é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 11 novembre 2007

MAILER JETTE L'ÉPONGE !
Gérard Cateaux


Avec la mort de "l'enfant terrible de la littérature américaine", Norman Mailer, le rideau est tombé sur le dernier des "papes" de la Beat Generation, qui avait animé la vie culturelle américaine aux côtés de l'écrivain Jack Kerouac et du philosophe Allan Ginsburg, dans les années 1960.

Mailer a tout entrepris tout au long de sa carrière, bien ancré à la gauche de la politique américaine. Auteur prolifique, il a été, tour à tour, écrivain, scénariste, journaliste, producteur, mais Norman Mailer aura été un énorme provocateur au même titre que l'immense écrivain Henry Miller ou encore Gore Vidal.

Si nous évoquons la disparition de Norman Mailer, c'est parce qu'il a influencé toute une génération, celle issue de l'après-guerre (la seconde) tout comme celle qui refusait, aux Etats-Unis et dans le monde, l'engagement américain au Viet-nâm. Mais aussi parce qu'il a été le témoin privilégié de cette tranche de la vie politique américaine, qui s'étend de l'élection de John F. Kennedy et des exploits immémoriaux, tels la marche antiguerre à Washington, en 1968, ou encore le match de boxe opposant Mahammud Ali à Floyd Patterson et les premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune.

Avec Norman Mailer, nous avons vécu des pans entiers du XXe siècle, au cours desquels il a esquissé, pour notre bonheur, des portraits de nos icônes, notamment avec son "Marilyn" - Monroe, bien évidemment - non sans qu'il se soit aventuré sur des portraits aussi sulfureux que le criminel Gary Gilmore, avec "Executioner's Song", pour lequel il obtint le prix Pulitzer. Bien sûr, lorsqu'on évoque l'œuvre de Norman Mailer, il faille se référer à son chef-d'œuvre "The Naked and the Dead", publié en 1948, alors qu'il était étudiant à Paris, œuvre portée à l'écran et qui relate la guerre dans le Pacifique.

Mais, de toutes ses œuvres portées à l'écran, nous avons un penchant pour "Tough Guys Don't Dance" (1984), un titre qui claque comme une énergie que peut provoquer une gueule de bois. Le héros, Ryan O'Neal - Love Story avec Ali McGraw, vous souvenez-vous ? - qui joue le rôle de Tim Hadden, dit ceci : "I keep saying to myself, death is a celebration..." Film noir par excellence, "Tough Guys" raconte l'histoire de cinq meurtres et de deux suicides. Une célébration qui se perpétue... Dans l'énergie créatrice, de ce restaurant de fruits de mer qui vend des langoustes, frais, d'un jour !

Avec ce film, Norman Mailer règle ses comptes avec sa vie : il a été marié six fois, a eu neuf enfants, poignardé sa deuxième femme, alcoolique et goûté aux pires excès de la vie…

Juif progressiste, d'un père Sud-Africain, mâle chauviniste, (là, nous n'avons pas été d'accord avec lui), Norman Mailer n'en demeure pas moins un écrivain de gauche, respecté, sur l'échelle de la politique américaine !



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 11 novembre 2007