Faits et effets
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Tout ça… pour ça !
Humeur
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Le vrai vaincu
Interrogations
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La dénomination créole
Faits et effets...
Tout ça
pour ça !
Disons d'abord qu'après toutes les agressions verbales
qui ont marqué le dossier de la réforme sucrière,
le Premier ministre a eu le ton qu'il fallait, mercredi, pour
présenter à la nation les termes de l'accord que
son gouvernement a conclu avec les sucriers. Pas de dérive
partisane ni de propos enflammé comme ce qui a été
entendu ces derniers temps sur certaines plates-formes dites socioculturelles
et - même de la part de certains partis comme ce "small
player" de l'Alliance sociale dont le leader Rama Valayden
s'est perdu en invectives dimanche dernier à Rose Hill,
pour pourfendre les sucriers et vantant les mérites de
la Barclays, de Rogers et de Beachcomber - mais une allocution
posée et une reconnaissance même de la "bonne
volonté" de la MSPA.
Mais au-delà de la présentation et de l'emballage,
il reste les faits. Et, au fur et à mesure que l'on décortique
le contenu de l'accord, on réalise que l'essentiel de ce
MAAS, tant honni que l'on voulait voir partir en fumée,
reste, pour l'essentiel, parfaitement intact, valable et, au contraire,
canonisé. Contrairement au VRS I, que l'industrie sucrière
a financé de ses fonds propres et des emprunts des banques
commerciales après qu'une ligne de crédit ait été
offerte par la banque de Maurice, c'est, cette fois, l'Union Européenne
qui finance à 75% le coût du VRS 2. Le fameux prix
politique qui est censé imposer des contreparties. Aussi
au vu de ce qui a été agréé, on a
envie de dire tout çà pour çà, tout
ce tapage, toute cette hargne à monter les uns contre les
autres pour, au final, obtenir un accord honorable, certes, pour
les deux parties, mais qui n'est pas celui qu'on attendait compte
tenu des enchères que le gouvernement avait fait monter
sur toute la question.
Pour les terres, on est, en tout cas, loin des 30 000 arpents
évoqués par Somduth Dulthumun, les 10 000 de Krit
Manohur de la Voice of Hindu et les 5 000 que l'un ou l'autre
porte-parole de la commission pour la démocratisation balançait
ici et là. L'offre de 2 000 arpents à être
contrôlés par l'Empowerment Fund est restée
la même. Soit 100 arpents par circonscription, ce qui est
loin d'être un exploit lorsqu'on sait que, mis à
part le deal Illovo, un établissement sucrier comme Médine
a constamment soutenu la municipalité de Beau- Basin/Rose-Hill
dans sa politique sociale et infrastructurelle et le conseil de
district de l'ouest dans la même perspective. Sans que cela
fasse grand bruit.
Pour l'énergie, c'est certainement la grosse déception
non seulement pour Patrick Assirvaden qui a animé plus
d'une émission à la télévision pour
dénoncer le contenu du contrat passé surtout avec
le Centre Thermique de Belle Vue. Et aussi pour le consommateur
qui était l'impression qu'il allait, dès janvier,
payer sa note d'électricité moins chère et
que les deux dernières augmentations depuis juillet 2005,
tout au moins, seraient annulées. Mais non, ce sont des
experts étrangers qui vont venir voir tout ce dossier et
faire des recommandations dont il est difficile aujourd'hui de
dire ce qu'elles seront.
La participation du Sugar Investment Trust qui passe de
20% à 35%, c'est bien mais on a omis, dans un premier temps,
de préciser que ce ne sera pas gratuit mais qu'il faudra
acheter ses actions après évaluation et que ceux
désirant les acquérir pourront quand même
emprunter d'un fonds de Rs 300 millions créé par
Rama Sithanen. Parmi les aspects cachés de l'accord, il
y a aussi l'augmentation du prix du sucre sur le marché
local que ce soit à usage industriel ou domestique. Sans
compter les révélations de notre confrère
Patrick Michel du Mauricien sur les conditions à
satisfaire pour bénéficier pleinement des aides
de l'Union Européenne. Il était manifestement convenu
que ce sont les volets les plus susceptibles de frapper l'imagination
populaire qui ont été l'objet du marketing du Premier
ministre et de son relais la MBC.
Une chose est quand même certaine, c'est que Navin Ramgoolam
s'est amélioré par rapport à 98, année
où il autorisa la vente de Lonrho à Illovo, transaction
assortie d'une exemption fiscale de Rs 198 millions sans aucune
contrepartie et "même pas un petit pot de terre"
comme l'aimait à le rappeler l'ancien député
Veda Baloomoody. Année aussi ou l'accord sur la centrale
de Belle Vue fut conclu et que le chef du gouvernement d'alors
procéda à son inauguration en grande pompe. Au vu
de la tournure des événements, qui sait, peut-être,
que Rama Sithanen, Madan Dulloo et Arvin Boolell, trois élus
de la république, ministres directement concernés
de surcroît, écartés de toutes les discussions
avec la MSPA au profit d'un individu sans mandat populaire en
la personne de Raja Ramdaursing, doivent être en train de
rire sous cape depuis mercredi.
La MSPA, devrait, quant à elle, rapidement changer d'appellation
et de sigle pour ne plus être l'objet de fréquentes
erreurs de déclinaison et être confondue avec la
MSPCA. Dans le contexte de la centralisation et de la diversification,
il sera plus approprié de nommer le regroupement des acteurs
de l'industrie cannière, la Cane Producers Association.
Et adieu vrai lapsus ou déformation délibérée
avec
intention de nuire.
Humeur
Le vrai vaincu
C'est pour mener bataille contre l'injustice et permettre aux
Mauriciens de participer aux profits de la réforme de l'industrie
sucrière que Navin Ramgoolam avait lancé la bataille
les sucriers. Il l'avait en tout cas proclamé.
Ses lieutenants avaient emboîté le pas et justifié,
au nom de la démocratisation de l'économie, le refus
du gouvernement de Navin Ramgoolam de mettre en application le
plan de reforme qu'il avait lui-même présenté
à l'Union Européenne, le fameux MAAS. Le contenu
du plan de réforme préparé par le ministre
de l'Agriculture en collaboration avec tous les concernés
fut dénoncé - avec une virulence qui fut souvent
diffamatoire à l'endroit de certains techniciens - avec
accent mis sur trois points précis. Pour réparer
l'injustice, et autoriser la mise en pratique du MAAS, sujet au
décaissement des fonds de l'Union Européenne il
fallait impérativement que les sucriers donnent des terres
à l'Etat, offrent 40% de l'actionnariat des usines et autres
raffineries et que le contrat des centrales thermiques soit revu
à la baisse. En cours de route, le dossier des métayers
fut ajouté à la liste des conditions impératives.
Dès le départ les sucriers ont offert 2000 arpents
de terre - dont 500 à être donnés par des
sociétés para-étatique - offert un taux d'actions
moins élevé et demandé une expertise indépendante
sur les contrats et profits des centrales thermiques. Navin Ramgoolam
refusa la proposition en disant qu'elle était inacceptable.
Il ajouta même qu'il était disposé à
aller jusqu'au bout, jusqu'à la rédaction d'un autre
MAAS s'il le fallait.
La "bataille" menée par Navin Ramgooolam aura
duré plus de cinq mois. Elle a été alimentée
par des déclarations remettant sans cesse de l'huile sur
le feu reposant sur les "arguments" communaux utilisés
à Maurice lors des campagnes électorales. Une "bataille"
marquée par le silence du secteur sucrier qui a été
pendant des semaines quasiment absent du débat. Cinq mois
plus tard, Navin Ramgoolam vient de déclarer qu'il a gagné
la bataille et remporté une victoire historique. Mais de
quelle victoire est-il question ? Navin Ramgoolam a dû accepter
les 2000 arpents proposés par le secteur sucrier depuis
des semaines et que son conseiller en meetings socioculturels
avait qualifié de "la coque pistache". Il exigeait
que 40% des actions des usines, raffineries et distilleries soient
offertes gratuitement aux employés et planteurs, il n'a
obtenu que 35% qui devront être achetés, pas offerts
gracieusement. Sur la question énergétique le Premier
ministre avait trouvé que les profits des centrales thermiques
étaient "astronomiques" et avait demandé
que les contrats soient revus à la baisse. Les sucriers
avaient demandé un arbitrage indépendant pour étudier
toute la question. Ils ont obtenu gain de cause. Il n'y a rien
dans cet accord - qui aurait pu avoir été signé
il y a plusieurs semaines - qui puisse permettre au Premier ministre
de parler de "victoire historique" et de "bataille
gagnée." En fin de compte, ce sont les sucriers qui
ont eu gain de cause, les grandes lignes de leurs propositions
ayant été plus respectées que les exigences
du Premier ministre et de ses multiples porte-parole. La seule
chose que Navin Ramgoolam a obtenue, ce sont 500 arpents de terre
qui ne seront pas offerts au gouvernement par les corps para-étatiques
mais par le secteur sucrier. Le vrai vaincu de cette fausse bataille
est le pays qui a perdu cinq mois en palabres, connu un climat
social plus que tendu. Le vrai vaincu est un pays qui aurait pu
facilement faire l'économie de cette crise artificielle
et devra mettre les bouchées doubles pour rattraper un
retard de plusieurs mois. Un retard dû aux caprices du prince
désireux de jouer au petit guerrier.
Ce qui vient de se passer ces dernières semaines donne
une indication de ce que les Mauriciens et le pays auront à
subir lors de la prochaine campagne électorale. Au milieu
de son mandat électoral, mandat Navin Ramgoolam n'a pas
hésité à faire - et à autoriser -
des déclarations susceptibles de déclencher une
crise sociale. Pendant cinq mois, les discours, puisant dans le
dictionnaire communal, n'a pas arrêté d'opposer "nou
banne" à "banne la" et à faire référence
aux ancêtres coolies exploités par les ancêtres
colons. Le Premier ministre n'a pas hésité, pour
mener sa "bataille" à bloquer un accord économique
que son propre gouvernement avait signé avec l'Union Européenne.
Si pour gagner 500 arpents, il a été capable de
paralyser économiquement le pays que ne fera-t-il pas pour
tenter de gagner les prochaines élections ?
Interrogations
La dénomination créole
On ne peut, d'entrée de jeu, que constater la rapide montée
en puissance du Festival Créole dont la deuxième
édition s'est achevée aux petites heures ce matin,
avec un calendrier beaucoup plus étoffé que l'an
dernier. Et si l'on peut à nouveau déplorer certains
choix discutables et certaines absences inexplicables au niveau
des participants, force est aussi de reconnaître que le
festival s'est davantage ouvert cette année à des
Mauriciens de toutes ascendances, qui vivent au quotidien la réalité
créole de notre pays. Alors que l'an dernier il était
évident que le Festival Créole était voulu
comme un Festival des Créoles.
N'en demeure pas moins que nous sommes là confrontés
à une double problématique. Celle qui concerne la
réalité créole culturelle et la réalité
créole politique. Une problématique qui se double
aussi de celle qui concerne d'une part l'attention portée
à la construction d'une identité sur le plan interne,
et l'image touristique que nous voulons projeter d'autre part.
Le fait même que ce soit non le ministère des Arts
et de la Culture mais celui du Tourisme qui organise ce Festival
Créole en dit long à ce sujet. La capacité
organisationnelle du dernier nommé mérite, à
n'en pas douter, des lauriers. Et une des grandes réussites
de ce Festival, le Ebony Show présenté à
la Citadelle dimanche dernier, offre une éclatante illustration
de ce dont est capable la créativité mauricienne,
pour peu qu'on soit prêt à lui donner quelques moyens.
Car avec la voix lyrique de Véronique Zuël, le sagaï
roots de Menwar, le blues créole de Triton, les poèmes
de Dev Virahsawmy, la danse métissée de la Art Academy
d'Anna Patten, et la modernité chorégraphique de
Jean-Renat Anamah, le concepteur et chef d'orchestre Sanedhip
Bhimjee a su, au-delà du défilé de mode,
présenter une fort belle conjugaison et déclinaison
d'une certaine identité mauricienne. Et l'on se prend à
rêver, à voir cela, de ce que ces artistes pourraient,
pour peu qu'on leur donne les moyens ici mobilisés, nous
créer pour une célébration du 12 mars enfin
délivrée du sempiternel composite show de
la juxtaposition des cultures
On ne peut par ailleurs occulter le fait que le ministre du Tourisme,
Xavier Duval, est un créole, qui se fait aujourd'hui fort
de se proclamer tel. Et c'est là où la dimension
politique de notre créolité prend toute sa signification.
Compte tenu des récentes et puissantes revendications concernant
l'identité créole, qui entend désormais être
reconnue comme celle des Afro-Mauriciens, l'appellation "créole"
semble vouloir plus que jamais être rattachée, chez
nous, à une réalité ethnique précise.
Une réalité dont le politique a réalisé
qu'il doit la prendre en compte de toute urgence. Car on ne saurait
continuer à ignorer le dénuement réel, le
sentiment d'ostracisme, le statut de laissés-pour-compte
du développement dont une part de notre population estime
être victime en raison de son ascendance africaine. Reste
que ce n'est pas un festival, fut-il exclusivement fait par et
pour des créoles, qui résoudra cela. Ce n'est, au
mieux, qu'une étape, nécessaire, dans une entreprise
de revalorisation identitaire. Mais il en faut, concrètement,
beaucoup plus.
Par ailleurs, il importe de prendre en compte que l'on peut être
de culture créole sans être ethniquement créole.
Et c'est bien, au fond, ce que montre ce festival. Que les Afro-Mauriciens
sont à l'origine de la création d'une langue, d'une
cuisine, d'une musique, d'une danse, bref d'une façon de
vivre qui a été et continue à être
partagée et enrichie par une majorité de Mauriciens,
toutes origines ethniques confondues.
Et la question qui se pose à nous, valeur du jour, peut
se résumer ainsi : comment, aujourd'hui, faire la part
entre une communauté créole qui demande à
être reconnue dans sa spécificité ethnique
(et culturelle) et le reste d'une population mauricienne qui,
culturellement, se vit aussi créole, ne serait-ce qu'à
travers la langue qu'elle utilise quasi unanimement ?
Nous sommes, aujourd'hui, à un carrefour. Comme l'indique
un discours tenu par le Premier ministre le week-end dernier,
où il se dit prêt à accéder à
la demande de la fédération menée par le
Père Grégoire d'ôter, de la Constitution,
la dénomination "Population générale"
pour la remplacer par l'appellation "Créoles et autres
chrétiens".
Va pour Créoles. Grosse interrogation toutefois sur le
"autres chrétiens", tant il peut sembler discutable
de ramener cette identité à une réalité
religieuse, même si l'on reconnaît le rôle indéniable
joué par celle-ci dans le façonnement de l'identité
créole.
Une suggestion : que tout en créant la catégorie
"Créole", l'on n'abolisse pas la catégorie
"Population Générale". Qu'on la conserve
pour que puissent s'y retrouver tous ceux qui ne peuvent ou ne
veulent se reconnaître sous les appellations de Hindous,
Musulmans, Chinois, et Créoles et autres chrétiens.
Qui sait, peut-être qu'un jour les Mauriciens de population
générale auront eux aussi leurs best losers,
en attendant qu'ils deviennent une communauté majoritaire
Quant au Festival, il nous revient de reconnaître que ce
que nous avons vu cette année s'acheminait plus dans le
sens d'un Festival Mauricien qu'un Festival Créole dans
le sens ethnique que semblent désormais vouloir donner
à ce terme des représentants créoles. De
là à se demander si, d'un point de vue touristique,
il ne vaudrait pas mieux faire valoir l'originalité d'un
Festival Mauricien plutôt que de chercher à concurrencer
la quinzaine de Festival Créoles qui existent déjà
à travers le monde
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 9 décembre 2007
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