i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 23 décembre 2007



  Rajesh Bhagwan: - "J'ai mérité tout ce que j'ai obtenu en politique"
  Questions à Johnson Roussety : - "Navin Ramgoolam a fui face à ses responsabilités"


Rajesh Bhagwan:

"J'ai mérité tout ce que j'ai obtenu en politique"

Rajesh Bhagwan a célébré ses vingt-cinq ans comme député de la circonscription de Beau-Bassin/Petite Rivière, jeudi dernier. Nous avons saisi l'occasion pour aller l'interroger, le lendemain à son domicile, sur son quart de siècle en politique et au MMM. Nous avons, évidemment, profité de l'occasion pour l'interroger sur la situation politique et les possibilités d'alliance du MMM pour les prochaines élections générales et le renouvellement au sein des instances mauves.

Est-ce que vous vous rappelez encore aujourd'hui la raison qui vous a poussée à faire de la politique active il y a plus d'un quart de siècle ?

Mon intérêt dans la politique remonte, en fait, au milieu des années soixante-dix. Comme beaucoup de jeunes Mauriciens, je suivais de loin mais avec sympathie l'action du MMM. Je crois que c'est la manière dont le PTr s'est associé au PMSD après les élections de 1976 pour voler la victoire au MMM qui m'a décidé. Je travaillais au CEB et j'ai participé à l'action syndicale pour combattre les injustices, pour plus de liberté, plus de démocratie et contre le communalisme. En fait, je suis entré dans les structures du MMM après les élections de 1982 à la demande d'un de mes amis de l'époque Ramduth Judoo. À l'heure des élections municipales - qui avaient été suspendues par le gouvernement PTr/PMSD -, on m'a demandé d'être candidat. Cela fait vingt-cinq ans.

Vous faites donc partie de ceux qui ont adhéré au MMM après 1982…

…oui mais depuis bien avant je suivais les activités du parti. Vous savez l'histoire du MMM est un grand livre et mon chapitre à moi commence en 1982.

Comment fait-on pour durer 25 ans en politique et au MMM. En étant bien avec la direction du parti ou en cajolant l'électorat ?

Je suis par nature quelqu'un qui respecte la hiérarchie. Tout ce que j'ai aujourd'hui, tout ce que je suis devenu, je l'ai mérité par mon travail. Je ne suis pas un produit fabriqué, j'ai commencé au bas de l'échelle au MMM en étant d'abord simple militant de branche, puis de régionale avant d'intégrer le comité central après des années et puis, beaucoup plus tard, le bureau politique et le secrétariat général. J'ai été conseiller avant d'être maire, député puis PPS, avant d'être ministre. Je n'ai jamais rien demandé: c'est le parti et le leader qui ont su reconnaître mon travail…

… est-ce que ces nominations à des postes de responsabilité n'ont rien à faire avec le fait que vous êtes respectueux de la hiérarchie, donc obéissant ?

Respecter la hiérarchie ne veut pas dire obéir aveuglement et se taire. La différence est que je m'exprime dans les instances appropriées du parti. Quand je ne suis pas d'accord, ça arrive, je le fais savoir là où il le faut et on discute. Il est facile de détruire, de s'opposer, moi je préfère construire. En 1993, à l'époque de la grande cassure, j'étais très proche des camarades MMM qui allaient quitter le parti pour aller former le RMM.J'ai dit dans une réunion que je comprenais certains de leurs arguments mais que je ne pouvais pas devenir un transfuge politique. Comme tous les députés, je suis le porte parole de ma circonscription et surtout des militants. Et les uns et les autres n'aiment pas les députés "saute sauté", les transfuges. Ils aiment les députés qui leur sont proches, travaillent avec eux, reconnaissent leur valeur et savent les respecter. Trois qualités sont nécessaires pour durer: la loyauté, la persévérance et la proximité avec son électorat. Le temps où le député se promenait dans sa voiture en faisant salam de la main à ses mandats, est révolu. Celui de l'arrogance aussi. Les mandants veulent pouvoir discuter, dialoguer avec leurs élus, partager leur façon de penser. Je suis disponible.

Tous ceux qui ont prononcé des discours jeudi soir pour vos vingt-cinq ans de politique ont souligné que votre surnom est le "bulldozer". Avez-vous dû beaucoup écraser sur votre passage pour réussir votre parcours ?

Je n'ai jamais bulldozer qui que ce soit. Quand je ne suis pas d'accord, je le dis, mais je ne fais pas de complots, je n'utilise pas les coups bas. Je vais vous faire rire ! Savez-vous qui m'a donné ce surnom ? Navin Ramgoolam. C'était en 1995, le jour où le MMM fit élire James Burty David lors de l'élection partielle de Rose-Hill dont j'étais le campaign manager. Depuis, les militants me surnomment bulldozer, mais de manière respectueuse, affectueuse.

La victoire électorale que vous évoquez fut le résultat d'une des nombreuses alliances politiques contractées par le MMM au cours des 25 dernières années. Avec quel partenaire du MMM vous êtes-vous senti le plus à l'aise, Rajesh Bhagwan ?

Le MMM avait mis beaucoup d'espoir dans l'alliance de 1995 avec Navin Ramgoolam. Ma désillusion a commencé quelques jours après les élections quand Navin Ramgoolam est allé prêter serment seul, avec ses amis, pas avec ses partenaires et ses colistiers. Ramgoolam n'a pas su reconnaître ce que le MMM avait apporté dans cette victoire. Je peux vous dire que ce gouvernement PTr/MMM a été un enfer.

Vous aviez moins d'espoir dans l'alliance MSM/MMM de 2000 ?

Il n'y a aucune comparaison entre ces deux alliances. Celle de 2000 a été conclue pour sortir le pays du gouffre où l'avait jeté Navin Ramgoolam et les Travaillistes. Je n'ai jamais aussi bien travaillé, en paix et en sérénité, comme membre d'un gouvernement, que de 2000 à 2005. Anerood Jugnauth et Paul Bérenger ont été des Premiers ministres efficaces, l'alliance était une synergie qui nous a permis de faire de grandes réalisations que l'Alliance sociale est en train de détruire. Aller au Conseil des ministres entre 2000 et 2005 était un véritable plaisir parce qu'il n'y avait pas de coup bas, les discussions étaient franches. À l'époque du gouvernement PTr/MMM, aller au Conseil des ministres était un calvaire et j'y allais avec des Panadols dans ma poche en prévision du mal de tête que j'allais avoir en sortant…

… Rajesh Bhagwan, ce n'est pas moi qui vais vous apprendre que dans la politique mauricienne l'ennemi du jour peut devenir facilement l'allié, le frère de demain. Quel serait votre choix personnel entre le MSM et le PTr comme partenaire du MMM pour une prochaine Une grande majorité de militants et de Mauriciens souhaitent une alliance MMM/MSM. La politique peut évoluer oui, mais pas vers une alliance du MMM avec Navin Ramgoolam. Cela jamais… et je ne suis pas le seul à le dire. Paul Bérenger s'est déjà exprimé sur ce sujet précis…

… ce n'est pas moi qui vais vous apprendre qu'en politique, surtout au MMM, ce qui est inacceptable aujourd'hui peut devenir indispensable demain au nom de l'intérêt supérieur du pays ! Si demain le MMM décidait de faire une alliance avec Navin Ramgoolam, ce serait sans Bhagwan ? Est-ce que vous pourriez pour la première fois de votre vie désobéir à la hiérarchie ?

N'oubliez pas que je fais aujourd'hui partie de cette hiérarchie et que je sais quel est l'état d'esprit de la direction et de la base sur cette question. À l'heure où je vous parle, je ne connais personne au MMM qui aurait un demi-grain de sympathie pour une alliance avec Navin Ramgoolam. Oui, la situation politique peut évoluer, mais je ne vois aucun militant oublier ce que Navin Ramgoolam a fait au MMM, à Paul Bérenger et au pays depuis 2005. Je ne vois personne au MMM aller s'associer avec le PTr pour justifier, pire faire oublier, tout ce qu'il a pu faire contre le pays depuis qu'il est au pouvoir. Pour moi, faire alliance avec le PTr serait renier tout ce que j'ai pu faire durant ma carrière politique, cracher dessus.

Vous aviez dit, à quelques détails près et avec probablement moins de force, la même chose pour Maurice Allet…

… j'ai été très critique vis-à-vis de Maurice Allet quand il a quitté l'opposition pour aller rejoindre Navin Ramgoolam. On sait ce qui s'est passé: il a été obligé de lev paké pour revenir dans l'opposition. Il l'a fait de son propre gré et le MMM ne lui a rien demandé. Il doit savoir, mieux que moi, ce que ses propres partisans et son électorat ont pu dire de lui quand il avait sauté le pas. Mais il n'y a aucune comparaison entre ce que Maurice Allet a fait contre l'opposition en allant au gouvernement et ce que Navin Ramgoolam et son gouvernement font contre le pays depuis juillet 2005.

Avec le bras de fer gouvernement/sucrier, l'argument communal a fait sa réapparition. Est-ce qu'il ne risque pas de faire des dégâts contre le MMM et son leader ?

En 1983, les Mauriciens d'origine hindoue qui marchaient avec Bérenger étaient qualifiés de jati bechoa, les vendeurs. L'alliance sociale et Navin Ramgoolam essayent de refaire campagne sur le même thème communal ces jours-ci. Cela ne marche pas. Les Mauriciens ont évolué sur cette question. M Dultaman s'est cassé les dents à Flacq. Sa réunion nationale, commanditée par Navin Ramgoolam, pour réclamer des milliers d'arpents aux sucriers n'a attiré que quarante personnes. Ni Ramgoolam, ni Dultaman ni les présidents des associations socioculturelles ne sont les propriétaires de la communauté hindoue. Aujourd'hui, une grande majorité de l'électorat mauricien se rend compte que l'Alliance sociale l'a couillonné, il n'y a pas d'autres mots pour le dire - et veut s'en débarrasser. Cet électorat fait tous les jours la comparaison entre l'avant et l'après 2005 et cela joue sans conteste en notre faveur. Permettez-moi de dire un mot sur l'administration régionale que l'Alliance sociale est en train de tuer à petit feu. Est-ce que vous suivez ce qui se passe dans les conseils de districts et les municipalités ? L'Alliance sociale a beaucoup critiqué la gestion par le MMM des municipalités, mais avez-vous déjà vu un maire et des conseillers mauves arrêtés et emprisonnés pour corruption et trafic d'influence de biens municipaux. Avez-vous vu l'état des bâtiments municipaux, ce qu'on a laissé devenir le Plaza. Heureusement que Freddy Appasamy, ce grand Mauricien spécialiste de l'administration régionale n'est plus là pour voir ce massacre.

Vous me disiez que les militants souhaitent en bloc une alliance MMM/MSM pour les prochaines élections. Le leader du MSM le souhaite aussi mais avec une condition précise et sans négociation: qu'il soit le Premier ministre de cette éventuelle alliance pour un mandat de cinq ans. Que pensez-vous des conditions du petit frère de Paul Bérenger ?

Je pense que monsieur Pravin Jugnauth gagnerait à faire un sondage auprès de son électorat. Je pense qu'il doit arrêter de rêver à haute voix et d'écouter ses proches qui lui répètent ce qu'il souhaite entendre. Je côtoie journellement des partisans du MSM et je suis loin d'entendre la chanson que répète à longueur de congrès et de conférences de presse Pravind Jugnauth. Je me demande si le leader du MSM n'est pas en train de mener aujourd'hui une campagne qui va lui permettre de justifier demain une prise de position politique…

… autrement dit qu'il a été obligé d'aller rejoindre Navin Ramgoolam face à l'intransigeance du MMM sur la question du premierministership…

… beaucoup commencent à le penser, surtout après ses récentes déclarations concernant le futur président de la République. En tout cas, le MMM est prêt à mener le combat pour que son secrétaire général redevienne Premier ministre. Quand on a un chef d'équipe revigoré, dont les qualités sont reconnues par le pays tout entier et dont l'absence est regrettée par les fonctionnaires - qui font tous les jours la comparaison avec Navin Ramgoolam - on n'a pas besoin d'aller chercher ailleurs…

… donc Paul Bérenger sera présenté comme Premier ministre de la future alliance pour un mandat de cinq ans ?

Je dis que le MMM s'est remis sur les rails, a modernisé son organisation, que ses commissions fonctionnent à plein régime sur tous les dossiers prioritaires et que nous n'arrêtons pas de recevoir des demandes d'adhésion. Plus que jamais, le MMM est le plus grand parti du pays et cela doit se voir dans les éventuelles alliances.

Nous parlons d'une éventuelle alliance du MMM avec le MSM, mais votre parti a déjà des partenaires à qui il faudra faire de la place et accorder des tickets. Il faudra caser le parti d'Ashock Jugnauth, celui de Dinesh Ramjuttun, le PMSD, celui de Raj Dayal, celui d'Anil Baichoo - s'il se décide enfin à faire le saut - tout comme Madun Dulloo, selon certaines sources. Après avoir fait de la place pour ces alliés conjoncturels que va-t-il rester pour les militants ?

Paul Bérenger l'a dit dans sa récente émission de radio: le MMM est conscient de sa forme mais sans arrogance. Nous sommes ouverts à une alliance avec le MSM, avec le MMM comme senior partner. Nous pouvons envisager de partager le poste de Premier ministre, mais pas de le céder. Si Pravin Jugnauth en décide autrement - et je crois qu'il est en train de préparer l'opinion de son parti à ce changement - nous allons continuer notre route. Les petits partis auront leur place à nos côtés dans le dialogue et sans aucune humiliation.

Vous n'avez pas répondu à la question: Quelle place sera réservée aux militants dans cette éventuelle très grande alliance électorale avec ou sans MSM ?

Les militants auront une place de choix dans cette configuration électorale. Le MMM aujourd'hui, c'est une équipe de vétérans avec une expérience incontestable, ayant fait leurs preuves et des jeunes de plus en plus nombreux et dynamiques.

Hier soir, pour votre fête, vous avez fait monter les dirigeants du parti sur l'estrade: ils ont tous des cheveux blancs et un âge certain. Est-ce qu'il n'est pas temps pour le grand parti de Maurice, comme vous n'arrêtez pas de le dire, de faire de la place pour des jeunes au sein de sa direction ?

Chacun doit savoir attendre son heure.

Si tous les vétérans font 25 ans de carrière, comme vous, les jeunes seront des vieux quand leur heure arrivera…

… rien ne s'obtient sur un plateau au MMM. Un jeune ne peut pas débarquer et tout obtenir sans avoir fait ses preuves. Ce n'est pas un crime d'avoir de l'ambition, mais il ne faut pas qu'elle soit démesurée. Il ne faut pas non plus prendre tous les vétérans aux cheveux blancs, les enfermer dans un placard et jeter la clef du cadenas ! Il faut savoir doser l'expérience des vétérans et la force de la jeunesse, c'est ce que nous faisons au MMM. Ceux qui ont démontré leurs qualités occupent des postes de responsabilités. Moi, en tant que secrétaire général, j'ai déjà commencé à préparer la relève au sein des instances d'organisation du parti. Beaucoup de jeunes ont adhéré au parti et sont en train de faire leur apprentissage. Mais il est bon que je dise qu'il n'y a pas de place pour les paresseux au MMM et que tous doivent donner des résultats. Il faut apprendre à maîtriser les outils modernes de communication et faire de la politique autrement. Le spécialiste des affiches colées que je suis se rend compte qu'il faut maintenant utiliser l'Internet, le mailing, le portable, la télévision pour faire campagne. Les jeunes doivent maîtriser ces nouveaux outils. Nous sommes en train de consolider notre équipe pour se mettre au travail des que nous aurons fait parti Navin Ramgoolam.

Seriez-vous disposé, pour donner l'exemple, à passer la main à Beau-Bassin ?

Je l'ai dit jeudi soir: la prochaine campagne électorale sera la dernière pour moi. Je reste en selle pour aider à remettre en place tout ce que nous avions construit et que l'Alliance sociale est en train de détruire. Il faut aller reconstruire les institutions du pays, c'est un travail gigantesque auquel je veux participer. Après ça, je me retirerai pour céder la place à un autre.

Avez-vous déjà identifié celui qui pourrait vous remplacer à Beau-Bassin ?

Le numéro 20 n'est pas ma propriété privée que je peux léguer à qui je veux. Ce n'est pas moi qui décide des candidatures mais une instance dont je fais partie et où je m'expliquerai. Il y a des jeunes au sein du parti qui peuvent prendre la relève, qui ont été formés pour, mais je ne citerai aucun nom pour des raisons évidentes.

Vous estimez que votre carrière s'arrête au poste de secrétaire général, le leadership ne vous intéresse pas ?

Je n'ai jamais eu d'ambitions démesurées et irréalisables. Je ne vis pas dans les rêves. Mon parcours au MMM est celui de quelqu'un qui entre à la police comme constable et qui après avoir été sergent et surintendant finit, en fin de parcours, comme Deputy Commissinnor…

… le poste de Commissioner ne vous intéresse pas ?

Ce n'est pas mon ambition. Je ne dis pas que je ne peux pas faire le travail, mais je connais mes limites et ne les dépasse jamais. Je pense être arrivé à mon top et que surtout j'ai deliver the goods et n'a jamais failli à mes engagements. Depuis la défaite de juillet 2000 et malgré mes ennuis de santé, je suis déterminé à tout faire pour que le MMM revienne au pouvoir et que le pays soit débarrassé de Navin Ramgoolam et des Travaillistes et de leurs alliés. Nous avons remonté la pente et terminons 2007 en beauté. 2008 sera une année importante pour le pays et le MMM.

Le MMM renouvelle son équipe et son fonctionnement, vous pensez déjà à l'après- Bhagwan à Beau Bassin. Et l'après-Bérenger est-ce qu'on y pense dans les instances mauves ?

La question de remplacer Paul qui est actuellement plein de vitalité et de combativité ne se pose pas…

… quitte à vous choquer dans votre foi de militant Rajesh Bhagwan, permettez-moi de vous rappeler que votre leader n'est pas immortel, donc condamné comme nous tous à disparaître…

… la personne qui remplacera Paul Bérenger à la direction du parti devra être un militant accepté par tous les militants, possédant les qualités et le charisme nécessaires.

Cet oiseau extrêmement rare existe-t-il ?

Oui, mais je ne vous dirai pas son nom et il sera nommé quand le temps sera venu. Mais pour le moment, Paul Bérenger est là et bien là, en pleine force.


Questions à Johnson Roussety :

"Navin Ramgoolam a fui face à ses responsabilités"

C'est par téléphone, de Rodrigues, que Johnson Roussety, Chef commissaire de l'Assemblée régionale, a répondu hier matin à nos questions.

Quel est la raison de la crise qui oppose l'Assemblée régionale de Rodrigues au gouvernement de Maurice à travers le Secrétaire financier ?

C'est un problème qui ne date pas d'hier et auquel nous avons tenté de trouver une solution dans l'intérêt des pêcheurs Rodriguais. La somme requise n'était pas exorbitante, Rs 1085 par pêcheur, sur une base humanitaire. L'Assemblée régionale de Rodrigues a approuvé une motion pour payer une compensation aux pêcheurs. Cette décision a été avalisée par le conseil légal de l'Assemblée régionale avant son vote et le Financial Secretary a demandé aux fonctionnaires du ministère des Finances de ne pas l'exécuter. Il a menacé de les faire révoquer s'ils exécutaient la décision de l'Assemblée régionale.

On laisse entendre que les pêcheurs vont descendre dans la rue, lundi, pour manifester. Allez-vous conduire ou suivre cette manifestation de protestation ?

Je vais être avec les pêcheurs pour continuer à montrer la solidarité de l'Assemblée régionale. Nous avions prévu de faire payer cette compensation le 24 décembre, veille de Noël. Ce ne sera pas fait. Je comprends leur déception et leur mécontentement.

Votre parti, qui avait accueilli en grande pompe Navin Ramgoolam, à Rodrigues, n'a pas essayé de lui demander de dénouer la crise ?

Les Rodriguais ont accueilli Navin Ramgoolam comme ils auraient accueilli n'importe quel Premier ministre. Ils étaient enthousiastes et avaient confiance. Navin Ramgoolam est absent du pays, mais avant son départ, il n'a pas voulu répondre aux messages qui lui ont été envoyés. Il est au courant de la situation et a fui devant ses responsabilités.

Certains disent, à Maurice, que c'est facile de prendre des décisions à Rodrigues avec les fonds qui viennent de Maurice.

Ce ne sont pas les fonds de Maurice, mais ceux de la République qui sont constitués des taxes payées par les habitants de l'ensemble du territoire, dont des Rodriguais.

Est-ce que cette crise aurait pu avoir été évitée ?

Nous, à l'Assemblée régionale, nous ne voulions pas de confrontation. Nous avons tout simplement voté une mesure d'accompagnement pour venir en aide aux pêcheurs Rodriguais, comme cela a été fait pour les pêcheurs avant, comme cela est fait actuellement pour les éleveurs de porc. La confrontation aurait pu être évitée, mais nous avons en face de nous des gens qui ne veulent pas comprendre et qui vous disent que Rodrigues et l'Assemblée régionale sont un district council. Nous avons le sentiment que certains à Maurice prennent les Rodriguais pour des citoyens de deuxième catégorie, pour ne pas dire de catégorie inférieure.

Cette crise peut remettre en question l'autonomie ?

Je ne le crois pas.

On a parlé dans certains cercles du pouvoir, de la possibilité de vous faire révoquer par le président de la République.

Si je suis révoqué comme Chef commissaire, je continuerai à être élu de l'Assemblée régionale où mon parti détient la majorité. C'est cette majorité qui aura pour tâche d'élire celui qui devra remplacer le Chef commissaire révoqué. Faut-il vous dire qui sera choisi par la majorité pour occuper les fonctions de Chef commissaire ?

Est-ce que vous liez cette crise au différend que vous aviez eu avec le ministre des Finances au moment du budget ?

Comment faire autrement quand on se rappelle que le discours du Budget ne mentionnait même pas Rodrigues et par ailleurs la manière dont les représentants de l'Assemblée régionale ont été reçus à l'époque par le ministre des Finances.

Parler de l'indépendance de Rodrigues, est-ce une menace ou une forme d'arrogance ?

Ni l'un, ni l'autre. Je crois que face à la manière dont Rodrigues est traité, il est peut-être temps de commencer à réfléchir sur cette question. Tout comme autrefois, d'autres Rodriguais ont commencé à réfléchir sur l'autonomie. En tout cas, je peux vous affirmer que beaucoup de Rodriguais utilisent le terme indépendance ces jours-ci.

Quel va être la suite des événements selon vous ?

Il y aura la manifestation des pêcheurs que l'on annonce pour lundi. Par ailleurs, l'Assemblée régionale va se réunir la semaine prochaine pour étudier la possibilité de contester légalement la décision du Secrétaire financier d'interdire la mise en application d'un vote démocratique de l'Assemblée régionale.



i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 23 décembre 2007