Faits et effets…—Les masques sont tombés
Humeur—La femme de César
Interrogations—Le temps qui court
Faits et effets...
Les masques sont tombés
Les résultats du CPE ont été, comme chaque
année, proclamés. Ce que l'on en retient, c'est
que le taux de réussite a légèrement baissé
en 2007 comparé à 2006. Mais le vrai résultat,
celui dont on n'aime pas trop parler n'est, au final, pas celui
des examens mais du système. Or, cet aspect est toujours
occulté. Chaque année, il y a 40% d'échec
au niveau des 11/12 ans. Certains redoublent, tandis que d'autres,
issus surtout des régions et de familles défavorisées,
fatalistes, abandonnent, estimant que ce système n'est
pas fait pour eux mais pour un certain establishment qui s'est
retrouvé conforté avec son A +.
Ceux qui ont recueilli les impressions des pauvres enfants le
jour de la proclamation des résultats ont dû être
ahuris des confessions de ces pauvres enfants. Qui, pour la plupart,
ont, dans la candeur de leur jeune âge, révélé
qu'ils se levaient à 5 heures du matin et qu'ils ont pris
des leçons même les dimanches pour pouvoir décrocher
ces A + tant convoités qui ouvrent la porte des collèges
dit nationaux. Il y a peu de protestations et cela peut étonner.
Mais cette situation est due au fait que le gouvernement précédent
avait déjà construit de nombreuses écoles
et que le problème de places a été résolu.
Aujourd'hui, le seul fait d'obtenir un collège satisfait
de nombreux parents.
Mais cela ne change rien à la vilenie du système,
à cette compétition féroce devenue encore
plus cruelle depuis que l'Alliance sociale l'a affinée.
Ce gouvernement l'a dit, il n'en a que pour son élite.
C'est ce qui explique aussi que l'attention soutenue aux établissements
des zones d'éducation prioritaire est complètement
retombée et que les progrès qui y sont enregistrés
ne le doivent qu'aux efforts de quelques enseignants, de parents
et de travailleurs sociaux.
Chaque année de CPE qui passe, c'est la reproduction et
la perpétuation d'un gâchis qui distingue à
11 ans ceux qui forment "l'élite" et les autres,
moins performants, stigmatisés sans compter ceux, plus
à plaindre, qui échouent et qui sont susceptibles
de perdre à un très jeune âgé l'estime
de soi qui, elle-même, est porteuse de toutes les dérives.
Les chiffres montrent que la délinquance se rajeunit, que
des crimes jadis impensables sont perpétrés par
des justiciables de plus en plus jeunes.
Au-delà des statistiques effarantes qui suscitent des manifestations
d'étonnement passager, il reste qu'il n'y a aucune réflexion
des autorités publiques sur ce problème et encore
moins une volonté politique d'y remédier pour de
bon, tout n'étant que clientélisme et "nou
dimoune". À qui se fier lorsqu'on a un ministre de
l'Éducation qui a introduit le A + et qui déclare
ensuite que l'on ne peut soumettre les enfants de 11 à
une telle compétition et qui ne donne pas de suite à
ces propos. C'est de l'incohérence érigée
en système de gouvernement. C'est de l'anti-démocratisation
à son comble
Et c'est probablement le même phénomène qui
explique les derniers mouvements de propriétaires d'institutions
bancaires. Le First City Bank, c'était l'histoire d'un
petit pas vers la "démocratisation" des banques
avec un petit entrepreneur en la personne de Harry Sookun, Mauricien
établi à Londres et qui a fait fortune dans le business
des maisons de retraite. Il avait vu trop grand et a dû
vendre ses parts mais la banque a tenu grâce à la
participation de deux institutions publiques, la State Investment
Corporation et la Banque de Développement.
Un dirigeant influent du gouvernement vient de trancher, c'est
le groupe CIEL, dont le grand patron n'est autre que Arnaud Dalais,
celui-là même qui dirigeait les négociations
avec le Premier ministre pour la partie des sucriers qui devient
acquéreur de la FCB avec pour partenaire une firme kenyane.
Il a été préféré à l'autre
prétendant, la British Americain Investment, compagnie
qui a, elle aussi, un pied dans le secteur bancaire avec le rachat
de la South East Asian Bank. Ces deux nouveaux acteurs sont venus
s'ajouter à AfraSia, nouvelle banque du Groupe Mon Loisir
de Thierry Lagesse qui vient tout juste de démarrer ses
activités.
On a beaucoup entendu Cader Sayed Hossen et Nita Deerpalsing gloser
sur la concentration du pouvoir économique, sur le "mari
deal" que le Premier ministre a conclu avec la MSPA mais
tout le monde sait que les activités bancaires sont extrêmement
lucratives. On croyait qu'ils allaient enfourcher leur cheval
de bataille et nous dire qu'il faut "partager et combattre
les accapareurs". Pas un mot sur les nouveaux acteurs
dans le secteur bancaire qui sont déjà à
la tête d'importants conglomérats sucriers, industriels
et fonciers.
Tout le tam-tam avec les sucriers prend, dès lors, sa réelle
dimension. On en a fait un symbole politique avec espoir d'en
tirer des dividendes, avec des affiches sans doute déjà
prêtes pour être collées et tromper le grand
public sur la valeur réelle de la marchandise obtenue.
Beau marché de dupes, comme nous l'avons démontré
la semaine dernière en décortiquant l'accord conclu
que personne n'a vu sauf ceux qui ont eu de longues discussions
dans les bureaux feutrés du Bâtiment du Trésor.
En regardant la séquence des événements,
cela ne fait que confirmer ce que nous disions ici même,
à savoir que nous avons affaire à une bande d'hypocrites,
capables de se gargariser de démocratisation le matin mais
de favoriser les mêmes "accapareurs historiques"
dans un secteur aussi important que celui de la haute finance.
C'est comme casser du capitaliste le matin et aller déguster
de la langouste avec lui le soir tombé loin des yeux indiscrets.
Les masques sont tombés
Humeur
La femme de César
L'ICAC a pour mission d'enquêter sur tout cas de fraude,
de corruption ou d'abus de pouvoir. Ses employés, payés
des deniers publics pour mener la guerre aux corrompus, sont censés
être au-dessus de tout soupçon. Comme la femme de
César de la fameuse maxime latine. Si le nombre d'enquêtes
ouvertes par l'ICAC est impressionnant, on ne peut pas en dire
autant des résultats. Certaines enquêtes découlant
d'affaires qui ont défrayé la chronique depuis des
mois - comme celle impliquant le ministre Dullul dans une histoire
de baux - ne sont toujours pas terminées. Depuis samedi
de la semaine dernière, ce ne sont pas des enquêtes
de l'ICAC dont il est question, mais du comportement d'un des
membres de sa direction. L'hebdomadaire Samedi Plus publie,
le samedi 8 décembre, une enquête mettant en cause
Mme Indira Manrakhan sur des voyages à l'étranger.
Madame Manrakhan avait été la directrice du Economic
Crime Office (ECO), une institution créée sous le
premier gouvernement de Navin Ramgoolam pour lutter contre la
corruption. Certaines actions de l'ECO furent très médiatisées,
comme la convocation de Jayen Cuttaree alors ministre de l'Industrie
et du Commerce dans le cadre de l'affaire Air Mauritius. Cette
convocation qui aurait pu se terminer en arrestation ministérielle
provoqua la dissolution de l'ECO et la révocation de sa
directrice. Quelque temps après les élections de
2001, Mme Manrakhan reprit les allégations contre Jayen
Cuttaree dans une interview radiophonique qui lui valut un procès
pour diffamation qui sera appelé en cour l'année
prochaine. L'ironie de cette histoire réside dans le fait
que c'est l'ancienne directrice de l'ECO, nommée board
member de l'ICAC - avec le changement de gouvernement en 2005
- qui se retrouvera dans le box des accusés.
Mais revenons à l'édition de Samedi Plus
du samedi 8 décembre. L'hebdomadaire publie donc une enquête
sur deux voyages de la board member de l'ICAC. L'hebdomadaire
donne des détails sur l'organisation de ces voyages qui
relèverait, selon les faits qu'il avance, de l'abus de
pouvoir. L'enquête fait le tapage que l'on imagine et il
y a de quoi: si une des board members de l'institution
chargée de combattre et de réprimer la fraude et
la corruption est accusée d'abus de pouvoir, où
allons-nous ? Le directeur de l'ICAC dément l'information
de Samedi Plus et la met sur le compte d'"esprits
machiavéliques" et met "au défi"
de prouver que l'ICAC ne travaille pas dans la transparence. Pour
sa part, Mme Manrakhan dément et qualifie les allégations
de complot contre l'ICAC qui, en ce moment, "is shining
and showing its metal." Mardi, le secrétaire de
l'association Sale by Levy and Injustice dépose une plainte
contre Mme Manrakhan sur la base de l'article publié par
Samedi Plus. Mercredi dernier, la police convoque Rudy
Veeramundar, le rédacteur-en-chef de Samedi Plus.
Après l'épisode des supposés "false
news", toute la profession s'est dit que Rudy Veeramundar
serait arrêté, comme Gérard Cateaux, Annabelle
Vaulbert et Josian Valère deux semaines plus tôt.
À la surprise générale, il sortit libre des
bureaux de la CID. Entre-temps, Mme Manrakhan et l'ICAC avaient
fait servir du papier timbré au propriétaire, au
rédacteur-en-chef et à l'imprimeur de Samedi
Plus pour diffamation. La première réclamant
Rs 25 millions, l'ICAC Rs 15 millions seulement. Comme quoi, la
réputation de l'assesseur de l'ICAC vaut Rs 10 millions
de plus que celle de l'institution elle-même. Tout au moins
selon les estimations des concernés.
Mais me direz-vous pour quelle raison est-ce que Rudy Veramundur
n'a pas été arrêté et traîné
en cour sous l'accusation d'avoir publié des "false
news" sur Mme Manrakhan ? Tout simplement parce qu'il s'est
rendu à la convocation de la police avec un dossier sous
le bras. Un dossier dont certaines pages ont été
publiées dans l'édition d'hier de Samedi Plus.
Un dossier contenant des photocopies de procès verbaux
de réunions de
l'ICAC au cours desquelles l'organisation
des deux voyages de Mme Manrakhan fut remise en question. Parmi
les pièces de ce dossier une réponse plutôt
sèche de Mme Manrakhan informant l'officier de l'ICAC qu'un
officier du Bureau du Premier Ministre approuvait son plan de
voyage. Dans son éditorial qui présente la suite
de l'enquête, Rudy Veeramundar pose une question fondamentale:
comment une institution indépendance comme l'ICAC peut-elle
avoir recours au PMO pour prendre une décision ? Par ailleurs,
comment réconcilier la déclaration du directeur
de l'ICAC affirmant que les allégations de Samedi Plus
étaient des insinuations "d'esprits machiavéliques"
et mettant au défi quiconque de prouver que l'ICAC
n'opère pas dans la transparence et les procès verbaux
de l'institution qu'il dirige sur les désormais fameux
voyages de Mme Manrakhan ? Ces déclarations et les pratiques
révélées par les documents publiés
par Samedi Plus autorisent des questions légitimes
sur le fonctionnement de l'institution responsable de la lutte
contre la fraude et la corruption. Et qui devrait dans ce domaine
donner l'exemple et imposer le respect. Comme la femme de César
Interrogations
Le temps qui court
L'approche de la fin de l'année et de ses fêtes semble,
chaque fois un peu plus, susciter le sentiment d'une incoercible
accélération du temps. Chacun de nous peut ainsi,
invariablement, se surprendre à penser ou à dire
son étonnement de constater à quel point "
l'année a filé ". Minutes, heures, jours, semaines
et mois n'ont en soi pas changé. C'est juste l'intensification
des obligations et sollicitations diverses qui ont intensivement
modifié notre rapport au temps, nous donnant souvent le
sentiment qu'il nous échappe.
Le temps court, le temps presse : cette conscience semble aussi
très diversement perçue au niveau des Etats. C'est
en tout cas ce que nous montre la conférence de Bali qui
s'est achevée ce week-end, conférence
dont l'objectif principal était de tracer une feuille de
route de négociations afin de prolonger au-delà
de 2012 le Protocole de Kyoto, seul outil international pour tenter
de freiner les émissions de gaz à effet de serre,
responsables du réchauffement climatique, à son
tour responsable des dérèglements et catastrophes
dites " naturelles " qui se généralisent
à grande vitesse à travers la planète.
Pendant longtemps, et aujourd'hui encore, alors que les manifestations
dévastatrices du réchauffement de la planète
se multiplient de façon inquiétante et très
déstabilisante tant au point de vue environnemental qu'humain,
des voix continuent à s'élever ici et là
pour taxer ces prévisions d'exagérations, quand
ce n'est de fumisterie pure et simple. Elle a la dent dure, chez
certains, la conception qui persiste à voir les environnementalistes
comme des " écolos " empêcheurs de développer
en rond, avec tout ce que cela peut avoir de péjoratif
et de méprisant. Vision étriquée et dépassée
s'il en est, à l'heure où les événements
ont fini par nous confronter, durement, à la réalisation
que les préoccupations environnementales et écologistes
sont en effet non en antithèse mais bien au cur du
développement. Tant il est vrai qu'on ne peut espérer
de progression, ni humaine, ni sociale, ni économique,
au cur qui, physiquement, concrètement, fiche le
camp.
Mais certains intérêts ont la peau dure. Alors même
qu'au cur de cette conférence a été
placé le très sérieux et scientifique rapport
des experts sur le climat, le GIEC, qui a reçu cette année
le Prix Nobel de la Paix, ex æquo avec l'ancien vice-président
américain Al Gore, la conférence de Bali a buté
sur la ligne directrice d'une baisse, d'ici 2020, de 25 à
40% des émissions de gaz à effet de serre dans les
pays développés. Ce qui a suscité, comme
pour le Protocole de Kyoto, l'opposition des Etats Unis, à
la tête d'un petit groupe de pays industrialisés,
dont le Canada et l'Australie. Quand la puissance prétend
tenir en otage, et hypothéquer, l'avenir de la planète
toute entière
Que pouvons-nous, à notre niveau, face à une telle
situation ? Sommes-nous condamnés à ne faire que
la subir ?
Joël de Rosnay, nouvellement nommé conseiller du Premier
ministre, a dit récemment vouloir développer chez
nous les infotechnologies, les biotechnologies, les écotechnologies.
" Je veux démontrer comment ces nouvelles technologies
sont une chance pour Maurice ", déclare-t-il en
substance. Il faut aussi, insiste Joël de Rosnay, développer
les biocarburants, l'énergie éolienne, l'énergie
des vagues. Domaines dans lesquels Maurice pourrait, pour reprendre
ses termes, " être à la pointe du monde ".
Le défi est passionnant. Encore faut-il se donner les moyens,
conceptuels déjà, de les réaliser. Joël
de Rosnay en a sans aucun doute conscience, lui qui déclarait
dans le même souffle vouloir " aborder la question
de la créativité ". En d'autres mots :
" comment faire pour qu'un pays comme Maurice puisse susciter
sa créativité, quelles sont les barrières
à l'innovation ".
Toute la question, justement est là. Là et dans
notre capacité à voir et envisager au-delà
de l'horizon le plus rapproché. Car grande semble notre
propension à n'envisager les choses même pas dans
le court terme mais carrément dans le terme immédiat.
Comment expliquer autrement cette volonté tous azimuts
de transformer notre île en succession de terrains de golf
? Il n'est pas besoin d'être grand sorcier pour savoir que
ce type de terrains, sans parler de l'utilisation intensive de
pesticides et d'herbicides qu'il nécessite, est aussi et
avant tout un énorme consommateur d'eau. Alors que nous
savons que chez nous comme à l'échelle planétaire,
l'accès à l'eau est déjà et va devenir
davantage au fil des années l'un des défis majeurs
auxquels l'humanité sera confrontée, que faisons-nous
? Nous accordons à tour de bras des permis d'aménagement
de golfs. Aujourd'hui, plus un projet hôtelier ou un développement
de villas de luxe façon IRS ne semble pouvoir se faire
sans avoir " son " golf. Et tournent, partout à
travers l'île, les tourniquets d'arrosage qui abreuvent
allègrement ces fameux greens qui doivent toujours être
plus verts (et plus dotés en trous) que celui du voisin.
Sommes-nous donc incapables de mesurer l'inanité totale
de cette frénésie ? Dans le monde d'Astérix,
les Gaulois ne craignaient qu'une chose : que le ciel leur tombe
sur la tête. Aujourd'hui, nous y sommes. Et faute de détenir
de potion magique, il nous revient de savoir nous prendre en main
de façon plus réfléchie et déterminée.
A propos, savez-vous qui est notre ministre de l'Environnement
?
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 16 décembre 2007
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