i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 18 novembre 2007



  Jacques d'Unienville, CEO de SUDS—"Les propositions du secteur sucrier sont justes et raisonnables"
  Sandra O'Reilly —"Arrętez de morceler ethniquement notre pays !"


Jacques d'Unienville, CEO de SUDS

"Les propositions du secteur sucrier sont justes et raisonnables"

Notre invité de cette semaine est Jacques d'Unienville Chef Executive Officer de SUDS, qui regroupe les usines sucrières du sud du pays, et membre de la Mauritis Sugar Porducers Association. Au cours de l'interview, qui a été réalisée vendredi matin, il explique les propositions faites au gouvernement par le secteur sucrier pour tenter de trouver une solution à la réforme du secteur sucrier bloqué depuis plusieurs mois. Propositions de la MSPA que le Premier ministre a jugées inacceptables.

Mardi dernier, lors d'une remise de diplômes, vous avez, le ministre Arvind Boolell et vous, plaidé pour la construction d'une meilleure île Maurice. Eu égard à la polémique sur le MAAS qui fait rage, on se demande si pour le secteur privé et le gouvernement les mots qu'ils utilisent respectivement dans leurs déclarations ont-ils le même sens ?

C'est vrai qu'on parle beaucoup depuis cinq, six mois chacun de son côté. Mais il faut reconnaître que pour construire les bases du MAAS, il y a eu des consultations avec tous les stakeholders qui ont été invités à donner leurs opinions et à contribuer pour relever ce défi immense auquel le pays a à faire face. Durant toute cette période de 2004 à 2006, il y a eu des consultations, des sessions de travail avec tous les concernés. Ce qui nous animait, c'était de nous donner les moyens de relever le défi immense auquel nous devons faire face et permettre à l'industrie de se transformer.

À ce moment-là est-ce que les objectifs du secteur sucrier et du gouvernement étaient communs ou est-ce que chacun travaillait dans son coin ?

Bien sûr que les objectifs étaient les mêmes, bien sûr que nous étions en symbiose pour faire face aux challenges. Le prix du sucre allait baisser de 36% et il fallait répondre à cette question fondamentale: quel plan imaginer pour continuer à être compétitif avec les nouvelles données ? Il était indispensable de discuter ensemble des meilleurs moyens pour le faire. C'est sur cette base que le MAAS a été fait et je pense que les différentes mesures proposées dans le document sont bonnes pour atteindre les objectifs visés.

Ces mesures sont bonnes pour le pays, le gouvernement ou le secteur sucrier ?

Nous menons tous le même combat pour atteindre les objectifs fixés

… est-ce que les profits sont les mêmes pour tout le monde ?

L'industrie sucrière a été et est toujours un pilier de l'économie nationale. La société mauricienne s'est beaucoup façonnée autour de cette industrie et même si le sucre a perdu de son poids dans l'économie, il reste quand même des choses fondamentalement importantes au niveau macroéconomique. Le sucre représente quand même plus de 20% des devises qui rentrent dans le pays tous les ans. Enlever cet apport serait provoquer un gros débalancement dans l'économie mauricienne, un débalancement qui serait ressenti par l'ensemble du pays.

Il a été dit et souligné que dans le MAAS la Mauritius Sugar Authority avait pris fait et cause pour la MSPA et qu'ils menaient le même combat.

C'est une déclaration profondément injuste. Le MAAS est le résultat d'un travail énorme au niveau technique qui a été applaudi. Pour ce faire, la MSA ne s'est épargné aucun effort, a travaillé, comme tous les takeholders, de très longues heures pour terminer les propositions à temps. Le défi était de rendre une industrie moribonde compétitive et je crois que ce plan convient à la situation. Tout le travail s'est fait en consultations avec les stakeholders dans l'intérêt du pays et de son avenir et le MSA a fait superbement son travail du point de vue technique.

Vous avez compris pourquoi le gouvernement a remis en cause le MAAS qu'il avait pourtant ratifié et recommandé ?

Des éléments nouveaux sont intervenus dans le débat…

… ces éléments nouveaux sont une demande de plusieurs milliers d'arpents, l'ouverture de l'actionnariat des centrales thermiques et des nouveaux clusters crées par le MAAS. Est-ce que ces nouvelles demandes vous semblent justifiées ?

Je crois que oui. La question des terres est extrêmement importante pour le développement du pays et il faut en parler et trouver des solutions. En ce qui concerne l'ouverture de l'actionnariat, des propositions ont été faites dans ce sens et il faut que tout le monde soit partie prenante pour que nous puissions gagner cette grande bataille de la compétitivité. Ce qui est gênant, c'est la manière dont ces demandes ont été exprimées…

… certains ont parlé de chantage ou de couteau mis sous la gorge du secteur sucrier par le gouvernement…

… il y a du bien-fondé dans ces demandes, c'est l'ordre séquentiel des choses, la manière dont ces demandes ont été exprimées qui gênent et ont été, selon moi, mal faites. On a amené sur le terrain politique le dossier d'une industrie qui fait vivre plus de 60 000 Mauriciens et qui est menacée de disparition. C'est à ce niveau que nous sommes très mal à l'aise.

À ces demandes mal faites, le secteur sucrier a répondu par des propositions que le Premier ministre qualifie d'inacceptables.

Cette nouvelle proposition, nous aurions souhaité la faire directement au Premier ministre pour pouvoir lui en expliquer les détails. Je pense que l'irritation que cette proposition a pu susciter n'aurait pas existé si nous avions pu nous exprimer directement et expliquer le pourquoi de chaque proposition, de notre point de vue. Le gouvernement a relevé qu'au niveau des terres, nous avons demandé que Rose Belle, le SIT et de la SLDC participent à cet effort. Nous avions déjà évoqué cette question avec le ministre de tutelle pour dire que tous ceux qui bénéficieront de l'aide européenne devraient participer à cet effort. C'est dans cette logique que nous avons fait cette demande.

La proposition de la MSPA ayant été jugée inacceptable par le Premier ministre que va-t-il se passer maintenant ?

Il faut répéter que l'enjeu de ce dossier est extrêmement important. Il y a quand même soixante mille personnes qui sont directement ou indirectement affectés par ce qui se passe dans l'industrie sucrière. Nous pensons que nos propositions sont justes et raisonnables en gardant en tête que toute proposition est sujette à des amendements après explications et clarifications. C'est dans le dialogue qu'on peut comprendre le point de vue de l'autre et ses motivations. Le secteur sucrier a fait une proposition honnête qu'elle peut justifier. Nous voudrions savoir ce qui semble inacceptable au gouvernement dans notre proposition et en discuter de vive voix avec lui.

Jusqu'où le secteur sucrier est-il disposé à aller pour régler le dossier du MAAS et quelque part de la paix sociale dans le pays ?

Il y a eu des règles du jeu qui ont été établies et je pense que nous sommes tout à fait dans les paramètres. Je crois qu'il faudra évoluer au sein de ces paramètres.

Est-il possible d'envisager une augmentation du nombre d'arpents passant par exemple de 2 à 3 000 et une plus grande et plus rapide ouverture de l'actionnariat de certaines entreprises par le secteur sucrier pour satisfaire les demandes du gouvernement ?

Il faut quand même respecter certaines règles de bases. Il y a une demande qui a été faite au niveau des terres et nous avons dit que nous étions disposés à offrir un certain nombre d'arpents. Nous sommes disposés à étudier avec le gouvernement les besoins du pays et si cela est nécessaire, nous sommes disposés à participer à des projets. Je rappelle qu'il y a eu dans le passé des projets du gouvernement nécessitant des terres qui ont été soutenus par le secteur privé à la satisfaction des deux partenaires.

Est-ce que cela veut dire, Jacques d'Unienville, que la question des terres est négociable ?

Je vous répondrai que tout est négociable.

Pour le moment, chacune des parties parle séparément, mais ne dialogue pas. Les politiques font des meetings et les représentants du secteur privé des communiqués. Quelle peut être l'évolution de cette situation bloquée ?

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous. Il y a des contacts tous les jours entre le secteur sucrier et l'État qui est un partenaire dans nos activités. On se rencontre avec des cadres des ministères, avec des ministres et on aborde le sujet, donc il y a dialogue et les messages sont envoyés…

… vous disiez cette semaine à une remise de diplômes que vous souhaitez le dialogue et envisager les choses de manière positive. Avez-vous le sentiment que le même état d'esprit règne au gouvernement ?

Je suis sûr qu'il y a beaucoup de Mauriciens qui sont animés par ces mêmes sentiments. Je crois qu'il existe dans notre pays une majorité de personnes qui veulent que la réforme du secteur sucrier soit un succès. Rater les échéances serait catastrophique pour le pays.

Les représentants de l'Union Européenne à Bruxelles et à Maurice multiplient les mises en garde et soulignent le retard de Maurice dans le respect des engagements pris. Nous avons dépassé la date butoir de septembre. Peut-on encore sauver la réforme et appliquer le MAAS avant la fin de décembre ?

Je suis persuadé que si on arrive à un accord, la semaine prochaine, Maurice peut satisfaire tous les engagements pris avec l'Union Européenne. On mettrait les bouchées doubles et avec le génie mauricien, c'est possible…

… c'est vraiment envisageable ou vous rêvez à haute voix, Jacques d'Unienville…

… je me permets de rêver car il faut d'abord rêver pour pouvoir construire, bâtir et avancer positivement. Je suis optimiste parce que nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas réaliser la réforme. Mon optimisme passe, je le reconnais, parfois par des moments difficiles, mais nous n'avons pas le choix. Il ne faut pas oublier que nous avons eu, au cours des dernières années, une remise en question fondamentale de l'industrie sucrière, que des chantiers gigantesques ont été ouverts et que rien que dans le sud, nous sommes passés de 1998 à aujourd'hui, de huit à deux usines sucrières. Il a fallu faire des plans, construire, relever des défis technologiques et commencer à mettre en place l'industrie de la canne de demain. Nous avons un des outils les plus efficients mondialement dans ce secteur et il faut continuer à baisser les coûts tout en augmentant les revenus pour faire face à la baisse des prix. C'est ça la réforme et nous ne pouvons pas la rater.

Abordons la question de la centralisation qui est, selon vos dires, irréversible, mais doit se faire en tenant compte de "la valeur humaine" des employés. Est-ce que toutes les fermetures d'usines vont se faire sur le modèle de ce qui se passe actuellement à St-Félix ?

La bataille pour la compétitivité à gagner passe par la centralisation et la fermeture des petits "outils" comme St-Félix, complètement inadaptés dans le contexte de l'OMC.C'est pour cette raison que nous avons construit des usines plus efficaces dans le cadre d'un plan. Les employés de Mont Trésor et de Riche en Eau vivent, depuis un an, la situation de ceux de St-Félix et attendent la mise en application du blue print qui fait partie de la MAAS.

Je vous parle de la situation actuelle des employés de St Felix pris, selon Paul Bérenger en "otage entre le gouvernement et le secteur sucrier".

Une fermeture d'usine coûte aujourd'hui plus de Rs 200 millions et j'ai sur les bras en tant que responsables de SUDS trois fermetures. Après les efforts de modernisation faits, nous n'avons pas les moyens aujourd'hui, avec les nouvelles conditions économiques qui vont prévaloir, de venir assumer la totalité du package. Nous ne pouvons adopter un traitement préférentiel pour St-Félix en ignorant les employés de Mont Trésor et de Riche en Eau.

Est-ce que ce qui se passe actuellement à St- Félix n'est pas une forme de pression du secteur sucrier pour pousser le gouvernement à accepter ses nouvelles propositions et à appliquer le MAAS ?

Non. Nous avons pris l'engagement dans le cadre de la réforme de participer au blue print de St-Felix dans le cadre d'un deal global. Cette fermeture découle d'une logique économique mûrement réfléchie.

Est-ce qu'en attendant la mise en application du MAAS, qui va permettre les blue print, les travailleurs de St Félix seront payés ?

Des arrangements temporaires ont été mis en place. Mon souhait, c'est d'arriver rapidement à un deal qui va nous permettre de réussir la reforme et de régler tous les problèmes comme cela avait été prévu dans le plan.

Arrivons maintenant à un autre dossier qui fâche entre le secteur sucrier et le gouvernement: celui du profit des centrales thermiques. Le gouvernement révèle que des entreprises engagées dans ce secteur et qui ont investi Rs 250 millions il y a deux ans, font aujourd'hui des profits de Rs 230 millions, ce qui est énorme. Est-ce que ces chiffres sont vrais ?

Les chiffres, communiqués en toute transparence, sont vrais, mais il faut relativiser les choses. Il y a dans l'énorme investissement d'une centrale thermique beaucoup de "non cash items" reconnus au départ qui viennent gonfler la profitabilité. Il y a également eu des circonstances d'opération au départ qui ont été excellentes qui ont fait qu'il y a eu une utilisation beaucoup plus importante que prévu de certaines centrales qui ont fonctionné à 100% alors que l'on n'avait prévu qu'une utilisation de 60% de la capacité.

Quelle est votre réaction à la demande du président du conseil d'administration du CEB de renégocier les contrats avec les centrales thermiques à la baisse ?

Nous sommes dans un partenariat à long terme avec le CEB avec qui nous sommes en dialogue permanent. Par exemple, nous sommes arrivés, dans le dialogue, à des arrangements financiers à partir des problèmes qui ont surgi à la centrale de Savanah. Nous avons payé Rs 20 millions au CEB en assumant nos responsabilités et les termes du contrat qui nous lient. Cela s'est fait dans le cadre d'un dialogue concret avec une certaine flexibilité et sans remettre en cause le contrat qui nous lie avec le CEB. Nous sommes tombés d'accord pour repousser certaines échéances et le début de certaines opérations. On peut trouver des arrangements et des solutions dans le dialogue sans pour autant remettre en cause le contrat qui lie le CEB aux centrales thermiques.

Le président du conseil d'administration du CEB est formel: il demande la renégociation à la baisse des contrats et il est soutenu dans cette démarche par des syndicats et même le Premier ministre.

Je crois qu'il y a un amalgame et que l'on mélange un peu tous les contrats. Un jour on prend un petit bout ici, demain on ajoute un bout de là-bas…

La question est tout simple, Jacques d'Unienville: que répondez-vous à la demande du président du CEB ?

Je réponds qu'on peut discuter et faire des arrangements dans le cadre du contrat. Ces discussions doivent, comment dire, se faire entre partenaires…

… autrement dit, lavons notre bagasse sale entre partenaires au lieu de l'étaler sur la place publique ?

Exactement.

Revenons à la réforme pour terminer. Vous pensez réellement qu'on va pouvoir régler la question sucrière en dépit du fait qu'il est en train d'atteindre une dimension politique avec forte connotation communaliste ?

Honnêtement je le crois, je l'espère. Je pense que nous sommes arrivés au dernier round politique de cette question sucrière, une question surtout économique. Nous sommes rattrapés par la réalité et le temps. Le protocole sucre n'existe plus et les accords politiques arrivent à échéance. L'industrie sucrière doit être libéralisée et doit évoluer par elle-même avec de moins en moins de contraintes sinon elle va disparaître. L'industrie sucrière a une force fantastique dans le monde d'aujourd'hui. Les enjeux planétaires sont l'environnement et l'énergie et la canne à sucre est la plante qui convertit le carbone de la manière la plus efficace qui soit. Avec la bagasse, on a un potentiel de réduire notre dépendance sur le pétrole. On a la possibilité, toujours avec la canne, de produire de l'éthanol. La canne est une plante à utilisation multiple usages et il serait dommage de ne pas utiliser cette ressource formidable alors que le débat mondial tourne autour des questions environnementales et énergétiques. Ce serait une forme d'assassinat de la canne à sucre. Si on ne fait pas attention, on va arriver à cette situation.

Dans votre discours de mardi dernier, vous disiez qu'il fallait arrêter de vivre avec les clichés d'un autre temps. Pourriez-vous préciser votre pensée.

Je suis né après l'indépendance et comme tous ceux de ma génération quand on nous parle d'oligarchie sucrière, ce terme ne me dit pas grand-chose. Nous sommes une société moderne qui a la possibilité et les acquis en termes humains et technologiques pour créer une industrie d'avant-garde afin d'affronter les défis de demain. C'est dommage que l'attention de certains soit plus fixée sur le rétroviseur que vers l'avenir ces jours-ci. Je crois qu'il faut être rationnel. Il y a une mauvaise compréhension des positions des deux parties dans ce débat. Je ne crois pas qu'il y a des différences fondamentales entre nous. Il nous manque un catalyseur pour remettre le tout en marche. Je crois qu'effectivement il est de notre devoir à nous secteur sucrier de mieux expliquer notre position.

Face au langage fort, pour ne pas dire musclé du chef du gouvernement et de ses porte-parole, le secteur sucrier ne réagit pas. Ou quand il prend la parole, c'est avec une telle tiédeur et une telle mollesse que l'on pourrait commencer à croire que finalement Navin Ramgoolam a peut-être raison. Justement pourquoi est-ce que le secteur sucrier est resté aussi longtemps silencieux sur ce dossier ?

Nous avons été silencieux par respect de la négociation que nous menions par ailleurs. Nous pensons que les situations se décantent dans le dialogue autour d'une table. En ce faisant, nous avons peut-être fait des erreurs de communication qui ont été mal interprétées. Aujourd'hui, la situation est différente.

Vous parliez de la nécessité de rêver, tout à l'heure. Pour terminer, je vous invite à imaginer que vous êtes en face du Dr Navin Ramgoolam. Si c'était le cas, que l'auriez-vous dit ?

Je lui dirai qu'il à la possibilité d'être le catalyseur qui peut permettre à la réforme sucrière de réussir. S'il le fait il en portera tout le crédit.


Sandra O'Reilly :

"Arrêtez de morceler ethniquement notre pays !"

Choquée par de récentes déclarations publiques, Sandra O'Reilly réagit. Elle propose également le lancement d'un débat sur internet devant déboucher sur une meilleure condition de vie pour chaque Mauricien.

Vous dites, Sandra O'Reilly, avoir été choquée par de récentes déclarations publiques…

J'ai été profondément choquée par deux déclarations publiques, rapportées dans toute la presse. La première a été faite par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et la deuxième par le prêtre Jocelyn Grégoire. Tous deux ont fait référence à la défense des intérêts de "leur bande". Comment le Premier ministre d'un pays peut-il parler de "so bann" alors qu'il est censé être le représentant de toute la nation ?! Le père Grégoire a utilisé les mêmes termes lors de la réunion de la Fédération des Créoles Mauriciens. Si chacun ne réagit que par rapport à "so bann", quand allons-nous enfin nous comporter comme des Mauriciens à part entière ? Je suis choquée que ces déclarations soient passées presque inaperçues.

On pourrait vous rétorquer que cette situation, que ces mots ne datent pas de ce matin et font partie de la vie mauricienne…

Le fait d'avoir pris de mauvaises habitudes n'implique pas qu'il ne faut pas les changer. Ce n'est pas parce que le discours politique a toujours été dans un sens qu'il faut le maintenir à tout jamais. Face à l'évolution mondiale, Maurice ne peut continuer à vivre comme une nation divisée en petits bouts. Il faut dire aux politiques qui agissent comme des divisionnistes et ne font qu'agrémenter le communalisme : arrêtez de morceler ethniquement notre pays ! Surtout un pays qui va mal car la différence se fait de plus en plus grande entre ceux qui brassent de l'or et ceux qui n'arrivent plus à manger convenablement. Tous les partis politiques et la majeure partie des politiciens sont vieux, rann comme on dit en créole. La plupart des jeunes Mauriciens qui ont étudié, regardent la télévision étrangère, lisent les journaux et surfent sur le net ne pensent plus en termes de nou bann et ont une ouverture d'esprit normale.

On va probablement vous dire que si le système existe encore et si les politiciens sont encore là, en dépit du fait qu'ils soient rann comme vous dites, c'est que les Mauriciens sont quelque part satisfaits…

C'est un problème d'éducation. Tous les Mauriciens n'ont pas eu droit à un même niveau d'éducation et cela continue tout au long de la vie. Ce système d'éducation à plusieurs vitesses est le meilleur moyen de maintenir les Mauriciens dans leurs groupes et permet à ceux d'en haut de les contrôler. On pourrait même se demander si ce système d'éducation n'est pas maintenu pour permettre à ceux d'en haut - forcément mieux éduqués - d'imposer leur volonté à ceux qui sont moins fortunés. Le Mauricien est en général quelqu'un qui s'est toujours satisfait de sa pauvre condition de vie. Il ne sait fonctionner qu'à travers une mentalité d'esclave car il n'a pas accès à une bonne éducation. Il ne connaît pas son pouvoir. Il n'a pas appris à réfléchir, mais se laisse influencer, il se laisse acheter ou se livre à la révolte sur de courtes durées, sans aucune vraie volonté et sans aucune stratégie, ce qui n'arrange pas les choses car cela provoque la violence.

Que faudrait-il faire selon vous pour changer ce système ?

Il faut permettre aux jeunes de s'exprimer. Heureusement, grâce à l'internet et les médias, ils ont une autre vision du monde. Il faut le faire avant qu'ils ne soient récupérés par le système et entrent dans les souliers de leurs parents. Il faut des réformes, de la modernisation, d'autres partis politiques, d'autres dirigeants. Il faut donc un changement en profondeur de toute notre société.

Comment le faire ?

Pour essayer de susciter une réaction et un débat, je propose de lancer une plate-forme de réflexion sur un site internet où tous les Mauriciens, mais plus particulièrement les jeunes, pourraient venir débattre de toutes ces questions, dans le cadre d'échanges constructives pour l'avenir de notre pays. Mais afin de mener à bien ces discussions, je demande à ceux qui voudraient y participer de mettre de côté tout préjugé qui pourrait être néfaste au bon déroulement de cette réflexion et ne garder qu'UN objectif en tête, celui d'une meilleure condition de vie pour chaque Mauricien. Ceux qui sont intéressés peuvent envoyer leurs réflexions à l'adresse suivante : debateducation@yahoo.fr.



i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 18 novembre 2007