o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 23 décembre 2007



  Faits et effets - Dérives monarchiques
  Humeur - La culture travailliste


Faits et effets...

Dérives monarchiques
Josie Lebrasse


Le phénomène explose même dans les derniers jours de 2007. Nous parlions en septembre de certains comportements qui s'apparentent à ceux des monarques d'un autre temps. Cette semaine encore il y a eu des manifestations de la "monarchisation" du pays. Disons d'abord que la nation ne sait jamais quand le Premier ministre part exactement et à quelle date il rentre précisément, tout étant traité avec le plus grand secret.

Parti le mercredi 5 décembre, le jour de la conclusion de son "mari deal" avec la MSPA, pour Lisbonne participer au sommet Union Européenne/Afrique qui n'a duré qu'un seul jour, le 8 décembre, Navin Ramgoolam n'est rentré au pays que le 12 décembre, selon ce qu'on en sait. Il aurait pu rentrer plus tôt de sa mission mais il y a eu un battement de deux jours inexpliqué sans que personne ne sache s'il a été à Londres ou à Paris en visite officielle ou privée. Même la MBC qui a l'exclusivité des déplacements du Premier ministre comme dans ces dictatures d'un autre siècle a été incapable de dire au grand public quand ses caméras ont arrêté de tourner !

En une semaine de transit au pays, il a quand même eu le temps de fermer le Parlement, d'organiser son dîner diplomatique de fin d'année, de participer à des célébrations, y compris à la State House, marquant la commémoration du 22ème anniversaire de la disparition de Sir Seewoosagur Ramgoolam et de recevoir ses collègues de l'exécutif du Parti Travailliste à Clarisse House, un lieu officiel comme si c'était devenu la dernière taverne du coin où on peut boire et manger alors que le bâtiment du Square Guy Rozemont ou tout autre lieu privé indiqué pour de telles occasions comme les hôtels ou restaurants auraient parfaitement fait l'affaire. Et si les autres partis qui sont représentés à l'Assemblée nationale se mettaient à réclamer pareil privilège pour leurs libations annuelles, que se passerait-il ? Probablement rien. Tout est permis de nos jours, la dérive monarchique l'autorise.

Aucune communication officielle sur la date du départ du Premier ministre et celle de son retour. Mystère et boule de gomme. Le Conseil des ministres s'est réuni jeudi au lieu de vendredi et, selon les plus avisés quant à l'agencement du calendrier de Navin Ramgoolam, c'est jeudi soir qu'il s'est envolé pour Londres. Certains diront qu'il s'agit d'une visite privée. Soit. On n'a pas besoin d'aller prendre l'exemple de Nicolas Sarkozy pour soutenir qu'un chef d'État se doit de révéler les détails de ses déplacements, que ce soit d'ordre officiel ou privé. Nos présidents de la république ont toujours émis des communiqués à l'intention de la presse et du grand public avisant de leur prochaine absence du pays de telle date à telle date, que le déplacement soit à caractère officiel ou privé. C'est la moindre des choses dans une démocratie.

Quel mal il aurait eu à émettre un communiqué indiquant que le Premier ministre sera en vacances du 21 décembre au… 31 décembre ? Il n'y a que dans les monarchies ou les républiques bananières que l'on pense n'avoir aucun compte à rendre ou quelque explication à donner. La bonne gouvernance et la transparence exigent aujourd'hui que le dirigeant d'un pays informe le grand public de ses agissements et de ses déplacements. Mais nous en sommes loin. Ici, c'est la culture du secret qui s'étend et on est encore étonné de dégringoler dans certains classements.

Pour revenir au pique-nique tenu sur le gazon de Clarisse House mercredi dernier, hors de la vue et de l'écoute journalistique, il y aurait eu, selon la communication officielle du Premier ministre, une nouvelle annonce pour épater les troupes, celle de la création d'un comité sur la prescription des terres. Pourquoi enfoncer une porte ouverte ? Pourquoi ne pas donner de suite au Land Restitution Committee sur lequel avaient travaillé l'ancien juge Robert Ahnee, Jyoti Jeetun et l'historien Jocelyn Chan Low au début de 2005 ?

Il y a eu des cas d'abus, d'expropriation et de prescription qui ont privé des familles de leurs biens légitimes. La question a été posée, à deux reprises, au ministre du Logement, Asraf Dulull et il a toujours éludé le sujet. Après un refus de mettre sur pied le Land Restitution Committee et maintes tergiversations et sur l'insistance des députés de l'opposition, il avait finalement annoncé l'émission d'un communiqué visant à inviter ceux qui ont des griefs à se faire connaître à un desk au ministère du Logement. Cela remonte à plusieurs mois mais personne n'a jusqu'ici vu le moindre communiqué et appris que des expropriés avaient pu loger une demande de réparation auprès du ministère du Logement.

Après cette annonce qui ressemble à un gadget de veille de Noël, on ne peut pas ne pas penser aux attentes suscitées par l'adoption du Protection of Borrowers Act, voté dans l'urgence en janvier et censé régler les problèmes des victimes de la vente à la barre. Malgré les mises en garde faites à l'occasion de cette séance spéciale à l'effet qu'il était malhonnête de faire croire à d'ancienne victimes qu'elles étaient couvertes par la nouvelle loi et une suggestion que le texte soit adopté avec un élément rétroactif en attendant que la Cour suprême se prononce, rien. Il fut même demandé lors des débats que des portions de terres de l'État soient mises à la disposition des victimes de la vente à la barre et qu'un Solidarity Fund soit mis sur pied pour leur venir en aide. Toujours rien.

Jusqu'à ce que tout le monde se rende à une évidence : que la loi protège les futurs emprunteurs. C'est alors que Rama Sithanen est venu avec le Solidarity Fund de Rs 100 millions dans le budget du 15 juin mais, à ce jour, aucun sou déboursé. Les annonces, c'est bien pour épater la galerie mais elles doivent toujours être mises en perspective. C'est ce que nous nous plaisons à faire. N'en déplaise…




Humeur

La culture travailliste
Jean-Claude Antoine


Il faut le reconnaître : il existe une culture politique particulière, presqu'une religion au PTr. Ceux qui s'en réclament et la pratiquent croient que leur parti a été créé pour être au pouvoir et eux pour profiter de ses avantages. Quand ils sont dans l'opposition, ça leur arrive, les rouges broient du noir et rongent leur frein en se disant qu'on leur a volé leur bien et en faisant tout pour le récupérer. En se promettant de mettre les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu quand ils quitteront l'opposition pour revenir au pouvoir. Ce rattrapage de temps perdu et de jouissance du pouvoir manqué donne lieu à toutes sortes d'exactions que les Mauriciens sont obligés de subir depuis juillet 2005. Faut-il rappeler les révocations spectaculaires à la tête de certains corps para étatiques et le remplacement des compétences chassées par des parents, agents et autres petits copains dont la qualité principale est d'être viscéralement travailliste ? Faut-il rappeler combien d'institutions marchent au ralenti, ou pas du tout ; combien de projets ont été annulés ; combien d'initiatives mises au frigo pour la simple raison qu'elles ont été imaginées et mises en chantier par le gouvernement précédent ? Faut-il rappeler combien de retard, ou de reculs, ont été enregistrés dans différents secteurs uniquement pour le Prince et ses courtisans fassent la démonstration de leur pouvoir ?

Le mouvement pour la jouissance du pouvoir et de ses avantages semble s'être accéléré ces temps derniers. Comme si les pratiquants de la culture rouge commencent à redouter de perdre leur raison de vivre : le pouvoir. Comme les affamés qui craignent de ne pas pouvoir manger à leur faim demain ils s'entonnent, au risque de s'étouffer, et sont obligés de ravaler leur vomi. C'est ainsi qu'après avoir annoncé en fanfare et avec précipitation qu'il allait importer la farine de la Chine pour ne pas payer les prix demandés par Les Moulins de la Concorde, le ministre Jeetah - qui poursuit sa politique qui consiste à casser les cartels par la pénurie - accorde maintenant la moitié des besoins de Maurice aux mêmes Moulins de la Concorde. Il semblerait que ce soient les tests sur la qualité de la farine chinoise entrepris après l'annonce de la commande qui soient à l'origine de ce revirement spectaculaire et combien travailliste. Tout comme ce discours de Navin Ramgoolam fait lors du dîner travailliste -

retransmis par la MBC - au cours duquel il expliqua sous les applaudissements comment il avait réussi à reprendre " are bann-la " les arpents de terre appartenant à " nou bann ". En oubliant de dire que dans la foulée son gouvernement vient de céder ses actions dans une banque à " bann-la " en toute discrétion. Également travaillistes ces déclarations publiques d'un membre d'un conseil d'administration limogé qui se demande " pour qui se prend le ministre des Finances qui n'est même pas un pur sang travailliste ? " Lequel ministre a répliqué en disant " qu'il avait fait plus pour le parti en deux ans que d'autres en vingt-cinq ans. " En ce disant, Rama Sithanen a démontré que même s'il n'est pas un pur sang rouge il en a tout au moins le ton, le langage et les arguments. Il n'a pas encore répondu à cet ancien ministre récemment réhabilité qui pour montrer patte rouge a déclaré qu'un ministre " ça ferme sa gueule ou lev so paké li allé. " Très fraternels comme toujours ces échanges entre les membres du PTr.

Mais le summum vient, ces jours-ci, des déclarations publiques des élus travaillistes de la municipalité de Quatre-Bornes. Municipalité dont le tout nouveau maire et plusieurs des conseillers ont été arrêtés, interrogés et accusés par l'ICAC de corruption et de trafic d'influence. L'épouse du maire a demandé et obtenu un étal à la foire de Quatre-Bornes. Pour sa défense, le maire, qui a attendu que son parti lui demande de step down pour le faire, déclare qu'il n'est pas au courant de ce que fait son épouse. Un ancien maire, par ailleurs président de la commission des Finances, fait partie des conseillers arrêtés. Il justifie dans la dernière édition du Défi le fait que sa belle-sœur puisse être chômeuse - ce qui lui donne droit d'obtenir un étal municipal - tout en habitant dans un appartement et en se préparant à faire construire une maison dans les quartiers huppés de Quatre-Bornes. Cerise sur le gâteau, l'ancien maire ajoute qu'il ne savait même pas que sa belle-sœur avait postulé pour un étal et ajoute qu'il ne connaît même pas son nom officiel. De quoi se demander si cette ignorance des activités des membres de sa famille est une caractéristique rouge. Ce qui semble l'être en tout cas c'est la solidarité au sein du Ptr. Interrogé sur ce que pense son parti sur cette affaire, ce notable rouge répond ne pas le savoir et ajoute " nou pé débrouille nou difil par nou même. " Encore une illustration de la force de la culture travailliste.





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