o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 10 février 2008



  Faits et effets… - Pas 98, certes, mais…
  Carnet - Ignoble


Faits et effets...

Pas 98, certes, mais…
Josie Lebrasse


Dans un mois, le pays fête ces 40 ans d'indépendance et les 16 ans de son accession au statut de république. Une fois n'est pas coutume, c'est le chiffre tout rond qui marque notre indépendance qui doit retenir notre attention et tout notre intérêt. Or, à un mois de la grande fête, aucune fébrilité notée, aucun frisson en vue autour du quadricolore, rien, si ce n'est quelques informations parcimonieuses distillées après les délibérations du Conseil des ministres et des conférences de presse du ministre des Arts et de la Culture qui ne nous apprennent rien, Mahen Gowressoo n'étant pas le grand communicant susceptible de galvaniser la nation autour de son anniversaire. S'il n'est pas au courant de l'ordre protocolaire officiel, c'est peut-être trop lui demander que d'organiser des quarante ans nationaux dignes de ce nom.

Les choses ne s'annoncent guère brillantes. Pas de chefs d'État confirmés à ce jour, le gouvernement s'y étant pris un peu tard. Comme le calendrier des grands de ce monde n'étant pas celui du dernier quidam qui veut venir passer quelques jours sous notre soleil, aucun nom définitif proposé. Après avoir fait l'impasse sur le Jump Around Youth Concert, qui, malgré ses faiblesses, avait le mérite de réunir, une fois par an, les jeunes autour de la chanson et du spectacle, on nous annonce cette année, une version un peu bâtarde baptisée "Karnaval konser", une synthèse du carnaval des jeunes et du JAYC. Les collectivités locales ont, elles, été priées de célébrer comme elles peuvent avec un budget réduit que certains prétendent tellement insuffisant qu'il ne couvre même pas une distribution de rafraîchissements à une centaine d'écoliers.

Quant au thème choisi, année après année, c'est

"Nou pei, nou fierté", le même qu'en 2006, 2007 et 2008, malgré les 40 ans, un anniversaire somme toute bien spécial. Si le gouvernement est en panne d'imagination et qu'il a choisi un seul et même thème pour son mandat de cinq ans, il vaut mieux qu'il le dise et non pas venir nous annoncer, chaque année, que le thème choisi est "Nou pei, nou fierté". Comme si c'était le fruit d'une grande découverte.

Au niveau du financement également, il y a des interrogations qui s'imposent. Il y a eu une tentative de ponctionnement de l'argent des artistes qui, réunis au sein de la MASA, ont réagi vivement et avec raison. Et c'est comme si on faisait la quête autour du monde pour une célébration qui, en plus, n'a rien d'événementiel. Le ministre de la Culture est venu pompeusement annoncer que la Chine nous a généreusement fait cadeau de Rs 300 000 et de quadricolores pour nos célébrations nationales. On ne s'y retrouve pas dans tout ça. Le coût du projet Tianli était initialement de Rs 17 milliards, puis il est passé à Rs 20 milliards, soit Rs 3 milliards de plus et c'est le gouvernement d'un pays, qui ne peut se permettre de célébrer ses 40 ans sans quémander des sous à gauche et à droite, qui a, néanmoins, les moyens de financer à hauteur de Rs 310 millions des fonds des contribuables mauriciens, les travaux d'infrastructure de cette enclave de Riche-Terre. Par ici, les limousines ministérielles flambant neuves qui ont coûté près de Rs 70 millions, par là, la collecte laborieuse de l'obole pour la célébration de 40 ans du pays. Allez comprendre…

Cette parenthèse fermée, on croyait que 40 ans, cela se préparait bien à l'avance. Que tous les Mauriciens seraient mis à contribution. Non. Rien de tout ça. La dernière fois qu'il y a eu une vraie organisation de la fête de l'indépendance et de la république fut en 2005 lorsqu'un comité élargi présidé par Michael Glover avait mis au point un programme original exécuté pour la première fois hors de Port-Louis. C'est Mahébourg, région aussi chargée de mémoire historique que Port-Louis, qui fut choisi. Le Conseil des ministres, réuni le lendemain, le 13 mars 2005, avait annoncé que les préparatifs pour 2006 étaient déjà amorcés et le communiqué officiel précisait même que c'est Grand-Baie qui pourrait être le lieu d'accueil de la cérémonie officielle. On en était à l'ère de la prévoyance et de la décentralisation. On en est loin aujourd'hui et c'est ce qui explique probablement ce tâtonnement inacceptable.

Cette année, c'est la consécration du batte-batté. Personne ne demande, il est vrai, que l'on revienne aux années 70 et, qu'année après année, ce soit le même président de comité choisi par Sir Seewoosagur Ramgoolam qui décide finalement d'organiser la même petite parade et d'aller couper un gâteau géant au Champ de Mars en petit comité de notables, la grande majorité de Mauriciens boudant ces cérémonies officielles aussi ternes que partisanes.

Personne ne veut non plus revivre les excès de 98, lorsque le ministre des Arts et de la Culture d'alors, Joseph Tsang Man Kin organisa une fête qui se voulait grandiose mais qui fut, au décompte final, extrêmement coûteuse pour le contribuable, la note s'élevant à Rs 39 millions pour une seule soirée, la statue géante de SSR en fibre de verre ayant coûté, à elle seule, la bagatelle de Rs 5 millions, une structure encombrante, destinée aux pêcheurs et qui fut stockée en pièces détachées dans plusieurs débarras du ministère des Infrastructures Publiques.

Quarante ans, c'est un bel âge. Il y a un an que le gouvernement aurait dû avoir initié les préparatifs avec des concours pour le logo et le thème pour ne citer que deux aspects de la célébration. Il y a bien d'autres qui auraient pu être imaginés, comme un essai sur l'histoire du pays destiné aux étudiants de nos universités, un concours de création de chansons patriotiques pour les collèges secondaires et un autre de dessin symbolisant l'indépendance pour les enfants. Nos ne pouvons maintenant qu'espérer que ce soit l'imagination qui soit au pouvoir lorsque le pays fêtera ses 45 ans et ses 50 ans.



Carnet

Ignoble
Patrick Jean-Louis


" Tout événement sportif, tant soit peu important, cumule des risques de sécurité publique, comme l'hooliganisme ou l'attentat terroriste, et des risques de sécurité civile, tel un incendie ou un accident. Ces risques sont d'autant plus graves qu'ils sont susceptibles de provoquer un mouvement de panique dans le public dont les conséquences pourraient être catastrophiques ", disait Jean Viret, professeur en droit public et chercheur français qui intervenait lors d'un congrès en Égypte sur le droit du sport. Imaginons un seul instant que ceux qui se sentaient visés par les écrits de Stéphano Mariette - l'instigateur de la manifestation selon Alain St-Louis - avaient décidé de se faire justice eux-mêmes ? Imaginons un seul instant qu'au lieu de " récupérer " une pancarte pour faire, avec le sourire, une photo, Sandrine de Falbaire avait décidé de prendre à partie celui ou celle qui tenait la pancarte ? Imaginons un seul instant qu'au lieu de regarder passer, Charles Cartier avait recherché des explications auprès du président de la Fédération mauricienne de Triathlon (FMTri) ? Imaginons qu'au lieu de dire sa colère dans la presse pour l'utilisation abusive de son fils, Valérie Mamet avait décidé de régler son compte à celui ou celle qui avait " embrigadé " Mathieu Mamet dans cette manifestation ? Et imaginons que la joute verbale qui a caractérisé la manifestation avait fini par une bagarre généralisée ?

Nous disons haut et fort notre indignation et notre révolte devant la démarche ni plus ni moins ignoble et infâme de Stéphano Mariette. Visiblement, le président du Triathlon Club de Port-Louis (Triport) a démontré au grand jour ses penchants d'admirateur zélé d'Alain St-Louis puisque toutes les pancartes exhibées samedi dernier, laissent clairement comprendre qu'il en veut à tous ceux qui ont des opinions contraires à celles de " son " président. Y compris à l'égard de la presse à laquelle il reproche de publier des " fausses nouvelles " puisque sur une de ses pancartes, Stéphano Mariette accuse ceux qui sont contre " son idole " de véhiculer dans la presse des informations de véracité douteuse.

Stéphano Mariette a probablement ses raisons pour défendre " son président " en utilisant des mains innocentes pour brandir des pancartes qui sont à la fois diffamatoire et préjudiciable pour certaines personnes. Mais par contre sa volonté, affichée encore hier après-midi au téléphone, pour endosser seul cette ignoble démarche n'inspire aucunement du respect de notre part.

Nous sommes de plus en plus convaincus que Stéphano Mariette n'a pas agi seul et nous prenons le pari qu'il n'est même pas l'instigateur de la manifestation de samedi dernier sur la plage publique du Morne. Nous croyons qu'au contraire, Stéphano Mariette a été l'instrument d'un plan orchestré par un esprit chagrin au sein de la FMTri qui n'a pas trouvé mieux que d'utiliser des enfants pour faire leur sale besogne. Sinon, comment expliquer que ce n'est que 48 heures après, que le nom de Stéphano Mariette a été balancé en pâture par le président de la FMTri pour se dissocier honteusement de cette manifestation soigneusement préparée et mise en place ?

Posons-nous la question. À qui profite ce crime ? Pourquoi Alain St-Louis qui a animé un briefing avec les triathlètes seniors lorsqu'a débuté cette manifestation, n'a-t-il pas " rappelé " à l'ordre Stéphano Mariette et ces innocents enfants ? Pourquoi la FMTri n'a-t-elle pas jugé bon de sortir un communiqué dès samedi soir après la compétition pour se dissocier de cette action ? Alain St-Louis a attendu lundi soit après que la presse dominicale et celle de lundi matin aient condamné unanimement cette manifestation et l'utilisation des enfants à des fins purement propagandistes et dont le but ne vise ni plus ni mois que redorer le blason, voire rétablir la popularité sérieusement effritée du président de la FMTri, pour réagir.

Hier après-midi au téléphone, Stéphano Mariette a évité, bien maladroitement, nos questions sur ses motivations derrière cette soi-disant " manifestation spontanée. " Par contre, il a laissé échapper des fragments d'idées qui nous font comprendre qu'il n'est pas le seul coupable dans cette affaire. Mais il semble que l'arrivée tardive de la télévision publique sur le lieu de la compétition ait déjoué leurs plans machiavéliques et ignobles.

On ne peut que considérer comme lâche celui ou celle qui n'a pas le courage de ses opinions. À Week-End, nous espérons vivement que l'Ombudsperson pour les enfants prenne une position claire et nette dans cette affaire. Et réclame une rencontre avec les fédérations par le biais du comité olympique et le ministère de la Jeunesse et des Sports pour expliquer toute la torture psychologique qu'on inflige à un enfant en lui faisant porter une pancarte durant une compétition sportive pour " dénigrer " autrui.

Que le ministre de la Jeunesse et des Sports agisse et propose des solutions, des vraies, pour que pareille chose ne se reproduise pas encore une fois. Car Alain St-Louis ne peut pas tourner en parodie la FMTri et être juge et partie dans cette affaire.




o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 10 février 2008