Faits et effets…—Confessions publiques
Humeur—Quand « l'indistri kokin » devient culture politique
Interrogations—Où irons-nous camper ?
Faits et effets...
Confessions publiques
C'est à chaque fois qu'il est en difficulté que
le Premier ministre ressort sa menace de venir avec des lois plus
sévères sur la diffamation et la vie privée.
Il a profité, hier, d'une cérémonie socioculturelle
organisée dans le cadre de la fête de Divali pour
revenir sur le cas concernant le fils du ministre Tang, une affaire
personnelle que n'avait évoqué qu'un seul titre
de presse, pour annoncer une loi imminente pour museler la presse.
C'est connu, lorsqu'un gouvernement va mal, il faut trouver un
bouc émissaire et la presse est le candidat idéal.
Il est édifiant que Navin Ramgoolam n'ait pas trouvé
un cas plus récent et plus répandu pour tenter de
justifier sa démarche. La diffamation est déjà
largement couverte dans les lois existantes alors que ce qui est
considéré comme appartenir à la vie privée
est largement respecté par la presse à Maurice.
Si on suit son raisonnement, il n'y aurait jamais eu de Watergate
aux États Unis. En France, il y a une loi qui régit
la violation de la vie privée, mais cela n'a pas empêché
la presse de révéler que Cécilia Sarkozy
n'avait pas voté pour son époux au second tour.
Que les proches de Pasqua ou de Mitterrand aient utilisé
leurs connexions pour faire avancer leurs petites affaires, ce
sont des thèmes qui ont été largement décortiqués
dans la presse. Lorsque le fils de Tony Blair avait eu quelques
soucis avec les stupéfiants, la presse britannique ne s'est
pas privée pour en faire ses choux gras. Même chose
pour une des filles de George W. Bush, un temps trop portée
sur la bouteille et qui avait fait la une de l'ensemble de la
presse américaine.
On ne sait pas qu'elle est la définition exacte que donne
le Premier ministre de la vie privée, lui qui aime évoquer
en public les prétendus déboires d'un fils de ministre
dans une discothèque, mais il devrait savoir qu'en démocratie
la ligne de démarcation est très claire. Tout ce
qui est d'intérêt public se doit d'être révélé.
Sinon, la presse faillirait à ses devoirs. Les enfants
mineurs des heureux acquéreurs des appartements de la NHDC
sont, certes, hors de cause, mais il ne saurait être question,
ici, de vie privée pour masquer le trafic d'influence et
l'abus de position dominante de quelques cadres qui se sont servis
avant de laisser les restes à d'autres moins initiés.
Que la presse fasse état des faveurs qu'octroient certains
ministres et autres décideurs à leurs proches, c'est
dans la nature même de la mission de la presse que de porter
à la connaissance du grand public les dérives pouvoiristes
de certains de leurs élus et de leurs protégés.
La presse mauricienne est une des plus vieilles institutions du
pays. Elle a toujours été traversée par divers
courants politiques, religieux et sociaux. Il y a, certes, quelques
dérapages de temps en temps, mais malgré sa férocité
elle est jusqu'ici restée à la hauteur de sa mission
qui est d'informer. Un journal est aussi un produit, celui de
l'attente de ses lecteurs. Les journaux ne peuvent pas ressembler
à la MBC qui est, il faut le dire, une escroquerie puisqu'elle
pique l'argent des abonnés du CEB à la source, que
l'on regarde ou pas les meetings quotidiens du chef du gouvernement
et de ses ministres.
C'est dommage qu'aucun cas précis et récent n'ait
été mentionné hier. Cela aurait permis aux
journaux visés de se reconnaître et de faire le point.
Nous espérons qu'il n'a pas en tête les derniers
scandales, ceux qui agitent les municipalités de Quatre-Bornes
et de Port-Louis, les manuels scolaires de son ministre David
et l'université de la famille du ministre Jeetah qui a
obtenu les faveurs de la Tertiary Education Commission. Le problème,
finalement, c'est que les décideurs adoptent une posture
différente selon qu'ils se trouvent au gouvernement ou
dans l'opposition. Nous n'avons aucun souvenir de quelque protestation
de Navin Ramgoolam des dénonciations journalistiques lorsqu'il
était le leader de l'opposition. C'est tout cela qui rend
sa tentative de restreindre la liberté de la presse suspecte.
On ne sait pas s'il est sérieux lorsqu'il annonce une loi
imminente tellement il nous a habitués depuis quelque temps
à des confessions publiques. Ce n'est pas inintéressant
puisque cela permet de jauger de son état d'esprit du moment.
Un jour, il dit qu'il y a des ministres qui ne comprennent pas
la stratégie économique de Rama Sithanen. Quelques
semaines plus tard, il annonce qu'il va occuper chaque pouce de
terrain de sa circonscription pour mieux assurer sa réélection,
ajoutant même que Paul Bérenger "ine fini
éli li". Ce qui est loin d'être un cadeau
ou un encouragement à ceux qui vont se mesurer au leader
de l'opposition aux prochaines élections générales.
Hier, il a admis ne faire confiance à personne et même
pas à ses ministres qui doivent avoir pris bonne note de
cette haute opinion que le Premier ministre a d'eux. Mais il ne
se trouvera évidemment personne au conseil des ministres
pour tirer les conséquences qui s'imposent de cette attitude
dédaigneuse.
Navin Ramgoolam a, par contre, été tout éloge
pour Nando Bodha, présent à la cérémonie
d'hier, et à qui il a octroyé un certificat de bonne
conduite alors qu'il occupait le poste de leader de l'opposition.
On ne sait si ce genre de compliment venant d'un Premier ministre
honore un chef de l'opposition, mais on est à la veille
d'une rentrée parlementaire qui s'annonce particulièrement
animée. Et c'est peut-être le message d'un "good
friend" que Navin Ramgoolam a envoyé à Paul
Bérenger alors même que les choses sérieuses
démarrent dans l'hémicycle dans deux jours. Est-ce
peut-être aussi l'expression d'une crainte de ne plus avoir
désormais affaire à faible partie ?
Humeur
Quand " l'indistri kokin " devient culture politique
SSR avait raison, on ne peut pas arrêter " l'indistri
kokin. " Surtout si son fils donne les moyens à cette
industrie de se développer rapidement dans le cadre de
sa politique " putting our people first " dont
on commence à comprendre les subtilités. Ses people
ont compris qu'il fallait se servir et ne s'en privent pas. Pour
eux, tout ce qui est prenable doit être pris et ils font
main basse sur tout ce qui bouge. Même sur les permis pour
les étals pour les nouveaux jours ouvrables de la foire
de Quatre-Bornes. Rappelons que ces nouveaux jours ont été
ajoutés au calendrier pour permettre aux chômeurs
de la ville des fleurs de faire un petit boulot en attendant mieux.
Le coût de location d'un étal municipal est de Rs
3 000 par an, plus une taxe annuelle de Rs 2 000 et une location
de Rs 50 par jour. Ce sont surtout des articles de série
achetés en gros, souvent des rejects, qui sont vendus
dans ces foires où l'acheteur est censé faire de
bonnes affaires et le profit sur chaque article vendu ne dépasse
jamais quelques roupies. À l'origine, pour obtenir un étal,
il fallait habiter la ville et surtout ne pas avoir d'emploi.
Il semblerait que les conditions ont été rapidement
amendées, que la deuxième n'est plus appliquée
et la politique mise en place pour cette opération a été
détournée. Ce sont à des habitants de la
ville qui sont loin d'être dans le besoin que les étals
ont été alloués, comme le démontrent
les listes publiées hier dans Le Défi.
La première liste concerne ceux qui sont déjà
locataires d'étals, la seconde ceux à qui des étals
devaient être attribués cette semaine. Ce dernier
exercice n'a pas eu lieu en raison de l'enquête de l'ICAC
actuellement en cours. Ces listes édifiantes révèlent
que pas mal d'habitants de Sodnac, le quartier chic où
habite la bourgeoisie upper class de la communauté
indo-mauricienne, ont obtenu des étals. Cette liste révele
que des habitants d'un quartier où les Mercedes, les BMW
et les puissantes cylindrées sont monnaie courante sont
également vendeurs à la foire une fois la semaine.
Cette fameuse liste révèle aussi que pas mal de
parents directs ou de proches de conseillers municipaux sont les
heureux locataires de ces étals. Plusieurs étals
ont été attribués à des membres d'une
même famille portant le même nom. Quelques bénéficiaires
d'étals ont pour adresse
celle d'un conseiller municipal
! Aucun membre de ces comités et sous-comités nommés
pour veiller que l'attribution de ces étals se passe dans
le respect des règlements ne semble s'être rendu
compte de ces criantes anomalies. Il faudrait que la municipalité
fasse voter un budget pour offrir des lunettes ou des loupes à
ses conseillers et ses cadres municipaux qui ont laissé
passer ces
détails ! Elle devrait étendre
ce don à l'ensemble du conseil municipal qui a approuvé,
comme un seul homme, ces listes faussées. Cette affaire
soulève plusieurs questions. Pourquoi des gens - souvent
importants et bien lotis, comme le révèlent les
listes de Le Défi - se battent-ils comme des chiffonniers
et contournent-ils lois et règlements municipaux pour pouvoir
occuper un petit espace dans une foire une fois par semaine ?
Que peut rapporter un de ces étals pour que certains soient
disposés à les sous-louer pour des sommes qui dépassent
l'entendement. Les milieux informés parlent de Rs 50 000
à Rs 100 000 pour une sous-location d'une espace de quelques
mètres carrés. Est-ce que ce véritable commerce
organisé de la sous-location des étals municipaux
dissimulerait autre chose ? Par exemple une opération de
blanchiment d'argent sale ?
Les détails de cette affaire révèlent l'existence
à la municipalité de Quatre-Bornes d'un véritable
système de détournement des fonds publics qui atteint
pratiquement le niveau d'une industrie. La fameuse " indintri
kokin " dont parlait sir Seewoosagur Ramgoolam. Qui sous
le règne de son fils est en train de devenir une véritable
culture pour les membres et sympathisants de son parti.
Interrogations
Où irons-nous camper ?
Alors qu'une attention grandissante est focalisée sur les
revendications ethniques et communautaires qui s'intensifient
ces jours-ci autour de la place à laquelle a droit l'un
ou l'autre groupe au sein de notre République, nous sommes
peut-être en train de passer à côté
d'un autre enjeu tout aussi crucial et important. Celui qui concerne
la place, physique, que l'ensemble de la communauté des
Mauriciens a et aura au sein de ce pays.
Ainsi, si elle est passée un peu inaperçue, une
annonce émanant de la Beach Authority devrait retenir notre
attention. Elle concerne l'interdiction qui est dorénavant
faite de camper sur les plages publiques de Wolmar et de Trou-aux-Biches.
Argument avancé : ces plages sont "trop petites"
et les campeurs, avec leurs tentes, font obstacle aux pique-niqueurs.
Avec pour résultat des frictions qu'il convient d'arrêter
avant que la situation ne dégénère davantage.
À en croire le communiqué de la Beach Authority,
ce serait donc, en quelque sorte, pour "nous" protéger
que cette mesure d'interdiction de camping a été
prise. Mais pour protéger qui de qui ? Les Mauriciens des
Mauriciens ?
Cela, on peut le dire. Mais on ne va pas jusqu'au bout de la logique
qui exigerait aussi que l'on dise comment et pourquoi on en est
arrivé là. Une logique qui voudrait que l'on s'interroge,
parallèlement, sur la place qu'est en train de prendre
le développement hôtelier et touristique dans notre
pays. Car c'est bien de cela qu'il est directement question ici.
La plage de Wolmar n'était pas "petite". Bien
au contraire. Elle était l'une des plages les plus étendues
de l'île. Elle a rapetissé à vitesse grand
V ces dernières années, au fur et à mesure
qu'ont été attribués des permis de construction
d'hôtels. Aujourd'hui, toute la région de Flic-en-Flac
ne se résume plus qu'à une succession de petites
enclaves publiques coincées entre des kilomètres
d'hôtels. Même chose au Morne. Même chose à
l'est du côté de Belle-Mare. Même chose depuis
longtemps dans le nord. Il suffit pour s'en convaincre, en ce
long week-end, de jeter un coup d'il sur les plages bondées
de Pereybère et de la Cuvette (nom qui pourrait bientôt
s'appliquer à tout ce qu'il nous reste de plages publiques
)
: les Mauriciens ont besoin de loisirs. La plage est un des seuls
loisirs accessibles au grand nombre, dans un pays où le
pouvoir d'achat de l'écrasante majorité de la population
a encore diminué au cours de cette dernière année,
comme le montrent les statistiques rendues publiques la semaine
dernière. Mais les Mauriciens n'ont plus assez de plages
pour les accueillir
Aujourd'hui Wolmar et Trou-aux-Biches, demain sans doute d'autres
lieux interdits de camping pour cause de "petitesse",
quand on sait que pour accueillir les 2 millions de touristes
que nous ciblons d'ici 2015 (alors que nous en attendons déjà
900 000 cette année), il nous faudra agrandir en conséquence
notre parc hôtelier, pas moins de trente projets de construction
de nouveaux établissements étant d'ailleurs déjà
en attente d'aval gouvernemental
"Tourism is a phenomenon that can cook your food or burn
your house down. In other words, we all risk destroying the very
places that we love the most" : ces propos liminaires
d'une
étude qui vient d'être rendue publique par le réputé
National Geographic Traveller devraient sans doute nous
faire réfléchir.
111 îles et archipels du monde entier y ont été
évalués en tant que destinations touristiques, par
un panel de 522 experts, avec une emphase particulière
sur les questions environnementales.
"The results show that beach-blessed islands draw sun-and-sand
resort tourism development that can get out of hand quickly",
dit ce rapport.
Avec un score de 55 points sur une échelle de 0 à
100 (0 équivalant à une situation catastrophique),
Maurice se range dans la catégorie des îles "In
moderate trouble : all criteria medium-negative or a mix of negatives
and positives". Tenant en compte que dans l'océan
Indien, Maurice arrive en dernière position, après
les Seychelles (70 points), la Réunion (69) et les Maldives
(61).
"Islands are worlds unto themselves - their own traditions,
ecosystems, cultures, landscapes. That's what attracts us. But
as micro-worlds, islands are also more vulnerable to population
pressure, climate change, storm damage, invasive species, and
now, tourism overkill", peut-on par ailleurs lire dans
le propos général de ce rapport.
Tourism overkill : un terme qui, au-delà des préoccupations
environnementales, peut aussi s'appliquer au facteur humain.
Cela ne fait aucun doute : notre économie a besoin du tourisme.
Mais le développement du tourisme peut-il et doit-il se
faire dans une direction qui amènerait le Mauricien à
ne plus avoir de place chez soi, au profit de touristes capables
de payer ? Comment faire pour mettre en place un développement
touristique qui combinerait au mieux intérêts des
touristes et ceux des Mauriciens ? C'est ce dont nous devrions
être capables de discuter. C'est dire la nécessité,
et l'urgence, d'instituer des assises nationales d'occupation
du territoire, qui permettraient de discuter et d'établir
un plan intégré définissant la place que
nous pouvons et voulons attribuer à chaque sphère
d'activité, tourisme mais aussi agriculture, industrie,
habitat, ou espace récréationnel pour les Mauriciens.
Notre vie en dépend
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 4 novembre 2007
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