é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 27 janvier 2008

PAYS VOYOU !
Gérard Cateaux


Il ne se passe de jour sans que les faits divers - entendez ces violences faites à autrui - ne constituent pas les choux gras de la presse locale. Au point de se demander si nous ne vivons pas dans un pays voyou !

Pour une cigarette, on tue. Pour une histoire de pétards, on tue. Nos épouses, sœurs et ces autres personnes qui font partie de ce qu'on appelle "la gent féminine" ne peuvent plus porter de bijoux en public. On les leur arrache à moto. Des touristes-femmes se font cambrioler dans leur campement de Flic-en-Flac. D'autres - encore des femmes - se font draguer, puis détrousser. Des employés d'un hôtel réunis pour leur fête de fin d'année se retrouvent victimes, en pleine journée, d'agression dans une discothèque de la Ville des Fleurs… La triste litanie est longue et n'augure rien de bon pour notre pays "arc-en-ciel".

Mais, où allons-nous dans ce pays qui avance sans boussole, sans sens de direction, où nous offrons au monde une société corrompue, violente, déshumanisée, et où la justice et l'amour d'autrui deviennent des denrées anormales ? Faut-il laisser la place nette aux dieux cruels et solitaires, dépourvus de sens moral ? Posons-nous la question. Avons-nous perdu le sens des valeurs morales ?

On évoque, de nos jours, en ce temps de la mondialisation, la triple crise à laquelle nous sommes confrontés. Elle est d'ordre politique, économique et sociale. Aurait-on imaginé qu'un pays comme le Kenya, qui s'est battu contre l'impérialisme britannique à travers le soulèvement des Mau-Mau, sous Jomo Kenyatta, se soit confronté à des considérations tribales ? Quand on évoque l'histoire de blocages d'éléments brandissant des machettes, à Kisumu, dans le Rift Valley, à Lake Naivasha, je revois le Rwanda et la Radio des Milles Collines, et le massacre entre Tutsis et Hutus, où des "Religieux" ont trempé leurs bras jusqu'aux coudes pour dénaturer la nature africaine.

Cette crise "mondialiste" est, en fait, liée au lien social ; une crise du lien social, une crise des formes d'individualité, une crise morale. Aussi, nous avons perdu le sens de nos repères. Nos parents les avaient. Ils nous les ont inculqués. Ils nous ont fait comprendre qui nous étions, d'où venions-nous, où nous devrions nous diriger. La communauté hindoue de ce pays a tout compris, a tout maîtrisé. Elle a laissé en héritage à ses enfants et petits-enfants une part de rêve et à des générations futures des repères. Pour rêver, il faut des repères, des investissements réels extérieurs actifs et, par rapport à eux, pouvoir se dégager, s'élever, bref, espérer et parfois délirer.

Nous assistons à un discrédit du politique, parce qu'il n'est pas parvenu à "mâter" ceux qui portent atteinte à la sécurité des citoyens, qui ont besoin de sécurité-prévisilité, par rapport à des lois d'orientation concernant le travail, la famille, la ville, les villages.

Pour lutter contre la tendance individualiste et égoïste de notre société - comprenez ces électrons libres que constitue cette nouvelle race de "bouncers" - il faut remettre paradoxalement à l'honneur l'individu, mais au sens d'individu social.



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 27 janvier 2008