o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 21 octobre 2007



  Faits et effets…—Effets d'annonce
  Humeur—Putting our people first in NHDC's appartments


Faits et effets...

Effets d'annonce
Josie Lebrasse


"Asraf Dulull admet le cover up". C'est le titre d'un article publié le 7 octobre déjà dans Week-End et qui disait ceci : "Vraiment étonnante la réaction du ministre des Terres et du Logement après la révélation du leader de l'Union nationale sur les ventes irrégulières des maisons de la NHDC de Choisy. Asraf Dulull a reconnu avoir été mis en présence de tels faits, rappelant qu'ils se sont produits avant son arrivée au Logement mais qu'il a choisi de ne pas donner suite à cette affaire "pour ne pas éclabousser l'institution qu'est la NHDC". On croyait ce gouvernement friand de squelettes dans le placard de l'ancien gouvernement. À en croire le ministre du Logement, il a préféré un cover up de l'ancienne direction de la NHDC. Cherchez l'erreur…"

Cette première réaction du ministre était tout bonnement scandaleuse. Ce souci d'Asraf Dulull à préserver la réputation de la NHDC est bizarre, suspect même. Parce que le gouvernement auquel il appartient est censé avoir un "comité scandale", spécialiste dans le déterrement de squelettes, qui n'a pas hésité à fouiller dans divers dossiers et dans des secteurs autrement plus sensibles et exposés comme les technologies de l'information et de la communication que le bras constructeur du logement social de l'État. Autant que l'on sache, l'alliance dite sociale ne s'est pas embarrassée de précautions lorsqu'il s'est agi de salir BPML et ses initiateurs originaux, dont la partie indienne, et il y a même eu un Fact Finding Committee et une enquête policière ensuite dont on attend toujours les conclusions. Tout ce que l'on sait de ce dossier c'est qu'il est contesté devant les tribunaux et ce que l'ancien directeur de BPML, Chand Bhadain, a écrit au Premier ministre pour dénoncer les responsables de cet organisme au plus haut niveau est pire que ce qu'avait concocté le trio Balgobin/Busgeeth/Dumazel dans leur rapport bâclé et approximatif.

Il y aurait ainsi la seule réputation de la NHDC à défendre ? C'est vrai qu'Asraf Dulull et le gouvernement auquel il appartient sont des spécialistes des effets d'annonce sans lendemain. A été annoncé, après le conseil des ministres, vendredi, une enquête sur les irrégularités à la NHDC. Or, il y a aussi eu ce même genre d'annonce tonitruante dans un passé très récent. Voyons ce que le conseil des ministres annonçait, en grande pompe, un certain 27 janvier 2006 : "Cabinet has taken note of a major problem of cavity detected on a site at New Grove where NHDC Ltd had, in 2004, constructed 146 Firinga Type housing units despite contradictory reports on soil tests, and certain reservations and proposals made regarding geophysical investigations in the Environment Impact Assessment Report. Cabinet has further taken note of the expenditure that Government would have to disburse in connection with the geophysical survey, and remedial measures, if possible, in addition to concerns for the future security of potential residents of the housing units. In the light of the alarming situation, Cabinet has agreed to the setting up of a Fact Finding Committee under the chairmanship of a Barrister to inter alia establish whether there had been any negligence in the implementation of the project, situate responsibilities and determine any financial liability".

Ça aussi, c'était la NHDC mais, à l'époque, sa réputation n'avait apparemment pas pesé lourd dans la balance et un dossier la concernant avait été jusqu'au conseil des ministres. Mais il semble qu'il y ait eu, ici aussi, un autre cover up - décidément ! - puisque, près de deux ans après, pas de Fact Finding Committee et pas de conclusions connues à cette affaire qui n'a finalement duré que le temps du blabla politicien et du règlement de comptes post-électoral. Après l'affaire des Rs 50 millions de Bel Air Sugar Estate, on aurait pensé que le ministre du Logement se serait montré plus prudent lorsqu'il ouvre sa bouche mais il semble bien parti pour décrocher la palme du "koz n'importe".

Si Asraf Dulull est revenu sur sa préoccupation de préserver la réputation de la NHDC, c'est que les révélations d'Ashok Jugnauth se sont avérées fondées et qu'elles ont été étalées au grand jour dans la presse. S'il n'y avait pas eu de dénonciations publiques, le ministre aurait continué à protéger la réputation de l'organisme para public qui est sous sa responsabilité et les profiteurs de la NHDC et ceux qui ont abusé de leurs positions auraient probablement concocté d'autres projets dont ils auraient été encore et toujours les premiers bénéficiaires.

Au-delà du scandale de la NHDC et alors que certains membres du gouvernement se gargarisent de lutte contre la pauvreté et qu'ils étalent comme un exploit le fait d'avoir obtenu, au titre de la NRPT, une somme de Rs 100 millions - sur un budget total de Rs 51 milliards - pour financer six bazars régionaux, il est permis de se demander ce à quoi se résume la politique nationale du logement, si tant est qu'il y en ait une. Le ministère du Logement a été réduit à celui d'une entité dont la principale mission est de rentabiliser les terres de l'État et, là encore, lorsqu'on sait que de grosses compagnies avec des projets dépassant le milliard ne paient que Rs 100 l'arpent par an, il y a de quoi s'interroger. Pas un seul logement social construit en deux ans alors que le problème de squatting n'a pas été réglé.

Où sont passés les projets arrêtés avant les élections de 2005 et dont le financement avait été assuré comme celui des Firinga pieds dans l'eau de Case Noyale. Ce n'est certainement pas sous ce gouvernement que l'on verrait sortir de terre des projets comme celui, public, du Dockers Village ou encore celui, privé, réalisé à Tamarin à l'intention de familles nécessiteuses. Asraf Dulull avait remis les clés de maison qu'il n'avait pas construites à Terre Rouge à la fin de 2005. Il risque d'entrer dans la triste catégorie de ceux qui bulldozent seulement, comme en 1998 à Camp Chapelon et aujourd'hui à Belle Mare et qui n'érigent jamais rien.




Humeur

Putting our people first in NHDC's appartments
Jean-Claude Antoine


C'est Ashock Jugnauth qui, le premier, a levé le lièvre National Housing Development Corporation (NHDC). C'est sans doute pour cette raison que le MSM n'a pas abordé le sujet lors de sa dernière conférence de presse. Comme quoi, pour certains les rancœurs politiques - et familiale - passent avant tout. Le leader de l'Union nationale avait révélé l'existence d'une fraude massive à la NHDC. Cet organisme a été créé pour régler en partie le problème du logement en proposant aux Mauriciens de la classe moyenne de participer à un Plan épargne logement (PEL), donnant accès aux appartements construits par la NHDC en vente-location. Selon les règlements, les appartements ne peuvent être vendus qu'aux souscripteurs ayant amassé une certaine somme sur leurs comptes. Ces appartements, très prisés, représentent l'unique opportunité pour des centaines de Mauriciens de devenir un jour propriétaires. C'est ce concept qui a été détourné. Les employés de la NHDC ont été recrutés et formés pour aider les épargnants des comptes PEL éligibles à remplir les formalités pour occuper un logement dont ils ne deviendront propriétaires qu'après de longues années de paiement de traites mensuelles comprenant intérêts et capital. Le scandale révélé par Ashock Jugnauth a permis de découvrir l'existence d'un trafic. Au lieu de servir les détenteurs de comptes PEL, des hauts cadres de la NHDC se sont servis du système, en le détournant, pour acquérir au nom de leurs enfants ou de leurs parents des appartements. Les révélations sont effarantes quant à l'ampleur du trafic et le niveau hiérarchique de ceux qui en ont bénéficié. L'Assistant General Manager de la NHDC, c'est-à-dire le n°2 de la corporation, a fait l'acquisition de deux appartements jumelés au nom de ses deux filles. Cinq autres hauts cadres ont acheté chacun un appartement au nom de leurs enfants, dont quatre mineurs. Deux autres cadres ont acheté des appartements à leur nom. Plusieurs appartements ont été alloués à des membres d'une même famille. Sur 96 acquéreurs des appartements de Mont Choisy... 34 sont des mineurs.

Comment des mineurs ont-ils contribué à un plan épargne logement, condition sine qua none pour pouvoir bénéficier d'un logement ? Mais il y a mieux, si l'on ose dire. Deux de ces appartements ont été achetés par les enfants du directeur de la Development Bank of Mauritius, cadre supérieur d'une institution bancaire qui doit bénéficier d'emprunt à un taux préférentiel sans concurrence. Un cadre supérieur dont le montant du salaire mensuel doit l'exclure d'office d'un compte PEL. En dépit de tous ces facteurs, il a pu acheter deux appartements de la NHDC ! Si cela est possible, à quoi servent donc les employés de la corporation chargés de veiller au respect des règlements et qui, disent les clients normaux, les appliquent avec sévérité. À quoi servent donc les sous-chefs et chefs chargés de vérifier que les employés sous leurs ordres font bien leur travail ? À quoi servent donc les membres des comités chargés d'étudier chaque dossier à la loupe avant l'attribution des appartements ? Où étaient donc ceux payés pour faire rédiger les actes légaux de propriété qui doivent comprendre les noms et dates de naissance des propriétaires ? Et les auditeurs payés pour repasser sur toutes les opérations avant de certifier qu'elles ont été faites dans le respect des lois ? Est-ce que tous ces employés étaient aveugles pour ne pas remarquer que les appartements étaient accordés à des mineurs ou à des membres d'une même famille ou des personnes ne pouvant détenir un compte PEL ? Comment cette fraude massive n'a-t-elle été découverte que plus de deux ans après avoir été commise, puisqu'elles auraient été perpétrées en 2005 ? Faut-il comprendre que de 2005 à 2007 il n'y a eu aucun contrôle et aucun audit des livres et des opérations de la NHDC ?

Il aura fallu attendre pas moins de deux semaines après la conférence de presse d'Ashock Jugnauth pour que la direction de la NHDC découvre l'ampleur de la fraude et prenne des mesures disciplinaires. Huit cadres dont l'Assistant General Manager ont été suspendus et trois membres du conseil d'administration priés de se retirer. On peut légitimement se demander comment on peut suspendre l'Assistant General Manager et pas son supérieur hiérarchique chargé de contrôler son travail ? On peut également s'interroger sur le fait que seuls trois membres du conseil d'administration ont été priés de se retirer mais que les autres membres et le président restent en fonction alors que les fraudes ont eu lieu alors qu'ils étaient TOUS en fonction. Mais il y a mieux dans le dossier de ce détournement des économies des souscripteurs du PEL par des gens plus riches qu'eux. C'est la déclaration faite à la télévision par Asraf Dulull, ministre du Logement, sur ce dossier. "Mo ti au courant sa zafer-la. Mais mo napa finn donne suite parski mo napa ti envi terni la réputation NHDC." Le ministre du Logement, qui pratique un politique de zéro tolérance vis-à-vis des squatters, ne donne pas suite à une opération de détournement de plus de trente appartements d'une compagnie tombant sous son contrôle "pour ne pas ternir la réputation de la NHDC" !!!

S'agirait-il d'une autre déclinaison de la désormais fameuse politique de l'Alliance sociale qui pourrait se lire ainsi : "Putting our people first in the NHDC's appartments" ?




o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 21 octobre 2007