Faits et effets…—Mari démocratisation…
Humeur—Les deux STC de Rajesh Jeetah
Interrogations —Le droit à la parole
Faits et effets...
Mari démocratisation
C'est au fur et à mesure que l'on comprend ce que le gouvernement
de l'Alliance sociale entend par "démocratisation
de l'économie". La terre dont il est tant question
ces jours-ci semble être d'ailleurs au cur de son
projet. Et vous savez comment on démocratise ces jours-ci
? Eh bien, non pas en donnant aux plus nécessiteux les
moyens de s'en sortir, en octroyant aux familles les plus vulnérables
comme les squatters de Belle Mare et autres familles qui vivent
dans l'extrême précarité l'alternative d'une
autre vie plus décente. Non, cent fois non, on démocratise
en privilégiant "nou dimoune", nos petits copains
et nos agents.
Il y avait eu cette tentative de morceler le Jardin des Pamplemousses
pour en extraire une partie au profit de Lan Hing Choy Ah Fat,
pas encore trésorier du PTr, mais déjà très
influent au sein du Labour et proche du clan boolelliste, pour
un restaurant, projet qui fut vivement combattu au point où
Arvin Boolell dut battre en retraite. Pour revenir sept ans plus
tard en y imposant un accès payant. Nous connaissions déjà
aussi les cas de ces nombreux agents travaillistes qui avaient
obtenu de juteuses portions de terres de l'Etat à la veille
des élections générales du 11 septembre 2000.
Les heureux bénéficiaires, Rajeshwar Indur , empoisonné
au cyanure en 2003, avait demandé un terrain le 7 septembre,
il l'avait obtenu
le 8 septembre, Hemant Kumar Dookun, celui-là
même qui avait, en novembre de l'année dernière,
appelé l'équipe Raddhoa à la rescousse pour
enfermer le jockey Heroldt et le forcer à payer une dette,
s'est vu offrir des baux de l'État le 12 septembre 2000,
après les élections générales qui
avaient signé la débâcle de l'alliance PTr/PMXD,
Rajkumar Aubeeluck, le "Maire" de Beau-Bassin, qui avait
obtenu, le 8 septembre 2000, 3,587 mètres carrés
à Butte à l'Herbe.
Également sur la liste des bénéficiaires
de terrains de l'État avant les élections de 2000,
Jayraj Woochit lui qui a obtenu encore mieux en avril dernier,
l'îlot Gabriel, assorti d'un bail ambigu qui laisse au "promoteur"
le loisir de décider de l'accès payant et du contrôle
du lieu. L'histoire se répète et sous le couvert
de la démocratisation, ce sont les mêmes agents qui
sont en lice pour décrocher le pactole. À déjà
été établi le scandale des terres agricoles
de Triolet "compulsorily acquired" d'individus,
dont des proches de ceux qui travaillent au Prime Minister's Office
qui ont réalisé un véritable jackpot en voyant
grimper le prix de leur terrain de Rs 450 000 à Rs 5 millions
l'arpent.
Une autre pièce a été versée au dossier
du scandale des terres cette semaine avec la question d'Eric Guimbeau
sur une autre affaire, cette fois, à Solitude, mais toujours
dans la circonscription du Premier ministre. Un terrain de 4 arpents
22 est réquisitionné de Harel Frères en 99
pour la construction d'un complexe omnisports. Les choses traînent
eu peu, les propriétaires déclarant litige sur le
montant évalué et ce n'est qu'en 2002 que l'affaire
est réglée devant un Board of Assessment pour la
somme de Rs 8,5 millions. Le terrain est, en 2004, retourné
au ministère des Terres et du Logement. On aurait pu penser
à la relance du projet de complexe sportif ou le démarrage
de tout autre projet social au bénéfice des habitants
de la région.
Mais non, comme par hasard, une compagnie enregistrée le
17 août 2006 la Padkam Investment Holding sait qu'il y a
ce terrain qui dort et, en mars 2007, probablement au même
moment où Jayraj Woochit, le "camarade de plongée"
de Navin Ramgoolam découvrait que l'îlot Gabriel
était à prendre, il fait sa demande pour le terrain
de Solitude en vue d'aménager "un village des entrepreneurs",
en fait, une foire un peu comme celles qui existent dans les
villes, à Quatre-Bornes, par exemple, et dans les villages,
qui sera sous-louée à des occupants.
Padkam, c'est une compagnie avec pour actionnaires deux agents
travaillistes connus du nord, D. Padaruth et N. Oogur. Voilà
ce que nous écrivions, en décembre 2006, sur toute
cette saga des terres aux agents du PTr: "Également
sur la liste des bénéficiaires quelques-uns de ceux
qui s'étaient distingués pour avoir perturbé,
le 24 janvier 97, un meeting du MSM à Triolet et menacé
Sir Anerood Jugnauth au "cutter". Parmi ceux-là,
Parmessur Luchoo, qui a obtenu un bail le 29 août 2000,
Jayraj Woochit, bénéficiaire d'un terrain à
Trio et M. Doorgaparsad qui a obtenu une belle portion sur la
route principale à Grand-Baie non loin de Store 2000. Ceux
qui étaient ensemble à l'occasion de ces incidents
sont D. Padaruth, Purmessur Luchoo, Roopchand Callychurn, Heman
Bangaleea, Jaylall Doorgaparsad, Nemraj Woodhoo et H. Maharun."
Il faut savoir que Heman Bangaleea, employé de Mauritius
Telecom, bénéficiaire de 25 arpents au Morne avait
cédé ses terres à un promoteur étranger
et qu'il avait été l'objet de dénonciations
après le transfert de Rs 150 millions d'une banque suisse
à une institution financière en Grande- Bretagne.
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avait, très solennellement,
annoncé le 5 décembre 2006, en réponse à
une PNQ de Nando Bodha que l'affaire des Rs 150 millions
avait été référé à l'ICAC
mais jusqu'ici, soit une année après, rien.
Tout ceci pour dire que la démocratisation version travailliste,
c'est donner des terres aux petits copains, c'est créer
une compagnie parallèle privée à la STC pour
le trésorier du PTr, en vue d'échapper au contrôle
parlementaire, c'est faire fi des observations de la Cour suprême
et donner un terrain acquis dans l'intérêt public
pour un projet social à un agent politique. Après
Ébène tant décrié où l'on se
bat pour avoir sa portion et Highlands, où on veut créer
une nouvelle ville et Réduit donné pour "di
pain di ber" Rs 100 l'arpent par an à Apollo, toutes
ces terres étant celles du deal Illovo, on peut comprendre
ceux qui émettent des réserves sur la demande de
2 000 arpents au privé. Après l'épisode du
terrain agricole de Solitude acheté avec des fonds publics
pour construire un complexe sportif et qui risque de tomber entre
les mains d'un activiste politique, tous les doutes sont permis
sur la finalité et la réalité des projets
officiels. Mari démocratisation
Humeur
Les deux STC de Rajesh Jeetah
Rajesh Jeetah est porté par un grand rêve: entrer
dans l'histoire du pays comme le ministre qui a pu venir à
bout des cartels. C'est en tout cas le nom qu'il donne aux importateurs
de produits divers et variés qui n'acceptent pas de suivre
ses instructions - d'autres diraient ses ordres - au doigt et
à l'il.
Depuis qu'il a été nommé ministre du Commerce
et de l'Industrie, il fait tout pour réaliser son rêve.
Le problème est qu'il ne suffit pas de le souhaiter pour
le réaliser. Il faut qu'il soit, comme un projet, pertinent,
ayant fait l'objet d'une longue réflexion sur ses conséquences
et ses implications et disposant de personnes compétentes
pour le réaliser. Le problème est que Rajesh Jeetah
décide sans réfléchir et que ceux qui sont
chargés de réaliser son rêve, certains conseillers
et la State Trading Corporation, n'ont ni les compétences
ni le savoir nécessaires. Résultat: toutes les grandes
initiatives de Rajesh Jeetah menée par la STC se terminent
en catastrophe pour le ministre, en pénurie pour le pays
et coûtent cher aux Mauriciens. Le bilan du ministre du
Commerce et de l'Industrie et celui de son bras armé, la
STC, sont lourds d'échecs retentissants. Souvenez-vous
de ces grandes importations pour casser les reins aux cartels
et faire baisser les prix. Le lait Amul n'a jamais été
accepté par les Mauriciens et le stock importé a
dû être distribué dans les institutions charitables.
Le ciment de la STC s'est promené en tête de la rade
pendant des semaines et n'a été débarqué
que bien après les cargaisons attendues normalement. La
gestion du dossier fers de construction par le ministre du Commerce
a poussé Desbro à mettre la clef sous le paillasson,
conduit des dizaines d'employés au chômage, provoqué
une pénurie, un doublement des prix et un marché
noir pendant de longs mois. Plus récemment, il y a eu l'affaire
des gros pois. Ceux importés de Chine par la STC pour contrecarrer
les importateurs traditionnels devant être mis à
tremper trois jours avant la cuisson, on a dû se rabattre
sur le marché malgache pour permettre aux Mauriciens de
fourrer leurs dholl purees et autres faratas de curry de gros
poids.
Quelqu'un disait avec pertinence que Rajesh Jeetah est le contraire
du roi Midas qui transformait en or tout ce qu'il touchait. À
chaque fois que le ministre du Commerce a touché à
un produit, on a eu droit à des pénuries et des
augmentations de prix. Ces échecs répétés
n'ont absolument pas découragé Rajesh Jeetah, comme
le prouve sa toute dernière initiative. Il a décidé
pour éviter une hausse des prix de faire la STC importer
directement la farine d'un mystérieux fournisseur chinois
à un bon prix qui n'a pas été révélé.
On n'a pas davantage de détails sur la qualité de
cette farine et des termes du contrat liant le fournisseur et
l'acheteur. En ce faisant, le ministre Jeetah bypass les
Moulins de la Concorde qui ont été créés
pour effectuer l'importation de cette denrée et l'ont fait
à la satisfaction générale depuis des années.
Probablement à l'insatisfaction du ministre Jeetah ayant
trouvé dans les Moulins un de ces cartels dont il se voudrait
être l'exterminateur. Pour éviter d'être questionné
au Parlement sur cette transaction, le ministre s'est doté
d'un nouvel instrument. Puisque la STC est une société
publique, il a fait créer une société privée
qui a les mêmes objectifs que le corps para étatique,
le même sigle STC (State Trading Company Ltd) et dont le
principal actionnaire est
la même STC. Si quelqu'un
aurait encore des doutes sur les liens unissant les deux STC de
Rajesh Jeetah, qu'il sache que les membres fondateurs de la nouvelle
société sont le directeur de la STC et le conseiller
du ministre du Commerce qui est également le trésorier
du Parti Travailliste. Lequel conseiller avait fait parler de
lui il y a quelques années quand il avait obtenu en location
du ministre de l'Agriculture une parcelle de terre située
au milieu du Jardin de Pamplemousses, ce qui avait soulevé
le tollé qu'on imagine.
Ce sont les rêves qui font avancer l'homme sur le chemin
de la vie. Mais le problème est que ce sont les Mauriciens
qui font les frais des rêves non réalisés
de Rajesh Jeetah. Si la dernière initiative des STC finit
comme celles qui l'ont précédée - et il n'y
a aucune raison pour qu'il en soit autrement - les Mauriciens
risquent de manger du pain et des faratas rassis l'an prochain.
Entre deux pénuries et trois augmentations de prix
Interrogations
Le droit à la parole
On parle beaucoup, ces jours-ci, de liberté d'expression.
La question, pour autant qu'elle concerne la presse, va aussi
bien au-delà. Et l'évoquer est sans aucun doute
primordial, dans ce pays où nous avons un problème
si évident par rapport au dire.
Dans notre île que la petitesse (des frontières s'entend),
peut transformer en formidable ou insoutenable caisse de résonance,
il y a, d'un côté, la paralysie que peut entraîner
la parole, supposée ou réelle, de l'autre. Le fameux
" ki dimunn pu dir ", perspective suffisamment terrifiante,
pour certains, pour justifier d'abandonner, voire de censurer,
toute volonté d'aller au-delà de ce qui est communément
toléré.
De l'autre côté, il y a, chez un grand nombre de
Mauriciens, une vraie difficulté à venir de l'avant
pour dire, difficulté autant liée à certaines
réalités ancestrales et culturelles qu'à
des raisons sociales et politiques. N'ayons pas peur, justement,
de le dire: à Maurice, beaucoup de personnes n'osent exprimer
ouvertement leur opinion car elles craignent d'éventuelles
représailles, exercées sur elles ou des membres
de leur famille. Crainte infondée ? Pas si on sait à
quel point tout, dans ce pays, est politisé, et à
quel point l'exercice du pouvoir est convoité par certains
justement parce qu'il permet d'avoir le bras long. De favoriser
ou victimiser en fonction du support apporté ou non, une
promotion offerte par-ci, un transfert punitif
par là.
Dans ce contexte, la presse mauricienne semble depuis longtemps
avoir bénéficié, auprès du public
local, de l'image de celle qui dit. Pas seulement celle qui apporte
l'information mais aussi celle qui " exprime tout haut ce
que les autres pensent tout bas " pour reprendre la formule
consacrée, celle qui n'hésite pas à donner
de la voix au nom des autres.
À ce chapitre, il est spectaculaire de noter la formidable
libération de parole amenée par la récente
libéralisation des ondes et l'apparition des radios privées.
Depuis, c'est presque à une sorte de défoulement
que l'on peut assister, venant d'auditeurs qui s'emparent de la
parole ainsi ouverte. Une parole qui s'exprime du coup avec une
verve, voire un excès d'autant plus grand qu'elle a longtemps
été contenue. Et qu'elle peut, paradoxalement, se
faire entendre loud and clear tout en gardant une part
d'anonymat. Et l'on peut comprendre que déplaise aux puissants
ce genre de débordements incontrôlables
Il va sans dire que l'on ne peut se permettre de tout dire et
tout écrire sans respect d'un minimum de normes et de règles.
Liberté ne peut en aucun cas vouloir dire licence. À
ce titre, il est significatif de noter qu'à travers le
monde aujourd'hui, de nombreuses voix s'élèvent
pour interroger, voire remettre en question ce qui est considéré
comme le pouvoir de la presse. Ainsi, dans un article intitulé
" The cyber guardians of honest journalism ", publié
dans l'édition du 29 novembre 2007 du New Statesman,
le journaliste John Pilger (connu chez nous pour son récent
documentaire sur les Chagossiens), fait état du fait qu'un
nombre grandissant de personnes utilisent aujourd'hui internet
pour questionner ce qu'ils lisent et voient dans les médias.
Il met ainsi l'accent sur l'existence, depuis 2001, d'un remarquable
website britannique, www.medialens.org, créé et
animé par David Edwards et David Cromwell. Site auquel
la Gandhi Foundation remettra aujourd'hui, 2 décembre,
le prestigieux Gandhi International Peace Award. Site reconnu,
et aujourd'hui consacré, pour avoir permis par exemple
de mettre en lumière, au-delà, voire à la
différence de ce que disaient les medias établis,
de la gravité de la débâcle en Irak et Afghanistan.
Et c'est là justement ce qui est intéressant: c'est
de constater que ce que les citoyens reprochent principalement
aux journalistes, à travers ces forums, c'est d'être
les agents du pouvoir et non du peuple. D'aider à véhiculer
les versions officielles par rapport à la nécessité,
au déroulement et aux conséquences de problèmes,
d'enjeux, voire de guerres.
Aujourd'hui, chez nous, le pouvoir politique reproche paradoxalement
à la presse de lui être trop opposé. Il a
peut-être des raisons de le faire. Mais il devrait peut-être,
aussi, se pencher sur des agissements qui ne contribuent pas à
donner à la population l'impression que son droit à
la parole est suffisamment respecté et encouragé.
Il y a la MBC utilisée comme jamais comme porte-voix exclusif
du gouvernement. Il y a l'affaire Benjamin Rose, le skipper de
Pereybère sauvagement agressé il y a deux semaines,
apparemment parce qu'il manifestait contre l'accès payant
décidé par le promoteur auquel le gouvernement a
choisi d'accorder un bail contesté sur l'îlot Gabriel.
Agression à ce jour impunie, et qui a poussé le
jeune skipper à se retirer de ce combat par peur d'autres
représailles pour lui et sa famille. Et il y a l'affaire
de l'importation, par le ministre des Télécommunications
et de la Technologie informatique, Etienne Sinatambou, d'un appareil
dont il n'est toujours pas très clair s'il est destiné
uniquement à détecter des micros ou s'il permet
également d'écouter des conversations téléphoniques.
Tout cela fait beaucoup pour un gouvernement qui voudrait convaincre
qu'il se bat pour assurer la liberté d'expression et la
libre circulation de l'information, contre une presse qui aurait
elle un agenda caché.
Parfois, on peut se nuire à soi-même mieux que tous
les ennemis. Simplement en montrant à quel point la liberté
de parole insécurise. Se pose alors, immanquablement, la
question du pourquoi ?
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 2 décembre 2007
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