a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 10 février 2008



  La sorcellerie au banc des accusés - Meurtres de Lallmatie et de Rose-Belle en mars 2007: Étranges similitudes!
  Trois systèmes dans l'océan Indien - Ivan menaçante pour Rodrigues
  Depuis hier soir - Alerte à des houles du sud de plus de 3 mètres
  Fonction publique - PRB : Agitations autour de l'âge de la retraite
  Politique et économie - Pravind Jugnauth (MSM) : "Rama Sithanen a choisi de bluffer !"


La sorcellerie au banc des accusés

Meurtres de Lallmatie et de Rose-Belle en mars 2007: Étranges similitudes!

La semaine a débuté par une découverte macabre à Lallmatie et par et une histoire à faire frémir toute l'île Maurice. Le corps de Jairaj Jeea, un habitant de la localité a été déterré sous une plaque de béton par la police. Les éléments de la Major Crime Investigation Team (MCIT) et de la CID de Flacq, qui ont procédé à l'arrestation de Shyam Sooknauth, un maçon de 30 ans et de son épouse, Premawtee, 26 ans, ont réussi à lier ce crime crapuleux à une scabreuse histoire de sorcellerie. Un peu moins d'un an de cela, la même équipe avait travaillé sur un cas étrangement similaire, à savoir celui du meurtre de Sumangal Jalim, à Rose-Belle. Jalim avait été tué dans le but d'un sacrifice sanguin et ses restes avaient été balancés dans une rivière et enfouis sous du béton (voir encart plus loin)

C'est au domicile des suspects que Jairaj Jeea a été tué d'un minimum de six coups de sabres à l'arrière du cou. Selon les aveux recueillis par les éléments de la MCIT, emmenés par l'assistant surintendant Yousouf Soopun, les limiers de la Criminal Investigation Division (CID) de Flacq, et le Detective Inspector Pierre-Louis, Shyam Sooknauth soupçonnait sa victime d'entretenir une liaison avec Preemawtee, son épouse. Des suites de l'agression mortelle, qui aura pratiquement décapité Jairaj Jeea, celui-ci a été enterré à une profondeur de trois pieds avant d'avoir le corps recouvert par une plaque en béton. L'autopsie pratiquée par le Chief Police Medical Officer, le Dr Satish Boolell, est venu apporter un nouvel éclairage sur cette histoire peu ordinaire en confirmant, d'une part, que la victime, Jairaj Jeea, a été agressée d'au moins cinq coups de sabre à la nuque, qui aura causé un rupture of cervical spine, mais aura également établi une perforation à la langue. Cette perforation aura été faite à partir d'une longue aiguille utilisée lors de rites religieux. La découverte du Dr Boolell a permis d'entrevoir la possibilité d'une histoire de sorcellerie en filigrane.

Soirée arrosée

A ce stade de l'enquête policière, il ressort que Shyam Sooknauth avait invité son bon ami Jairaj Jeea chez lui, au N° C 09 de la Cité-Perdue, NHDC et lui avait offert à boire en grande quantité durant la soirée de vendredi. A l'issue de cette soirée particulièrement arrosée chez Shyam Sooknauth, Jairaj Jeea se serait endormi. Il aurait été réveillé à un moment donné de la nuit par des questions posées par son hôte, qui lui demandait s'il savait où il était. Jairaj Jeea aurait répondu par la négative, avant de s'entendre accuser de relations extraconjugales avec Premawtee Sooknauth. C'est à l'issue des questions qu'il aurait posées à Jairaj Jeea que Shyam Sooknauth aurait asséné au moins six coups de sabre à l'arrière de la tête de son ami, le prenant par surprise. L'autopsie du Dr Boolell démontre également que l'attaque subie par Jairaj Jeea n'était pas frontale. Il n'avait aucune trace de blessures défensives sur lui.

Selon Premawtee Sooknauth aux enquêteurs, elle se trouvait dans sa chambre lors de ces échanges. Après les coups de sabre, elle affirme avoir crié. "Mo finn krye e mo finn sorti dan lasam. Mo mari inn dir mwa retourn dan mo lasam", aurait déclaré en substance Preemawtee Sooknauth dans ses aveux . Elle a aussi souligné que son époux avait ensuite nettoyé le parquet maculé de sang. "Apre, linn dir mwa vinn donn enn koudmin pou sarye lekor pou al entere. Mo pa ti oule. Me li finn menas mwa et li dir li pou touy moi parey", aurait-elle fait comprendre aux enquêteurs. Sous la menace, elle souligne avoir été chercher des serviettes dans la chambre pour les remettre à son époux. Ce dernier aurait utilisé les serviettes afin d'attacher la tête tranchée de la victime à son corps.

Perforation de la langue

Son epoux aurait ensuite rhabillé la victime avec un t-shirt d'une équipe de football britannique, tout en prenant la précaution d'empaqueter soigneusement les vêtements maculés de sang. Sous la menace, Shyam Sooknauth aurait ordonné à son épouse à l'aider à mettre le corps dans un sac en plastic et puis en terre en lui tenant les pieds. Après avoir enterré le cadavre, Shyam Sooknauth s'est rendu chez les parents de la victime afin de leur emprunter du ciment. Il utilisa ce ciment afin de placer une dalle en béton au-dessus du lieux où la victime avait été enterrée. En ce qu'il s'agit de la thèse de la sorcellerie, les enquêteurs sont en présence d'éléments jugés "troublants" concernant la perforation de la langue de la victime. Shyam Sooknauth aurait laissé entendre qu'il avait pris cette précaution afin que la victime ne "parle" pas. Autre point édifiant établi par le Dr Boolell lors de l'autopsie: Jairaj Jeea avait été complètement exsanguiné. Est-il possible qu'une partie du sang de la victime a été recueillie à des fins de sorcellerie? Les enquêteurs devront également démêler cet écheveau.

Ce dernier aurait également laissé entendre qu'il s'était assuré que son ami Jairaj Jeea devienne le "gardien" de sa maison. "Mo inn anter li deryer lakwizinn pou li vey mo lakour ek plitar pou mo kapav servi so nam pou fer ban travay", aurait laissé entendre Shyam Sooknauth aux enquêteurs. Autre point accréditant le lien du crime avec des rituels de sorcellerie: les vêtements de Jairaj Jeea ont été retrouvés en partie calcinés... au cimetière de la localité. Jairaj Sooknauth était-il l'aide d'un sorcier? Les enquêteurs vont tenter d'obtenir cet élément de réponse en interrogeant ce "sorcier" cette semaine. Il est également à noter que l'arme du crime, un sabre que Shyam Sooknauth affirme utiliser parce qu'il à l'habitude de "coup bouc", a été retrouvé par les enquêteurs et expédiés au Forensic Science Laboratory (FSL) aux fins d'analyses.

Les enquêteurs sont aussi d'avis que Sooknauth aurait tenté de maquiller le crime en suicide. Il aurait utilisé le portable de sa victime afin d'envoyer deux messages SMS. La première était destinée à la fiancée de Jairaj Jeea pour l'informer qu'elle n'allait plus le revoir vu qu'il allait mettre fin à ses jours. Le second message texto était adressé aux parents de Jairaj Jeea leur demandant de payer Shyam Sooknauth pour des travaux de construction. Le couple Sooknauth a comparu en cour de Flacq et a pris part a une reconstitution des faits dans une ambiance des plus tendues, tant à Flacq et à Lallmatie.


Enquête: Lallmatie meurtrie par la sorcellerie et les crimes sanglants

"Loin de vouloir stigmatiser l'endroit où j'habite, quand on pense à ce qui s'est passé à Lallmatie au fil des années, il y a de quoi être inquiet…" Paroles d'un fonctionnaire qui est né, a grandi et vit toujours dans ce village de l'Est de Maurice. Les derniers événements en date, notamment le meurtre atroce de Jairaj Jeea, sont venus rappeler à ce fonctionnaire les maux qui ont secoué le village avec une régularité constante : sorcellerie, croyance dans le surnaturel et des actes de violence épisodiques, mais d'une violence extrême. Quel est donc ce mal dont souffre Lallmatie ?

Mi-janvier 2008 : l'enlèvement d'une adolescente suscite la colère des habitants de la localité, qui estiment que leur village n'est pas suffisamment safe et que la police ne faisait pas grand-chose pour arrêter ceux derrière cette affaire d'enlèvement. À peine un mois avant cette affaire, soit quelques jours avant Noël, Lallmatie était sous le feu des projecteurs à cause de violents incidents entre deux groupes armés. Ces actes de violence avaient causé six blessés et donné lieu à d'importants déploiements policiers dans la région, semant un peu plus le trouble parmi des habitants encore sous le choc de l'arrestation d'une figure connue de la localité quelques semaines plus tôt.

Le samedi 3 novembre, le corps calciné d'une quadragénaire était découvert dans un champ de cannes de Poudre d'Or. A priori, rien à voir avec le village de Lallmatie. Mais le lien avec le village se fait très rapidement à l'identification de la victime, Swasti Bhujun, une habitante de Lallmatie. L'enquête policière menée dans cette affaire par les éléments de la Major Crime Investigation Team (MCIT) aboutit à l'arrestation de deux suspects, à savoir le "maraz" Harrish Kumarsingh Pursun et d'un de ses amis, Krishna Ghurburrun. Ce dernier incrimina le "maraz" qui, quant à lui, devait clamer son innocence jusqu'à sa comparution en cour de Mapou, où il passa aux aveux devant le magistrat Azam Neeroa.

Lors de ses aveux en cour, Harrish Kumarsingh Pursun affirma avoir commandité le meurtre, ne pouvant plus supporter les racontars autour d'une liaison entre la victime et lui. Celle-ci aurait laissé à qui voulait l'entendre qu'il était le père de son fils de neuf ans. Vers la fin de l'année dernière, toute cette affaire avait fait grand bruit dans la région, d'autant plus que le "maraz" Pursun était une figure connue et respectée du village.

En mai 2006, après une relativement longue période d'accalmie, Lallmatie faisait de nouveau reparler d'elle relativement à des "manifestations surnaturelles" dont disent avoir été témoins certains habitants du village. Leurs récits suscitent crainte et désarroi parmi les villageois. Certains "témoins" disent avoir vu une femme en blanc, juchée sur un attelage tiré par des chevaux, se promenant, à la nuit tombée, dans les rues du village. Cette rumeur de visions surnaturelles se répandit comme une traînée de poudre dans le village. Certains disent que ces visions ont un lien avec un double meurtre survenu dans le village quelques mois auparavant, tandis que d'autres affirment que cette histoire a été inventée de toutes pièces dans le but d'effrayer les enfants. Afin d'en avoir le cœur net, des habitants se constituent en bande afin de veiller le passage de l'attelage de la dame en blanc, mais ni policiers, ni veilleurs n'ont vu quoi que ce soit. La rumeur finit par s'estomper, mais moins vite qu'elle n'avait enflé…

Quatre mois avant le début des "visions surnaturelles" associées à la dame en blanc, trois habitants de Lallmatie périssent dans des conditions atroces. Dans la soirée du jeudi 5 janvier ; deux belles-sœurs, Indira Jhurry, 69 ans, et Geeta Jhurry, 51 ans, sont sauvagement poignardées en leur domicile. Le défunt surintendant Prem Raddhoa, alors à la tête de la MCIT, qui avait été fait citoyen d'honneur de Lallmatie en 2001, promet de faire tout ce qui est en son pouvoir afin d'élucider ce double crime crapuleux. Quelques jours plus tard, c'est au tour d'un des proches des belles-sœurs Jhurry, Rajesh Ramlogun, arrêté par la MCIT comme suspect, rend quant à lui l'âme en détention policière. Un autre habitant du village et neveu de Rajesh Ramlogun, Ashwin Ramguttee, un étudiant de 23 ans, est arrêté et devient le suspect principal de la police.

Tous ces événements, qui sont survenus en moins de deux ans, ont marqué les esprits des habitants de la localité. Beaucoup, incrédules, notamment les jeunes, disent ne pas comprendre comment et pourquoi de telles choses semblent survenir à Lallmatie plus que dans d'autres régions du pays. Vinay, 19 ans, étudiant, estime qu'un manque de loisirs et divers problèmes liés à l'alcool de même qu'à la croyance de certains habitants dans la sorcellerie sont les principales sources de maux du village. "J'aime mon village et je trouvais qu'il faisait bon y vivre. Me depi de banane mo pe poz mwa impe kestyon", fait-il ressortir. Il dit également ne pas comprendre comment certaines personnes connues du village, croyantes et pieuses, sont aussi celles qui sont trempées jusqu'au cou dans la pratique occulte. Il dit également avoir remarqué la présence récurrente de certains objets liés à la sorcellerie dans les croisées des principales rues du village.

Les plus âgés se remémorent quant à eux les ravages d'un "loup-garou" au mois de mai 1990, qui avait sévi non seulement à Lallmatie, mais aussi dans les régions avoisinantes, telles Belvédère et Bon Accueil, entre autres. La psychose du "loup-garou" de Lallmatie était telle qu'outre les veillées nocturnes des habitants du village la présence de la Special Mobile Force sur le terrain avait même été requise. Plusieurs femmes habitant le village avaient alors affirmé avoir été attaquées par ce "chien" qui, selon elles, les aurait pris par surprise alors qu'elles dormaient à poings fermés.

Quelques années plus tard, après le pasage du cyclone Hollanda en 1994, qui priva le pays d'électricité pendant plusieurs semaines, le phénomène "touni minuit" avait semé la panique dans plusieurs régions de l'île, notamment dans Port-Louis et ses faubourgs, à Quatre-Bornes, et dans d'autres régions du pays. Étonnamment, à ce moment-là, Lallmatie dormait relativement tranquillement. Pour les anciens qui se rappellent des événements de 1990, Lallmatie a été un village tranquille et plus ou moins sans histoires, jusqu'à ce que "certains dimoun finn vinn gat landrwa." Selon des témoignages recueillis, il ressort qu'un longaniste connu de tous attirerait des gens des quatre coins du pays pour des consultations. "Li enn dimoun ki ena proteksyon. Ena bann top dimoun ki vinn guet li. Li ena enn bel linflians dan landrwa", ajoutent nos sources.


Le sang de Sumangal recueilli pour un rituel de sorcellerie

Les enquêteurs de la Major Crime Investigation Team (MCIT), qui ont travaillé sur l'affaire du meurtre de Lallmatie, de même que le Chief Police Medical Officer (CPMO), le Dr Satish Boolell, ont beaucoup tiqué en travaillant ce dossier, qui comporte de troublantes coïncidences avec le meurtre de Sumangal Jalim à Rose-Belle en mars 2007. "Le crime de Lallmatie a une forte odeur de déjà-vu. On a tout de suite pensé à Rose-Belle l'année dernière", a fait comprendre à Week-End un des enquêteurs ayant travaillé sur les deux cas. En effet, le crime de Sumangal Jalim, de Rose-Belle, était directement lié à des rituels de sorcellerie.

Le 9 mars dernier, de Sumangal Jalim, propriétaire de camions et père de deux enfants de 9 et 2 ans respectivement et habitant Nouvelle-France, disparaît mystérieusement, sans laisser de traces. Quelques semaines plus tard, soit pratiquement à la fin du mois de mars, quelques-uns de ses restes, soit le crâne, une partie du buste portant des traces de brûlures et des ossements, devaient être récupérés dans le lit de la rivière Astroea à Madame Lolo, Rose-Belle, lors d'une délicate opération menée par des plongeurs professionnels du Groupement d'intervention de la police mauricienne (GIPM). L'enquête policière devait ensuite établir que le sang de la victime avait été offerte lors d'un service dans un temple à Médine le dimanche 11 mars.

A l'issue de l'enquête policière, deux suspects, Clifford Pitchee, 25 ans, alias Sandiren, et sa concubine, Ludmilla Veerasamy, 33 ans, mère de deux enfants d'un précédent mariage, sont passés aux aveux quant à ce crime abominable . Selon les aveux consignés par les enquêteurs, c'est à partir d'un rêve de Ludmilla Veerasamy, que ce meurtre a eu lieu. "Mo finn fer enn vizyon, idol finn dir mwa bizin sakrifis ek disan pou nou korek dan lavi", devait-elle raconter à son concubin.

Ce dernier décide de faire d'une pierre deux coups. En effet, il soupçonne sa concubine d'avoir un faible pour un ex-petit ami, en l'occurrence Sumangal Jalim. En le tuant, il éliminerait un rival et satisferait les désirs ardents de sa compagne. Les détails du plan macabre sont échafaudés. Ludmilla Veerasamy invite Sumangal Jalim chez elle dans la soirée du vendredi 9 mars 2007. A l'instar de ce qu'a fait Shyam Sooknauth en invitant son bon ami Jairaj Jeea à venir prendre un pot chez lui. À cet effet, les limiers de la MCIT avaient fini par obtenir une confirmation d'un échange téléphonique entre Ludmilla Veerasamy et sa victime.

Vers 20 heures, ce vendredi 9 mars 2007, Sumangal Jalim, qui avait pris place dans la BMW 318 de son neveu, s'est rendu à ce rendez-vous galant sans se soucier de rien. À peine entré dans le salon de Ludmilla Veerasamy, Sumangal devait recevoir une volée de coups de gourdin à la nuque, coups d'une extrême violence portés par Clifford Pitchee. Terrassé par ces coups, Sumangal Jalim tombe par terre avant d'être complètement maîtrisé par le partenaire de son ex-maîtresse. Cette dernière transmet le couteau à son complice pour trancher la gorge de la victime.

Sumangal Jalim devait être égorgé. Une bonne partie de ce sang devait être ramassée dans un récipient, placé par la suite, dans un réfrigérateur jusqu'au moment du "service" prévu dans un temple à Médine. Des traces du meurtre resteront avec des empreintes de main ensanglantée sur le mur et autres traces de part et d'autre . Ludmilla Veerasamy et Clifford Pitchee devaient ensuite aller se divertir à un casino et regagner leur domicile vers 4 heures du matin.

En rentrant, le couple se retrouvent de nouveau devant le cadavre. Clifford Pitchee décide, dans un premier temps, d'enterrer le cadavre mais se ravise. La décision de découper en morceaux Sumangal Jalim est mise à exécution de même que celle de mettre le feu à l'arrière de la cour. Ceci; aussi bizarrement que cela puisse paraître, ne devait éveiller aucun soupçon des voisins, qui pensaient que le couple faisait une grillade!

Le lendemain, Clifford Pitchee devait se rendre compte qu'une partie du buste et le crâne n'ont pas été consumés. Ce qui reste du cadavre est mis dans une boîte après l'extinction des feux. Les restes encombrants devaient être balancés par Clifford Pitchee dans la rivière Astroea. Des couches de peinture devaient être utilisées pour éliminer les traces flagrantes de sang à l'intérieur de la maison. Comme à Lallmatie, du béton frais est utilisé dans la cour afin de dissimuler les traces où le cadavre avait été brûlé. Ludmilla Veerasamy et Clifford Pitchee, qui avaient fini par tout avouer, avaient participé à une reconstitution des faits...


Trois systèmes dans l'océan Indien

Ivan menaçante pour Rodrigues

Depuis maintenant une semaine, trois systèmes dépressionnaires : la tempête forte Ivan, le cyclone tropicale très intense Hondo et une tempête tropicale située auprès des îles Cocos (dans la région australienne), qui n'a pas encore été nommée, rodent dans l'océan Indien.

Ivan, forte tempête forte (barométrie 975 hectopascals) avec des vents moyens de 111 kilomètres/heure chaque 10 minutes et des rafales de 155 kilomètres sur mer auprès de son centre, maintient Rodrigues sous l'alerte de classe II depuis vendredi matin. Selon l'Office de météorologie de Vacoas, à 16h00, hier après-midi, Ivan était centrée à 750 kilomètres au Nord-Est de Maurice et à 420 kilomètres de Rodrigues. Après être restée quasi stationnaire pendant près de 24 heures, elle s'était légèrement déplacée vers le Nord-Ouest se rapprochant davantage de St. Brandon. Toutefois, ce déplacement était considéré comme temporaire en attendant qu'Ivan fasse une petite boucle. Ce qui faisait que l'Office de Vacoas maintenait l'avertissement de classe II pour Rodrigues. La station de la Réunion prévoyait qu'Ivan aura atteint le stade de cyclone tropical vers 10 h, ce matin.

Selon le site météo amateur français Loïc Abadie, Ivan n'a pas fini de faire parler d'elle. Les modèles numériques de prévisions sont complètement perdus et même si les services météorologiques de l'armée américaine ( le Joint Typhon Warning Center ) et le Centre de météorologie de la Réunion s'accordaient à prévoir qu'elle remonterait vers le Nord-Ouest, une très grande incertitude règne concernant son évolution future. Pour Loïc Abadie, Rodrigues est la plus menacée, mais la situation est telle qu'il est vraiment très important de suivre cette évolution car tout peut arriver tant pour Rodrigues, Maurice et que pour la Réunion.

De son côté, Hondo, qui a atteint son stade de développement maximale (très, très intense) avec des rafales sur mer dépassant 313 kilomètres, il se trouvait à plus de 2650 kilomètres à l'Est-Nord-Est de Maurice et ne constituait pas un danger pour notre région. Toutefois, tout comme Ivan, Hondo avait des difficultés à s'éloigner en raison d'un TUTT (dépression en haute altitude) qui leur bloque le passage vers les eaux froides du sud de l'océan Indien

En attendant que Ivan précise sa trajectoire, le temps sera beau en générale à Maurice. Il deviendra temporairement nuageux dans l'après-midi sur le Plateau Central et la partie Nord Ouest avec des ondées localisées. Le vent du sud-est sera de l'ordre de 10 ) 15 kilomètres / heure devenant variable. La mer sera forte avec des houles de 3.0 mètres. Les sorties en mer sont absolument déconseillées. La température minimale sur les hauteurs sera d'environ 21 ° Celsius et la maximale 28¨°C . La minimale sera d'environ 24 ° C sur les régions côtières et la maximale oscillera entre 30 et 33° Celsius.


Depuis hier soir

Alerte à des houles du sud de plus de 3 mètres

Depuis hier soir, Maurice est en alerte à de fortes houles du sud, soit le même phénomène qui avait fait six victimes, dont deux membres de la National Coast Guard (NCG), les constables Philippe et Spéville, et trois pêcheurs à Rodrigues, à la mi-mai de l'année dernière. Selon les premières informations communiquées par la station météo de Vacoas, hier après-midi, des vagues de plus de trois mètres peuvent balayer les côtes de l'île dans les prochaines 24 heures. La houle australe avec des vagues de deux mètres cinquante a déjà été ressentie, hier, sur les côtes sud et ouest à l'île de la Réunion où Météo-France prévoyait une intensification en cours de soirée.

La communication de la station de Vacoas au QG de la NCG et aux autorités concernées, hier, est très succincte. Elle parle de heavy swells de plus de trois mètres de haut au cours des prochaines 24 heures. Aucune autre précision n'était disponible quant aux zones à risques, sauf que des précautions doivent être prises pour toute l'île. Mais selon les indications en provenance de l'île de la Réunion, les côtes qui pourraient être touchées en premier devaient être le Sud et une partie de l'ouest, sans toutefois écarter des possibilités de fortes houles dans d'autres régions de l'île.

Avec cet avertissement de déferlement de houles australes, les interdictions de sortie en mer concernent non seulement la haute mer mais également le lagon. Ainsi, dès hier après-midi, tous les postes de la NCG et les postes de police se trouvant dans des zones côtières ont eu pour mission d'avertir la communauté de pêcheurs, de plaisanciers et de professionnels de la mer des dangers et des risques dans ce contexte. Les opérations d'évacuation ont été montées à la hâte en fin d'après-midi en vue de sécuriser et de mettre à l'abri des bateaux dans des régions comme Flic-en-Flac, Tamarin et Rivière-Noire sur la côte ouest et sud-ouest.

La Météo et la NCG sont catégoriques : au cours des prochaines 24 heures toute sortie en mer ou encore tout bain dans le lagon sont interdits pour des raisons de sécurité. D'autre part, des véhicules de l'Emergency Response Service (ERS) ont été déployés dans des régions stratégiques pour parer à toute éventualité pendant la nuit vu que dans le sud du pays, d'importants dégâts avaient été constatés en mai de l'année dernière.

Les responsables d'hôtels ont été priés d'informer leurs clients étrangers des risques que représentent les houles australes dans les prochaines 24 heures. Il leur a été conseillé d'interdire la location de tout pédalo ou autres bateaux aujourd'hui pour des raisons de sécurité. Dès ce matin, des éléments de la NCG devaient redoubler de vigilance dans les principaux villages de pêcheurs à travers l'île en vue de déconseiller toute sortie en mer.

Les prévisions établies par Météo-France misent sur des vagues pouvant atteindre une hauteur maximale de huit mètres. " Jusqu'ici, nous avons enregistré des houles australes du Sud-Ouest d'environ deux mètres cinquante en hauteur moyenne. Mais le phénomène devrait se renforcer au cours de la nuit sur les côtes réunionnaises et il n'est pas exclu que ces vagues atteignent Maurice avec un décalage ", a indiqué à Week-End hier soir par téléphone un responsable de Météo-France.


Le dossier "FV Ouma" au conseil des ministres

L'opération d'évacuation des membres d'équipage du FV Ouma après les balises de détresse le 29 janvier dernier lors du passage de la tempête tropicale Gula a été évoquée à la réunion du conseil des ministres de vendredi dernier. Le ministre des Pêcheries, Arvin Boolell, a informé ses collègues de tous les détails de l'opération coordonnée par la National Coast Guard (NCG) les 30 et 31 janvier derniers.

Deux des six membres d'équipage du FV Ouma, Preetamsingh Unnuth et Antoine José Capiron, sont déjà rentrés à Maurice dimanche dernier avec le remorquage de cette unité de pêche par le FV Ouvéa. Les quatre pêcheurs, Raj Bhoopun, Jean Alain Flore, Michael Klen Guillemin et Ivan Nicolas Mario, qui avaient embarqué à bord du Morning Rose, cargo faisant route vers Singapour, devraient être de retour ce week-end. Les services du ministère des Affaires étrangères ont été sollicités pour faciliter le transit de ces naufragés du nord-est de Saint-Brandon.

L'examen de ce dossier a permis au gouvernement de passer en revue tout le volet de la sécurité des pêcheurs recrutés pour des campagnes de pêche sur les bancs. Le gouvernement a préféré attendre la soumission du rapport de la Court of Investigation sur le double naufrage des King Fish II et V présidée par le Senior Magistrate Benjamin Joseph et les capitaines Toi et Bo Ronn comme assesseurs, avant d'entériner des recommandations. Au ministère de la Marine, l'on confirme que le rapport n'a pas encore été soumis.

D'autre part, le gouvernement a décidé d'étendre d'une année le moratoire accordé aux compagnies de pêche permettant aux chalutiers de transporter de l'essence. L'extension du moratoire, à compter du mois de mars prochain, a été décidée en attendant la mise en application du rapport du consultant étranger I. Mytakidis. Il s'agit d'une mesure temporaire prise afin de ne pas bouleverser les activités sur les bancs de pêche même si cette pratique comporte des risques pour la sécurité des membres d'équipage.


Fonction publique

PRB : Agitations autour de l'âge de la retraite

L'ultime round des consultations entre le Pay Research Bureau (PRB), mené par son directeur Beejaye Coomar Appanna, et les dirigeants des fédérations de syndicats de la fonction publique, a permis de constater que l'âge de la retraite et la formule de pension contributive font tiquer. Des agitations syndicales étaient perceptibles après les séances de travail de cette semaine, même si du côté du PRB l'on s'appesantit sur le fait que la décision visant à mettre en application l'Extended Retirement Age de 60 à 65 ans pour les fonctionnaires du domaine public depuis plusieurs mois déjà et que la nécessité de proposer une formule de pension contributive a déjà fait l'objet de mention dans le discours du budget du vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen. Comme indiqué dans l'édition de dimanche dernier de Week-End, le directeur du PRB a confirmé que l'adoption de la formule de la Mauritius Revenue Authority (MRA) pour les conditions de service et autres Fringe Benefits n'est pas de mise avec le rapport du PRB prévu pour le mois de mai prochain.

Le plat de résistance des séances de travail du début de la semaine dernière demeure les principales composantes de la réforme de la pension adoptée par le gouvernement. Pour ne pas être en reste avec les autres secteurs économiques, la fonction publique et les corps para-étatiques passeront à la formule de l'Extended Retirement Age de 60 à 65 ans à partir du 1er juillet prochain. Cette précision a été apportée mardi alors que la Fédération des Syndicats du Service Civil (FSSC) a écrit officiellement au PRB pour solliciter une nouvelle rencontre à ce sujet sur ce dossier.

Le directeur du PRB a fait une présentation à ses interlocuteurs de la fonction publique du mécanisme proposé pour l'adoption de cette " Gradual Increase in the Retirement Age from 60 to 65 over the period 2008 to 2018 ". D'entrée de jeu, force est de constater que cette décision n'affectera pas les fonctionnaires qui atteindront leurs 60 ans d'ici le mois de juillet prochain. " Ils seront mis en retraite obligatoire au moment de leurs 60 ans d'ici le mois de juillet et n'ont aucune appréhension avec la nouvelle formule ", indique-t-on, de sources officielles au PRB.

L'Extended Retirement Age s'appliquera à ceux qui atteindront l'âge de la retraite à partir du mois d'août et subséquemment selon le tableau ci-dessous :

Mois et année de naissance Nouvelle date de la retraite

Juillet 1948 Juillet 2008

Août 1948 Septembre 2008

Septembre 1948 Novembre 2008

Octobre 1948 Janvier 2009

Novembre 1948 Mars 2009

Décembre 1948 Mai 2009

Janvier 1949 Juillet 2009

Février 1949 Septembre 2009

Mars 1949 Novembre 2009

Avril 1949 Janvier 2010

et ce jusqu'en 2018 où l'âge de la retraite sera uniforme à 65 ans.

Lors des explications, le PRB a soutenu que l'extension de l'âge de la retraite sera optionnelle. " Actuellement, le fonctionnaire peut opter pour la retraite à 50 ans avec l'autorisation de la Public Service Commission, pour le départ à la retraite sans permission de la PSC à 55 ans alors qu'à 60 ans la retraite devient obligatoire. Nous comptons savoir qu'avec la mise en application de l'Extended Retirement Age, ces trois étapes vont subir des modifications comme suit ; soit 55 ans pour l'autorisation de la PSC, 60 ans sans l'autorisation de la PSC et 65 ans obligatoire et également des changements régissant le départ à la retraite des femmes mariées et des policiers ", souligne-t-on, dans les milieux bien informés.

Mais le véritable débat se porte sur les nouveaux critères qualificatifs d'une Full Pension au moment du départ à la retraite du fonctionnaire. Actuellement, le critère à être respecté demeure un temps de service équivalent à 400 mois, soit 33 1/3 ans au sein de la fonction publique ou des corps para-étatiques. La FSSC maintient qu'au nom des Acquired Rights, la barre des 400 mois de service ne doit en aucune manière être modifiée au préjudice des fonctionnaires alors que la State Employees Federationi (SEF) milite pour une réduction à 25 ans de service.

Les spécialistes des pensions, notamment des actuaires, affirment qu'avec l'âge de la retraite reporté de 60 à 65 ans, la Full Pension ne peut être versée qu'après 460 mois, soit 38 1/3 ans. Au PRB, l'on se dit conscient du débat autour de la qualification pour la Full Pension dans le service Civil. " Deux options sont à l'étude. Aucune décision n'a encore été prise à ce sujet. Il y a la proposition de la FSSC pour le statu quo avec les 400 mois, et il y a également la possibilité de recommander une formule tenant compte de l'actuelle formule mais aussi des changements à être apportés. Prenons le cas d'un fonctionnaire, qui au moment de la mise en application du rapport du PRB aura 30 années de service et il lui manquerait trois ans et demi pour la Full Pension. Rien ne peut empêcher que les 30 ans soient considérés comme tel alors que le reste soit comptabilisé de manière proportionnelle au titre de la nouvelle formule allongée. Le principe est simple : the past services are guided by existing conditions and future service by new conditions ", avancent ceux qui suivent ce débat sur les conditions de la retraite.

La principale appréhension au niveau des syndicats est que cette extension de l'âge de la retraite à 65 ans, même si elle est optionnelle, n'est pas en faveur des fonctionnaires. " Parallèlement, le gouvernement va de l'avant avec son projet de report du paiement de la Basic Retirement Pension (BRP) à 65 ans. Quand le fonctionnaire décide de partir à la retraite avant 65 ans, il n'aura pas droit à la pension de vieillesse, ce qui représente un manque à gagner sur ses revenus mensuels. Surtout pour les petits fonctionnaires. Le débat se situe à ce niveau ", s'insurge Rashid Imrith, président de la Government General Services Union (GGSU).

L'autre composante du dossier retraite/pension, qui a retenu l'attention lors des discussions entre le PRB et les syndicats de la fonction publique, est l'introduction de la formule de pension contributive. Tout semble confirmer qu'à partir du 1er juillet prochain, les fonctionnaires seront appelés à contribuer 6% de leurs salaires mensuels pour le financement de leurs pensions, alors que la part du gouvernement s'élèvera à 12%. " Cette proposition de pension contributive est évoquée depuis 14 mois. Il n'y a rien de nouveau. Le message a été reçu par le mouvement syndical sans grande objection. Le rapport du PRB de 2003 avait proposé que la formule de pension contributive soit imposée sur les nouveaux venus dans la fonction publique alors que les fonctionnaires en place allaient en être exemptés. Cette formule était difficilement soutenable à long terme. La nouvelle formule proposée est plus équitable et enlève un fardeau sur les épaules des générations à venir pour le financement des pensions. C'est une Win-Win Situation ", avance-t-on officiellement du côté du PRB.

L'adoption de la pension contributive ne devrait pas se faire au détriment du Take Home Pay des fonctionnaires. Les indications sont qu'à partir du 1er juillet prochain, le PRB proposera un Package salarial en incluant les déductions de 6% pour la pension et toute autre compensation au niveau de l'Income Tax avec les changements proposés.

D'autre part, Beejaye Coomar Appanna est revenu sur le fait que " le PRB ne s'attaque pas aux Acquired Rights avec une restructuration de ces droits acquis aussi longtemps que des options raisonnables sont proposées. Dans l'affaire des pratiques de médecine privée, la Cour suprême a donné raison au PRB. " Il n'a pas voulu faire de commentaires sur d'autres aspects des recommandations du prochain rapport du PRB, notamment au niveau des privilèges Duty Free aux fonctionnaires.

Avec un dernier Rounding Up prévu cette semaine entre les syndicats et le Management du ministère de l'Education, le PRB va mettre un terme à l'étape des consultations pour se concentrer sur les Brainstorming et la rédaction des recommandations touchant quelque 100 000 personnes, soit fonctionnaires en service, et employés de corps para-publics sans oublier les retraités.


SEF Mise en garde contre le piège de l'Income Tax

Radakrishna Sadien, le président de la State Employees Federation (SEF), a mis en garde les fonctionnaires contre le piège de l'Income Tax avec les recommandations salariales du Pay Research Bureau (PRB) de juillet prochain. C'est ce qu'il a fait comprendre à Week-End après la réunion de travail avec la direction du PRB de la semaine écoulée.

" Avec la pension contributive de 6%, qui est une recommandation de la Banque mondiale et l'éventualité que ces 6% soient intégrés aux salaires des fonctionnaires de même que les Fringe Benefits, il y a de gros risques de se retrouver dans des zones taxables. À ce stade, nous ne pouvons que mettre en garde les fonctionnaires contre ce risque que représente l'Income Tax à partir de juillet prochain ", a soutenu Radakrishna Sadien, qui amené le PRB, mardi, à confirmer ses batteries en terme de réforme de la pension dans le service Civil.

La SEF réclame également la prudence en ce qui concerne l'extension de l'âge de la retraite de 60 à 65 ans. " Nous croyons savoir que le PRB viendra de l'avant avec deux packages pour les fonctionnaires qui opteront pour la formule de départ à la retraite à 60 ans et ceux à 65 ans. Lors de la publication du rapport, l'accent sera mis sur les salaires alors que les conditions de service sont aussi importantes. Nous avons fait une demande au PRB pour que le délai en vue d'exercer les options soit prolongé, car les 15 jours prévus ne sont pas suffisants pour une décision mûrie ", a ajouté Radkrishna Sadien.

Le président de la SEF a souhaité voir le PRB recommander la nomination des représentants des syndicats au sein des différents High Powered Committees, veiller que les recommandations ne soient pas mises en application partiellement ou encore s'assurer que les recommandations en matière de formation soient traduites dans la réalité.


Politique et économie

Pravind Jugnauth (MSM) : "Rama Sithanen a choisi de bluffer !"

Le ministre des Finances, M. Rama Sithanen, ne cesse de soutenir, depuis le début de l'année, que la situation économique du pays est bonne et que la roupie mauricienne s'apprécie, mais pour le Mouvement Militant Socialiste (MSM), deuxième parti d'opposition parlementaire, "l'honnêteté aurait dû commander au ministre d'avouer que ce n'est là qu'une situation conjoncturelle". Lors d'une conférence de presse consacrée principalement à l'économie, hier matin, le leader et porte-parole du MSM, M. Pravind Jugnauth, a accusé le ministre des Finance "de bluffer et de choisir de cacher la vérité à la population". Il a déclaré "mettre au défi le ministre de prendre l'engagement public que le taux de change de la roupie par rapport aux devises étrangères va rester le même à l'avenir".

M. Pravind Jugnauth a soutenu "qu'à chaque fois que M. Sithanen apparaît à la télévision pour battre son tambour de la bonne tenue des fondamentaux économiques et pour prétendre que les Mauriciens ont maintenant plus d'argent, la population voit en lui un" vampire", perçoit ses interventions comme de la provocation et ressent un sentiment de colère et de révolte. Selon Pravind Jugnauth, "la vérité est qu'il y a un appauvrissement général et, après ceux au bas de l'échelle qui n'arrivaient déjà pas à s'en sortir (les tidimunn), il est indéniable que c'est maintenant les classes moyennes qui sont heurtées de plein fouet par les mesures économiques".

Tug of war avec la Banque centrale

D'après l'analyse du MSM, "ce que ne dit pas M. Sithanen, c'est qu'il y a un Tug of war entre la Banque centrale de Maurice et lui-même". D'un côté, soutient Pravind Jugnauth, "une partie veut déprécier la monnaie mauricienne, et l'autre veut, au contraire, l'apprécier". Le conflit, selon le porte-parole du MSM, a poussé la Banque centrale à intervenir "massivement et de manière dangereuse et inflationniste, en septembre dernier, pour injecter Rs 30 millions de dollars américains (soit 3.8 milliards de roupies) sur le marché". Ensuite, selon Pravind Jugnauth, "dans le cadre de la mise en place du Plan de retraite volontaire (VRS II), l'industrie sucrière a également emprunté 94 millions d'Euros (soit 3.8 milliards de roupies) en attendant que l'Union européenne décaisse les fonds prévus comme mesures d'accompagnement à la réforme sucrière mauricienne afin de se mettre à l'abri et cela a eu pour résultat de booster la roupie. Puis, les Etats Unis sont entrés dans une période de récession et l'on craint que les grandes économies européennes également en subissent les effets.

"Aucun projet d'envergure en vue"

Pour Pravind Jugnauth, le ministre Sithanen soutient qu'il y a eu "une reprise de l'économie", mais il oublie de préciser que cette reprise est surtout le résultât des réformes enclenchées par le gouvernement MSM-MMM sortant, par exemple, dans les secteur tourisme, textile, Integrated Resort Scheme, technologie de l'information et des communications et le Seafood Hub. Le Leader du MSM a rappelé que M. Sithanen avait, dans son dernier budget, promis de reposer le développement de Maurice sur dix piliers économiques, au lieu de quatre. Mais, à ce jour, soutient Pravind Jugnauth, "à part Le Land Base Oceanic Industry, un autre bluff, on ne voit aucune projet de développement d'envergure". Il a affirmé que le ministre Sithanen et le ministre Jeetah, du temps où ils étaient dans l'opposition, critiquaient vertement le développement à intégration verticale du secteur textile. "Sous le gouvernement sortant, ce style de développement, rendu nécessaire en raison d'une compétition internationale féroce et de l'invasion de produits chinois en Europe et aux États-Unis, avait entraîné la fermeture inévitable de certaines usines", a reconnu Pravind Jugnauth. Mais il a rappelé que Sithanen et Jeetah, eux, maintenaient qu'il était encore possible d'attirer de nouvelles usines à Maurice. Or, a déclaré Pravind Jugnauth, les chiffres officiels du Central Statistics Office ont établi que, entre 2006-2007, 81 usines ont fermé leurs portes dans le pays. Selon Pravind Jugnauth, non seulement la politique du gouvernement sortant a permis à la Zone Franche mauricienne de se maintenir, mais, de plus, la dépréciation, de la roupie depuis une année a rendu les produits mauriciens plus compétitifs. Pravind Jugnauth a cité en support l'économiste George Chung Tick Kan qui a affirmé, lors d'une interview, cette semaine, que "la croissance dont parle Sithanen est dopée par la dépréciation de la roupie et par la bonne tenue du tourisme". Cela dit, Pravind Jugnauth a maintenu que malgré l'intégration verticale et les quotas européens, le secteur textile demeure fragile et cela ne permet pas Sithanen et à Rajesh Jeetah de continuer à bluffer. Quant au ministre Jeetah, selon Pravind Jugnauth, "partout cotte li mett la main, c'est la catastrophe et on attend toujours qu'il élabore l'action du gouvernement en vue d'un développement industriel durable".

Pour ce qui est du tourisme, selon Pravind Jugnauth, le boom dans ce secteur s'explique par le fait que "la peur qui paralysait le monde après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 s'étant estompée, les touristes ont recommencé à voyager et la dépréciation de la roupie a aussi aidé à les attirer vers Maurice".

"...un technocrate devenu champion du ciblage"

Selon Pravind Jugnauth, "Rama Sithanen est, sans doute un technocrate qui en plus est devenu le champion du ciblage des subsides, alors qu'il en était un adversaire acharné, avant de devenir ministre. Il se fait encenser par un superguru de la Banque mondiale qui trouve en lui le meilleur ministre des finances du monde mais qui ignore tout de ses prises de position antérieures. Mais Sithanen manque de vision politique."Moi", a soutenu Pravind Jugnauth, "je voulais transformer Maurice en Duty Free Island et j'avais un Road Map économique qui aurait pu se mettre en pratique sur dix ans". Selon Pravind Jugnauth de nombreux indicateurs (Household survey, taux de chômage fort de 9.8 %, taux de réserves de devises en baisse, pouvoir d'achat en régression, taux d'épargne en chute drastique, investissement privé en régression, exode massif de capitaux et dettes publiques chiffrées à 1 milliard de roupies chaque mois, nombre croissant de jeunes à la recherche d'un emploi, entre autres) démontrent que l'économie n'est pas aussi brillante que le prétend le ministre des Finances.



a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 10 février 2008