La Criminal Investigation Division (CID) de Curepipe se retrouve,
depuis hier, une fois de plus, au centre de la controverse. En
effet, un suspect, Robin Euphrasie, arrêté depuis
le vendredi 18 relativement à un cas de "larceny",
a consigné une déposition au Complaints Investigation
Bureau (CIB) hier, dans laquelle il allègue avoir été
passé à tabac par des limiers de cette unité.
Robin Euphrasie, qui est hospitalisé depuis ce mercredi,
a dû subir une délicate intervention chirurgicale
à l'il droit, hier, afin de ne pas en perdre l'usage.
Les proches du détenu ont contacté le député
de la circonscription Sunil Dowarkasing qui a multiplié
les démarches afin qu'une enquête complète
soit menée sur toute cette affaire. Selon le député
et les proches de Robin Euphrasie, "éna enn paké
mark lor so lékor, notaman lor so lédo. So lizié
extra enflé". Et à Robin Euphrasie de déclarer
à Week-End, peu après son opération
hier : "Zot finn dir mwa ki zot pu touy moi. Mo finn gagn
batter ar lamé, féray, zot finn mem larg lisyen
lor mwa".
C'est dans l'après-midi d'hier, de son lit d'hôpital,
que Robin Euphrasie a été en mesure de nous raconter
brièvement, d'une voix à peine audible, les circonstances
de la séance de bastonnade en règle à laquelle
il aurait été livré. Selon sa version des
faits, c'est mercredi qu'il a été conduit, selon
lui, dans les parages de Grand-Bassin. "Bann CID la finn
dir moi ki mo bizin aksepté enn paké charges larceny.
Dépi ki zot finn aret moi vendredi le 18, mo finn dir zot
non, ki mo napa pou pran okenn sarz. Zot finn bat moi enn paké
fois pou mo pran sa bann sarz-la. Mais mercredi (NDLR : le
24 janvier) zot finn dir mwa : To pa pou pran sarz ?! Azordi
to pou koné !", a-t-il fait comprendre à
Week-End.
Robin Euphrasie, qui parlait d'une voix faible, peu après
son opération hier, devait faire maintes pauses afin de
reprendre son récit. "Sa mercredi-la, mo finn gagn
mari baté. Zot finn met enn cagoule nilon lor mo latet.
Ti kapav trouvé impé kot ti pé alé.
Zot finn fer moi rant dan enn transport ek zot finn amenn mwa
dans paraz Grand-Bassin. Laba, zot finn fer mwa desann ek zot
finn koumans bat moi. Mové baté finn gagné.
Zot finn bat moi kout poing, zot finn bat moi ar feray. Zot finn
larg lisyen lor mwa tou. Mo ti kroir zot ti pou touy mwa",
a-t-il fait ressortir, tout en précisant qu'à chaque
fois qu'il aurait été frappé, les coups étaient
accompagnés d'insultes et de menaces de mort contre sa
personne.
Robin Euphrasie devait alors insister : "Mo pa dir ki
mo enn dimunn parfé. Mo finn déza gagn case la polis
avan. Mais zamé mo pa finn gagn problem ar sa bann gard-là.
Mo pa koné kifer zot finn ménas pou touy moi".
Dans sa déposition consignée aux éléments
du CIB, qui ont pris sa déposition de son lit d'hôpital,
Robin Euphrasie a fait ressortir qu'il était en mesure
d'identifier ses agresseurs qui, selon lui, seraient un sergent
de police et trois autres membres de la CID de Curepipe.
De leur côté, les proches de Robin Euphrasie ont
vécu, depuis le vendredi 18 janvier dernier, un véritable
cauchemar en ce qu'il s'agit de rentrer en contact avec ce dernier.
Ils ne comprennent pas non plus les raisons de l'acharnement de
la CID de Curepipe à son encontre. Ci-dessous, le témoignage
d'un membre de la famille, qui aura été à
l'origine de toutes les démarches afin que Robin Euphrasie
soit assisté par le député de la circonscription
Sunil Dowarkasing.
"C'est dans l'après-midi du vendredi 18 que nous
avons appris, par le biais d'un appel téléphonique,
que Robin a été arrêté. C'est un policier,
qui n'a pas voulu dévoiler son identité, qui a appelé.
Il a simplement dit que Robin a été arrêté
pour enn case vol impé lontan. À partir de
là, nous avons entrepris des démarches pour le voir
mais nos démarches se sont avérées vaines.
Nous nous sommes rendus à la CID de Curepipe samedi matin.
On nous a dit qu'il était détenu à Vacoas.
On est parti là-bas aussi mais on nous a empêchés
de le voir. Les policiers de Vacoas nous ont dit qu'il allait
comparaître en cour lundi (NDLR : le 20) et que c'était
notre seule chance de le voir. Le lundi 20, lorsqu'on est arrivé
en cour, il avait déjà comparu. À partir
de là, on a essayé de le voir de nouveau à
la CID de Curepipe. Il était là-bas. Le lundi 20,
il portait déjà une petite marque au-dessus de l'il
droit. On nous a autorisés à lui parler. Là,
il nous a dit tout doucement qu'il avait été frappé.
Nous lui avons demandé à haute voix devant les policiers
de dire ce qui lui était arrivé, mais l'un d'entre
eux devait se mettre à vociférer : "Dir
zot ki to finn séyé b....é. Letan to finn
b....é, to finn b
z anba par lafnet !"
Après ce premier et bref entretien avec Robin Euphrasie
lundi, ses proches devaient persévérer dans leurs
efforts de lui accorder le maximum de soutien. Le lendemain, mardi,
ils ne devaient pas être autorisés à le voir
dans la matinée. Cependant, en fin d'après-midi,
leurs efforts furent couronnés de succès. Ils purent
le voir brièvement à la police de Vacoas. Et là,
par la vitre d'un véhicule, qui l'avait conduit de Curepipe
à Vacoas, Robin Euphrasie n'eut le loisir de leur dire
davantage qu'un : "fer démars avoka vit ! Pé
gagn mari baté".
Les violences qu'aurait subies le suspect auraient atteint leur
point culminant mercredi, comme il l'expliqua plus haut dans son
récit à Week-End. Il fut admis le
même jour à l'hôpital Victoria, Candos. C'est
un des compagnons d'hôpital de Robin Euphrasie qui appela
ses proches pour leur informer de son hospitalisation. C'est jeudi
que ces derniers purent lui rendre visite et constater avec effroi
que son il droit était pratiquement fermé
et qu'il portait des ecchymoses sur différentes parties
du corps, notamment sur le dos. Robin Euphrasie fut transféré
à un autre hôpital vendredi. Les proches de Robin
Euphrasie, qui n'ont pas les moyens de retenir les services d'un
avocat, sont alors entrés en contact avec le député
Sunil Dowarkasing afin de les aider dans leurs démarches
légales.
Sunil Dowarkasing a accompagné les proches de Robin Euphrasie
hier matin au CIB afin de les assister dans leur plainte et s'est
également rendu à l'hôpital. Interrogé
par Week-End hier au sujet de cette affaire, le député
de l'opposition n'a pas caché son indignation. "Ce
n'est pas la première fois que cette même équipe
opère de la sorte. Il y a quelqu'un qui, visiblement, est
en train de faire tout afin de step-in dans la peau de
ceux qui brutalisent les suspects afin d'obtenir des aveux. J'ai
déjà soulevé le cas Rose à plusieurs
reprises à l'assemblée nationale et ce cas est similaire.
C'est vrai qu'il y a un problème de law and order
dans le pays, mais ce n'est pas une raison pour blesser et tabasser
les gens de la sorte, même un récidiviste. Je suis
disposé à aller encore plus loin avec cette affaire.
Je compte du reste accompagner les proches de Robin Euphrasie
à la Human Rights Commission (HRC) et soulever cet énième
cas de brutalité policière à l'assemblée
nationale", a ajouté le député.
"Roll of the Privy Council"
No 8: Des indications sur l'appel en mars
L'un des cas devant le Privy Council, qui retient l'attention
en ce début d'année, demeure l'appel interjeté
par le député Ashok Jugnauth, leader de l'Union
Nationale, contestant le jugement de la Cour suprême invalidant
son élection dans la circonscription de Moka/Quartier-Militaire
(No 8). A ce jour, très peu d'indications sont disponibles
quant au Timing quand cette affaire sera appelée
devant les Law Lords du Conseil privé de Londres.
De la décision de cette instance suprême d'appel
dépendra l'organisation ou non d'une partielle presque
à mi-mandat du gouvernement de l'Alliance sociale.
Dans les milieux autorisés du judiciaire, l'on indique
en ce début d'année qu'une première indication
du calendrier autour de l'appel contestant l'annulation de l'élection
d'Ashok Jugnauth pour fraudes électorales devra être
disponible vers la fin de mars prochain. En effet, du 22 au 28
mars, la Registrar of the Privy Council, Rosemary MacDonald,
sera en mission officielle à Maurice. Elle aura pour principale
attribution de procéder à la vérification
que les infrastructures et le cadre pour le déroulement
des délibérations du Conseil privé soient
en place. Elle aura des consultations avec l'Attorney General,
Ramé Valayden, aussi bien que les responsables du State
law Office pour ce qui est de la logistique et des derniers
détails à régler.
La mission de la Registar of the Privy Council à
Maurice sera de mettre au point la liste des appels qui devront
être entendus par les Law Lords pour leur première
session à Maurice. Certaines sources au State Law Office
n'hésitent pas à avancer qu'elles ne seront nullement
étonnées si l'appel d'Ashok Jugnauth contre le jugement
du juge Paul Lam Shnag Leen allait figurer sur cette première
liste d'appels. Mais d'autres trouvent que cet appel entendu en
septembre prochain représenterait un trop long délai
vu sa dimension constitutionnelle.
"L'inclusion de cet appel contestant l'invalidation d'une
élection à l'Assemblée nationale dans cette
première liste du Conseil privé sur le sol mauricien
en cette année de 40e anniversaire de l'indépendance
comporterait une portée historique sans précédent.
Mais le contrepoids à cette dimension est que cette question
relève de la Constitution avec des ramifications majeures
et que tout délai excessif peut être préjudiciable
à la démocratie. Mais dans sa sagesse, le Conseil
privé entérinera la décision qui s'impose
dans la conjoncture", a soutenu un des juristes qui suivent
de près le dossier de cette contestation du siège
d'Ashok Jugnauth à l'Assemblée nationale.
En attendant que la date de l'audition de cet appel devant le
Privy Council soit fixée, les états-majors
des principaux politiques ne devront se retrouver aucune urgence
pour embrayer à fond la machinerie électorale même
si de temps en temps, il faudra "sof sofé".
Mais l'indication la plus sûre devra être obtenue
à la fin de mars dans le sillage de la visite de la Registrar
of the Privy Council.
Commission électorale: Début de l'enregistrement
des électeurs ce week-end