu conséquente, cela prouve bien qu'il existe déjà un arsenal légal important et suffisant régissant les activités de la presse. Or, le Premier ministre s'est servi de cette affaire pour réitérer, hier, sa volonté de renforcer les lois sur la presse. Que peut-on faire de plus que ce qui a été fait là sinon se donner les moyens d'arrêter et d'incarcérer d'emblée des journalistes pour des affaires aussi vénielles?

Paradoxalement, le résultat de cette " brillante " opération ne peut être qu'une défiance accrue vis-à-vis d'un pouvoir qui semble décidément craindre quelque chose de la libre expression…




Pris sur le vif

Tension docteur


- Toi tu as ta figure des mauvais jours. Qu'est-ce qui t'est arrivé ? C'est encore ton chef qui a voulu déclarer mari avec toi ?

- Mais pas du tout. Ça fait un bout de temps que je lui fait savoir qu'il était peut être un mari chef - et encore… - mais certainement pas au bureau.

- Mais alors ki faire tu as une figure constipée comme ça ?

- Parce que je suis malade, ça même tout…

-… qu'est-ce que tu as ? C'est grave ? Ça s'est déclenché d'un coup ?

- … non, je ne me sentais pas bien je suis allé voir le docteur et il m'a dit que j'avais la tension forte…

-… la tension forte ou l'hypertension ?

- Ça même.

-….aie…aie…aie… ça c'est pas bon du tout ça… dire moi un peu làs tu n'as pas de tracas, des ennuis de couple, d'argent…je ne sais pas moi des affaires qui auraient pu te faire avoir un stress…

-… mo croire que c'est to bane questions insignifiants ki pou faire mo tension et mo stress monté. Tu sais bien que je n'ai pas de problème particulier, ce qui semble déranger certains…

- …il ne faut surtout pas faire de colère, c'est pas bon. Moi je ne cherche qu'à t'aider, c'est tout. Tu sais, j'ai une tante qui a tension forte et qu'il faut forcer à faire un régime. Pour commencer, tu vas avaler une cuillère à bouche de vinaigre tous les matins à jeun

-… quelle horeur, je ne vais jamais pouvoir avaler ça. Une cuillère de vinaigre ça va peut-être faire baisser ma tension mais en fouillant un trou dans mon estomac !! On m'a dit de percer un citron…

-…De presser, pas de percer… c'est bon, mais c'est pas assez radical. Moi, je préconise le vinaigre.

- … Mais dis-moi, tu as de l'hypertension, toi?

- Pas du tout. Laisse-moi toucher du bois. Ne fane pas ton lapipi sur moi la, hein, je te dis. Je n'ai pas de l'hypertension, Dieu merci, mais ma tante l'a et je connais pleins de gens qui l'ont. Il faut que tu fasses des exercices, de longues marches, du footing tout ça…

-…mais je fais du footing tous les jours.

- ..ah bon, tu fais du footing, toi ? Tu ne m'as jamais dit ça. Où ça, hein ?

-…mais tous les jours pendant le lunch time je vais marcher dans la ville…

-… aio tu es comique même toi !! Tu est en train de confondre entre shopping et footing, pas meme zafaire ça. Il faut marcher sans s'arrêter et il faut surtout avoir un contrôle strict sur ce que tu manges. Terminé le sel, terminé. Fini tout ce qui s'appelle poisson salé, ourite et chevrette secs… lentilles noire, conserves, fruits de mer, tout ça. Tu ne touche plus. Tu ne regardes même plus…

-…pourquoi le sel rentre dans le corps par le regard ?

- …fais to foutan même toi! Quand to la veine li cou pou raidi avec tension tu me diras. Écoute je te connais, si tu cuis ces zafaires la même si ne manges pas tu vas vouloir goûter. Il faut pas.

- Mais le docteur a dit que je pouvais manger de temps en temps.

- Il a dit ça ? Quel docteur c'est hein ?

- Le Dr X.

- Jamais entendu parler. Pourquoi tu as été le voir? Qui t'a envoyé là-bas ? Tu n'aurais pas pu me demander. Je t'aurais envoyé chez un bon docteur.

- Parce que celui que j'ai vu est un mauvais docteur ? Tu viens de me dire que tu n'as jamais entendu parler de lui…

-… c'est ça le problème. Un docteur dont personne ne parle, on ne sait pas ce qu'il vaut.

- Mais enfin, il exerce dans la clinique… ils n'emploient tout même pas de mauvais médecins là-bas…

-… en principe…en principe… encore qu'avec la vie d'aujourd'hui on ne peut jurer de rien. Dis-moi qu'est-ce qu'il t'a donné comme médicaments ?

- Des comprimés de X.

- Ça même tout ?

- Oui, pourquoi ?

- Hum… que je n'aime pas ça. Il ne t'a donné qu'un seul médicament ?

- Oui.

- Et il sait que tu as une assurance médicale qui rembourse tes frais ?

- Oui.

- Alors là je suis catégorique : un médecin qui fait faire des économies de médicaments à un patient, c'est louche. A ta place, je demanderais un deuxième avis médical avant de suivre son traitement. Je connais justement un bon docteur, pas du tout avare en médicaments qui devrait te convenir…




Carnet

Effet boule de neige
Patrick Jean-Louis


Le problème avec les phénomènes déprimants, c'est qu'ils peuvent finir par déboucher sur d'autres plus déprimants encore. Comme indiqué dans notre édition de la semaine dernière et ce en exclusivité, le ministre des Sports viendra avec des amendements au Sports Act. Vu que pour l'heure aucun calendrier n'a été établi par Sylvio Tang, on peut ainsi présumer, sans trop de risque de se tromper que le mouvement sportif aura à attendre au moins trois mois avant que le ministère de la Jeunesse et des Sports ne commence à circuler les amendements. Mais ce qui est certain dans la démarche actuelle de Sylvio Tang, c'est qu'il va devoir s'activer afin de présenter au parlement les changements avant août 2008 s'il est déterminé à ce que toutes les fédérations soient au diapason avec le cycle olympique.

Déjà, c'est une autre paire de manches qui s'annonce pour le ministre dans la mesure où les " lobbyistes " se sont déjà mis en œuvre en utilisant comme argument la " thèse antidémocratique " pour convaincre. Dans cette guerre de pouvoir et surtout en prévision du renouvellement de l'exécutif du Comité National Olympique Mauricien (CNOM) en 2009, il ne serait guère étonnant que les ennemis d'hier deviennent les amis d'aujourd'hui ou que la parade des fédérations internationales soit mise en avant pour continuer à diriger lorsque sonneront les cloches de l'AG du CNOM.

Ce qui nous pousse à dire que le dossier des amendements à être apportés au Sports Act sera, deux ans et demi après sa prise de pouvoir, le premier vrai test de Sylvio Tang pour démontrer qu'il n'est pas un ministre sous influence et qu'il est déterminé à apporter ne serait-ce qu'une petite pierre à l'édifice du sport mauricien. Même si dans le fond comme dans la forme, il y a beaucoup choses à redire sur les amendements de Sylvio Tang. Une parenthèse pour dire notre étonnement sur le silence actuel du MMM et de sa commission des sports sur les intentions du ministre Tang. Pourtant, les mauves en avaient fait de 2008 l'année lors de laquelle ils " accorderont une attention particulière au sport. " La ministre des Sports " in waiting " au MSM semble, de son côté, avoir perdu sa voix. Le mouvement sportif en tiendra compte.

Ce dernier par contre a déjà tenu compte de l'inconstance qui existe dans la politique de Sylvio Tang. Au risque de nous répéter et c'est là où la situation devient déprimante, l'on risque de déboucher sur une autre déprime en 2011, semblable à celle dont nous en avons été témoins en août dernier à Madagascar. Car c'est une évidence que les amendements de Sylvio Tang n'auront aucune incidence sur le niveau de notre sport. Même s'il est vrai que mettre de l'ordre dans le calendrier d'organisation des élections dans les fédérations ou imposer que les comités régionaux soient une entité légale, vise dans une très large mesure à apporter de la discipline dans le management du sport. Mais qu'en est-il des actions pour hausser le niveau de notre sport en perte de vitesse depuis une décennie ? Rien.

La seule clause dans le Sports Act qui pouvait aider à relancer le sport à la base a été déjà éliminée d'un trait de plume pour satisfaire le hidden agenda de certains dirigeants de la Mauritius Football Association (MFA). En éliminant la formule 75-25% pour les sports d'équipe et 100 % pour les sports individuels, Sylvio Tang ne s'est probablement pas rendu compte de l'effet boule de neige que son action aura sur le sport à Maurice dans quelques années.

N'oublions pas que la décision d'obliger les équipes à se structurer sur une base régionale a été prise par un ministre Travailliste qui a ainsi sacrifié la vie du football à Maurice. Comme toute formule, celle de Marie-Claude Arouff-Parfait - jamais contestée et encore moins éliminée par le gouvernement MSM-MMM entre 2000 et 2005 - méritait d'être revue et corrigée comme toute formule, mais certainement pas éliminée du jour au lendemain sans justification aucune. Car n'oublions pas que cette formule a eu le mérite d'introduire certaines disciplines dans des régions et de forcer certaines administrations régionales à s'ouvrir sur des disciplines autre que le football.

Doit-on aujourd'hui comprendre que la politique sportive du Parti Travailliste n'est pas de développer le sport dans les 12 régions de Maurice ? Si tel est le cas, une clarification dans les plus brefs délais du Premier ministre ou même de son ministre des Sports, serait la bienvenue. Car pour l'heure, nous ne pouvons que constater que seule l'administration des fédérations intéresse le ministre, mais pas l'épanouissement du sport dans les régions ni le niveau du sport pratiqué à Maurice.

Week-End n'est, heureusement, pas le seul à le dire. La situation du sport à Maurice donne froid dans le dos avec des dirigeants qui, au lieu de favoriser l'émergence des clubs, font tout pour les éliminer. Car ils ont un objectif inavoué de conserver le pouvoir. Ceux-là féliciteront certainement Sylvio Tang pour ses amendements, car le niveau du sport ne figure pas parmi leurs préoccupations. D'où l'imminence d'autres moments plus déprimants.






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 16 mars 2008