Faits et effets—Faut-il en rire…
Humeur—Barbarie et burlesque
Faits et effets...
Faut-il en rire
On savait que les astrologues, qui sont de saison entre deux années,
avaient le talent de nous amuser avec leurs prédictions
les unes plus farfelues que les autres, mais nous ne savions pas
que les politiques pouvaient aussi se mettre de la partie pour
nous sortir des énormités et des blagues dignes,
elles, d'un 1er avril. Il y a ceux qui annoncent des élections
dans l'année, qui prévoient des "événements
politiques majeurs", qui découvrent le ciblage
et affirment être des adeptes de non-ingérence dans
les institutions et ceux qui se veulent premier ministre pendant
deux ans et demi.
Navin Ramgoolam a, dans ses vux à la nation à
l'occasion de la nouvelle année 2008, repoussé toute
idée d'augmenter les subsides sur la farine pour maintenir
le prix à son actuel niveau en soutenant que ceux qui ont
les moyens comme ceux qui n'en ont pas vont l'acheter au même
prix et que cela n'est pas juste. Cela veut, d'abord, dire qu'il
y aura prochainement une augmentation de cette commodité
de base. Nous le savions déjà. Ce qui est nouveau,
c'est que le Premier ministre a enfin découvert que les
fonds publics sont souvent utilisés à mauvais escient
alors qu'une approche ciblée sert la cause des plus démunis
en même temps que les dépenses publiques sont faites
avec parcimonie.
C'est très bien de dire cela à la nation mais est-ce
vraiment sincère lorsqu'on sait que c'est son gouvernement
qui a renversé une décision de la précédente
équipe gouvernementale de supprimer la pension de base
à ceux qui ont des revenus dépassant les Rs 20 000
par mois, un seuil qui est même aujourd'hui taxable alors
qu'une des promesses électorales du 1er mai 2005 du leader
de l'alliance sociale était d'exempter les salariés
touchant Rs 25 000 par mois ?
Non seulement le gouvernement a rétabli la pension universelle,
pour ceux qui n'ont que ça comme revenus, mais aussi pour
le président de la République qui touche Rs 125
000 mensuelles exemptées de la taxe et de nombreux soixantenaires
friqués dont des parlementaires comme le Premier ministre
et le leader de l'opposition pour ne citer qu'eux et ces nombreux
retraités du privé qui bossent encore après
avoir touché leur "golden handshake".
Approche ciblée pour ne pas dilapider l'argent des contribuables
? Qui a introduit le transport gratuit universel, pour les plus
nécessiteux comme pour les gosses de riches, si coûteux
et qui a déjà englouti presque Rs 2 milliards de
nos sous provoquant des coupes ailleurs, comme les Rs 3 millions
d'économie avec le nouveau système contraignant
de paiement de la pension aux vieux ? Il faudrait peut être
commencer par répondre à ces questions-là
avant de s'embarquer dans de grandes envolées sur les vertus
subitement découvertes du ciblage.
Un autre aspect de l'intervention télévisée
du Premier ministre est qu'il n'intervient pas dans le travail
des institutions. Il n'en a peut-être pas besoin puisque
ses hommes et ses femmes sont partout. Il n'a pas besoin d'intervenir
mais une journaliste et un cameraman supposés arrivés
en retard à une visite de courtoisie à son bureau
sautent immédiatement sans autre forme de procès.
C'est au niveau de la corruption que Navin Ramgoolam a revendiqué
la non-ingérence. Là aussi le doute est permis.
Il y a des enquêtes de l'ICAC qui n'avancent pas et d'autres
qui connaissent des aboutissements surprenants.
Lorsqu'il était le leader de l'opposition, il a bien demandé
des commissions d'enquête et il les a obtenues. Sur les
contrats à Mare Chicose et sur l'achat des portiques, il
y a bel et bien eu des commissions d'enquête publiques présidées
par d'anciens juges respectés et certains se sont débinés
malgré leurs grandes vociférations. Aujourd'hui,
aucune commission d'enquête ni de Select Committee sur ce
fameux voyage du président du CEB, sur les bourses indiennes,
sur les sollicitations de job de Yatin Varma, sur les allégations
contre Sarat Lallah, sur le bail repris d'un promoteur réunionnais
pour le donner à deux employés du secrétaire
général du PTr, sur les conditions dans lesquelles
la Eastern University a obtenu son permis d'opération,
sur les questionnaires mal notés du MES envoyés
à Cambridge, sur la création de la sur jumelle
de la STC, sur la MCIT et ses méthodes peu orthodoxes pour
dire le moins.
Il n'y a aucun notable du gouvernement qui a été
inquiété et s'il y a quelques conseillers de l'alliance
sociale qui ont été appréhendés à
Quatre-Bornes, c'est parce que c'est la police qui a pris une
conseillère avec un cabas, petit certes mais bien garni.
Cela contraste avec ce qui se faisait jadis. Sous l'ancien gouvernement,
un ministre avait été interpellé dans une
affaire de pot de vin, un député de la majorité
arrêté et emprisonné pour complot visant un
juge et un ministre convoqué en relation avec le détournement
à la MCB et un chef de la police appréhendé
et inculpé. Il purge sa peine de prison et devrait sortir
bientôt. Lorsque Navin Ramgoolam tente la comparaison, il
vaut mieux avoir des arguments et des faits pour pouvoir la soutenir.
Il y a ceux qui ne peuvent pas être pris au sérieux
malgré leurs grands discours et il y a aussi ceux qui cultivent
l'art du ridicule. Dans une interview accordée à
notre confrère Le Défi-Plus, hier, Dinesh
Ramjuttun, l'ancien conseiller de Navin Ramgoolam, passé
dans le camp des pro-Bérenger, annonce qu'il a proposé
au leader des mauves de partager le poste de premier ministre
à part égale avec lui, deux ans et demi chacun.
Et quoi encore ? Avec ce genre de gag, on ne sait plus s'il faut
rire ou pleurer et avec ce type d'allié le MMM n'a certainement
pas besoin de détracteur. Qui a dit que 2008 allait être
une année morose ?
Humeur
Barbarie et burlesque
Mais d'où vient cette barbarie qui semble devenue à
la mode, pour ne pas dire la norme, dans les faits divers qui
occupent la une de l'actualité ces temps derniers ? Cette
tendance ou plutôt cette fascination pour les crimes crapuleux
avec mutilations de cadavres particulièrement horribles
notés depuis deux ans semble s'accélérer,
prendre l'ascenseur ces jours-ci. Il y a quelques mois plusieurs
faits divers avaient été qualifiés de summum
de l'horreur:
- le meurtre par multiples coups d'arme tranchante de deux vieilles
dames dans des circonstances sordides;
- le passage des roues d'une voiture sur le cadavre d'un industriel
indien par les hommes qui venaient de le tuer;
- l'enterrement de nuit, dans un cimetière, du cadavre
d'une femme que son mari avait tué dans la journée.
Un enterrement fait avec l'aide d'une tante du mari.
Ce qui se passe ces jours-ci à Maurice repousse plus loin
encore les limites de la barbarie.
Je ne parle pas des vols à la tire, les chaînes,
sacs à main ou portables arrachés des cous ou des
mains de leurs propriétaires en pleine rue. Pas plus que
de ces braquages de bijouteries, de magasins, de stations d'essence
ou de domicile de particuliers avec violence sur ceux qui ont
le malheur d'être présents sur les lieux. Et je ne
mentionne ici que les cas rapportés aux autorités,
pas ceux dont on ne parle pas, par honte, par peur de représailles
ou parce que ça ne sert pas à grand-chose de faire
une déclaration à la police.
Je ne parle pas d'avantage de ces attaques de bureaux de change
ou de caisses d'entreprises situées en ville par des videurs
de boîte de nuits qui jouent aux braqueurs en plein jour
avec casque intégral, revolvers ou armes tranchantes, qui
ne sont uniquement utilisées que pour menacer. Pas mal
de Mauriciens et de touristes ont malheureusement eu l'occasion
de le constater à leurs dépens. Ces agressions,
comme les vols de voitures, de motos, de grilles en fer forgé,
de tuyauterie ou de fils en cuivre alimentant le circuit téléphonique
sont monnaie courante, font partie du quotidien des Mauriciens
qui commencent à s'habituer à vivre dans un pays
qui ressemble de plus en plus aux séries télévisées
consacrées à la mafia, où règnent
les malfrats et ou la police arrive presque toujours trop tard.
Non, ce qui inquiète beaucoup plus, c'est la multiplication
de crimes crapuleux tendant vers la barbarie. C'est-à-dire
avec une férocité et une cruauté qui relève
plus de l'animal que de l'homme. Comment qualifier autrement l'incendie
des parties sexuelles du cadavre d'une femme préalablement
assassinée par des amis d'un prêtre pour le débarrasser
d'une présence qui commençait à devenir envahissante
? Comment qualifier autrement cet assassinat d'un homme dont les
parties sexuelles ont été découpées
et mis dans un gobelet pour le punir d'avoir été
le témoin du viol d'une sexagénaire par deux hommes
de presque quarante ans plus jeunes qu'elle ? Que dire de cet
assassinat de deux petites filles de trois et de cinq ans, de
leur mère et d'un ami de cette dernière suivi d'une
immolation sur des bambous faisant office de bûcher funéraire
dans une bananeraie qui occupe la une de la presse en ce début
de 2008 ?
Nous sommes en train d'aller vers la barbarie
*
Terminons ce premier billet d'humeur de l'année sur une
note moins dramatique - encore que - qui relève carrément
du burlesque politique. Cette note est contenue dans l'interview
accordée hier au Défi par le Dr Dinesh Ramjuttun.
L'ex-conseiller spécial d'Anerood Jugnauth et de Navin
Ramgoolam devenu l'allié de Bérenger règle
en une phrase le dilemme qui tourmente l'opposition depuis Juillet
2005: qui sera ou qui seront les premiers ministres que l'alliance
des oppositions présentera aux élections de 2010.
C'est sur cette question que l'alliance MSM/MMM, qui devait, on
nous l'avait promis, "aller jusqu'à 2005 et au-delà"
vola en éclats. C'est en effet lorsque Paul Bérenger
imagina de remplacer le neveu par le tonton Jugnauth à
la tête du MSM - et donc de changer de Premier ministre
dans le cadre de la "winning formula" - que Pravin Jugnauth
piqua une grosse colère. Une colère qui n'a fait
qu'enfler avec le temps au point où il réclame le
premierministership à lui tout seul dans une éventuelle
alliance MSM/MMM en soulignant que cette demande - cet ultimatum,
plutôt - n'est pas négociable. Pour contourner ce
problème, Dinesh Ramjuttun propose une formule gagnante
à Paul Bérenger: un partage du mandat de Premier
ministre entre le leader du MMM et
le Dr Dinesh Ramjuttun,
soi-même. Selon ce dernier, ce duo serait politiquement
imbattable.
Sur cette lancée, avec ce genre d'arguments et de propositions,
Navin Ramgoolam n'aura même pas besoin de faire campagne
pour se faire réélire en 2010.
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 6 janvier 2008
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