é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 10 février 2008

La génération perdue !
Gérard Cateaux


Tant qu'on n'a pas passé l'arme à gauche, comme on dit, notre jeunesse ne nous quitte plus, nos souvenirs et nos regrets aussi.

6 février 1958 - 6 février 2008. 50 ans depuis que la génération de 58 pleure la tragique disparition des Busby Babes sur le tarmac de l'aéroport de Munich. Ils revenaient de Belgrade sur une victoire à l'arraché contre le Red Star.

Quelques jours avant, les Busby Babes l'avaient emporté sur Arsenal par 5 buts à 4, une victoire héroïque qui a épuisé les Babes aux dents de loups. Ils voulaient tout dévorer sur leurs passages, ne laissant que quelques miettes à leurs adversaires.

Puis, vint l'horreur ! L'avion qui les ramenait à Manchester fit escale à Munich. Au retour de la salle d'attente, ils reprennent place dans le "Elizabethan Aircraft", - un appareil qui n'avait pas la faveur de Bobby Charlton, qui l'écrivit dans ses mémoires - mais par trois reprises le pilote ne parvint pas à faire décoller l'appareil qui alla défoncer un grillage métallique pour finir sa course contre une maison...

C'est l'hécatombe ! Toute une génération de footballeurs, les plus talentueux qui portaient la griffe de Matt Busby, y périrent. Parmi les Busby Babes martyrs, il y avait le capitaine-courage, Roger Byrne, 28 ans, (qui faisait figure de 'vétéran') ; Billy Whealan, 22 ans ; Tommy Taylor, 26 ans ; Mark Jones, 24 ans ; Eddie Colman, 21 ans ; Geoff Bent, 25 ans ; David Pegg, 22 ans. Et surtout Duncan Edwards, 21 ans !

"Dunc", comme on le surnommait, était un phénomène du ballon rond, célébré à l'unanimité par la presse britannique, qui faisait état de sa puissance physique et de sa clairvoyance dans le jeu. Le survivant de Munich, Sir Bobby Charlton, dit de Duncan Edwards : "The one player who made me inferior. If I had to play for my life and take one man with me, it would be him..." Il combattit avec un courage exemplaire contre la fatalité. La légende veut qu'il sortit de son coma et dit : "At what time is the kick-off ?" Son calvaire dura quinze jours.

Rendant hommage à cette icône mancunienne, lors du dévoilement d'une statue de Duncan Edwards, dans sa ville natale de Dudley, le vicaire local déclarait : "Talent and genius we will see again, but there will only ever be one Duncan Edwards..."

En ce temps-là, notre quatuor de mancuniens "enragés" au collège Royal de Port-Louis pleuraient leurs icônes disparues : Farouk Sohawon, José Philippe, Guyto Ternel et votre serviteur, nous nous réunissions chaque midi sous le "pié lacolle" pour évoquer la disparition de nos idoles. Quand on jouait au foot, José se croyait l'incarnation de Duncan Edwards ; Farouk, avec ses crochets, se prenait pour Billy Whealan ; Guito slalomait "on the wings" à la manière de David Pegg ; et votre serviteur ratissait les balles comme le faisait Eddie "snakehips" Coleman...

Eh, oui ! On est toujours rattrapé par son passé, n'est-ce pas ?



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 10 février 2008