À huit mois de l'entrée en vigueur des recommandations
du Pay Research Bureau (PRB) pour les employés du
service civil et de corps para-étatiques, les principaux
paramètres financiers commencent à être établis.
C'est du moins ce qu'avancent des milieux proches de cette institution
au fur et à mesure que les échéances se précisent.
Techniquement, la direction générale du PRB se prépare
à soumettre son rapport au gouvernement au mois de mai
de l'année prochaine afin que les nouveaux barèmes
salariaux soient mis en application à partir du 1er juillet
de l'année prochaine et les nouvelles conditions de service
à partir du 1er août prochain. Déjà,
les dents commencent à grincer devant l'éventualité
que la formule adoptée pour les conditions de service à
la Mauritius Revenue Authority (MRA) soit étendue à
l'ensemble de la fonction publique avec l'abolition des passage
benefits ou encore des duty free concessions pour les
voitures et le remboursement des congés et leur remplacement
par une valeur monétaire mensuelle.
Avec les exercices de job evaluations bien avancés
et la majorité des syndicats de la fonction publique et
des corps para-étatiques déjà entendus formellement
par le PRB, les indications sont que pour chaque 1% d'augmentation
des salaires à partir du 1er juillet 2008, le vice-Premier
ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, devra prévoir
une somme supplémentaire de Rs 200 millions dans le budget.
Cette indication émanerait officiellement du PRB. Ainsi,
pour une moyenne d'augmentation de l'ordre de 10%, il faudra aller
chercher dans la fourchette de Rs 1,9 à Rs 2 milliards
annuellement.
À ce jour, le PRB ne dispose encore de directives précises
quant à sa marge de manuvre financière pour
compléter les exercices de simulation. En effet, le calendrier
de travail prévoit que le coût global du rapport
du PRB ne sera connu qu'en février de l'année prochaine.
À cette période, la direction générale
du PRB aura des séances de travail avec le vice-Premier
ministre et ministre des Finances au sujet de l'enveloppe financière
qui devrait être allouée pour l'exercice de révision
des salaires et conditions de service.
Avec ces indications, le PRB entamera la phase décisive
de la rédaction de son rapport jusqu'à sa publication
en mai de l'année prochaine. Les recommandations du PRB
apporteront d'importantes modifications dans les salaires et conditions
de service des fonctionnaires et des employés des corps
para-étatiques. D'abord, il est plus que certain qu'une
formule de pension contributive entrera en vigueur, comme c'est
le cas pour les employés du secteur privé avec le
National Pensions Fund.
Cette pension contributive dans le service civil et les corps
para-étatiques sera à hauteur de 18% des salaires,
avec une contribution de 6% pour les employés et les 12%
restants pour le compte de l'employeur, soit le gouvernement.
Le rapport du PRB fera également provision pour pousser
l'âge de la retraite à 65 ans dans la fonction publique
comme le vice-Premier ministre et ministre des Finances en a fait
état dans son discours du budget.
Les autres changements envisagés, qui font tiquer les fonctionnaires,
concernent la gamme des fringe benefits. Le fait que le
PRB a déjà indiqué à une délégation
syndicale en début d'année que les options étaient
ouvertes quant à l'éventualité d'adopter
la formule de la MRA, avec l'abolition des passage credits,
des facilités hors-taxe et du remboursement des
congés non pris, suscite des inquiétudes dans la
fonction publique.
Une première retombée demeure le fait que le nombre
de fonctionnaires, prenant avantage de leurs passage credits
en cette période de fin d'année vu la possibilité
que ces avantages soient abolis, a plus que décuplé.
" C'est une véritable psychose à voir le
nombre de fonctionnaires prenant d'assaut le passage benefits
department du Trésor. Le personnel de ce département
est débordé par les demandes élevées
venant des fonctionnaires voulant partir à l'étranger
et le traitement des dossiers en souffre ", a confirmé
à Week-End Rashid Imrith, le vice-président
de la Fédération des Syndicats du Service Civil.
" Nous allons contester toute décision formelle
du PRB visant à imposer la formule de la MRA dans la fonction
publique avec l'abolition de ces fringe benefits et leur
inclusion dans les salaires. Les fonctionnaires sortiront perdants
de cet exercice. Prenons le simple exemple du travelling
payé aux fonctionnaires, qui est un exempt income
pour les besoins de l'income tax. Mais quand les allocations
de travelling seront intégrées au pay
packet mensuel, les fonctionnaires ne pourront plus bénéficier
de cet avantage. Tout comme l'inclusion d'une allocation mensuelle
en guise de remplacement des duty free concessions pèsera
lourd lors du calcul de l'income tax. Les fonctionnaires
devront rester vigilants car avec le prochain rapport du PRB,
le ministre des Finances tentera de jouer à pile je gagne,
face tu perds au niveau de l'impôt ", a soutenu
Rashid Imrith, qui rappelle que les syndicats de la fonction publique
veillent au grain. Une campagne de mobilisation des fonctionnaires
sera déclenchée au moment propice pour dire non
à l'adoption de la formule de la MRA dans le rapport du
PRB.
En ce qui concerne le programme de travail du PRB, l'étape
des consultations avec les chefs de département dans le
service civil a été entamée. Ainsi, vendredi,
le secrétaire financier, Ali Mansoor, et le supervising
officer au ministère de la Fonction publique, P. Jhugroo,
ont été entendus par le PRB. Le principal dossier
était la réorganisation au ministère des
Finances et du développement économique.
Ce projet au ministère des Finances fait l'objet de controverses
car des objections ont été formulées contre
les conditions de la fusion du Management Audit Bureau ou encore
l'intégration du personnel professionnel de l'ancien ministère
du Plan au sein de l'organigramme des Finances. Très peu
de détails ont transpiré quant à la séance
de travail de vendredi. Les consultations du PRB au niveau des
chefs de département devront se poursuivre jusqu'à
la fin de l'année.
Fers de construction
Gary Walton, managing director de MISCO : "La pénurie
est terminée"
Pour la première fois depuis le rachat des actifs de Debro
- et de la polémique sur les fers de construction -, Gary
Walton, le représentant de la firme sud-africaine Murray
and Roberts à Maurice, accepte de répondre aux questions
d'un journaliste. En refusant toutefois d'être photographié.
Gary Walton est actuellement le directeur de la Mauritius Iron
Steel Company Limited (MISCO), la compagnie sud-africaine qui
a repris les actifs de Desbro. La rencontre s'est déroulée
mercredi dernier au siège de MISCO en présence de
Jay Danjee, expert comptable et partenaire mauricien de l'entreprise
sud-africaine implantée à Maurice.
Au mois de mars après 40 ans d'existence et une longue
polémique, Desbro, n°1 local de la fabrication et
de la distribution des fers de construction, mettait la clef sous
le paillasson. Murray and Roberts, société sud-africaine
représentée à Maurice à travers MISCO,
annonçait son intention de reprendre les actifs de Desbro.
Se poursuivait un feuilleton qui avait commencé en 2006,
quand le ministère du Commerce avait rejeté une
demande d'augmentation des prix des fers provoquant une pénurie
du produit puis, subséquemment, une hausse des prix et
la fermeture de Desbro. Sept mois plus tard, Murray and Roberts
a repris les actifs de Desbro à travers MISCO et après
une période de vérification et de modernisation
des équipements vient de recommencer la production de fers
de construction. À la question souvent posée lors
de la polémique de l'intérêt que peut susciter
pour une grosse compagnie sud-africaine pour un petit marché
comme celui de Maurice, Gary Walton répond : "Nous
sommes présents à Maurice et dans l'océan
Indien depuis des années dans le cadre d'une opération
commerciale. Murray and Roberts, qui a une expertise incontestée
dans la fabrication des fers de construction, est en développement
et cherche de nouveaux marchés pour écouler ses
produits. Maurice peut être une base pour nos opérations
dans la région océan Indien. Le marché mauricien
de la construction est beaucoup plus important qu'on ne le pense
surtout avec les développements des IRS, de l'industrie
hôtelière, des morcellements, des blocs d'appartements
et des maisons individuelles. Nous l'avons dit dès le départ
: notre intention n'était pas de faire un coup et de nous
en aller, mais de nous installer dans la durée, d'investir
à Maurice et de fournir des fers de construction de qualité
internationale à des prix raisonnables - et compétitifs
- en quantité suffisante et nous sommes en train de le
commencer à le faire." Depuis la reprise des actifs
de Desbro, le nouveau propriétaire s'est livré à
un état des lieux techniques avant de recommencer à
transformer les billets en barres de fer aux dimensions
réglementaires et a recruté du personnel. "Nous
avons remis en état les bâtiments et les équipements
que nous avons rachetés, y avons ajouté du neuf
et du moderne, fait venir des experts pour former nos employés
selon une nouvelle méthode de travail de plus en plus basée
sur l'automatisation. Nous allons rapidement développer
l'entreprise selon les normes sud-africaines." Depuis
son entrée en opération, MISCO, qui ne travaille
qu'avec un shift par semaine, produit 32 tonnes par jour
et dispose d'une cargaison de fers importés de Chine qui
sera mis sur le marché dès l'obtention des certificats
de qualité.
"Nous vendons au prix du marché, mais allons faire
en sorte qu'il soit le plus bas possible."
Comment expliquer que MISCO puisse faire ce que Desbro disait
ne plus pouvoir dans les mêmes conditions économiques
? "Je répondrai à cette question en disant
que nous avons un système de management et une manière
de faire fonctionner une entreprise qui donne des résultats.
Nous bénéficions aussi de l'expertise sud-africaine
et également du fait que nous achetons nos matières
premières en Afrique du Sud de Murray and Roberts et qu'il
existe de ce fait une économie d'échelle entre les
différents départements de la compagnie." MISCO
ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. D'ici décembre,
il compte augmenter sa cadence de production, multiplier les shifts
afin de doubler, et en cas de demande du marché de tripler
ou de quadrupler sa production. Et qu'en est-il des prix pratiqués
par MISCO ? "Il faut préciser que nous vendons
nos produits à tous depuis les grosses entreprises de construction
jusqu'aux particuliers en passant par les petits contacteurs.
Nous vendons au prix du marché, mais allons faire en sorte
qu'il soit le plus bas possible." Et quid de la crainte
qu'avec les 75% des parts de marché que détenait
Desbro améliorés par MISCO l'entreprise sud-africaine
avale tous ses concurrents ? "Premièrement, l'entrée
de nos produits sur le marché va mettre fin à la
pénurie des fers de construction. Nous allons répondre
à la demande du marché et n'avons pas l'intention
d'étouffer la concurrence. Nous avons la capacité
et allons répondre à la demande. Mais il y a de
la place pour d'autres." C'est à la fin de la
rencontre que Gary Walton acceptera de répondre enfin à
une question sur la polémique politique ayant entouré
la fermeture de Desbro et les rumeurs selon lesquelles le ministre
du Commerce roulait pour Murray and Roberts. "Nous avons
été silencieux peut-être parce qu'on n'était
pas intéressé à avoir notre point de vue,
mais aussi pour ne pas participer au débat qui avait pris
un tour politique qui ne nous concernait pas. Dans toute cette
polémique, on a fait un mauvais procès au ministre
Jeetah. J'aimerais souligner que plusieurs ministres - dont M.
Jeetah, mais aussi MM. Sithanen, Duval et Bunwaree - et des représentants
du BOI sont venus plusieurs fois en Afrique du Sud pour inviter
les hommes d'affaires sud-africains à venir investir à
Maurice en proposant des conditions avantageuses. C'est après
avoir étudié ces propositions, qui coïncidaient
avec notre stratégie, que Murray and Roberts a décidé
de s'implanter à Maurice."
Jay Danjee : "Je ne suis pas un anti-patriote"