Rajesh Bhagwan a célébré ses vingt-cinq ans
comme député de la circonscription de Beau-Bassin/Petite
Rivière, jeudi dernier. Nous avons saisi l'occasion pour
aller l'interroger, le lendemain à son domicile, sur son
quart de siècle en politique et au MMM. Nous avons, évidemment,
profité de l'occasion pour l'interroger sur la situation
politique et les possibilités d'alliance du MMM pour les
prochaines élections générales et le renouvellement
au sein des instances mauves.
Est-ce que vous vous rappelez encore aujourd'hui la raison
qui vous a poussée à faire de la politique active
il y a plus d'un quart de siècle ?
Mon intérêt dans la politique remonte, en fait, au
milieu des années soixante-dix. Comme beaucoup de jeunes
Mauriciens, je suivais de loin mais avec sympathie l'action du
MMM. Je crois que c'est la manière dont le PTr s'est associé
au PMSD après les élections de 1976 pour voler la
victoire au MMM qui m'a décidé. Je travaillais au
CEB et j'ai participé à l'action syndicale pour
combattre les injustices, pour plus de liberté, plus de
démocratie et contre le communalisme. En fait, je suis
entré dans les structures du MMM après les élections
de 1982 à la demande d'un de mes amis de l'époque
Ramduth Judoo. À l'heure des élections municipales
- qui avaient été suspendues par le gouvernement
PTr/PMSD -, on m'a demandé d'être candidat. Cela
fait vingt-cinq ans.
Vous faites donc partie de ceux qui ont adhéré
au MMM après 1982
oui mais depuis bien avant je suivais les activités
du parti. Vous savez l'histoire du MMM est un grand livre et mon
chapitre à moi commence en 1982.
Comment fait-on pour durer 25 ans en politique et au MMM. En
étant bien avec la direction du parti ou en cajolant l'électorat
?
Je suis par nature quelqu'un qui respecte la hiérarchie.
Tout ce que j'ai aujourd'hui, tout ce que je suis devenu, je l'ai
mérité par mon travail. Je ne suis pas un produit
fabriqué, j'ai commencé au bas de l'échelle
au MMM en étant d'abord simple militant de branche, puis
de régionale avant d'intégrer le comité central
après des années et puis, beaucoup plus tard, le
bureau politique et le secrétariat général.
J'ai été conseiller avant d'être maire, député
puis PPS, avant d'être ministre. Je n'ai jamais rien demandé:
c'est le parti et le leader qui ont su reconnaître mon travail
est-ce que ces nominations à des postes de responsabilité
n'ont rien à faire avec le fait que vous êtes respectueux
de la hiérarchie, donc obéissant ?
Respecter la hiérarchie ne veut pas dire obéir aveuglement
et se taire. La différence est que je m'exprime dans les
instances appropriées du parti. Quand je ne suis pas d'accord,
ça arrive, je le fais savoir là où il le
faut et on discute. Il est facile de détruire, de s'opposer,
moi je préfère construire. En 1993, à l'époque
de la grande cassure, j'étais très proche des camarades
MMM qui allaient quitter le parti pour aller former le RMM.J'ai
dit dans une réunion que je comprenais certains de leurs
arguments mais que je ne pouvais pas devenir un transfuge politique.
Comme tous les députés, je suis le porte parole
de ma circonscription et surtout des militants. Et les uns et
les autres n'aiment pas les députés "saute
sauté", les transfuges. Ils aiment les députés
qui leur sont proches, travaillent avec eux, reconnaissent leur
valeur et savent les respecter. Trois qualités sont nécessaires
pour durer: la loyauté, la persévérance et
la proximité avec son électorat. Le temps où
le député se promenait dans sa voiture en faisant
salam de la main à ses mandats, est révolu.
Celui de l'arrogance aussi. Les mandants veulent pouvoir discuter,
dialoguer avec leurs élus, partager leur façon de
penser. Je suis disponible.
Tous ceux qui ont prononcé des discours jeudi soir pour
vos vingt-cinq ans de politique ont souligné que votre
surnom est le "bulldozer". Avez-vous dû beaucoup
écraser sur votre passage pour réussir votre parcours
?
Je n'ai jamais bulldozer qui que ce soit. Quand je ne suis pas
d'accord, je le dis, mais je ne fais pas de complots, je n'utilise
pas les coups bas. Je vais vous faire rire ! Savez-vous qui m'a
donné ce surnom ? Navin Ramgoolam. C'était en 1995,
le jour où le MMM fit élire James Burty David lors
de l'élection partielle de Rose-Hill dont j'étais
le campaign manager. Depuis, les militants me surnomment
bulldozer, mais de manière respectueuse, affectueuse.
La victoire électorale que vous évoquez fut le
résultat d'une des nombreuses alliances politiques contractées
par le MMM au cours des 25 dernières années. Avec
quel partenaire du MMM vous êtes-vous senti le plus à
l'aise, Rajesh Bhagwan ?
Le MMM avait mis beaucoup d'espoir dans l'alliance de 1995 avec
Navin Ramgoolam. Ma désillusion a commencé quelques
jours après les élections quand Navin Ramgoolam
est allé prêter serment seul, avec ses amis, pas
avec ses partenaires et ses colistiers. Ramgoolam n'a pas su reconnaître
ce que le MMM avait apporté dans cette victoire. Je peux
vous dire que ce gouvernement PTr/MMM a été un enfer.
Vous aviez moins d'espoir dans l'alliance MSM/MMM de 2000 ?
Il n'y a aucune comparaison entre ces deux alliances. Celle de
2000 a été conclue pour sortir le pays du gouffre
où l'avait jeté Navin Ramgoolam et les Travaillistes.
Je n'ai jamais aussi bien travaillé, en paix et en sérénité,
comme membre d'un gouvernement, que de 2000 à 2005. Anerood
Jugnauth et Paul Bérenger ont été des Premiers
ministres efficaces, l'alliance était une synergie qui
nous a permis de faire de grandes réalisations que l'Alliance
sociale est en train de détruire. Aller au Conseil des
ministres entre 2000 et 2005 était un véritable
plaisir parce qu'il n'y avait pas de coup bas, les discussions
étaient franches. À l'époque du gouvernement
PTr/MMM, aller au Conseil des ministres était un calvaire
et j'y allais avec des Panadols dans ma poche en prévision
du mal de tête que j'allais avoir en sortant
Rajesh Bhagwan, ce n'est pas moi qui vais vous apprendre
que dans la politique mauricienne l'ennemi du jour peut devenir
facilement l'allié, le frère de demain. Quel serait
votre choix personnel entre le MSM et le PTr comme partenaire
du MMM pour une prochaine Une grande majorité de militants
et de Mauriciens souhaitent une alliance MMM/MSM. La politique
peut évoluer oui, mais pas vers une alliance du MMM avec
Navin Ramgoolam. Cela jamais
et je ne suis pas le seul à
le dire. Paul Bérenger s'est déjà exprimé
sur ce sujet précis
ce n'est pas moi qui vais vous apprendre qu'en politique,
surtout au MMM, ce qui est inacceptable aujourd'hui peut devenir
indispensable demain au nom de l'intérêt supérieur
du pays ! Si demain le MMM décidait de faire une alliance
avec Navin Ramgoolam, ce serait sans Bhagwan ? Est-ce que vous
pourriez pour la première fois de votre vie désobéir
à la hiérarchie ?
N'oubliez pas que je fais aujourd'hui partie de cette hiérarchie
et que je sais quel est l'état d'esprit de la direction
et de la base sur cette question. À l'heure où je
vous parle, je ne connais personne au MMM qui aurait un demi-grain
de sympathie pour une alliance avec Navin Ramgoolam. Oui, la situation
politique peut évoluer, mais je ne vois aucun militant
oublier ce que Navin Ramgoolam a fait au MMM, à Paul Bérenger
et au pays depuis 2005. Je ne vois personne au MMM aller s'associer
avec le PTr pour justifier, pire faire oublier, tout ce qu'il
a pu faire contre le pays depuis qu'il est au pouvoir. Pour moi,
faire alliance avec le PTr serait renier tout ce que j'ai pu faire
durant ma carrière politique, cracher dessus.
Vous aviez dit, à quelques détails près
et avec probablement moins de force, la même chose pour
Maurice Allet
j'ai été très critique vis-à-vis
de Maurice Allet quand il a quitté l'opposition pour aller
rejoindre Navin Ramgoolam. On sait ce qui s'est passé:
il a été obligé de lev paké
pour revenir dans l'opposition. Il l'a fait de son propre gré
et le MMM ne lui a rien demandé. Il doit savoir, mieux
que moi, ce que ses propres partisans et son électorat
ont pu dire de lui quand il avait sauté le pas. Mais il
n'y a aucune comparaison entre ce que Maurice Allet a fait contre
l'opposition en allant au gouvernement et ce que Navin Ramgoolam
et son gouvernement font contre le pays depuis juillet 2005.
Avec le bras de fer gouvernement/sucrier, l'argument communal
a fait sa réapparition. Est-ce qu'il ne risque pas de faire
des dégâts contre le MMM et son leader ?
En 1983, les Mauriciens d'origine hindoue qui marchaient avec
Bérenger étaient qualifiés de jati bechoa,
les vendeurs. L'alliance sociale et Navin Ramgoolam essayent de
refaire campagne sur le même thème communal ces jours-ci.
Cela ne marche pas. Les Mauriciens ont évolué sur
cette question. M Dultaman s'est cassé les dents à
Flacq. Sa réunion nationale, commanditée par Navin
Ramgoolam, pour réclamer des milliers d'arpents aux sucriers
n'a attiré que quarante personnes. Ni Ramgoolam, ni Dultaman
ni les présidents des associations socioculturelles ne
sont les propriétaires de la communauté hindoue.
Aujourd'hui, une grande majorité de l'électorat
mauricien se rend compte que l'Alliance sociale l'a couillonné,
il n'y a pas d'autres mots pour le dire - et veut s'en débarrasser.
Cet électorat fait tous les jours la comparaison entre
l'avant et l'après 2005 et cela joue sans conteste en notre
faveur. Permettez-moi de dire un mot sur l'administration régionale
que l'Alliance sociale est en train de tuer à petit feu.
Est-ce que vous suivez ce qui se passe dans les conseils de districts
et les municipalités ? L'Alliance sociale a beaucoup critiqué
la gestion par le MMM des municipalités, mais avez-vous
déjà vu un maire et des conseillers mauves arrêtés
et emprisonnés pour corruption et trafic d'influence de
biens municipaux. Avez-vous vu l'état des bâtiments
municipaux, ce qu'on a laissé devenir le Plaza. Heureusement
que Freddy Appasamy, ce grand Mauricien spécialiste de
l'administration régionale n'est plus là pour voir
ce massacre.
Vous me disiez que les militants souhaitent en bloc une alliance
MMM/MSM pour les prochaines élections. Le leader du MSM
le souhaite aussi mais avec une condition précise et sans
négociation: qu'il soit le Premier ministre de cette éventuelle
alliance pour un mandat de cinq ans. Que pensez-vous des conditions
du petit frère de Paul Bérenger ?
Je pense que monsieur Pravin Jugnauth gagnerait à faire
un sondage auprès de son électorat. Je pense qu'il
doit arrêter de rêver à haute voix et d'écouter
ses proches qui lui répètent ce qu'il souhaite entendre.
Je côtoie journellement des partisans du MSM et je suis
loin d'entendre la chanson que répète à longueur
de congrès et de conférences de presse Pravind Jugnauth.
Je me demande si le leader du MSM n'est pas en train de mener
aujourd'hui une campagne qui va lui permettre de justifier demain
une prise de position politique
autrement dit qu'il a été obligé
d'aller rejoindre Navin Ramgoolam face à l'intransigeance
du MMM sur la question du premierministership
beaucoup commencent à le penser, surtout après
ses récentes déclarations concernant le futur président
de la République. En tout cas, le MMM est prêt à
mener le combat pour que son secrétaire général
redevienne Premier ministre. Quand on a un chef d'équipe
revigoré, dont les qualités sont reconnues par le
pays tout entier et dont l'absence est regrettée par les
fonctionnaires - qui font tous les jours la comparaison avec Navin
Ramgoolam - on n'a pas besoin d'aller chercher ailleurs
donc Paul Bérenger sera présenté
comme Premier ministre de la future alliance pour un mandat de
cinq ans ?
Je dis que le MMM s'est remis sur les rails, a modernisé
son organisation, que ses commissions fonctionnent à plein
régime sur tous les dossiers prioritaires et que nous n'arrêtons
pas de recevoir des demandes d'adhésion. Plus que jamais,
le MMM est le plus grand parti du pays et cela doit se voir dans
les éventuelles alliances.
Nous parlons d'une éventuelle alliance du MMM avec le
MSM, mais votre parti a déjà des partenaires à
qui il faudra faire de la place et accorder des tickets. Il faudra
caser le parti d'Ashock Jugnauth, celui de Dinesh Ramjuttun, le
PMSD, celui de Raj Dayal, celui d'Anil Baichoo - s'il se décide
enfin à faire le saut - tout comme Madun Dulloo, selon
certaines sources. Après avoir fait de la place pour ces
alliés conjoncturels que va-t-il rester pour les militants
?
Paul Bérenger l'a dit dans sa récente émission
de radio: le MMM est conscient de sa forme mais sans arrogance.
Nous sommes ouverts à une alliance avec le MSM, avec le
MMM comme senior partner. Nous pouvons envisager de partager
le poste de Premier ministre, mais pas de le céder. Si
Pravin Jugnauth en décide autrement - et je crois qu'il
est en train de préparer l'opinion de son parti à
ce changement - nous allons continuer notre route. Les petits
partis auront leur place à nos côtés dans
le dialogue et sans aucune humiliation.
Vous n'avez pas répondu à la question: Quelle
place sera réservée aux militants dans cette éventuelle
très grande alliance électorale avec ou sans MSM
?
Les militants auront une place de choix dans cette configuration
électorale. Le MMM aujourd'hui, c'est une équipe
de vétérans avec une expérience incontestable,
ayant fait leurs preuves et des jeunes de plus en plus nombreux
et dynamiques.
Hier soir, pour votre fête, vous avez fait monter les
dirigeants du parti sur l'estrade: ils ont tous des cheveux blancs
et un âge certain. Est-ce qu'il n'est pas temps pour le
grand parti de Maurice, comme vous n'arrêtez pas de le dire,
de faire de la place pour des jeunes au sein de sa direction ?
Chacun doit savoir attendre son heure.
Si tous les vétérans font 25 ans de carrière,
comme vous, les jeunes seront des vieux quand leur heure arrivera
rien ne s'obtient sur un plateau au MMM. Un jeune ne peut
pas débarquer et tout obtenir sans avoir fait ses preuves.
Ce n'est pas un crime d'avoir de l'ambition, mais il ne faut pas
qu'elle soit démesurée. Il ne faut pas non plus
prendre tous les vétérans aux cheveux blancs, les
enfermer dans un placard et jeter la clef du cadenas ! Il faut
savoir doser l'expérience des vétérans et
la force de la jeunesse, c'est ce que nous faisons au MMM. Ceux
qui ont démontré leurs qualités occupent
des postes de responsabilités. Moi, en tant que secrétaire
général, j'ai déjà commencé
à préparer la relève au sein des instances
d'organisation du parti. Beaucoup de jeunes ont adhéré
au parti et sont en train de faire leur apprentissage. Mais il
est bon que je dise qu'il n'y a pas de place pour les paresseux
au MMM et que tous doivent donner des résultats. Il faut
apprendre à maîtriser les outils modernes de communication
et faire de la politique autrement. Le spécialiste des
affiches colées que je suis se rend compte qu'il
faut maintenant utiliser l'Internet, le mailing, le portable,
la télévision pour faire campagne. Les jeunes doivent
maîtriser ces nouveaux outils. Nous sommes en train de consolider
notre équipe pour se mettre au travail des que nous aurons
fait parti Navin Ramgoolam.
Seriez-vous disposé, pour donner l'exemple, à
passer la main à Beau-Bassin ?
Je l'ai dit jeudi soir: la prochaine campagne électorale
sera la dernière pour moi. Je reste en selle pour aider
à remettre en place tout ce que nous avions construit et
que l'Alliance sociale est en train de détruire. Il faut
aller reconstruire les institutions du pays, c'est un travail
gigantesque auquel je veux participer. Après ça,
je me retirerai pour céder la place à un autre.
Avez-vous déjà identifié celui qui pourrait
vous remplacer à Beau-Bassin ?
Le numéro 20 n'est pas ma propriété privée
que je peux léguer à qui je veux. Ce n'est pas moi
qui décide des candidatures mais une instance dont je fais
partie et où je m'expliquerai. Il y a des jeunes au sein
du parti qui peuvent prendre la relève, qui ont été
formés pour, mais je ne citerai aucun nom pour des raisons
évidentes.
Vous estimez que votre carrière s'arrête au poste
de secrétaire général, le leadership ne vous
intéresse pas ?
Je n'ai jamais eu d'ambitions démesurées et irréalisables.
Je ne vis pas dans les rêves. Mon parcours au MMM est celui
de quelqu'un qui entre à la police comme constable et qui
après avoir été sergent et surintendant finit,
en fin de parcours, comme Deputy Commissinnor
le poste de Commissioner ne vous intéresse pas
?
Ce n'est pas mon ambition. Je ne dis pas que je ne peux pas faire
le travail, mais je connais mes limites et ne les dépasse
jamais. Je pense être arrivé à mon top et
que surtout j'ai deliver the goods et n'a jamais failli
à mes engagements. Depuis la défaite de juillet
2000 et malgré mes ennuis de santé, je suis déterminé
à tout faire pour que le MMM revienne au pouvoir et que
le pays soit débarrassé de Navin Ramgoolam et des
Travaillistes et de leurs alliés. Nous avons remonté
la pente et terminons 2007 en beauté. 2008 sera une année
importante pour le pays et le MMM.
Le MMM renouvelle son équipe et son fonctionnement,
vous pensez déjà à l'après- Bhagwan
à Beau Bassin. Et l'après-Bérenger est-ce
qu'on y pense dans les instances mauves ?
La question de remplacer Paul qui est actuellement plein de vitalité
et de combativité ne se pose pas
quitte à vous choquer dans votre foi de militant
Rajesh Bhagwan, permettez-moi de vous rappeler que votre leader
n'est pas immortel, donc condamné comme nous tous à
disparaître
la personne qui remplacera Paul Bérenger à
la direction du parti devra être un militant accepté
par tous les militants, possédant les qualités et
le charisme nécessaires.
Cet oiseau extrêmement rare existe-t-il ?
Oui, mais je ne vous dirai pas son nom et il sera nommé
quand le temps sera venu. Mais pour le moment, Paul Bérenger
est là et bien là, en pleine force.
Questions à Johnson Roussety :
"Navin Ramgoolam a fui face à ses responsabilités"
C'est par téléphone, de Rodrigues, que Johnson Roussety,
Chef commissaire de l'Assemblée régionale, a répondu
hier matin à nos questions.
Quel est la raison de la crise qui oppose l'Assemblée
régionale de Rodrigues au gouvernement de Maurice à
travers le Secrétaire financier ?
C'est un problème qui ne date pas d'hier et auquel nous
avons tenté de trouver une solution dans l'intérêt
des pêcheurs Rodriguais. La somme requise n'était
pas exorbitante, Rs 1085 par pêcheur, sur une base humanitaire.
L'Assemblée régionale de Rodrigues a approuvé
une motion pour payer une compensation aux pêcheurs. Cette
décision a été avalisée par le conseil
légal de l'Assemblée régionale avant son
vote et le Financial Secretary a demandé aux fonctionnaires
du ministère des Finances de ne pas l'exécuter.
Il a menacé de les faire révoquer s'ils exécutaient
la décision de l'Assemblée régionale.
On laisse entendre que les pêcheurs vont descendre dans
la rue, lundi, pour manifester. Allez-vous conduire ou suivre
cette manifestation de protestation ?
Je vais être avec les pêcheurs pour continuer à
montrer la solidarité de l'Assemblée régionale.
Nous avions prévu de faire payer cette compensation le
24 décembre, veille de Noël. Ce ne sera pas fait.
Je comprends leur déception et leur mécontentement.
Votre parti, qui avait accueilli en grande pompe Navin Ramgoolam,
à Rodrigues, n'a pas essayé de lui demander de dénouer
la crise ?
Les Rodriguais ont accueilli Navin Ramgoolam comme ils auraient
accueilli n'importe quel Premier ministre. Ils étaient
enthousiastes et avaient confiance. Navin Ramgoolam est absent
du pays, mais avant son départ, il n'a pas voulu répondre
aux messages qui lui ont été envoyés. Il
est au courant de la situation et a fui devant ses responsabilités.
Certains disent, à Maurice, que c'est facile de prendre
des décisions à Rodrigues avec les fonds qui viennent
de Maurice.
Ce ne sont pas les fonds de Maurice, mais ceux de la République
qui sont constitués des taxes payées par les habitants
de l'ensemble du territoire, dont des Rodriguais.
Est-ce que cette crise aurait pu avoir été évitée
?
Nous, à l'Assemblée régionale, nous ne voulions
pas de confrontation. Nous avons tout simplement voté une
mesure d'accompagnement pour venir en aide aux pêcheurs
Rodriguais, comme cela a été fait pour les pêcheurs
avant, comme cela est fait actuellement pour les éleveurs
de porc. La confrontation aurait pu être évitée,
mais nous avons en face de nous des gens qui ne veulent pas comprendre
et qui vous disent que Rodrigues et l'Assemblée régionale
sont un district council. Nous avons le sentiment que certains
à Maurice prennent les Rodriguais pour des citoyens de
deuxième catégorie, pour ne pas dire de catégorie
inférieure.
Cette crise peut remettre en question l'autonomie ?
Je ne le crois pas.
On a parlé dans certains cercles du pouvoir, de la possibilité
de vous faire révoquer par le président de la République.
Si je suis révoqué comme Chef commissaire, je continuerai
à être élu de l'Assemblée régionale
où mon parti détient la majorité. C'est cette
majorité qui aura pour tâche d'élire celui
qui devra remplacer le Chef commissaire révoqué.
Faut-il vous dire qui sera choisi par la majorité pour
occuper les fonctions de Chef commissaire ?
Est-ce que vous liez cette crise au différend que vous
aviez eu avec le ministre des Finances au moment du budget ?
Comment faire autrement quand on se rappelle que le discours du
Budget ne mentionnait même pas Rodrigues et par ailleurs
la manière dont les représentants de l'Assemblée
régionale ont été reçus à l'époque
par le ministre des Finances.
Parler de l'indépendance de Rodrigues, est-ce une menace
ou une forme d'arrogance ?
Ni l'un, ni l'autre. Je crois que face à la manière
dont Rodrigues est traité, il est peut-être temps
de commencer à réfléchir sur cette question.
Tout comme autrefois, d'autres Rodriguais ont commencé
à réfléchir sur l'autonomie. En tout cas,
je peux vous affirmer que beaucoup de Rodriguais utilisent le
terme indépendance ces jours-ci.
Quel va être la suite des événements selon
vous ?
Il y aura la manifestation des pêcheurs que l'on annonce
pour lundi. Par ailleurs, l'Assemblée régionale
va se réunir la semaine prochaine pour étudier la
possibilité de contester légalement la décision
du Secrétaire financier d'interdire la mise en application
d'un vote démocratique de l'Assemblée régionale.