a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 21 octobre 2007



  Après sa révocation comme conseiller spécial - Dinesh Ramjuttun : "Mo pou fini l'Alliance sociale"
  Hier soir—Colère et exaspération des habitants de Petit-Camp
  Résidences Les Corsaires de Mon-Choisy—Les cadres incriminés de la NHDC auraient été priés de démissionner
  Proposition du leader de l'opposition—Un Select Committee sur le scandale de la NHDC
  Atteinte à la liberté d'expression ?—La VoH accusée d'intimidation sur la personne de Salim Muthy


Après sa révocation comme conseiller spécial

Dinesh Ramjuttun : "Mo pou fini l'Alliance sociale"

Legende

Une partie du bras de fer entre le Premier ministre et son conseiller spécial a pris fin vendredi. Suite au refus de Dinesh Ramjuttun d'annuler le meeting qu'il avait prévu pour dénoncer Rama Sithanen, Navin Ramgoolam l'a fait révoquer en début d'après-midi vendredi. Cette révocation n'a pas calmé les ardeurs de l'ex-conseiller spécial. Il annonce la poursuite, sur le terrain, de sa campagne de dénonciation dont le but est de "finir l'Alliance sociale."

Sa longue rencontre de lundi de la semaine dernière avec Navin Ramgoolam n'avait pas poussé son conseiller spécial à moins s'exprimer et à moins critiquer le ministre des Finances. Au contraire, en apprenant que la rencontre, proposée par le Premier ministre, qui devait avoir lieu entre lui et le ministre des Finances avait été annulée, Dinesh Ramjuttun avait adressé à Rama Sithanen une dizaine de questions à travers la presse. Par ailleurs, il avait multiplié les rencontres, dans son bureau de l'hôtel du gouvernement, avec des groupes insatisfaits de certaines mesures gouvernementales, dont les planteurs de Riche Terre, expulsés au profit du groupe Tian Li.

Une deuxième rencontre entre le Premier ministre et son conseiller spécial avait eu lieu mardi soir au PMO. Pendant deux heures, les deux hommes avaient parlé franchement et Dinesh Ramjuttun avait, une fois de plus, abordé la liste de mauvaises décisions qui ne pouvaient que rendre impopulaires le gouvernement. Au cours de cette réunion, Navin Ramgoolam avait fait savoir à Dinesh Ramjuttun qu'un de ses conseillers ne pouvait pas attaquer publiquement un de ses ministres et lui avait demandé d'annuler son meeting prévu le 26 octobre. Dinesh Ramjuttun n'avait pas répondu à cette question, demandant un temps de réflexion.

Dès le lendemain, il devait annoncer - lors de ses déclarations quotidiennes aux radios et à la presse - qu'il allait s'occuper de quelques dossiers chauds : le NRPT, l'école de Chitrakoot, les petits planteurs de Riche Terre, la MBC et la déviation de la route de Trou-aux-Biches, entre autres. Il faisait également savoir qu'il allait tenir un meeting public à La Louise le 26 octobre pour dénoncer publiquement le ministre des Finances.

C'est, semble-t-il, l'annonce de ce meeting public, que Navin Ramgoolam avait déjà demandé à Dinesh Ramjuttun d'annuler, qui a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase entre le Premier ministre et son conseiller spécial. Encore que, selon certaines sources, la goutte d'eau aurait été, dans l'ordre, le fait que Dinesh Ramjuttun s'attaquait également à deux autres ministres - Jeetah et Boolell - et l'ultimatum de Rama Sithanen.

Fatigué d'être pris pour cible sans que le Premier ministre ne le soutienne publiquement contre son conseiller, Rama Sithanen avait fait savoir : "Mo fine rentre dans gouvernement kouma ministre des Finances, mo pou quitte gouvernement ek Parlement kouma ministre des Finances. Mo pa pou alle asize kot bane backbenchers." Autrement dit, qu'il était prêt à démissionner comme ministre et député si le Premier ministre ne réduisait pas Ramjuttun au silence.

Navin Ramgoolam ne pouvant se permettre le luxe d'affronter une élection partielle à mi-mandat dut se résoudre à prendre une décision. Vendredi matin, avant le conseil des ministres, il appelle donc Dinesh Ramjuttun au téléphone pour lui demander sa réponse sur la tenue du meeting. Son conseiller lui ayant fait savoir qu'il campait sur ses positions, Navin Ramgoolam lui fait parvenir une lettre personnelle pour lui faire savoir, sur un ton pratiquement amical, qu'il allait le faire révoquer.

"Eski Sithanen fine déclare bann l'argent ki li finn gagné ek Air Seychelles ?"

L'ex-conseiller spécial organise sur le champ une conférence de presse pour annoncer la nouvelle de sa révocation et la commenter. La conférence de presse est interrompue par le Sergent at Arms qui informe l'ex-conseiller spécial qu'il doit immédiatement évacuer l'hôtel du gouvernement selon les consignes du bureau du Premier ministre.

Dinesh Ramjuttun racontera en détail l'incident et dévoilera le contenu de la lettre et de la conversation téléphonique qu'il avait eue avec Navin Ramgoolam dans plusieurs émissions de radio et déclarations de presse. Il livrera également la teneur de la réponse écrite qu'il avait fait parvenir à Navin Ramgoolam. Une lettre dans laquelle il souligne qu'il avait subi le même sort de sir Anerood Jugnauth en 2001 parce qu'il avait annoncé que personne ne pouvait empêcher Ramgoolam de redevenir Premier ministre, ce qui s'était avéré exact en 2005.

Dinesh Ramjuttun commente sa présente en révocation en racontant une fable. "You have chosen to drink the water poisoned by a dead snake and kill your faithfull dog who tried to save you and your Governement. Thank you and GOD BLESS YOU and Veena." Au cours de ses déclarations, Dinesh Ramjuttun annonce également son plan de bataille pour les prochains jours. L'objectif est décrit en une phrase sans équivoque : "Mo pou fini l'Alliance sociale" à travers une série de meetings qualifié de "volcans" qui se tiendront dans différents endroits du pays pour se terminer à Triolet, dans la circonscription de Navin Ramgoolam.

Il traitera au cours de ces meetings une série de dossiers qui ont provoqué des mécontentements depuis le NRPT jusqu'à la pénurie de lait avec en ligne de mire le ministre des Finances "coupé des réalités du pays" et devenu tout à la fois l'ennemi n°1 du public et des ministres et députés - dont Dinesh Ramjuttun promet de révéler les noms dans les meetings - en raison des mesures économiques.

Dinesh Ramjuttun prévient qu'il sait que des enquêtes seront ouvertes sur ses avoirs et annonce qu'il n'a rien à cacher sur la manière dont sa famille a acquis, perdu, puis récupéré un terrain de 15 arpents à Cap Malheureux. Il annonce également qu'il a toujours payé ses impôts, n'a pas grand-chose en banque, que ses comptes sont transparents et demande à Rama Sithanen s'il peut en dire la même chose. Il pose également la question : "Eski Sithanen fine déclare bann l'argent ki li finn gagné ek Air Seychelles ?"

Au sujet de son avenir politique, Dinesh Ramjuttun annonce qu'il ne s'alignera avec aucun parti - même si des émissaires venant de différentes formations l'ont contacté - et qu'il envisage sérieusement la possibilité de créer son propre parti politique à moyen terme.


Hier soir

Colère et exaspération des habitants de Petit-Camp

Le fort déploiement des forces de l'ordre, hier soir, a eu pour effet d'exciter les habitants de Petit-Camp

Des habitants de Petit-Camp, Phoenix, ont tenu à manifester leur colère et exaspération devant l'absence de considération des autorités face à un grave problème d'ordre environnemental dans la région. Depuis mercredi dernier, un des principaux conduits de tout-à-l'égout en parallèle à la route principale a subi d'importantes avaries avec pour conséquence directe que toute l'eau usée est déversée de manière continue dans la rivière à l'arrière des installations industrielles de Mauritius Breweries. Cette pollution n'affecte pas seulement la qualité de l'eau de la rivière qui traverse le village de Petit-Camp pour rejoindre l'autoroute à la hauteur de Réduit. Une odeur nauséabonde empeste toute cette région et se fait encore plus déplaisante pour les habitants de la région ou encore les passants dans la journée avec la forte chaleur du début de l'été.

Pourtant, cette fuite à grande échelle du système de tout-à-l'égout est visible de jour comme de nuit. Personne ne peut plaider l'ignorance dans cette affaire. Et depuis mercredi jusqu'à hier soir, visiblement, il n'y a eu aucune tentative sérieuse visant à réparer le conduit qui a crevé sous la pression des eaux usées. La seule promesse qui a été faite hier soir aux habitants de Petit-Camp en vue de les calmer a été qu'une équipe de spécialistes devrait faire le déplacement aujourd'hui pour les réparations nécessaires.

Excédés par l'attitude des autorités que ce soit du côté du ministère de l'Environnement ou des services sanitaires en passant par la Wastewater Management Authority sans oublier l'inspectorat sanitaire de la municipalité de Vacoas/Phoenix et pour attirer l'attention sur leur sort des plus pitoyables avec les eaux usées traversant littéralement leurs cours, ces habitants sont descendus sur l'autoroute en début de soirée d'hier.

Dès la tombée de la nuit, des barricades sous forme d'énormes pavés de béton et de pneus usagés avaient été placées à différents endroits sur l'autoroute entre les deux ronds-points de Phoenix. Des foyers d'incendie furent allumés à différents points de la route. La circulation était bloquée pendant une bonne partie de la soirée et la police avait dû pratiquer une déviation par le rond-point de Jumbo en vue de dégager la voie publique. Entre-temps, la colère des habitants s'intensifiait. La foule devait grossir au fil des minutes pour atteindre plus de 200 personnes à un certain moment.

Les récriminations ne se faisaient pas attendre. " Depi mercredi sa dilo malang-là pe fatig nou ek so loder. Narye napa finn fer. Nou finn fatigé fer démars. Zot pa lé konpran. Kapav si CMT sa zot ti pou vini. Nou trop ti-dimoun. Nou pa pe rod okenn lafrontman ar la polis nou. Me selma nou le ki trouv enn solysion pou nou problem ", affirme celui qui fait figure de chef de file et qui se fait un devoir de ramener à l'ordre ceux des habitants coupables d'écarts de langage.

Les politiciens, plus particulièrement les députés de la circonscription de la majorité comme de l'opposition, devaient en prendre pour leur grade. " Nou ena cinq depite dan landrwa, y kompri enn minis. Nou pa finn trouv person depi mercredi. Fode nou desann dan lari pou ki fer tann nou lavoix ", avance un autre habitant de Petit-Camp visiblement irrité par le cauchemar qu'il vit depuis mercredi.

Le fort déploiement des forces de l'ordre avec pas moins d'une vingtaine de véhicules de la Special Supporting Unit et du Emergency Response Service devait davantage jeter de l'huile sur le feu. Un petit groupe s'en prit verbalement au comportement d'un haut gradé de la police. Mais les choses en restèrent là. L'arrivée sur les lieux du Deputy Commissioner of Police Rampersad pour superviser les opérations sur le terrain apporta un peu plus de sérénité parmi les forces de l'ordre.

Les sapeurs-pompiers de Quatre-Bornes, appelés en renfort, purent éteindre les foyers d'incendie. Avec l'aide des membres de la SSU, ils purent débarrasser la chaussée des détritus pour permettre à la circulation routière bloquée depuis plus de trois heures de reprendre son cours. Il devait être vers les 22h30.

Mais le problème du déversement des eaux usées par tonnes dans la rivière demeurait entier. Devant les garanties données par les responsables de la police, les habitants se sont retirés en rappelant qu'ils reviendront à la charge aujourd'hui si aucune solution n'est trouvée à ce problème…


Résidences Les Corsaires de Mon-Choisy

Les cadres incriminés de la NHDC auraient été priés de démissionner

Le dossier des appartements de la National Housing Development Company (NHDC) des Résidences Les Corsaires de Mon-Choisy a été porté, vendredi, à la connaissance du Conseil des ministres. Le Cabinet a pris note qu'une enquête est en cours en vue d'examiner les irrégularités alléguées dans l'allocation de ces logements destinés à la classe moyenne. Des cadres de la NHDC soupçonnés de trafic d'influence dans cette affaire auraient été priés de démissionner. Parallèlement à l'enquête initiée par le ministère du Logement, l'Independent Commission Against Corruption (ICAC) s'intéresse aussi à cette affaire.

C'est en mai 2003, sous le précédent gouvernement, qu'a démarré la construction de ce complexe de 98 appartements à Mon-Choisy. Largement financés grâce à un prêt de la China Exim Bank, les travaux de construction se sont achevés vers septembre 2004. Toutefois, ce n'est que vers la mi-2005 que ces logements ont été livrés à leurs acquéreurs.

Il s'agit d'appartements de trois chambres d'une superficie de 980 pieds carrés construits en duplex et dotés d'une terrasse. Le coût de construction par unité de logement aura tourné autour de Rs 450 000. L'État a, en plus, investi quelque Rs 19 millions pour que le complexe dispose de l'infrastructure de base. Les prix de vente avaient été fixés entre Rs 715 000 et Rs 900 000.

C'est au "lower middle income group", soit à des demandeurs touchant, croit-on savoir, quelque Rs 20 000 par mois, que ces logements étaient destinés. Leur vente - comme celle d'autres projets de la NHDC à l'intention de la classe moyenne - visait à permettre à l'entreprise à capitaux publics de trouver des fonds additionnels pour "cross-subsidize" le financement d'autres projets de la NHDC pour les économiquement faibles.

Entre autres critères d'éligibilité pour acquérir un logement de la NHDC, la personne concernée - qui fera une demande - doit être un "first time buyer" et faire partie de la catégorie socioprofessionnelle à laquelle le projet est destiné. D'autre part, dans le souci des autorités de permettre à chaque famille de disposer d'un toit, les logements de la NHDC se destinent, en priorité, à des ménages plutôt qu'à des personnes vivant seules ou à des mineurs.

Il est, par ailleurs, convenu que les logements en question doivent être habités par les acquéreurs et ne peuvent être vendus ou loués avant cinq ans à compter de la date de l'achat. Ces derniers n'ont, aussi, pas le droit d'apporter des modifications à la structure des logements faisant partie des complexes intégrés de la NHDC. Les enquêtes en cours devront, ainsi, établir si ces différents critères ont été respectés.


Ashock Jugnauth : "Gross misconduct de Dulull sur ce dossier"

Rappelant que lorsqu'il a soulevé le dossier il n'a porté aucune attaque personnelle contre l'actuel ministre des Terres et du Logement, Asraf Dulull, Ashock Jugnauth, le leader de l'Union nationale, estime que "lorsque Dulull vient avouer qu'il était en connaissance de ce scandale, mais qu'il n'a pas voulu ébruiter l'affaire afin de ne pas jeter de la boue sur une institution telle que la NHDC, le ministre a fait preuve de gross misconduct". Il ajoute que dans un autre pays le ministre aurait dû quitter son poste. De son côté, l'ancien ministre des Terres et du Logement Joe Lesjongard ne souhaite faire aucun commentaire à ce stade. L'enquête suit son cours et à la lumière de cela le rapport doit être rendu public.

Ashock Jugnauth déplore le fait que ces maisons, destinées au middle class income, ont été vendues à des personnes touchant des salaires énormes et surtout que, s'il y des genuine cases, dans la majorité des cas ce sont des camarades et proches qui en ont bénéficié. "Et aujourd'hui, on apprend que ce n'est pas seulement à Mont Choisy, mais également à Trou-aux-Biches. Les scandales ne cessent de choquer", dit-il.

Selon le leader de l'UN, l'État, qui a contracté des emprunts pour la construction de ces maisons, doit rembourser ses dettes en dollars. "Aujourd'hui, nou pé perdi. Bann lakaz ki ti bizin vann Rs 1,4 ou Rs 1,5 million finn vendé Rs 700-800 000. Kamarad, fami ki finn bénéficié. Pa kapav contine sa kalité-là !" Il indique qu'il faudrait revoir les objectifs principaux de la NHDC et déterminer qui sont les coupables dans cette affaire et entamer les poursuites.

Les autorités doivent faire la lumière sur cette affaire au plus vite, exige Ashock Jugnauth. "C'est tant mieux si les cadres ont été suspendus, mais qu'arrivera-t-il après ? Recouvreront-ils leurs postes ? L'histoire sera-t-elle close, sans sanction ?", s'interroge le leader de l'UN.

Ashock Jugnauth fait par ailleurs ressortir que les maisons ont été vendues entre août 2005 et juin 2006. "Qu'importe, sous l'ancien ou le nouveau régime, quand il y a scandale, il y a scandale et il faut le dénoncer et trouver les coupables. Mais agir comme le ministre Dulull et garder le silence, c'est un autre scandale", affirme-t-il. "Scandal enn lor lot dan sa péi-la. Lépep ki pé continié soufer et bann kamarad pé continié amizé", déplore le leader de l'UN.


Proposition du leader de l'opposition

Un Select Committee sur le scandale de la NHDC

Le leader de l'opposition et du MMM a proposé l'institution d'une Select Committee de l'Assemblée nationale pour se pencher sur le scandale de la National Housing Development Company (NHDC). C'était hier, lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a aussi réclamé une commission d'enquête sur l'affaire des manuels scolaires de James Burty David.

Paul Bérenger s'est élevé contre le fait que Asraf Dulull "ait osé insinuer que c'est l'ancien gouvernement qui est responsable de ce qui s'est passé avec les appartements de Mon Choisy". "C'est totalement faux et li pou payé pou çà !". Il a trouvé éloquent que si Ashok Jugnauth, ministre jusqu'à 2005, n'avait pas soulevé la question, le ministre n'aurait rien fait et aurait étouffé l'affaire comme il l'a admis lui-même.

Le leader de l'opposition a aussi dit que, selon ses renseignements, toutes ces maisons ont été vendues après les élections de 2005 et "parmi bénéficiaires bann dimoun proches de Dulull li mem". Bérenger a dit qu'il est évident que personne ne croit le ministre du Logement, d'autant que, sur ce dernier scandale, il a dit avoir étouffé l'affaire pour ne pas ternir l'image de la NHDC. Ce qui est, a estimé Paul Bérenger, en lui-même "un aveu de culpabilité".

"Nou péna oken confiance dans l'ICAC ki une fois de plus, comme dans de nombreux cas, pé alle touffe l'affaire", a-t-il observé avant d'ajouter que la meilleure chose à faire est d'instituer un Select Committee du Parlement présidé par quelqu'un de la majorité pour faire toute la lumière sur ce scandale et établir qu'il date de la période post-électorale de 2005.

Interrogé par Radio Plus sur le cas allégué de deux secrétaires confidentielles d'anciens ministres qui auraient bénéficié d'appartements de la NHDC, le leader du MMM a répondu : "Mo péna sa renseignement-là et si zot ti qualifié, so what ?" Pour lui, c'est le ministre du Logement qui brouille les pistes et il a répété qu'il ne perd rien pour attendre après avoir tenté d'étouffer l'affaire. "Si Ashok Jugnauth pa ti soulève lièvre-là, li ti pou manz lièvre-la kri !" a ironisé Paul Bérenger.

Quant au scandale des manuels scolaires, le leader de l'opposition a dit qu'il ne pensait pas que "James Burty David et l'Alliance sociale pouvaient tomber aussi bas et manipuler ainsi les choses pour que les manuels du ministre soient rendus obligatoires et qu'il y ait aussi eu chantage à la Sécurité sociale et que les enfants défavorisés des écoles qui n'utiliseraient pas ce manuel qui n'a pas le niveau requis ne recevront pas d'aide sociale."

"C'est une démarche infecte digne de James Burty David", a commenté le leader de l'opposition qui, après avoir souligné que le ministère de l'Éducation a dû reculer, estime qu'il y a lieu de faire toute la lumière sur ce scandale. Il a réclamé une commission d'enquête présidée par un ancien juge de la Cour suprême pour situer les responsabilités dans cette affaire et blâmer ceux qui doivent l'être.

Épidémie de fièvre porcine : la responsabilité du GM engagée

Autre thème évoqué hier, l'épidémie de fièvre africaine qui frappe les porcs. Pour le leader de l'opposition et du MMM, il n'y a pas de doute que le gouvernement porte une lourde responsabilité pour ne pas avoir réagi tout de suite après avoir été informé des cas découverts dans les pays avoisinants. Il a cité le cas de cette dame, une commerçante qui a publiquement dit qu'elle ne s'approvisionne pas de viande de porc sur le marché local depuis un mois en raison de la présence du symptôme de la fièvre porcine africaine. Cela, dit-il, vient démontrer "la négligence et l'incompétence de Arvin Boolell pour n'être pas intervenu à temps". La responsabilité du gouvernement est engagée, a-t-il ajouté.

Paul Bérenger a aussi souligné que, dans un premier temps, le ministre de l'Agro-Industrie avait dit que sur la base des observations des techniciens c'est la totalité des 17 000 porcs du pays qui devraient être abattus. Mais le ministre a changé de langage ensuite pour dire que seuls ceux qui présentent les symptômes seront éliminés, après que la question de compensation eut été mise sur la table.

Le gouvernement, a déclaré Bérenger, doit dire oui au principe d'une compensation parce que ce sont des personnes défavorisées de St Martin, de Roche Bois et de Bassin Requin qui sont en train de tout perdre et qui sont dans l'angoisse et discuter ensuite de ses modalités. "Il faut agir vite, faire comme pour les petits planteurs lorsqu'ils sont victimes de cyclones, il y a eu trop de temps perdu déjà et veiller aussi que le cheptel de Rodrigues soit aussi protégé d'urgence".

À l'heure des questions, il a même suggéré que, tout en ne mettant pas en doute la compétence des techniciens mauriciens, le gouvernement aurait dû avoir fait appel à l'expertise étrangère dont celle de l'Organisation mondiale de la santé pour l'aider dans ce dossier. Paul Bérenger a, dans un commentaire général et sur la situation des éleveurs, constaté que personne ne fait confiance aux dirigeants du gouvernement.

Venant ensuite au projet Tian Li, le leader de l'opposition a estimé "vraiment criminel et inhumain" que l'on ait choisi de bulldozer les terrains des petits planteurs dimanche dernier. Tout en affirmant ne pas être contre ce projet, il a dit qu'il est néanmoins nécessaire de savoir ce qui se fera exactement sur ces terres et comment compenser adéquatement les petits planteurs de cannes et de légumes qui seront déplacés.

Planteurs de Riche Terre : suivre l'exemple indien

Il a rappelé avoir formulé une proposition depuis le début de cette affaire, la mise sur pied d'un Trust Fund avec la participation de Tian Li et du gouvernement, pour venir en aide à ces petits planteurs, pour s'occuper de leur donner des terres plus rapprochées de leur centre d'activités que celles de Côte d'Or offertes par Arvin Boolell et sortir du Nord pour aller à l'Est.

Paul Bérenger a invité le gouvernement à s'inspirer de ce qui se passe en Inde et a cité la dépêche de Reuters du 11/12 octobre qui fait état d'un "new set of rules" lorsqu'il s'agit de déplacement de populations agricoles et paysannes pour des besoins industriels, après les vifs affrontements de ces derniers mois, et qui prévoient des mesures de protection à leur intention, divers bénéfices et formation professionnelle, entre autres. Il n'est aps trop tard pour le gouvernement mauricien de suivre cet exemple, a dit le leader de l'opposition.

Lois du travail : appui total aux syndicats et au BIT

S'agissant des deux lois qui sont censées remplacer l'IRA et le Labour Act, il a dit que c'est cette semaine que le Bureau international du travail (BIT) a soumis ses commentaires sur l'ébauche des deux nouveaux textes et que le représentant de cette organisation basée à Madagascar s'est exprimé en faveur de débats tripartites sur la question. Paul Bérenger a dit l'appui total de son parti à la demande du BIT et des syndicats qui ont réclamé un délai pour jusqu'à la fin de l'année avant que ces textes, qu'ils rejettent, ne soient proposés au parlement.

Pension : "Pé rode fer lékonomi lor lédo 3e âge"

Le leader de l'opposition a aussi exprimé sa solidarité totale avec les personnes du troisième âge qui "pé passe par enn martyr pou gagne zot pension parski Rama Sithanen ek gouvernement pé rode fer lekonomi lor lédo troisième âge". Il a dit que ce système centralisé fait pour des économies de chandelle est source d'inconvénients pour les personnes âgées avec de longues files d'attente souvent sous le soleil et beaucoup de retard pour le paiement, soit deux semaines après la fin du mois. Ce nouveau système a pour conséquence que ces vieux doivent se déplacer à plusieurs reprises alors qu'ils s'exposent aussi à des risques additionnels d'agression. Le MMM, a-t-il dit, demande à Sheila Bappoo et au gouvernement de revoir d'urgence cette situation et d'arrêter de faire souffrir les personnes du 3e âge.

Fouilles corporelles : "Ti bizin fini sispane les trois officiers"

Abordant le problème de fouilles corporelles survenues dans une entreprise de la Cybercité, le leader de l'opposition a déclaré qu'il est clair que quelque chose d'inacceptable est arrivée. "Ti bizin fini sispane les trois officiers de police concernés et fer enn full inquiry de préférence pas par la police li mem de facon ki envoye enn signal fort à tou dimoun dans la police et en dehors".

Paul Bérenger a, pour terminer, eu un mot sur le Pakistan et a dit condamner l'attentat perpétré lors du retour de Benazir Bhutto. Il a salué le courage de cette dernière et souhaité bonne chance au Pakistan qui sera appelé à vivre des moments très délicats d'ici à fin mars de l'année prochaine.


Atteinte à la liberté d'expression ?

La VoH accusée d'intimidation sur la personne de Salim Muthy

La Voice of Hindu (VoH), animée principalement par Krit Manohur, s'est de nouveau retrouvée sur la sellette cette semaine avec encore une accusation d'intimidation et d'atteinte à la liberté d'expression portée publiquement contre elle. Cette fois, c'est Salim Muthy, le meneur du mouvement Justice contre la vente à la barre (Sale by Levy) qui a accusé la VoH d'avoir menacé de créer du désordre lors d'une manifestation des victimes de la Sale by Levy, mercredi dernier. Craignant pour la sécurité des manifestants, M. Muthy a préféré annuler la manifestation.

Interrogé par Week-End, le leader de la VoH a nié que son organisation a eu quoi que ce soit à faire avec Salim Muthy et dit même le "féliciter pour son combat". "M. Muthy doit savoir que la VoH a également des membres qui souffrent du système de vente à la barre et que son combat est aussi le nôtre", a soutenu Krit Manohur.

Selon Salim Muthy, c'est mardi soir, soit la veille de la manifestation, entre 21h30 et 21h45, que deux hommes, qu'il dit ne pas connaître personnellement, sont venus frapper à sa porte, à la rue Washerwomen, à Port-Louis. L'un d'entre eux, plutôt maigre et portant un fichu sur la tête, lui aurait dit : "To mem Salim Muthy là ? To pé fer enn manifestation démain. Nou VoH. Boss finn dir twa pas nésesser to fer sa. Ena dimal ladan !"

Toujours selon M. Muthy, en parlant, l'individu lui aurait touché l'épaule. "Je lui ai dit : To cause ek la bouss to pas toussé. To pas honté enn bann vié dimoun malades qui pour manifester demain to pé menace zot sékirité ?". L'homme aurait répliqué : "Mo finn donn twa enn warning. Asterla to gueté ki to pou fer aster, mé éna dimal ladan...". Puis, selon M. Muthy, les deux hommes ont regagné leur voiture qui était garée quelques mètres plus loin. Le meneur du mouvement contre la Sale by Levy affirme "ne pas avoir bien noté l'immatriculation de la voiture, ni non - plus sa marque, mais celle-ci pourrait être une Nissan March ou une Toyota".

Le leader de la VoH nie avec force. "Nous ne connaissons pas M. Salim Muthy. Mais nous tenons à le féliciter pour le travail qu'il abat. Il faut qu'il sache que nos membres également souffrent du système de la vente à la barre. Mo res bête kifer tout sa létan-là li pé dirr nou finn ménas li é li pas pran contact are nou. Je l'invite à retracer et à dénoncer ces personnes qui l'ont intimidé. Il aura tout notre support ainsi que celui de la police. Mo finn déza averti commissaire dé polis ki nou pas pou permette personne itilise nou nom pou intimide personn. D'ailleurs, combat missié Muthy nou d'accord are li", a conclu Krit Manohur.

Ce nouvel incident dans lequel la VoH se retrouve pointée du doigt a amené beaucoup parmi les manifestants à s'interroger si l'on a réellement affaire à une organisation socioculturelle œuvrant pacifiquement pour la défense des intérêts d'une communauté qu'elle prétend représenter ou bien si elle s'est donnée pour rôle d'intimider d'honnêtes citoyens dont le droit de contester est garanti par la Constitution. Cette question hante tous les esprits libres de ce pays depuis l'arrivée même de la VoH sur la scène mauricienne, soit presqu'en même temps que le défunt Escadron de la Mort.

Les manifestants contre le système de vente à la barre, pour la plupart des personnes âgées usées par la maladie et le souci d'avoir perdu leurs biens immobiliers, accompagnés de jeunes enfants, s'étaient déjà réunis au centre social Marie Reine de la Paix, à Port-Louis, bien déterminés à marcher vers l'hôtel du gouvernement afin de protester contre le retard mis par les autorités à soulager leurs souffrances malgré le vote dans le budget national d'un fonds de soutien de Rs 100 millions. Ils devaient toutefois être refroidis dans leur ardeur après le récit de M. Muthy. Nombre d'entre eux sont rentrés chez eux avec la peur au ventre.

Malgré les négations répétées de Krit Manohur et même si dans l'éventualité qu'une enquête policière (qui s'impose d'ailleurs) il s'avérait que la VoH n'a rien à faire avec les menaces de désordres à la manifestation des victimes de la vente à la barre, le doute subsisterait, malheureusement, au détriment de son organisation. Il y a eu, effectivement, trop d'allégations récurrentes de la même nature à son encontre.

Des plaintes pas toujours rapportées à la police ont été formulées par des chefs d'entreprises publiques et privées sans compter des démonstrations intempestives sur le campus de l'université de Maurice et des avertissements récents de représailles "violentes" contre les manifestants qui contestaient l'octroi d'un bail à Jayraj Woochit sur l'îlot Gabriel dans les conditions que l'on connaît. Dans ce dernier cas, Jack Bizlall avait eu à monter au créneau pour dénoncer la VoH, "particulièrement son utilisation de l'appellation hindoue pour terroriser les gens alors que", selon Bizlall, "il ne se trouve au sein de la communauté hindoue personne qui approuve ses méthodes".



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