Faits et effets
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Dérives monarchiques
Humeur
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La culture travailliste
Faits et effets...
Dérives monarchiques
Le phénomène explose même dans les derniers
jours de 2007. Nous parlions en septembre de certains comportements
qui s'apparentent à ceux des monarques d'un autre temps.
Cette semaine encore il y a eu des manifestations de la "monarchisation"
du pays. Disons d'abord que la nation ne sait jamais quand le
Premier ministre part exactement et à quelle date il rentre
précisément, tout étant traité avec
le plus grand secret.
Parti le mercredi 5 décembre, le jour de la conclusion
de son "mari deal" avec la MSPA, pour Lisbonne participer
au sommet Union Européenne/Afrique qui n'a duré
qu'un seul jour, le 8 décembre, Navin Ramgoolam n'est rentré
au pays que le 12 décembre, selon ce qu'on en sait. Il
aurait pu rentrer plus tôt de sa mission mais il y a eu
un battement de deux jours inexpliqué sans que personne
ne sache s'il a été à Londres ou à
Paris en visite officielle ou privée. Même la MBC
qui a l'exclusivité des déplacements du Premier
ministre comme dans ces dictatures d'un autre siècle a
été incapable de dire au grand public quand ses
caméras ont arrêté de tourner !
En une semaine de transit au pays, il a quand même eu le
temps de fermer le Parlement, d'organiser son dîner diplomatique
de fin d'année, de participer à des célébrations,
y compris à la State House, marquant la commémoration
du 22ème anniversaire de la disparition de Sir Seewoosagur
Ramgoolam et de recevoir ses collègues de l'exécutif
du Parti Travailliste à Clarisse House, un lieu officiel
comme si c'était devenu la dernière taverne du coin
où on peut boire et manger alors que le bâtiment
du Square Guy Rozemont ou tout autre lieu privé indiqué
pour de telles occasions comme les hôtels ou restaurants
auraient parfaitement fait l'affaire. Et si les autres partis
qui sont représentés à l'Assemblée
nationale se mettaient à réclamer pareil privilège
pour leurs libations annuelles, que se passerait-il ? Probablement
rien. Tout est permis de nos jours, la dérive monarchique
l'autorise.
Aucune communication officielle sur la date du départ du
Premier ministre et celle de son retour. Mystère et boule
de gomme. Le Conseil des ministres s'est réuni jeudi au
lieu de vendredi et, selon les plus avisés quant à
l'agencement du calendrier de Navin Ramgoolam, c'est jeudi soir
qu'il s'est envolé pour Londres. Certains diront qu'il
s'agit d'une visite privée. Soit. On n'a pas besoin d'aller
prendre l'exemple de Nicolas Sarkozy pour soutenir qu'un chef
d'État se doit de révéler les détails
de ses déplacements, que ce soit d'ordre officiel ou privé.
Nos présidents de la république ont toujours émis
des communiqués à l'intention de la presse et du
grand public avisant de leur prochaine absence du pays de telle
date à telle date, que le déplacement soit à
caractère officiel ou privé. C'est la moindre des
choses dans une démocratie.
Quel mal il aurait eu à émettre un communiqué
indiquant que le Premier ministre sera en vacances du 21 décembre
au
31 décembre ? Il n'y a que dans les monarchies
ou les républiques bananières que l'on pense n'avoir
aucun compte à rendre ou quelque explication à donner.
La bonne gouvernance et la transparence exigent aujourd'hui que
le dirigeant d'un pays informe le grand public de ses agissements
et de ses déplacements. Mais nous en sommes loin. Ici,
c'est la culture du secret qui s'étend et on est encore
étonné de dégringoler dans certains classements.
Pour revenir au pique-nique tenu sur le gazon de Clarisse House
mercredi dernier, hors de la vue et de l'écoute journalistique,
il y aurait eu, selon la communication officielle du Premier ministre,
une nouvelle annonce pour épater les troupes, celle de
la création d'un comité sur la prescription des
terres. Pourquoi enfoncer une porte ouverte ? Pourquoi ne pas
donner de suite au Land Restitution Committee sur lequel avaient
travaillé l'ancien juge Robert Ahnee, Jyoti Jeetun et l'historien
Jocelyn Chan Low au début de 2005 ?
Il y a eu des cas d'abus, d'expropriation et de prescription qui
ont privé des familles de leurs biens légitimes.
La question a été posée, à deux reprises,
au ministre du Logement, Asraf Dulull et il a toujours éludé
le sujet. Après un refus de mettre sur pied le Land
Restitution Committee et maintes tergiversations et sur l'insistance
des députés de l'opposition, il avait finalement
annoncé l'émission d'un communiqué visant
à inviter ceux qui ont des griefs à se faire connaître
à un desk au ministère du Logement. Cela
remonte à plusieurs mois mais personne n'a jusqu'ici vu
le moindre communiqué et appris que des expropriés
avaient pu loger une demande de réparation auprès
du ministère du Logement.
Après cette annonce qui ressemble à un gadget de
veille de Noël, on ne peut pas ne pas penser aux attentes
suscitées par l'adoption du Protection of Borrowers
Act, voté dans l'urgence en janvier et censé
régler les problèmes des victimes de la vente à
la barre. Malgré les mises en garde faites à l'occasion
de cette séance spéciale à l'effet qu'il
était malhonnête de faire croire à d'ancienne
victimes qu'elles étaient couvertes par la nouvelle loi
et une suggestion que le texte soit adopté avec un élément
rétroactif en attendant que la Cour suprême se prononce,
rien. Il fut même demandé lors des débats
que des portions de terres de l'État soient mises à
la disposition des victimes de la vente à la barre et qu'un
Solidarity Fund soit mis sur pied pour leur venir en aide.
Toujours rien.
Jusqu'à ce que tout le monde se rende à une évidence
: que la loi protège les futurs emprunteurs. C'est alors
que Rama Sithanen est venu avec le Solidarity Fund de Rs
100 millions dans le budget du 15 juin mais, à ce jour,
aucun sou déboursé. Les annonces, c'est bien pour
épater la galerie mais elles doivent toujours être
mises en perspective. C'est ce que nous nous plaisons à
faire. N'en déplaise
Humeur
La culture travailliste
Il faut le reconnaître : il existe une culture politique
particulière, presqu'une religion au PTr. Ceux qui s'en
réclament et la pratiquent croient que leur parti a été
créé pour être au pouvoir et eux pour profiter
de ses avantages. Quand ils sont dans l'opposition, ça
leur arrive, les rouges broient du noir et rongent leur frein
en se disant qu'on leur a volé leur bien et en faisant
tout pour le récupérer. En se promettant de mettre
les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu quand
ils quitteront l'opposition pour revenir au pouvoir. Ce rattrapage
de temps perdu et de jouissance du pouvoir manqué donne
lieu à toutes sortes d'exactions que les Mauriciens sont
obligés de subir depuis juillet 2005. Faut-il rappeler
les révocations spectaculaires à la tête de
certains corps para étatiques et le remplacement des compétences
chassées par des parents, agents et autres petits copains
dont la qualité principale est d'être viscéralement
travailliste ? Faut-il rappeler combien d'institutions marchent
au ralenti, ou pas du tout ; combien de projets ont été
annulés ; combien d'initiatives mises au frigo pour la
simple raison qu'elles ont été imaginées
et mises en chantier par le gouvernement précédent
? Faut-il rappeler combien de retard, ou de reculs, ont été
enregistrés dans différents secteurs uniquement
pour le Prince et ses courtisans fassent la démonstration
de leur pouvoir ?
Le mouvement pour la jouissance du pouvoir et de ses avantages
semble s'être accéléré ces temps derniers.
Comme si les pratiquants de la culture rouge commencent à
redouter de perdre leur raison de vivre : le pouvoir. Comme les
affamés qui craignent de ne pas pouvoir manger à
leur faim demain ils s'entonnent, au risque de s'étouffer,
et sont obligés de ravaler leur vomi. C'est ainsi qu'après
avoir annoncé en fanfare et avec précipitation qu'il
allait importer la farine de la Chine pour ne pas payer les prix
demandés par Les Moulins de la Concorde, le ministre Jeetah
- qui poursuit sa politique qui consiste à casser les cartels
par la pénurie - accorde maintenant la moitié des
besoins de Maurice aux mêmes Moulins de la Concorde. Il
semblerait que ce soient les tests sur la qualité de la
farine chinoise entrepris après l'annonce de la commande
qui soient à l'origine de ce revirement spectaculaire et
combien travailliste. Tout comme ce discours de Navin Ramgoolam
fait lors du dîner travailliste -
retransmis par la MBC - au cours duquel il expliqua sous les applaudissements
comment il avait réussi à reprendre " are bann-la
" les arpents de terre appartenant à " nou bann
". En oubliant de dire que dans la foulée son gouvernement
vient de céder ses actions dans une banque à "
bann-la " en toute discrétion. Également travaillistes
ces déclarations publiques d'un membre d'un conseil d'administration
limogé qui se demande " pour qui se prend le ministre
des Finances qui n'est même pas un pur sang travailliste
? " Lequel ministre a répliqué en disant
" qu'il avait fait plus pour le parti en deux ans que
d'autres en vingt-cinq ans. " En ce disant, Rama Sithanen
a démontré que même s'il n'est pas un pur
sang rouge il en a tout au moins le ton, le langage et les arguments.
Il n'a pas encore répondu à cet ancien ministre
récemment réhabilité qui pour montrer patte
rouge a déclaré qu'un ministre " ça
ferme sa gueule ou lev so paké li allé. "
Très fraternels comme toujours ces échanges entre
les membres du PTr.
Mais le summum vient, ces jours-ci, des déclarations publiques
des élus travaillistes de la municipalité de Quatre-Bornes.
Municipalité dont le tout nouveau maire et plusieurs des
conseillers ont été arrêtés, interrogés
et accusés par l'ICAC de corruption et de trafic d'influence.
L'épouse du maire a demandé et obtenu un étal
à la foire de Quatre-Bornes. Pour sa défense, le
maire, qui a attendu que son parti lui demande de step down
pour le faire, déclare qu'il n'est pas au courant de ce
que fait son épouse. Un ancien maire, par ailleurs président
de la commission des Finances, fait partie des conseillers arrêtés.
Il justifie dans la dernière édition du Défi
le fait que sa belle-sur puisse être chômeuse
- ce qui lui donne droit d'obtenir un étal municipal -
tout en habitant dans un appartement et en se préparant
à faire construire une maison dans les quartiers huppés
de Quatre-Bornes. Cerise sur le gâteau, l'ancien maire ajoute
qu'il ne savait même pas que sa belle-sur avait postulé
pour un étal et ajoute qu'il ne connaît même
pas son nom officiel. De quoi se demander si cette ignorance des
activités des membres de sa famille est une caractéristique
rouge. Ce qui semble l'être en tout cas c'est la solidarité
au sein du Ptr. Interrogé sur ce que pense son parti sur
cette affaire, ce notable rouge répond ne pas le savoir
et ajoute " nou pé débrouille nou difil
par nou même. " Encore une illustration de la force
de la culture travailliste.
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 23 décembre 2007
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