Faits et effets…
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Escadrons
Humeur
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La colère des mangeurs de dhool puris
Interrogations
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L'île-solidaire
Faits et effets...
Escadrons
Il ne faut pas remonter aux bagarres de 65 ou de 68 dont on rappelle,
discrètement, ces jours-ci les quarante ans, ces événements
sanglants qui avaient précédé l'indépendance
du pays pour prouver que le pire peut vite arriver si l'on ne
prend pas garde. De tristes souvenirs plus récents suffisent
pour nous rappeler que traiter de l'ordre public et de la sécurité
des citoyens légèrement ne peut que conduire au
désastre. Pour rappel, il y a eu un escadron de la mort
qui a braqué, tué impunément durant plusieurs
années, il y a eu l'attentat meurtrier de la rue Gorah
Issac d'octobre 96, les émeutes et l'incendie de l'Amicale
de 99, qui ont fait douze morts au total. Ce n'est qu'au départ
en 2000 du gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam que
le ou les escadrons furent démantelés et que le
pays put enfin respirer même si les crimes et autres voies
de fait n'avaient certes pas disparu.
Il semble que nous retournons aux pires moments de 95/2000. Même
histoire de gangs violents et armés, de rixes sanglantes
en pleine journée. Tout a commencé depuis qu'un
groupe, encore une fois, fort du soutien politique dont il bénéficie,
s'est arrogé le droit d'intervenir partout, de la Plaisance
Catering Unit à Air Mauritius et d'interpeller n'importe
qui. C'est vrai qu'il a pu avoir ses entrées discrètes
auprès des plus hautes autorités de l'état
avant 2005 mais, depuis cette année, c'est la reconnaissance
officielle et publique. Le Premier ministre l'encense ouvertement
tandis que le ministre des Finances discute très officiellement,
à son bureau, avec ses dirigeants de la National Residential
Property Tax. Comme Rama Sithanen - à qui certains, ceux
qui se trompent toujours, avaient prédit un grand destin
national en 99 alors qu'il allait mordre la poussière l'année
suivante après son historique retournement de veste sans
être pour autant considéré comme un candidat
pour être empaillé - est le député
de la circonscription de Belle Rose/Quatre Bornes, il s'est cru
obligé, lui aussi, de s'attirer les bienveillances de ce
groupe qui sévit précisément dans la région
de Palma/ La Louise.
C'est cette situation qui a poussé le pays là où
il est aujourd'hui, des gangs s'organisant pour damer le pion
à des rivaux. Les dirigeants politiques ne sont certes
pas directement responsables de ces organisations qui se manifestent
violemment ici et là mais ils sont, quelque part, coupables
d'avoir donné l'impression de fermer les yeux sur certains
agissements outranciers et de les encourager. C'est ce qui a amené
d'autres groupes à s'organiser pour donner la réplique
et intervenir là où il semble y avoir passe-droit,
injustice et dominère vis-à-vis de certaines catégories
sociales. C'est dangereux et cela peut provoquer de gros dérapages
si toute cette situation n'est pas vite maîtrisée.
On n'a pas beaucoup entendu le Premier ministre sur la situation
délicate que nous avons tous vécue ces dernières
semaines. Lorsqu'il s'agit de revendiquer quelques bonnes actions,
le Premier ministre dit que c'est lui mais lorsque la situation
se détériore, c'est le Commissaire de police. Faut
savoir.
Si nous sommes rendus là où on est aujourd'hui et
que cette ville jadis paisible qu'est Quatre-Bornes a été
récemment transformée en nouveau far-west, avec
ses braquages répétés, Caltex et Shibani
et le vilain spectacle qu'il y a eu à proximité
de la grand-route, jeudi dernier, un jour de foire qui s'est révélé
traumatisant pour les nombreux Mauriciens et Réunionnais
qui se déplacent à cette occasion, c'est parce que
la police est complètement désorganisée.
Elle l'est en raison des agissements du Premier ministre. Passons
sur l'épisode Raddhoa par respect pour la mémoire
du défunt.
Qui ne se souvient, par exemple, de cette violente sortie publique
de Navin Ramgoolam contre Ramanooj Gopalsing à l'aéroport
quelques jours après les élections de 2005 et des
invectives assorties de moults commentaires sur l'épiderme
de son prédécesseur ? C'est à partir de là
que tout se casse. Et personne n'a jamais compris, par ailleurs,
sur quel critère et pour quelle raison Jean Bruneau qui
assurait la suppléance au poste de commissaire de police
en l'absence du titulaire a, depuis juillet 2005, été
écarté au profit d'un autre officier. En quoi a-t-il
démérité. N'est-ce pas à lui qu'on
fait systématiquement appel lorsqu'il y a des problèmes
délicats sur le terrain ? Il est bon pour mettre de l'ordre
dans les endroits les plus chauds, mais il ne l'est pas assez
pour faire la suppléance au poste suprême selon les
critères qui sont propres à la logique travailliste.
Les escadrons se multiplient parce que plus personne ne croit
dans l'impartialité des autorités. Il y a une politique
de "get figir", de protection de proches du pouvoir
et d'interventionnisme ministériel qui poussent certains
de nos compatriotes à croire qu'il suffit qu'ils s'organisent
pour qu'il y ait un semblant de justice. A part quelques-uns,
qui s'était ému qu'un plaisancier, opposant déclaré
de l'accès payant imposé par le camarade de plongée
de Navin Ramgoolam à l'îlot Gabriel, ait eu le tendon
sectionné ? Il y a eu de nombreux cas de ce genre ces derniers
mois, la population ayant la nette impression que certains échappent
à tout contrôle. Ce sont de tels actes d'intimidation
perpétrés par les uns, non-sanctionnés parce
que ce sont "nou dimoune" qui ont suscité des
réactions chez les autres. Et c'est ce qui a abouti aux
graves événements de ces dernières semaines.
Il faut mettre un terme à tout cela avant que le pays ne
s'embrase. Il est urgent que la population reçoive un signe
: celui qu'un ministre de l'Intérieur est toujours en poste.
Et aux commandes
Humeur
La colère des mangeurs de dhool puris
Autrefois, à l'époque où le fast food
n'avait pas encore envahi le pays et les cantines les cours de
nos écoles et collèges, les étudiants allaient
en classe avec un pain que l'on n'appelait pas encore sandwich
et encore moins fourré. Il contenait généralement
du beurre, un bout de fromage ou un peu de confiture et parfois
un reste de curry de la veille ou une rougaille faite le matin
même. Ce pain était souvent échangé
à l'heure de la récréation car, c'est connu,
même s'il contient les mêmes ingrédients le
pain lékol du voisin a meilleur goût que celui
fait chez soi. Avec le développement, les parents ont eu
plus de travail, un peu plus d'argent et moins de temps pour s'occuper
de leurs enfants et préparer le pain lékol.
Les enfants étaient ravis : il est plus fun de choisir
son pain fourré chez le marchand que de manger celui préparé
à la maison. D'autant plus que les cantines et les marchands
de gâteaux huileux, de fruits confits s'offraient pour remplacer
le painlékol des parents. Par la suite, les pains
fourrés au thon ou poulet mayonnaise, salades carottes
et pomme de terre ou achards et burgers en tous genres - froid
et assez gras - ont fait leur apparition suivis plus tard par
les frites et les portions de mine frit - également froid
parce que préparés tôt le matin - servis dans
des sacs en plastique. De tout temps, les rotis et les
dhool puris chauds bouillants toute la journée -
bien que cuit au petit matin - ont été les vedettes
des cours de récréation. Même quand les cantiniers
se sont conformés - en apparence - aux exigences sanitaires
en mettant des blouses blanches et parfois des gants pour servir.
Les rotis et les dhool puris chauds bouillants n'ont
pas fait que la joie des écoliers et des collégiens.
Ils ont également nourri des centaines de travailleurs,
de fonctionnaires et d'employés de bureau qui avaient la
flegme - ou pas suffisamment de temps - de se faire préparer
un pain ou un catora avec le curry de la veille. Il est
plus pratique de faire la queue devant un marchand que de réchauffer
le catora. Surtout dans les entreprises ne disposant ni de cantines,
ni de réchaud ou de four à micro-ondes. Dans nos
villes, certains marchands de dhool puris et de rotis
- cette fois vraiment chauds puisque cuits sur place - sont devenus
des institutions. Autrefois, il fallait aller au bazar
pour les trouver, désormais ils sont installés dans
les artères passantes et certains de ceux qui les vendent
- avec vitrine plus ou moins sophistiquée et spécialités
de currys et autres chutneys - sont devenus de
véritables institutions dont la réputation a depuis
longtemps dépassé les frontières de l'île.
Le marchand de dhool puris et de rotis fait partie
du quotidien de Maurice et jusqu'à lundi dernier était
considéré avec sympathie, parfois même avec
affection par ceux dont il remplissait l'estomac le midi.
Depuis cette semaine, le regard que jette l'amateur de dhool
puris et de rotis chauds sur son marchand a changé.
Ce changement a pour origine la décision du ministre du
Commerce d'augmenter le prix de la farine en dépit des
promesses dans le sens contraire qu'il avait faites il y a quelques
semaines seulement. L'augmentation du prix de la farine a provoqué
un effet domino et, du coup, le prix de la paire de dhool puri
et le roti ont pris l'ascenseur. La paire de dhool puris
et celui du roti ont été augmenté
d'une roupie provoquant la colère des consommateurs et
cette augmentation est devenue un des principaux sujets de conversation
- et de mécontentement national - de la semaine. Il faut
entendre les uns et les autres se scandaliser du fait que les
marchands de dhool puris - qui sont fabriqués avec
plus de dhool que de farine - ait profité de la situation
pour augmenter leurs prix. Ils faut entendre les uns et
les autres analyser le nombre de grammes de farine entrant dans
la préparation d'un roti pour décréter
scandaleuse et injustifiée l'augmentation d'une roupie
par roti. Et comme le Mauricien n'aime pas les "domineurs"
- surtout si c'est son portefeuille qui en fait les frais - et
aime bien causer de son voisin, il faut entendre ce qui
se dit, ces jours-ci, sur les marchands de rotis et de
dhool puris. Non seulement ils gagneraient des millions et
roulent en 4X4 alors qu'ils avaient débuté en poussant
une bicyclette, mais ils possèdent des maisons à
étages et ne payent ni taxe ni permis et mériteraient
d'être dénoncés à la MRA. La colère
des mangeurs de dhool puris et de rotis est forte,
comme le piment vert entier qui accompagne certaines rougailles.
Est-ce qu'elle ira jusqu'a provoquer un boycott des marchands
et un retour au catora avec le curry de la veille ? Pas sûr.
Le Mauricien a la colère aussi vive que l'oubli facile
comme le démontrent les résultats des élections.
Interrogations
L'île-solidaire
Le présent gouvernement en avait fait un thème de
campagne, jugé suffisamment sensible et porteur pour déboulonner
le précédent. Aujourd'hui, le fameux " law
and order " revient à la figure de l'Alliance sociale
au pouvoir avec une force décuplée, sa dégradation
offrant à la nouvelle opposition un tamtam qui n'a aucune
peine à trouver écho jusqu'aux confins de l'île.
Preuve s'il en faut qu'il n'y a pas de recette miracle en la matière
et que devraient être priés d'aller revoir leur copie
tous ceux, d'un bord comme de l'autre, qui prétendent que
leur seule arrivée au pouvoir sera garante d'un assainissement
immédiat de la situation. Preuve aussi que nous devons
cesser de nous laisser prendre, spectateurs plus ou moins consentants,
à ce qui se transforme en ridicule partie de ping pong.
Il est impossible de le nier : la montée de la criminalité
est aujourd'hui devenue une réalité très
préoccupante au cur de notre quotidien. Il convient,
toutefois, de s'astreindre à faire la part des choses,
entre les menaces réelles auxquelles nous sommes soumis
et le danger de tomber dans une psychose sécuritaire qui
servirait à justifier, en retour, tous les excès.
On a pu voir, récemment, les résultats amenés
par la façon dont certains, au sein de la force policière,
ont été " empowered " pour utiliser
non la force mais bien la violence à tout crin. En dédommageant
Martine Desmarais, la veuve de Kaya et il y a peu la veuve Ramlogun,
l'Etat est venu implicitement reconnaître, même s'il
s'en défend, qu'il y avait là des cas de personnes
victimes d'abus policiers. Abus ayant entraîné, dans
les deux derniers cas, mort d'homme. On entend déjà
ceux qui déclarent qu'on ne peut interroger des malfrats
en leur offrant une tasse de thé. Soit. Mais qu'a donné
cette licence ? A-t-elle entraîné une baisse de la
criminalité ? Loin de là. Alors que fait-on ? Dit-on
qu'il suffit d'élargir l'effectif policier et de lui donner
plus de pouvoirs pour pouvoir tabasser encore plus de gens, même
si dans la foulée, on tombe sur quelques citoyens n'ayant
rien à se reprocher, victimes collatérales pas si
importantes au fond si cela permet d'assurer notre sécurité
collective ? Ce serait, une fois de plus, perpétuer le
"short-sightedness " qui semble avoir toujours
affecté notre façon d'aborder ce problème.
À la base, c'est toute la question de notre police en soi
qui est à revoir. D'une part les critères de recrutement
de ses membres. Passons sur la maigreur et la petite taille de
certains policiers que l'on peut apercevoir, en patrouille, l'uniforme
amarré à la taille par deux tours de ceinture, frêles
à donner envie de les rassurer. Et à se demander
comment ils ont pu être embauchés. Interrogeons-nous
sur la formation réelle qui leur est dispensée.
Arrêtons-nous aussi sur les conditions dans lesquelles nombre
de policiers de qualité sont obligés d'opérer,
sans moyens véritables, soumis à des ingérences
politiques incessantes. Obligés de fermer les yeux face
aux agissements de gros bras patentés, insolemment forts
du soutien de l'un ou l'autre ministre ou député.
Interrogeons notre classe politique sur la façon dont elle
instrumentalise la force policière, et sur sa propension
à favoriser tapeurs et autres groupes de pression de plus
en plus musclés le temps d'une campagne électorale
et au-delà. Demandons-nous pourquoi l'on " découvre
" aujourd'hui que des videurs de boîtes de nuit semblent
jouir d'un sentiment d'impunité assez fort pour se permettre
d'agresser violemment tout ce qui tombe sous leurs mains armées
de matraques, sabres, voire armes à feu ?
Il nous faut sans doute une police formée, qui impose le
respect et a les moyens de travailler correctement. Il faut que
nos politiciens acceptent de revoir leurs rapports interlopes
avec des bandes musclées dont il est illusoire de penser
qu'elles iront planter des fraises entre deux campagnes électorales.
Mais il faut aussi, plus fondamentalement, que la question du
" law and order " nous amène à considérer
notre société dans son ensemble.
Cessons de nous boucher les yeux : la criminalité, à
Maurice, ira en augmentant au fur et à mesure que s'installera
une situation économique qui accule certains à la
grande pauvreté face à l'étalage de richesse
que s'offrent certains dans un périmètre trop restreint
pour soumettre au regard ; au fur et à mesure que la famille
se délitera, happée par les impératifs d'une
" productivité " de plus en exigeante, sans que
soient mises en place, parallèlement, les structures d'accueil
et d'accompagnement nécessaires ; au fur et à mesure
que nous continuerons à être suffisamment hypocrites
pour penser qu'une pratique religieuse plus affirmée suffira
à nous prémunir de toute obligation de prendre en
compte la part sexuelle de notre être ; au fur et à
mesure que notre système éducatif continuera à
exclure un trop grand nombre, relégué à la
frustration de la marge du développement.
Avec une population qui dépassera les 1,2 millions, une
volonté d'accueillir 2 millions de touristes et l'implantation
de villes nouvelles comme celle de Tianli qui devrait à
elle seule abriter l'an prochain 18 000 nouveaux résidents,
qui nous fera croire qu'il suffira de mettre un policier musclé
derrière chaque personne ?
Par essence même, l'île se doit d'être solidaire.
Ou ne sera pas. Qu'en prennent conscience les diviseurs et opportunistes
de tous bords, qui tentent encore de nous faire prendre des matraques
pour des baguettes magiques
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 27 janvier 2008
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