|
Laissez passer, laissez faire ?
Bouncers : la loi de la jungle !
Il n'y a pas une semaine qui ne s'écoule sans que l'on
entende dire qu'un videur n'est impliqué dans un incident
où la violence est utilisée de manière gratuite
et démesurée. Les incidents survenus jeudi à
la discothèque Enigma ne sont, malheureusement, que le
reflet d'une jungle violente, où le videur est roi et fait
prévaloir sa loi à coups de sabre, de matraque et
autres armes offensives. Suite aux incidents de Quatre-Bornes,
le commissaire de police, Mahen Gopalsingh, a réuni les
gérants de boîtes de nuit et des clubs privés
aux Casernes centrales vendredi dans le but de rechercher la collaboration
de tous les stakeholders.
Depuis octobre 2007, les bouncers font régulièrement
entendre parler d'eux. Et de façon violente. Certains cas,
dont quelques-uns de grand banditisme, comme le hold-up sanglant
de Shibani Finance à la fin du mois de décembre,
ou encore dans les incidents de cette même période
à Lallmatie, sont attribués par la police à
certains videurs au casier judiciaire particulièrement
chargés. D'autres encore ont été arrêtés,
en septembre dernier, pour possession de drogue. Tout porte à
croire, selon certains enquêteurs des Casernes centrales,
que les bouncers ont sérieusement diversifié
leurs activités. Ils font dans la drogue, dans les braquages,
dans les règlements de compte et opéreraient en
bandes organisées et particulièrement aguerris,
non seulement aux us et coutumes de la police, mais aussi à
différentes techniques de combat, tels le corps à
corps, où encore le maniement d'armes à feux et
à lame.
"Dans le passé, nous avions connu Rajen Sabapathee,
Manan Fakoo ou tout dernièrement Antoine Chetty. Mais il
semblerait que, depuis un certain temps, nous avons à faire
face à une concentration d'individus qui se sont regroupés
dans le but de défendre un intérêt commun
: se faire de l'argent à n'importe quel prix en jouant
aux mercenaires", a fait ressortir un haut gradé
en fin de semaine, suite aux incidents à la discothèque
Enigma.
Selon un autre haut gradé de la police, les gros bras qui
sont choisis pour faire office de bouncers ou videurs sont
loin d'être triés sur le volet. "Il semblerait
de nos jours que ce sont ceux qui ont le casier judiciaire le
plus chargé qui sont embauchés pour leur "compétence".
De nombreux agissements de ces brutes passent néanmoins
sous silence ou ne sont pas rapportés à la police
par peur de représailles. Un habituel noctambule nous a
fait part d'un cas, dont il a été témoin,
durant une fête dans un chassé de l'ouest, vers la
fin de l'année dernière. "Durant cette fête,
il y avait un jeune qui faisait un peu de désordre. Rien
de vraiment méchant. Or, à un moment donné,
le service de sécurité s'y est mêlé.
Le jeune fauteur de trouble ne s'est fait rappeler à l'ordre
à aucun moment. Il devait recevoir, au grand choc de tous
ceux présents, un coup de matraque de la part d'un des
videurs. Ce coup de matraque lui cassa littéralement l'arcade
sourcilière. Tout le monde a été choqué
et je le suis toujours, en y repensant", relate notre
interlocuteur.
Un autre noctambule raconte, lui, ce dont il a été
témoin lors d'un récent concert d'un DJ célèbre
à Maurice. "Ce soir-là, le service d'ordre
était sur les dents. Je peux comprendre, dans une certaine
mesure, étant donné la grosse foule qu'il y avait
au concert. Or, les bouncers devaient se montrer extrêmement
agressifs à l'entrée, envers hommes et femmes, utilisant
même parfois un langage ordurier envers ceux qu'ils fouillaient,
mais ont aussi fait preuve d'excès de zèle envers
certains fêtards qui avaient trop bu. Certains se sont même
fait prendre par le fond du pantalon et se faire littéralement
éjecter des lieux du concert, courant même le risque
de se rompre les os en retombant. J'ai été d'autant
plus choqué car la scène s'est déroulée
devant des touristes qui étaient venus assister au concert".
Suite aux incidents survenus jeudi à la discothèque
Enigma, le CP Gopalsingh a décidé de prendre le
taureau par les cornes en réunissant les gérants
de boîtes de nuit, restaurants, casinos et autres clubs
privés aux Casernes centrales. Tout en leur faisant ressortir
que la police passera à l'action "dans les jours
qui viennent", le CP a fait passer un message
clair : le seuil de tolérance a été dépassé.
Des mesures strictes seront mises en application d'ici peu, notamment
à travers un durcissement de la loi sur le nightlife
et des contrôles policiers beaucoup plus rigoureux de ces
lieux de divertissement. Le but derrière cette approche
est d'assainir à tout prix la situation qui prévaut
actuellement dans ce milieu.
"Il est clair que les videurs se comportent en véritables
milices, croyant pouvoir prendre la loi entre leurs mains. Dans
certains cas, ils se présentent comme des milices armées.
Cette situation ne peut plus durer. Le gouvernement a clairement
fait comprendre son mécontentement devant les agissements
de ces videurs. Nous avons déjà enclenché
les procédures pour revoir et renforcer les dispositifs
en vigueur pour mettre de l'ordre dans ce secteur", a
déclaré le commissaire de police.
Ainsi, la police procédera à un screening
systématique de ceux qui seront recrutés comme bouncers.
En vertu de ces nouvelles dispositions, ceux qui ont un casier
judiciaire ne seront plus éligibles pour de tels emplois.
Les gérants et propriétaires de night clubs ont
été invités à soumettre au plus vite
à la police une liste de leurs employés à
des fins de vérification. Des rencontres trimestrielles
auront dorénavant lieu entre la police et ces gérants
pour une meilleure interaction visant à minimiser les problèmes
dans ce secteur.
Salaire minimum
Maurice dénoncée au BIT pour non-respect de la
Convention 26
En ratifiant la Convention 26 du Bureau international du travail
(BIT) portant sur les méthodes de fixation des salaires
minimaux, le gouvernement se doit d'établir un minimum
salarial pour chaque secteur d'activité à travers
ce qu'on appelle, ici, un Remuneration Order. Or, quatre secteurs
en pleine expansion identifiés par le Fron Travayer Seketer
Prive (FTSP) en sont privés. Ce qui occasionnerait "abus
et exploitation", dénonce le FTSP dans une correspondance
adressée au BIT cette semaine.
Les principaux travailleurs concernés sont ceux engagés
dans le secteur des technologies informatiques et de la communication,
le secteur financier et autres services, le sea food hub, les
tours opérateurs et agents de voyage. Sur la base des derniers
statistiques, plus de 20 000 personnes seraient officiellement
employées dans ces secteurs qui, il est vrai, ne sont régis
par aucune législation sur la rémunération,
à part le secteur sea food, tombant actuellement
sous la Free Zone Labour. "Presently there are 29 wage
orders in the private sector in different sectors. Still there
are about 4 new economic sectors which are not covered by any
wage order nor any Collective Agreement as Trade Unions are seen
as adversarial by the concerned employers", précise
la lettre adressée au président du comité
des experts chargé de l'application des Concentions et
recommandations du BIT.
La question du dialogue social sur les salaires est traitée
dans plusieurs instruments de l'OIT, l'accent étant mis
plus spécifiquement sur le rôle des partenaires sociaux
dans la fixation des salaires minima, comme le préconise
la Convention 26. A Maurice, les Remunuration Orders sont revus
par le National Remuneration Board (NRB). L'année dernière,
un Remuneration Order sur les tours opérateurs et agents
de voyage avait été presque finalisé. Mais
il n'a jamais été présenté formellement
pour des raisons qui restent encore inconnues.
Pour les deux porte-parole de la FTSP, Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo,
ces quatre secteurs cités plus haut favoriseraient des
cas d'"abuses and overexploitation" au sein de
certaines entreprises. "The FTSP is therefore officially
filing a complaint against the Mauritian Government for non-compliance
to provision stipulated in ILO Convention No. 26 on "Minimum
Wage-Fixing Machinery" as not all economic sectors are covered
by a minimum wage order", soulignent-ils dans la lettre
envoyée au BIT.
8e émission de billets de banque
La BoM dévoile les entrées à son "Banknote
Design Competition"
Les entrées au concours de conception de nouveaux billets
de banque dont les uvres des quatre artistes primés
ont été rendues publiques, vendredi de la semaine
dernière, à la Banque de Maurice en clôture
des activités marquant les 40 ans de cette institution
en présence de MM. John Lucas et Guy Potter de l'atelier
de monnayage de renommée mondiale, de la Rue.
Ces uvres serviront de base à un designer professionnel
pour la conception finale de la 8e émission de billets
de banque devant être émis par la Banque centrale
vers le début de l'année prochaine. C'est un jury
de professionnels des arts présidé par M. Tristan
Bréville, directeur du Musée de la Photographie
et comprenant, notamment, Mme Mala Chummun-Ramyead du Mahatma
Gandhi Institute (MGI) et MM. Saïd Hosanee, artiste-peintre,
et Thivy Naiken, directeur du National Arts Galery qui a eu la
tâche de sélectionner les meilleures entrées
et de primer les lauréats.
Ces derniers sont Krishen Maurymoothoo, Chitanand Luximon, Yogendra
Nellaya et Noorjahan. Ils ont été récompensés
le 5 décembre dernier lors du dîner de gala des 40
ans de la BoM. Expliquant, lors du vernissage de l'exposition,
la décision de la Banque centrale d'organiser, pour la
première fois, un concours en vue de la sélection
de dessins susceptibles d'être utilisés pour l'impression
de nouveaux billets, le gouverneur de la banque, M. Rundheersingh
Beenick devait dire que cela visait à protéger l'institution
contre "des accusations de favoritisme".
M. Bheenick a remercié le président et les membres
du jury de même que les artistes participants pour le travail
"professionnel" entrepris pour ce concours dont le thème
était "Banknotes : Mirror of Our Motherland".
M. Bréville a, notamment dit sa "fierté"
d'avoir présidé le jury à ce concours. Il
devait remercier le gouverneur de la BoM d'avoir "fait
intervenir l'art dans la monnaie".
En général, d'une bonne facture, les entrées
exposées font la part belle à l'Histoire et au patrimoine.
Ainsi, l'Apravasi Ghat désormais inscrit au patrimoine
de l'Humanité de l'UNESCO de même que le rocher emblématique
du Morne sont au nombre des illustrations figurant sur des uvres
sélectionnées.
Deux illustres personnages de l'Histoire se voient aussi honorés
: Anjalay Coopen, femme-martyre et icône de la lutte syndicale
des années 1940 et Amode Ibrahim (Major) Atchia, Mauricien
de génie. Parfait autodidacte, ce Rosehillien légendaire
a plusieurs exploits à son actif dont l'électrification
de Rose-Hill vers l'an 1900 et la fabrication de structures en
béton préfabriqué longtemps avant l'adoption
industrielle de ce mode de construction.
Mais les participants n'ont pas, pour autant, fait l'impasse sur
l'île Maurice moderne. Témoin : l'entrée mettant
en image la cybertour d'Ébène. Notons qu'il revient
au ministre des Finances d'approuver, en dernier lieu, les illustrations
devant, finalement, figurer sur les nouveaux billets de banque.
| ||||||||||||||