o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 6 janvier 2008



  Faits et effets—Faut-il en rire…
  Humeur—Barbarie et burlesque


Faits et effets...

Faut-il en rire…
Josie Lebrasse


On savait que les astrologues, qui sont de saison entre deux années, avaient le talent de nous amuser avec leurs prédictions les unes plus farfelues que les autres, mais nous ne savions pas que les politiques pouvaient aussi se mettre de la partie pour nous sortir des énormités et des blagues dignes, elles, d'un 1er avril. Il y a ceux qui annoncent des élections dans l'année, qui prévoient des "événements politiques majeurs", qui découvrent le ciblage et affirment être des adeptes de non-ingérence dans les institutions et ceux qui se veulent premier ministre pendant deux ans et demi.

Navin Ramgoolam a, dans ses vœux à la nation à l'occasion de la nouvelle année 2008, repoussé toute idée d'augmenter les subsides sur la farine pour maintenir le prix à son actuel niveau en soutenant que ceux qui ont les moyens comme ceux qui n'en ont pas vont l'acheter au même prix et que cela n'est pas juste. Cela veut, d'abord, dire qu'il y aura prochainement une augmentation de cette commodité de base. Nous le savions déjà. Ce qui est nouveau, c'est que le Premier ministre a enfin découvert que les fonds publics sont souvent utilisés à mauvais escient alors qu'une approche ciblée sert la cause des plus démunis en même temps que les dépenses publiques sont faites avec parcimonie.

C'est très bien de dire cela à la nation mais est-ce vraiment sincère lorsqu'on sait que c'est son gouvernement qui a renversé une décision de la précédente équipe gouvernementale de supprimer la pension de base à ceux qui ont des revenus dépassant les Rs 20 000 par mois, un seuil qui est même aujourd'hui taxable alors qu'une des promesses électorales du 1er mai 2005 du leader de l'alliance sociale était d'exempter les salariés touchant Rs 25 000 par mois ?

Non seulement le gouvernement a rétabli la pension universelle, pour ceux qui n'ont que ça comme revenus, mais aussi pour le président de la République qui touche Rs 125 000 mensuelles exemptées de la taxe et de nombreux soixantenaires friqués dont des parlementaires comme le Premier ministre et le leader de l'opposition pour ne citer qu'eux et ces nombreux retraités du privé qui bossent encore après avoir touché leur "golden handshake".

Approche ciblée pour ne pas dilapider l'argent des contribuables ? Qui a introduit le transport gratuit universel, pour les plus nécessiteux comme pour les gosses de riches, si coûteux et qui a déjà englouti presque Rs 2 milliards de nos sous provoquant des coupes ailleurs, comme les Rs 3 millions d'économie avec le nouveau système contraignant de paiement de la pension aux vieux ? Il faudrait peut être commencer par répondre à ces questions-là avant de s'embarquer dans de grandes envolées sur les vertus subitement découvertes du ciblage.

Un autre aspect de l'intervention télévisée du Premier ministre est qu'il n'intervient pas dans le travail des institutions. Il n'en a peut-être pas besoin puisque ses hommes et ses femmes sont partout. Il n'a pas besoin d'intervenir mais une journaliste et un cameraman supposés arrivés en retard à une visite de courtoisie à son bureau sautent immédiatement sans autre forme de procès. C'est au niveau de la corruption que Navin Ramgoolam a revendiqué la non-ingérence. Là aussi le doute est permis. Il y a des enquêtes de l'ICAC qui n'avancent pas et d'autres qui connaissent des aboutissements surprenants.

Lorsqu'il était le leader de l'opposition, il a bien demandé des commissions d'enquête et il les a obtenues. Sur les contrats à Mare Chicose et sur l'achat des portiques, il y a bel et bien eu des commissions d'enquête publiques présidées par d'anciens juges respectés et certains se sont débinés malgré leurs grandes vociférations. Aujourd'hui, aucune commission d'enquête ni de Select Committee sur ce fameux voyage du président du CEB, sur les bourses indiennes, sur les sollicitations de job de Yatin Varma, sur les allégations contre Sarat Lallah, sur le bail repris d'un promoteur réunionnais pour le donner à deux employés du secrétaire général du PTr, sur les conditions dans lesquelles la Eastern University a obtenu son permis d'opération, sur les questionnaires mal notés du MES envoyés à Cambridge, sur la création de la sœur jumelle de la STC, sur la MCIT et ses méthodes peu orthodoxes pour dire le moins.

Il n'y a aucun notable du gouvernement qui a été inquiété et s'il y a quelques conseillers de l'alliance sociale qui ont été appréhendés à Quatre-Bornes, c'est parce que c'est la police qui a pris une conseillère avec un cabas, petit certes mais bien garni. Cela contraste avec ce qui se faisait jadis. Sous l'ancien gouvernement, un ministre avait été interpellé dans une affaire de pot de vin, un député de la majorité arrêté et emprisonné pour complot visant un juge et un ministre convoqué en relation avec le détournement à la MCB et un chef de la police appréhendé et inculpé. Il purge sa peine de prison et devrait sortir bientôt. Lorsque Navin Ramgoolam tente la comparaison, il vaut mieux avoir des arguments et des faits pour pouvoir la soutenir.

Il y a ceux qui ne peuvent pas être pris au sérieux malgré leurs grands discours et il y a aussi ceux qui cultivent l'art du ridicule. Dans une interview accordée à notre confrère Le Défi-Plus, hier, Dinesh Ramjuttun, l'ancien conseiller de Navin Ramgoolam, passé dans le camp des pro-Bérenger, annonce qu'il a proposé au leader des mauves de partager le poste de premier ministre à part égale avec lui, deux ans et demi chacun. Et quoi encore ? Avec ce genre de gag, on ne sait plus s'il faut rire ou pleurer et avec ce type d'allié le MMM n'a certainement pas besoin de détracteur. Qui a dit que 2008 allait être une année morose ?




Humeur

Barbarie et burlesque
Jean-Claude Antoine


Mais d'où vient cette barbarie qui semble devenue à la mode, pour ne pas dire la norme, dans les faits divers qui occupent la une de l'actualité ces temps derniers ? Cette tendance ou plutôt cette fascination pour les crimes crapuleux avec mutilations de cadavres particulièrement horribles notés depuis deux ans semble s'accélérer, prendre l'ascenseur ces jours-ci. Il y a quelques mois plusieurs faits divers avaient été qualifiés de summum de l'horreur:

- le meurtre par multiples coups d'arme tranchante de deux vieilles dames dans des circonstances sordides;

- le passage des roues d'une voiture sur le cadavre d'un industriel indien par les hommes qui venaient de le tuer;

- l'enterrement de nuit, dans un cimetière, du cadavre d'une femme que son mari avait tué dans la journée. Un enterrement fait avec l'aide d'une tante du mari.

Ce qui se passe ces jours-ci à Maurice repousse plus loin encore les limites de la barbarie.

Je ne parle pas des vols à la tire, les chaînes, sacs à main ou portables arrachés des cous ou des mains de leurs propriétaires en pleine rue. Pas plus que de ces braquages de bijouteries, de magasins, de stations d'essence ou de domicile de particuliers avec violence sur ceux qui ont le malheur d'être présents sur les lieux. Et je ne mentionne ici que les cas rapportés aux autorités, pas ceux dont on ne parle pas, par honte, par peur de représailles ou parce que ça ne sert pas à grand-chose de faire une déclaration à la police.

Je ne parle pas d'avantage de ces attaques de bureaux de change ou de caisses d'entreprises situées en ville par des videurs de boîte de nuits qui jouent aux braqueurs en plein jour avec casque intégral, revolvers ou armes tranchantes, qui ne sont uniquement utilisées que pour menacer. Pas mal de Mauriciens et de touristes ont malheureusement eu l'occasion de le constater à leurs dépens. Ces agressions, comme les vols de voitures, de motos, de grilles en fer forgé, de tuyauterie ou de fils en cuivre alimentant le circuit téléphonique sont monnaie courante, font partie du quotidien des Mauriciens qui commencent à s'habituer à vivre dans un pays qui ressemble de plus en plus aux séries télévisées consacrées à la mafia, où règnent les malfrats et ou la police arrive presque toujours trop tard.

Non, ce qui inquiète beaucoup plus, c'est la multiplication de crimes crapuleux tendant vers la barbarie. C'est-à-dire avec une férocité et une cruauté qui relève plus de l'animal que de l'homme. Comment qualifier autrement l'incendie des parties sexuelles du cadavre d'une femme préalablement assassinée par des amis d'un prêtre pour le débarrasser d'une présence qui commençait à devenir envahissante ? Comment qualifier autrement cet assassinat d'un homme dont les parties sexuelles ont été découpées et mis dans un gobelet pour le punir d'avoir été le témoin du viol d'une sexagénaire par deux hommes de presque quarante ans plus jeunes qu'elle ? Que dire de cet assassinat de deux petites filles de trois et de cinq ans, de leur mère et d'un ami de cette dernière suivi d'une immolation sur des bambous faisant office de bûcher funéraire dans une bananeraie qui occupe la une de la presse en ce début de 2008 ?

Nous sommes en train d'aller vers la barbarie…

*

Terminons ce premier billet d'humeur de l'année sur une note moins dramatique - encore que - qui relève carrément du burlesque politique. Cette note est contenue dans l'interview accordée hier au Défi par le Dr Dinesh Ramjuttun. L'ex-conseiller spécial d'Anerood Jugnauth et de Navin Ramgoolam devenu l'allié de Bérenger règle en une phrase le dilemme qui tourmente l'opposition depuis Juillet 2005: qui sera ou qui seront les premiers ministres que l'alliance des oppositions présentera aux élections de 2010. C'est sur cette question que l'alliance MSM/MMM, qui devait, on nous l'avait promis, "aller jusqu'à 2005 et au-delà" vola en éclats. C'est en effet lorsque Paul Bérenger imagina de remplacer le neveu par le tonton Jugnauth à la tête du MSM - et donc de changer de Premier ministre dans le cadre de la "winning formula" - que Pravin Jugnauth piqua une grosse colère. Une colère qui n'a fait qu'enfler avec le temps au point où il réclame le premierministership à lui tout seul dans une éventuelle alliance MSM/MMM en soulignant que cette demande - cet ultimatum, plutôt - n'est pas négociable. Pour contourner ce problème, Dinesh Ramjuttun propose une formule gagnante à Paul Bérenger: un partage du mandat de Premier ministre entre le leader du MMM et… le Dr Dinesh Ramjuttun, soi-même. Selon ce dernier, ce duo serait politiquement imbattable.

Sur cette lancée, avec ce genre d'arguments et de propositions, Navin Ramgoolam n'aura même pas besoin de faire campagne pour se faire réélire en 2010.





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