é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 6 janvier 2008

Génération 68 !
Gérard Cateaux


Cette année-là aura marqué toute une génération qui s'apprêtait à s'ouvrir sur le monde. Je ne sais plus qui disait (peut-être était-ce Jean Cocteau parce qu'il aimait tant les jeunes ?) : "Cours Camarade, le vieux monde est derrière toi…" Et les camarades ont couru, comme des fous, de la Vieille Europe au Nouveau Monde - les États-Unis -, en passant par l'Amérique latine et chez nous, puisque, cette année-là, notre pays coupait le cordon ombilical avec la Blonde Albion et accédait au statut d'Indépendance. Nous y reviendrons sur ce chapitre particulier de notre histoire qui a marqué l'an I de notre Indépendance, le 12 mars prochain.

Cette année 68, disais-je, la jeunesse a pris le pouvoir sur le "vieux monde" pantouflard de nos aînés. La plupart d'entre eux étaient issus de cette génération d'entre-guerre et d'après-guerre. La Seconde !

Il est bon de se rappeler que le vent libertaire s'était élevé, d'abord, en Tchechoslovaquie en janvier 1968. En ce début d'année, dans ce pays que l'Union soviétique considérait comme une de ses satellites, avec la Pologne et la Hongrie, un certain Alexander Dubcek, fraîchement élu secrétaire général du Parti communiste Tchécoslovaquie, entreprit un certain nombre de réformes pour moderniser son pays, par la dénonciation des corrompus du régime, par l'ouverture de l'espace démocratique, c'est-à-dire plus de liberté pour la presse et la possibilité pour les Tchèques de critiquer le gouvernement en place.

Oser faire cela dans un pays de l'Europe de l'est, c'était entreprendre une vraie révolution… Trop, c'était trop pour l'Ours soviétique. Prétextant une éventuelle invasion de l'Allemagne en Tchécoslovaquie, l'Armée rouge entre à Prague le 21 août 1968, efface par la force le "Printemps de Prague" emmène Dubcek et ses camarades "révisionnistes" à Moscou pour une discussion "franche entre camarades" …

C'est ce moment que choisit le jeune militant Tchécoslovaque, Ian Palach, pour s'immoler sur la Place Venceslas afin de protester contre l'invasion de son pays par les soviets… Il faut aussi se rappeler que sa mémoire a été honorée par la municipalité de Curepipe, en baptisant la Place jouxtant l'Hôtel de Ville et le Marché de Curepipe, Place Ian Palach.

Nous y reviendrons, tout au long de cette année, sur ces moments qui ont marqué nos vingt ans. Un peu avant 68, avec l'assassinat de Che Guevara dans la jungle colombienne en 1967, mais aussi sur cette année-phare aux accents tragiques, comme les assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy, des événements de Mai 68, de la naissance de la contre-culture, des poings levés des athlètes américains arborant le béret des Black Panthers, Tommie Smith et John Carlos, au Jeux Olympiques de Mexico, des manifestations monstres organisées aux États-Unis contre la guerre au Viet-nâm, de Bonnie and Clyde, de cette époque légendaire qui nous fouette encore au visage avec la guitare magique de Jimmy Hendrix, de la voix cassante de Janis Joplin. De Jack Kerouac et Henry Miller pour la littérature avant-gardiste américaine…

Quelle année ! Tant que nous veillerons, nous l'apporterons avec nous, en bandoulière. Pour témoigner…



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 6 janvier 2008