Notre invité de cette semaine est Jacques d'Unienville
Chef Executive Officer de SUDS, qui regroupe les usines sucrières
du sud du pays, et membre de la Mauritis Sugar Porducers Association.
Au cours de l'interview, qui a été réalisée
vendredi matin, il explique les propositions faites au gouvernement
par le secteur sucrier pour tenter de trouver une solution à
la réforme du secteur sucrier bloqué depuis plusieurs
mois. Propositions de la MSPA que le Premier ministre a jugées
inacceptables.
Mardi dernier, lors d'une remise de diplômes, vous avez,
le ministre Arvind Boolell et vous, plaidé pour la construction
d'une meilleure île Maurice. Eu égard à la
polémique sur le MAAS qui fait rage, on se demande si pour
le secteur privé et le gouvernement les mots qu'ils utilisent
respectivement dans leurs déclarations ont-ils le même
sens ?
C'est vrai qu'on parle beaucoup depuis cinq, six mois chacun de
son côté. Mais il faut reconnaître que pour
construire les bases du MAAS, il y a eu des consultations avec
tous les stakeholders qui ont été invités
à donner leurs opinions et à contribuer pour relever
ce défi immense auquel le pays a à faire face. Durant
toute cette période de 2004 à 2006, il y a eu des
consultations, des sessions de travail avec tous les concernés.
Ce qui nous animait, c'était de nous donner les moyens
de relever le défi immense auquel nous devons faire face
et permettre à l'industrie de se transformer.
À ce moment-là est-ce que les objectifs du secteur
sucrier et du gouvernement étaient communs ou est-ce que
chacun travaillait dans son coin ?
Bien sûr que les objectifs étaient les mêmes,
bien sûr que nous étions en symbiose pour faire face
aux challenges. Le prix du sucre allait baisser de 36% et il fallait
répondre à cette question fondamentale: quel plan
imaginer pour continuer à être compétitif
avec les nouvelles données ? Il était indispensable
de discuter ensemble des meilleurs moyens pour le faire. C'est
sur cette base que le MAAS a été fait et je pense
que les différentes mesures proposées dans le document
sont bonnes pour atteindre les objectifs visés.
Ces mesures sont bonnes pour le pays, le gouvernement ou le
secteur sucrier ?
Nous menons tous le même combat pour atteindre les objectifs
fixés
est-ce que les profits sont les mêmes pour tout
le monde ?
L'industrie sucrière a été et est toujours
un pilier de l'économie nationale. La société
mauricienne s'est beaucoup façonnée autour de cette
industrie et même si le sucre a perdu de son poids dans
l'économie, il reste quand même des choses fondamentalement
importantes au niveau macroéconomique. Le sucre représente
quand même plus de 20% des devises qui rentrent dans le
pays tous les ans. Enlever cet apport serait provoquer un gros
débalancement dans l'économie mauricienne, un débalancement
qui serait ressenti par l'ensemble du pays.
Il a été dit et souligné que dans le MAAS
la Mauritius Sugar Authority avait pris fait et cause pour la
MSPA et qu'ils menaient le même combat.
C'est une déclaration profondément injuste. Le MAAS
est le résultat d'un travail énorme au niveau technique
qui a été applaudi. Pour ce faire, la MSA ne s'est
épargné aucun effort, a travaillé, comme
tous les takeholders, de très longues heures pour terminer
les propositions à temps. Le défi était de
rendre une industrie moribonde compétitive et je crois
que ce plan convient à la situation. Tout le travail s'est
fait en consultations avec les stakeholders dans l'intérêt
du pays et de son avenir et le MSA a fait superbement son travail
du point de vue technique.
Vous avez compris pourquoi le gouvernement a remis en cause
le MAAS qu'il avait pourtant ratifié et recommandé
?
Des éléments nouveaux sont intervenus dans le débat
ces éléments nouveaux sont une demande
de plusieurs milliers d'arpents, l'ouverture de l'actionnariat
des centrales thermiques et des nouveaux clusters crées
par le MAAS. Est-ce que ces nouvelles demandes vous semblent justifiées
?
Je crois que oui. La question des terres est extrêmement
importante pour le développement du pays et il faut en
parler et trouver des solutions. En ce qui concerne l'ouverture
de l'actionnariat, des propositions ont été faites
dans ce sens et il faut que tout le monde soit partie prenante
pour que nous puissions gagner cette grande bataille de la compétitivité.
Ce qui est gênant, c'est la manière dont ces demandes
ont été exprimées
certains ont parlé de chantage ou de couteau
mis sous la gorge du secteur sucrier par le gouvernement
il y a du bien-fondé dans ces demandes, c'est l'ordre
séquentiel des choses, la manière dont ces demandes
ont été exprimées qui gênent et ont
été, selon moi, mal faites. On a amené sur
le terrain politique le dossier d'une industrie qui fait vivre
plus de 60 000 Mauriciens et qui est menacée de disparition.
C'est à ce niveau que nous sommes très mal à
l'aise.
À ces demandes mal faites, le secteur sucrier a répondu
par des propositions que le Premier ministre qualifie d'inacceptables.
Cette nouvelle proposition, nous aurions souhaité la faire
directement au Premier ministre pour pouvoir lui en expliquer
les détails. Je pense que l'irritation que cette proposition
a pu susciter n'aurait pas existé si nous avions pu nous
exprimer directement et expliquer le pourquoi de chaque proposition,
de notre point de vue. Le gouvernement a relevé qu'au niveau
des terres, nous avons demandé que Rose Belle, le SIT et
de la SLDC participent à cet effort. Nous avions déjà
évoqué cette question avec le ministre de tutelle
pour dire que tous ceux qui bénéficieront de l'aide
européenne devraient participer à cet effort. C'est
dans cette logique que nous avons fait cette demande.
La proposition de la MSPA ayant été jugée
inacceptable par le Premier ministre que va-t-il se passer maintenant
?
Il faut répéter que l'enjeu de ce dossier est extrêmement
important. Il y a quand même soixante mille personnes qui
sont directement ou indirectement affectés par ce qui se
passe dans l'industrie sucrière. Nous pensons que nos propositions
sont justes et raisonnables en gardant en tête que toute
proposition est sujette à des amendements après
explications et clarifications. C'est dans le dialogue qu'on peut
comprendre le point de vue de l'autre et ses motivations. Le secteur
sucrier a fait une proposition honnête qu'elle peut justifier.
Nous voudrions savoir ce qui semble inacceptable au gouvernement
dans notre proposition et en discuter de vive voix avec lui.
Jusqu'où le secteur sucrier est-il disposé à
aller pour régler le dossier du MAAS et quelque part de
la paix sociale dans le pays ?
Il y a eu des règles du jeu qui ont été établies
et je pense que nous sommes tout à fait dans les paramètres.
Je crois qu'il faudra évoluer au sein de ces paramètres.
Est-il possible d'envisager une augmentation du nombre d'arpents
passant par exemple de 2 à 3 000 et une plus grande et
plus rapide ouverture de l'actionnariat de certaines entreprises
par le secteur sucrier pour satisfaire les demandes du gouvernement
?
Il faut quand même respecter certaines règles de
bases. Il y a une demande qui a été faite au niveau
des terres et nous avons dit que nous étions disposés
à offrir un certain nombre d'arpents. Nous sommes disposés
à étudier avec le gouvernement les besoins du pays
et si cela est nécessaire, nous sommes disposés
à participer à des projets. Je rappelle qu'il y
a eu dans le passé des projets du gouvernement nécessitant
des terres qui ont été soutenus par le secteur privé
à la satisfaction des deux partenaires.
Est-ce que cela veut dire, Jacques d'Unienville, que la question
des terres est négociable ?
Je vous répondrai que tout est négociable.
Pour le moment, chacune des parties parle séparément,
mais ne dialogue pas. Les politiques font des meetings et les
représentants du secteur privé des communiqués.
Quelle peut être l'évolution de cette situation bloquée
?
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous. Il y a des
contacts tous les jours entre le secteur sucrier et l'État
qui est un partenaire dans nos activités. On se rencontre
avec des cadres des ministères, avec des ministres et on
aborde le sujet, donc il y a dialogue et les messages sont envoyés
vous disiez cette semaine à une remise de diplômes
que vous souhaitez le dialogue et envisager les choses de manière
positive. Avez-vous le sentiment que le même état
d'esprit règne au gouvernement ?
Je suis sûr qu'il y a beaucoup de Mauriciens qui sont animés
par ces mêmes sentiments. Je crois qu'il existe dans notre
pays une majorité de personnes qui veulent que la réforme
du secteur sucrier soit un succès. Rater les échéances
serait catastrophique pour le pays.
Les représentants de l'Union Européenne à
Bruxelles et à Maurice multiplient les mises en garde et
soulignent le retard de Maurice dans le respect des engagements
pris. Nous avons dépassé la date butoir de septembre.
Peut-on encore sauver la réforme et appliquer le MAAS avant
la fin de décembre ?
Je suis persuadé que si on arrive à un accord, la
semaine prochaine, Maurice peut satisfaire tous les engagements
pris avec l'Union Européenne. On mettrait les bouchées
doubles et avec le génie mauricien, c'est possible
c'est vraiment envisageable ou vous rêvez à
haute voix, Jacques d'Unienville
je me permets de rêver car il faut d'abord rêver
pour pouvoir construire, bâtir et avancer positivement.
Je suis optimiste parce que nous ne pouvons pas nous permettre
de ne pas réaliser la réforme. Mon optimisme passe,
je le reconnais, parfois par des moments difficiles, mais nous
n'avons pas le choix. Il ne faut pas oublier que nous avons eu,
au cours des dernières années, une remise en question
fondamentale de l'industrie sucrière, que des chantiers
gigantesques ont été ouverts et que rien que dans
le sud, nous sommes passés de 1998 à aujourd'hui,
de huit à deux usines sucrières. Il a fallu faire
des plans, construire, relever des défis technologiques
et commencer à mettre en place l'industrie de la canne
de demain. Nous avons un des outils les plus efficients mondialement
dans ce secteur et il faut continuer à baisser les coûts
tout en augmentant les revenus pour faire face à la baisse
des prix. C'est ça la réforme et nous ne pouvons
pas la rater.
Abordons la question de la centralisation qui est, selon vos
dires, irréversible, mais doit se faire en tenant compte
de "la valeur humaine" des employés. Est-ce
que toutes les fermetures d'usines vont se faire sur le modèle
de ce qui se passe actuellement à St-Félix ?
La bataille pour la compétitivité à gagner
passe par la centralisation et la fermeture des petits "outils"
comme St-Félix, complètement inadaptés dans
le contexte de l'OMC.C'est pour cette raison que nous avons construit
des usines plus efficaces dans le cadre d'un plan. Les employés
de Mont Trésor et de Riche en Eau vivent, depuis un an,
la situation de ceux de St-Félix et attendent la mise en
application du blue print qui fait partie de la MAAS.
Je vous parle de la situation actuelle des employés
de St Felix pris, selon Paul Bérenger en "otage
entre le gouvernement et le secteur sucrier".
Une fermeture d'usine coûte aujourd'hui plus de Rs 200 millions
et j'ai sur les bras en tant que responsables de SUDS trois fermetures.
Après les efforts de modernisation faits, nous n'avons
pas les moyens aujourd'hui, avec les nouvelles conditions économiques
qui vont prévaloir, de venir assumer la totalité
du package. Nous ne pouvons adopter un traitement préférentiel
pour St-Félix en ignorant les employés de Mont Trésor
et de Riche en Eau.
Est-ce que ce qui se passe actuellement à St- Félix
n'est pas une forme de pression du secteur sucrier pour pousser
le gouvernement à accepter ses nouvelles propositions et
à appliquer le MAAS ?
Non. Nous avons pris l'engagement dans le cadre de la réforme
de participer au blue print de St-Felix dans le cadre d'un
deal global. Cette fermeture découle d'une logique
économique mûrement réfléchie.
Est-ce qu'en attendant la mise en application du MAAS, qui
va permettre les blue print, les travailleurs de St Félix
seront payés ?
Des arrangements temporaires ont été mis en place.
Mon souhait, c'est d'arriver rapidement à un deal
qui va nous permettre de réussir la reforme et de régler
tous les problèmes comme cela avait été prévu
dans le plan.
Arrivons maintenant à un autre dossier qui fâche
entre le secteur sucrier et le gouvernement: celui du profit des
centrales thermiques. Le gouvernement révèle que
des entreprises engagées dans ce secteur et qui ont investi
Rs 250 millions il y a deux ans, font aujourd'hui des profits
de Rs 230 millions, ce qui est énorme. Est-ce que ces chiffres
sont vrais ?
Les chiffres, communiqués en toute transparence, sont vrais,
mais il faut relativiser les choses. Il y a dans l'énorme
investissement d'une centrale thermique beaucoup de "non
cash items" reconnus au départ qui viennent gonfler
la profitabilité. Il y a également eu des circonstances
d'opération au départ qui ont été
excellentes qui ont fait qu'il y a eu une utilisation beaucoup
plus importante que prévu de certaines centrales qui ont
fonctionné à 100% alors que l'on n'avait prévu
qu'une utilisation de 60% de la capacité.
Quelle est votre réaction à la demande du président
du conseil d'administration du CEB de renégocier les contrats
avec les centrales thermiques à la baisse ?
Nous sommes dans un partenariat à long terme avec le CEB
avec qui nous sommes en dialogue permanent. Par exemple, nous
sommes arrivés, dans le dialogue, à des arrangements
financiers à partir des problèmes qui ont surgi
à la centrale de Savanah. Nous avons payé Rs 20
millions au CEB en assumant nos responsabilités et les
termes du contrat qui nous lient. Cela s'est fait dans le cadre
d'un dialogue concret avec une certaine flexibilité et
sans remettre en cause le contrat qui nous lie avec le CEB. Nous
sommes tombés d'accord pour repousser certaines échéances
et le début de certaines opérations. On peut trouver
des arrangements et des solutions dans le dialogue sans pour autant
remettre en cause le contrat qui lie le CEB aux centrales thermiques.
Le président du conseil d'administration du CEB est
formel: il demande la renégociation à la baisse
des contrats et il est soutenu dans cette démarche par
des syndicats et même le Premier ministre.
Je crois qu'il y a un amalgame et que l'on mélange un peu
tous les contrats. Un jour on prend un petit bout ici, demain
on ajoute un bout de là-bas
La question est tout simple, Jacques d'Unienville: que répondez-vous
à la demande du président du CEB ?
Je réponds qu'on peut discuter et faire des arrangements
dans le cadre du contrat. Ces discussions doivent, comment dire,
se faire entre partenaires
autrement dit, lavons notre bagasse sale entre partenaires
au lieu de l'étaler sur la place publique ?
Exactement.
Revenons à la réforme pour terminer. Vous pensez
réellement qu'on va pouvoir régler la question sucrière
en dépit du fait qu'il est en train d'atteindre une dimension
politique avec forte connotation communaliste ?
Honnêtement je le crois, je l'espère. Je pense que
nous sommes arrivés au dernier round politique de cette
question sucrière, une question surtout économique.
Nous sommes rattrapés par la réalité et le
temps. Le protocole sucre n'existe plus et les accords politiques
arrivent à échéance. L'industrie sucrière
doit être libéralisée et doit évoluer
par elle-même avec de moins en moins de contraintes sinon
elle va disparaître. L'industrie sucrière a une force
fantastique dans le monde d'aujourd'hui. Les enjeux planétaires
sont l'environnement et l'énergie et la canne à
sucre est la plante qui convertit le carbone de la manière
la plus efficace qui soit. Avec la bagasse, on a un potentiel
de réduire notre dépendance sur le pétrole.
On a la possibilité, toujours avec la canne, de produire
de l'éthanol. La canne est une plante à utilisation
multiple usages et il serait dommage de ne pas utiliser cette
ressource formidable alors que le débat mondial tourne
autour des questions environnementales et énergétiques.
Ce serait une forme d'assassinat de la canne à sucre. Si
on ne fait pas attention, on va arriver à cette situation.
Dans votre discours de mardi dernier, vous disiez qu'il fallait
arrêter de vivre avec les clichés d'un autre temps.
Pourriez-vous préciser votre pensée.
Je suis né après l'indépendance et comme
tous ceux de ma génération quand on nous parle d'oligarchie
sucrière, ce terme ne me dit pas grand-chose. Nous sommes
une société moderne qui a la possibilité
et les acquis en termes humains et technologiques pour créer
une industrie d'avant-garde afin d'affronter les défis
de demain. C'est dommage que l'attention de certains soit plus
fixée sur le rétroviseur que vers l'avenir ces jours-ci.
Je crois qu'il faut être rationnel. Il y a une mauvaise
compréhension des positions des deux parties dans ce débat.
Je ne crois pas qu'il y a des différences fondamentales
entre nous. Il nous manque un catalyseur pour remettre le tout
en marche. Je crois qu'effectivement il est de notre devoir à
nous secteur sucrier de mieux expliquer notre position.
Face au langage fort, pour ne pas dire musclé du chef
du gouvernement et de ses porte-parole, le secteur sucrier ne
réagit pas. Ou quand il prend la parole, c'est avec une
telle tiédeur et une telle mollesse que l'on pourrait commencer
à croire que finalement Navin Ramgoolam a peut-être
raison. Justement pourquoi est-ce que le secteur sucrier est resté
aussi longtemps silencieux sur ce dossier ?
Nous avons été silencieux par respect de la négociation
que nous menions par ailleurs. Nous pensons que les situations
se décantent dans le dialogue autour d'une table. En ce
faisant, nous avons peut-être fait des erreurs de communication
qui ont été mal interprétées. Aujourd'hui,
la situation est différente.
Vous parliez de la nécessité de rêver,
tout à l'heure. Pour terminer, je vous invite à
imaginer que vous êtes en face du Dr Navin Ramgoolam. Si
c'était le cas, que l'auriez-vous dit ?
Je lui dirai qu'il à la possibilité d'être
le catalyseur qui peut permettre à la réforme sucrière
de réussir. S'il le fait il en portera tout le crédit.
Sandra O'Reilly :
"Arrêtez de morceler ethniquement notre pays !"
Choquée par de récentes déclarations publiques,
Sandra O'Reilly réagit. Elle propose également le
lancement d'un débat sur internet devant déboucher
sur une meilleure condition de vie pour chaque Mauricien.
Vous dites, Sandra O'Reilly, avoir été choquée
par de récentes déclarations publiques
J'ai été profondément choquée par
deux déclarations publiques, rapportées dans toute
la presse. La première a été faite par le
Premier ministre, Navin Ramgoolam, et la deuxième par le
prêtre Jocelyn Grégoire. Tous deux ont fait référence
à la défense des intérêts de "leur
bande". Comment le Premier ministre d'un pays peut-il parler
de "so bann" alors qu'il est censé être
le représentant de toute la nation ?! Le père Grégoire
a utilisé les mêmes termes lors de la réunion
de la Fédération des Créoles Mauriciens.
Si chacun ne réagit que par rapport à "so bann",
quand allons-nous enfin nous comporter comme des Mauriciens à
part entière ? Je suis choquée que ces déclarations
soient passées presque inaperçues.
On pourrait vous rétorquer que cette situation, que
ces mots ne datent pas de ce matin et font partie de la vie mauricienne
Le fait d'avoir pris de mauvaises habitudes n'implique pas qu'il
ne faut pas les changer. Ce n'est pas parce que le discours politique
a toujours été dans un sens qu'il faut le maintenir
à tout jamais. Face à l'évolution mondiale,
Maurice ne peut continuer à vivre comme une nation divisée
en petits bouts. Il faut dire aux politiques qui agissent comme
des divisionnistes et ne font qu'agrémenter le communalisme
: arrêtez de morceler ethniquement notre pays ! Surtout
un pays qui va mal car la différence se fait de plus en
plus grande entre ceux qui brassent de l'or et ceux qui n'arrivent
plus à manger convenablement. Tous les partis politiques
et la majeure partie des politiciens sont vieux, rann comme
on dit en créole. La plupart des jeunes Mauriciens qui
ont étudié, regardent la télévision
étrangère, lisent les journaux et surfent sur le
net ne pensent plus en termes de nou bann et ont une ouverture
d'esprit normale.
On va probablement vous dire que si le système existe
encore et si les politiciens sont encore là, en dépit
du fait qu'ils soient rann comme vous dites, c'est que
les Mauriciens sont quelque part satisfaits
C'est un problème d'éducation. Tous les Mauriciens
n'ont pas eu droit à un même niveau d'éducation
et cela continue tout au long de la vie. Ce système d'éducation
à plusieurs vitesses est le meilleur moyen de maintenir
les Mauriciens dans leurs groupes et permet à ceux d'en
haut de les contrôler. On pourrait même se demander
si ce système d'éducation n'est pas maintenu pour
permettre à ceux d'en haut - forcément mieux éduqués
- d'imposer leur volonté à ceux qui sont moins fortunés.
Le Mauricien est en général quelqu'un qui s'est
toujours satisfait de sa pauvre condition de vie. Il ne sait fonctionner
qu'à travers une mentalité d'esclave car il n'a
pas accès à une bonne éducation. Il ne connaît
pas son pouvoir. Il n'a pas appris à réfléchir,
mais se laisse influencer, il se laisse acheter ou se livre à
la révolte sur de courtes durées, sans aucune vraie
volonté et sans aucune stratégie, ce qui n'arrange
pas les choses car cela provoque la violence.
Que faudrait-il faire selon vous pour changer ce système
?
Il faut permettre aux jeunes de s'exprimer. Heureusement, grâce
à l'internet et les médias, ils ont une autre vision
du monde. Il faut le faire avant qu'ils ne soient récupérés
par le système et entrent dans les souliers de leurs parents.
Il faut des réformes, de la modernisation, d'autres partis
politiques, d'autres dirigeants. Il faut donc un changement en
profondeur de toute notre société.
Comment le faire ?
Pour essayer de susciter une réaction et un débat,
je propose de lancer une plate-forme de réflexion sur un
site internet où tous les Mauriciens, mais plus particulièrement
les jeunes, pourraient venir débattre de toutes ces questions,
dans le cadre d'échanges constructives pour l'avenir de
notre pays. Mais afin de mener à bien ces discussions,
je demande à ceux qui voudraient y participer de mettre
de côté tout préjugé qui pourrait être
néfaste au bon déroulement de cette réflexion
et ne garder qu'UN objectif en tête, celui d'une meilleure
condition de vie pour chaque Mauricien. Ceux qui sont intéressés
peuvent envoyer leurs réflexions à l'adresse suivante
: debateducation@yahoo.fr.