Notre invité de cette semaine est Vijay Makhan, ancien
Foreign Secretary mauricien, ancien secrétaire général
adjoint de l'Union Africaine et nouveau membre du MMM. Il passe
en revue les incohérences de la politique mauricienne et
répond à des questions d'ordre diplomatique, économique
et politique.
Quel est le regard que le diplomate de carrière que
vous avez été jette sur l'actuelle politique étrangère
de l'île Maurice ?
La question devrait être: est-ce que la république
de Maurice a une politique étrangère ? Cette politique
ne dépend pas que des diplomates et des fonctionnaires
du ministère des Affaires Étrangères, mais
du Premier ministre à travers son ministre responsable,
qui est son porte-parole. La manière dont les choses se
passent à Maurice à ce niveau autorise à
se poser la question. Je constate que Maurice ne semble pas avoir
une politique des affaires étrangères définie,
mais réagit au coup à coup, pour parer au plus pressé
à chaque fois qu'un problème est posé. Il
n'y a pas de vue d'ensemble, pas de cohésion mais un manque
de communication entre le peu d'ambassade que nous avons à
l'étranger et le ministre responsable. Si Maurice avait
une politique étrangère digne de nom, la froideur
qui s'est installé entre notre pays et l'Union Européenne,
qui est notre partenaire privilégié, n'existerait
pas.
Comment expliquez-vous cette situation ?
Par le fait que trop de ministres mettent leur nez dans des questions
qui relèvent de la politique étrangère. Chacun
gère ses dossiers à sa guise, à travers une
politique étrangère qui lui est propre.
En d'autres mots, le ministre des Affaires Étrangères
est débordé, pas écouté ?
Je le pense. Le ministre continue à représenter
Maurice dans les réunions internationales selon un calendrier
établi depuis longtemps, mais je ne crois pas que ces déplacements
soient l'expression d'une politique bien définie. Cette
confusion au niveau des affaires étrangères reflète
la manière dont le pays est géré. C'est la
première fois que Maurice se trouve dans cette situation
au niveau des Affaires Étrangères.
Comment expliquer le fait qu'alors que l'ensemble des Mauriciens
suit avec inquiétude la gestion du dossier sucre, le gouvernement
prend son temps tandis que l'Union Européen multiple les
mises en garde ?
Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au niveau de ce dossier
prioritaire pour le pays au sein du gouvernement. Je commence
à me demander si quelqu'un appréhende de façon
sérieuse l'importance de ce dossier pour le pays au gouvernement.
Nous avons dépassé les échéances et
les ministres se passent la balle dans une cacophonie inacceptable.
À moins que le gouvernement ait conclu un deal secret
qui lui permet de passer outre à l'aide économique
de l'Union Européenne pour le dossier sucre.
Est-ce que ces tergiversations mauriciennes ne vont pas pousser
l'Union Européenne à annuler sa participation financière
pour le plan de redressement de l'industrie sucrière ?
C'est une possibilité à ne pas écarter. Il
ne faut pas oublier que Maurice a bénéficié,
financièrement, du fait que d'autres pays avaient tergiversé
dans leurs plans de reforme et n'ont pas pu honorer leurs engagements
au niveau de l'Union Européenne. La somme qui devait leur
revenir a été partagée entre les pays qui
avaient tenu leurs engagements. C'est comme ça que Maurice
a obtenu 19% au lieu de 15%. Et je vous signale qu'il y a quelques
jours le ministre de l'Agriculture a déclaré qu'il
était en train d'observer la situation. Cela fait plus
de deux ans qu'il est au gouvernement et il est toujours en train
d'observer la situation, ce que font également Sithanen
et Dulloo alors que le Premier ministre, lui, n'observe rien du
tout. Il n'y a rien de nouveau dans le dossier sucre qui a été
travaillé sur le fond par le gouvernement MSM/MMM depuis
plus de deux ans pour arriver aux engagements avec l'Union Européenne
que le gouvernement de l'Alliance Sociale ne respecte pas. Le
gouvernement ne semble pas au courant de la gravité de
cette situation que tous les Mauriciens connaissent bien.
Maurice semble s'ouvrir de plus en plus diplomatiquement à
la Chine. Est-ce, de votre point de vue, une bonne démarche
?
Maurice a des relations diplomatiques avec la Chine depuis 1972
et il est important de les développer. Mais il ne faut
pas pour autant brader le pays. J'ouvre une parenthèse
pour rappeler qu'avant les dernières élections,
l'Alliance sociale avait accusé le gouvernement MSM/MMM
de brader le pays en accordant à IBL, entreprise mauricienne,
la permission de développer Agaléga. Or, après
les élections, ce projet a été retiré
à l'entreprise mauricienne pour être offerte à
un groupe sud-africain. Je constate que d'énormes facilités
ont été données au groupe chinois Tianli,
à Riche Terre, pour des projets non encore identifiés.
La question était: est-ce que la grande ouverture de
Maurice vers la Chine est un bon "move" diplomatique
?
Ce n'est pas un mauvais choix. Mais encore faut-il savoir quels
sont les types de projets, dans quel domaine et de quelle envergure
découlent de ces relations qui se développent ?
Cette politique n'est pas définie de manière claire.
Est-ce que le gouvernement est en train de se laisser éblouir
par l'investissement financier de Tianli ? Est-ce qu'on a fait
une étude pour savoir comment le projet de Riche Terre,
dont nous ne connaissons pas encore les détails, va influencer
sur la topographie du pays, l'impact qu'il aura sur la société,
l'économie et la culture mauricienne ?
Il manque une direction, une cohésion et surtout une coordination
au niveau de la diplomatie mauricienne. Une même question
sur le projet Tianli peut avoir quatre réponses différentes
selon les ministres qui y répondent, s'ils acceptent de
le faire. Il y a trop de flou ou de manque d'informations sur
cette question. Au départ, on avait parlé de filature,
maintenant il est question d'immobilier, de dépôts
de containers. Je ne sais pas en quoi consiste le projet Tianli,
comme la majorité des Mauriciens.
À la tribune des Nations unies, Navin Ramgoolam est
monté au créneau, il y a quelques jours, pour dénoncer
la France et la Grande-Bretagne sur la question de la souveraineté
mauricienne dans l'océan Indien. Était-ce une bonne
démarche diplomatique ou juste une opération médiatique
?
Tout chef de gouvernement mauricien a eu, à un moment ou
un autre, de dénoncer l'attitude de la France et de la
Grande-Bretagne en ce qu'il s'agit des contentieux sur la souveraineté
de l'île Maurice. Navin Ramgoolam a eu raison de faire cette
sortie. La seule chose que je n'ai pas compris, c'est qu'il a
fait allusion à un début de dialogue et de progrès
avec la France sur cette question alors que ce n'est pas le cas.
À moins qu'il y ait dans l'ombre des développements
qui n'ont pas été rendus public.
Vous semblez dire qu'il est possible que Maurice ait une diplomatie
secrète
c'est possible. Ce qui expliquerait ce désordre apparent
qui ne serait en fait qu'un désordre organisé. Est-ce
qu'il y a quelque part un arrangement, des accords secrets contractés
par le gouvernement qui lui permet de ne pas respecter les engagements
pris par l'État vis-à-vis de l'Union Européenne
sur le dossier sucre ? Mais connaissant ceux qui nous gouvernent,
j'ai des doutes énormes. Il ne s'agit à mon avis
que d'une absence de politique cohérente au sein du gouvernement,
qui joue tous les jours une version locale de Desperate Housewives
ajoutée à Tulsi. L'Alliance sociale ne gère
pas le pays, ses dirigeants jouent dans un feuilleton télévisé.
Les différents épisodes du feuilleton font rire
mais la situation du pays est plus qu'inquiétante.
Ouvrons le dossier de l'Economic Partnership Agreement.
Ce n'est pas à la veille de la signature de ces accords
que les pays ACP vont découvrir que ce qui leur est proposé
ne leur convient pas. Il faut que les pays ACP se mobilisent pour
résister, pour dire à l'Union Européenne
qu'elle ne peut pas prétendre être notre partenaire
privilégiée pour nous abandonner si nous ne signons
pas. Face à la situation, les APE doivent afficher une
volonté politique déterminée. Il ne faut
pas oublier que les pays ACP représentent plus d'un milliard
d'individus dont la majorité vit sous le seuil de la pauvreté
selon les institutions internationales. Des institutions qui se
sont fixées pour objectif de réduire de moitié
la pauvreté d'ici 2015. Par ailleurs, ces mêmes institutions
internationales interdisent à ces mêmes pauvres d'utiliser
des instruments qui pourraient leur permettre de sortir de la
pauvreté. Il y a dans ce dossier une hypocrisie extraordinaire
de la part des grands pays. Il ne suffit pas seulement de déclarer,
comme Tony Blair que "Africa is a scar on the conscience
of the world". D'un côté, on fait les grandes
et nobles déclarations humanitaires et de l'autre, dans
les négociations économiques internationales, on
refuse le minimum aux pays africains sous prétexte que
c'est contraire aux règlements.
Vous pensez réellement que les ACP peuvent avoir gain
de cause dans ce qui doit être, une fois de plus, un combat
perdu d'avance pour ceux que l'on appelait autrefois le tiers-monde
?
Les pays des Caraïbes et de l'Afrique de l'Ouest ont déclaré
qu'ils ne pouvaient pas signer les accords. Il n'est pas possible
que l'Union Européenne se montre inflexible face à
ces pays qui représentent des centaines de millions d'individus.
C'est pourquoi, il faut faire un sommet ACP/UE extraordinaire
pour débattre de cette question, peut-être lors du
prochain sommet Afrique/Europe qui devrait se tenir à Lisbonne
en décembre. Il faut que les APE s'organisent pour parler
d'une seule voix politique face à leurs interlocuteurs
européens. Si les 27 pays de l'UE et les 70 pays ACP, qui
représentent une énorme force au sein de l'OMC,
arrivent à s'entendre, ils peuvent faire changer les règlements.
Il faut créer cette volonté politique qui est en
train de prendre forme. Nous ne pouvons pas faire autrement pour
survivre.
Vous faites partie des dix personnalités nommées
pour étudier les structures de fonctionnement de l'Union
Africaine. On peut se demander à quoi sert cette union
dans la mesure où elle ne peut pas empêcher Robert
Mugabe de tuer littéralement son pays le Zimbabwe ?
C'est un problème délicat que l'Union Africaine
doit gérer et régler de manière à
ce que la population du Zimbabwe ne souffre pas d'avantage. Il
ne faut pas oublier que Robert Mugabe a été élu
démocratiquement et que l'Union Africaine ne peut pas intervenir
dans la politique économique interne d'un pays.
Est-ce que les gens de la rue qui ne possèdent pas la
finesse d'analyse des diplomates ne peuvent pas avoir le sentiment
qu'en laissant Robert Mugabe faire ce qu'il fait à son
peuple, l'Union Africaine - et plus largement, les institutions
internationales - sont quelque part son complice ?
C'est facile à dire. Le monde est régit par des
accords et des règlements qu'il faut respecter même
s'ils peuvent paraître dérisoires ou pas très
efficaces. Le dossier du Zimbabwe doit être réglé
dans le dialogue et je pense que le prochain sommet Afrique-Europe
pourrait faire avancer les choses.
L'incapacité des institutions internationales à
faire respecter les principes démocratiques qu'elles disent
défendre vient également d'être constatée
dans la répression que les généraux viennent
de lancer contre le peuple et les bonzes birmans.
Vous savez comme moi que les intérêts des multinationales
valent plus que les discours humanitaires. C'est pourquoi je parlais
tout à l'heure d'hypocrisie. La question est de savoir,
comme pour le dossier des APE, si la politique que les institutions
internationales veulent faire adopter aux pays africains n'est
pas opposée aux résolutions visant à l'intégration
économique de l'Afrique et la diminution de la pauvreté
dans le monde. Cette question sera étudiée lors
de l'audit du fonctionnement de l'Union Africaine dont avons parlé.
Vous avez déclaré il y a dix ans que "le
temps des déclarations et des résolutions vaines
est dépassé". Est-ce que c'est phrase est
encore d'actualité ?
Elle est d'une actualité brûlante et je n'arrête
pas de la répéter. Mais j'espère que cela
ne sera qu'un souvenir dans dix ans. C'est vrai que nous avons
tendance dans ces grandes réunions de faire de grandes
déclarations, de prendre de grandes décisions qui
ne sont pas mises en pratique quand elles ne sont pas carrément
oubliées.
Changeons de sujet. Aujourd'hui, après votre adhésion
au MMM, vous êtes plus politicien que diplomate. Quelle
est votre analyse de la situation politique locale ?
Je vais la résumer par une phrase. La politique du gouvernement
a réussi à faire disparaître le sourire légendaire
du Mauricien. Ce Mauricien est, disons les choses par leur nom,
découllionné. Il a fait confiance à
une bande disparate aux dernières élections et il
est en train de payer bien chère sa décision de
2005.
Que pensez-vous de l'affrontement entre le ministre Sithanen
en le conseiller spécial Ramjuttun ?
C'est du jamais vu. Il fait partie d'un des épisodes du
feuilleton entre Desperate Housewives et Tulsi que
nous joue le gouvernement. Je ne comprends pas les déclarations
contradictoires du ministre des Finances tout comme je ne comprends
pas comment tout cela puisse se passer publiquement. Un conseiller,
même s'il est spécial, doit conseiller discrètement
celui qui l'emploie, pas lui faire la leçon publiquement.
Je note que c'est après plus de deux ans de gouvernement
que Ramjuttun découvre des problèmes, comme le NRPT,
les taxes sur les intérêts et les petits planteurs
par exemple, que le MMM dénonce depuis longtemps.
Certains disent même que Ramjuttun est quelque part le
porte-parole de la politique du MMM.
Il n'est pas le porte-parole du MMM, mais il s'est rendu compte
que le MMM parle le langage du peuple et que son discours reflète
les colères et les craintes des Mauriciens.
Quel est votre commentaire sur l'affaire liste de livres
du ministère de l'Éducation qui avant d'être
annulée après les protestations, imposait les manuels
du ministre des Administrations Régionales ?
C'est un autre exemple de la cacophonie qui règne à
l'Hôtel du gouvernement où chacun fait ce qu'il veut
quand il le veut et souvent contre son collègue, quitte
à être obligé à faire marche arrière
plus tard sous la pression des événements. Dans
l'affaire des manuels, le ministère de l'Éducation
vient dire qu'en fin de compte, c'est lui qui décide, pas
le panel de sélection. Si tel est le cas pourquoi avoir
institué un panel de sélection ? juste pour ne pas
respecter son travail ? Ce désordre fait partie de la culture
travailliste.
En parlant de désordre, l'opposition parlementaire n'est
pas mieux lotie avec l'affrontement entre le MSM et le MMM pour
le poste de leader et surtout celui de Premier ministre pour les
prochaines élections ! D'ailleurs, selon le secrétaire
général, du MMM vous faites partie des premiers
ministrables de ce parti.
Je suis honoré d'être sur cette liste de personnes
pouvant, au sein du MMM, aspirer à occuper le poste de
PM. Cette liste a été lancée pour répondre
à Pravind Jugnauth qui affirme que le futur Premier ministre
doit être un Hindou et surtout lui. Je ne suis pas d'accord
avec l'argument selon lequel l'alliance MMM/MSM a perdu les dernières
élections parce qu'elle avait présenté Paul
Bérenger au poste de Premier ministre, ce qui aurait provoqué
le boycott de l'électorat hindou. Ce qui s'est passé
en fait, c'est l'électorat musulman qui n'a pas voté
pour l'alliance MMM/MSM. Cet électorat aura, aux prochaines
élections, une occasion en or pour réparer son erreur
de 2005 en votant pour Paul Bérenger au poste de Premier
ministre.
Êtes-vous pour ou contre une alliance du MMM avec le
MSM ?
Je suis pour puisque sur nombre de sujets de société
il y a une réelle convergence entre les deux partis. Mais
il est évident que cette alliance ne peut pas se faire
sur les conditions que veut imposer Pravind Jugnauth. En attendant,
le MMM est en train de se consolider et les nouvelles adhésions
se multiplient
à tel point que les nouveaux vont finir par être
plus nombreux que les anciens. Combien y a-t-il de candidats à
un ticket parmi ces nouveaux venus ?
Tous les nouveaux venus ne sont pas candidats à un ticket.
Beaucoup ont rejoint le parti pour donner un coup de main au MMM
et apporter une contribution à son combat et s'engager
politiquement. Nous pourrions aller seuls aux élections,
mais nous n'avons pas fermé la porte à une possible
alliance avec le MSM. Avec des conditions raisonnables. Mais nous
ne pourrons pas garder cette porte ouverte pour l'éternité.
La politique mauricienne étant faite, comme les feuilletons
télévisés dont vous parliez, de coups de
théâtre, que pensez-vous d'une éventuelle
alliance MMM/PTr ?
On dit qu'en politique rien n'est impossible, mais il y a trop
de choses qui séparent le MMM du PTr pour envisager une
alliance avec ce parti. En ce qui me concerne, je ne serai certainement
pas à l'aise au sein d'une alliance MMM/PTr.
Finalement, on dirait que le politique vous réussit
mieux que la diplomatie. Vous avez pris des années pour
devenir Foreign Secretary alors qu'une année à peine
après votre adhésion au MMM vous êtes sur
la liste des ministrables, en tout cas, celle établie par
Rajesh Bhagwan.
Je vous ai expliqué que cette déclaration a été
faite pour répondre à la prétention répétée
de Pravind Jugnauth. Mais ceci étant cette déclaration
ne fait que souligner une chose tout à fait naturelle dans
une démocratie: que chaque citoyen peut aspirer à
devenir un jour Premier ministre et que ce poste n'est pas une
chasse gardée pour certains. En ce qui me concerne, j'ai
mis mes connaissances et mon expérience au service du MMM
et à travers le parti au pays. Le MMM est dirigé
par Paul Bérenger qui est également le leader de
l'opposition. Dans cette configuration, le leader de l'opposition
est celui qui est présenté comme le prochain Premier
ministre.
Toxicomanie : prévention à Curepipe - Danny Philippe
de Nou Baz:
"Nous avons besoin d'aide financière"
Encourager les jeunes Curepipiens issus de toutes les couches
sociales à se réunir sur une même plate-forme
pour s'exprimer sur la toxicomanie et développer ainsi
des méthodes de prévention à l'intention
de leurs pairs. Tel est le projet qu'a enclenché Nou Baz.
Cette organisation non-gouvernementale militant pour la prévention
contre la toxicomanie et qui est aussi l'unique centre d'écoute
pour jeunes, a ouvert ses portes à Curepipe en janvier
dernier. Soit un peu plus d'un an après la rénovation
du local. Coordonnateur de Nou Baz, Danny Philippe, explique que
le centre a pu opérer jusqu'ici grâce au financement
du secteur privé, mais a encore besoin d'aide pour professionnaliser
ses services. C'est dans cette optique que Nou Baz, démarre
sa collecte de fonds dans les rues de Curepipe à la fin
de ce mois.
Nou Baz a réuni ses sponsors, il y a une semaine, pour
les remercier de leur soutien. Quelle est la contribution de ces
derniers, représentants du secteur privé, dans le
fonctionnement du centre ?
Lorsque nous cherchions une structure d'écoute, à
l'époque, c'est le Rotary club de Curepipe, avec le coup
de main de la mairie de la ville, qui nous a orientés vers
la maison qui nous accueille actuellement. Le club service nous
a aidés à la retaper entièrement. Plusieurs
sponsors, pas des moindres, se sont engagés dans le projet.
Notamment VK Design qui nous a trouvé des entreprises qui
ont bien voulu s'associer avec nous. Raymonde Eynaud, qui, elle,
travaille au centre, s'est chargée de la mise en place
du cadre. Sans compter les fondations: Joseph Lagesse, Espoir
et Développement, Nouveau Regard, qui financent les programmes
sociaux. Ces sponsors nous aident à assurer le running
cost dont le rental cost, y compris l'entretien du
bâtiment. Cependant, nous avons encore besoin d'aide financière
pour pourvoir d'un service psychologique aux adolescents, voire
leur famille, d'une permanence entre autres. Car en matière
de prévention et d'alternative à la prévention,
Nou Baz veut se professionnaliser. Et c'est dans ce sens que nous
avons approché une fondation française pour nous
soutenir financièrement.
En parlant de prévention, comment réactualisez-vous
les méthodes de prévention à l'intention
des jeunes ?
Nous appliquons des méthodes qui ne sont pas étrangères
à leur mode de vie, laquelle comprend la musique, les tenues
vestimentaires, le langage. Pour notre campagne de prévention,
nous nous sommes entourés de jeunes: les Zarbiens, qui
ont introduit un nouveau concept de sensibilisation à travers
l'expression artistique. La présence des Zarbiens à
nos côtés est, en elle-même, très significative.
Aussi, lorsque nous intervenons auprès des adolescents,
nous mettons en relief les conséquences de la toxicomanie
sur leur croissance, sexualité et avenir.
Nou Baz a commencé à opérer en janvier
dernier. Pourriez-vous rappeler comment fonctionne l'unique structure
d'écoute pour jeunes ?
Même si Nou Baz se trouve à Curepipe, sa porte reste
ouverte à tous les jeunes de Maurice. Si, dans notre plan
initial, nous avions prévu d'opérer de 8h30 à
19h, faute de ressources, nous ne pouvons proposer notre service
au-delà de 16h. Nous pensons, dès que possible,
opérer le samedi, c'est un jour qui conviendrait aux jeunes.
Actuellement, lorsqu'un adolescent vient chez nous, après
la première étape que sont l'accueil et l'écoute,
il est canalisé vers un service approprié selon
ses besoins. Il y a une étroite collaboration entre des
professionnels du médical et d'autres services et Nou Baz.
Ce qui constitue un avantage, en matière de temps, pour
le jeune qui a besoin d'aide. Par ailleurs, nous avons accueilli
10 filles et garçons depuis janvier dernier. Ils ont 13
ans et plus. Quatre d'entre eux sont suivis régulièrement.
Nou Baz accompagne aussi des jeunes, qui pour certaines raisons
ne peuvent venir au centre. D'autre part, la crainte d'être
stigmatisé est persistante. C'est pour cela que nous avons
choisi un décor qui ne laisse pas transparaître la
vocation du centre. Et pour souligner l'importance de l'aide des
sponsors: lors de cette soirée de remerciement, le Rotary
Club de Curepipe a pris l'engagement de rénover un local
qui est annexé à Nou Baz qui sera un espace de détente,
il y aura des jeux et des ordinateurs.
L'accompagnement personnalisé n'est-il pas perçu
comme une faveur par les jeunes qui doivent, eux, se déplacer
au centre ?
Cet accompagnement est nécessaire. Comme je l'ai aussi
dit, venir dans un centre reste encore tabou pour certaines personnes,
lesquelles ont pourtant besoin d'aide. Nou Baz intervient à
différents niveaux selon les différentes attentes.
Nous travaillons actuellement sur un projet dont l'objectif est
d'amener les jeunes Curepipiens de toutes les communautés
et couches sociales sur la même plate-forme. Nous voulons
faire en sorte qu'indistinctement de leur appartenance, les jeunes
puissent se réunir et développer un moyen de communication
pour encourager la prévention.
Où en est le plan d'action: initiative de Nou Baz, pour
combattre la toxicomanie à Curepipe ?
Ce plan d'action devrait être prêt cette semaine.
Curepipe étant spécifique, nous avons eu à
réfléchir sur des stratégies d'intervention
propre à cette ville. Par exemple, il est très difficile,
pour ne pas dire impossible, de mobiliser les Curepipiens en hiver.
Pendant cette période, ils sortent peu. Donc, nous avons
envisagé une home prevention. Pour ce plan d'action,
nous avons mobilisé plusieurs partenaires: la municipalité,
des travailleurs sociaux, organisations non-gouvernementales,
l'Église, le Sai Baba entre autres.
Hippisme Interview - Ian Paterson le nouveau "Chief Stipe"
Sera-t-il le sauveur ?
Ian Paterson, qui agira comme Chief stipe lors de la prochaine
saison hippique et qui se trouve actuellement à Melbourne
en Australie, nous a bienveillamment accordé une interview
avant de faire le saut vers l'île Maurice ou il finalisera
son contrat avec le Mauritius Turf Club (MTC) en cours de semaine.
Lors de notre entretien avec Ian Paterson, nous nous sommes permis
de le mettre au pied du mur avant même qu'il n'ait signé
son contrat, et cela peut paraître maladroit pour certains
mais nous l'avons, au préalable, fait comprendre notre
action qui est totalement positive pour l'avenir des courses à
Maurice.
Les professionnels de courses pourraient se sentir offusqués
mais nous avons voulu que le prochain grand Manitou de la chambre
des commissaires soit - s'il ne l'est pas déjà -
au courant de ce qui se trame dans les coulisses de notre vieux
Champ de Mars.
Ian Paterson averti de notre ligne de conduite lors de l'interview,
a bien voulu jouer le jeu et a répondu à nos questions
sans aucune réticence. Nous estimons qu'il aura esquissé
certaines billes, mais cela ne nous étonne nullement car
après tout, il sera l'homme qui pourrait redresser la situation
au niveau des courses, du betting system, des magouilles, du jockeys'
standing etc.
Nous ne voulons certainement attaquer qui que ce soit avec cette
interview car même de l'Australie, l'on est conscient de
ce qui se passe à Port-Louis. Et si nous sommes au courant,
avec preuves à l'appui, des tractations, il ne fait aucun
doute que Ian Paterson le soit lui aussi.
En bref, les questions se rapportent un peu à ce que le
grand public aimerait savoir.
C'est un fait qu'il ne peut répondre par l'affirmative
à nos questions mais nous croyons qu'il serait préférable
d'être " proactive " que " reactive
" vu que les turfistes mauriciens se sont toujours fait
leurrer par ces abominables grands maîtres.
Les temps ont changé et il faut que les mentalités
changent avec la venue d'un nouveau Chief stipe.
Ian Paterson, pourquoi avez-vous accepté le poste de
Chief Stipe à Maurice alors que vous étiez l'homme
fort du Harness Racing dans l'État de Victoria ?
J'ai vécu onze ans sur les circuits sud-asiatiques en Malaisie,
au Singapour et à Macao et l'an dernier, je suis revenu
en Australie pour agir comme le patron du Harness Racing.
Lors de mes vacances à Maurice au mois de juillet de cette
année, on m'a offert la position de Chief stipe. La décision
d'accepter cet emploi fut prise par tous les membres de ma famille.
Ma femme Marie Claude qui est Mauricienne a été
enthousiaste à l'idée de pouvoir revenir vivre dans
son île ou elle a de la famille. Ma fille qui termine actuellement
ses études secondaires, va pouvoir entreprendre des études
tertiaires à Quatre-Bornes alors que mon fils ira au Bocage.
Quant à moi, j'aurais la chance de pouvoir exercer mon
métier au Champ de Mars que j'affectionne beaucoup. Donc,
si on peut dire, toute la famille est heureuse de venir à
l'île Maurice.
De plus, les courses mauriciennes sont dans de bonnes mains et
d'après ce que j'ai pu voir au mois de juillet, il y a
beaucoup de gens aux courses, elles se déroulent selon
les lois établies et tout est fait professionnellement.
Donc, tous les ingrédients sont réunis.
Pourquoi irez-vous officier au mois d'octobre alors qu'Alain
Rousset est toujours en place ?
Je viens pour discuter de mon contrat avant tout et si j'en ai
l'occasion, je compte aider Alain Rousset dans sa tâche.
Ce ne sera pas la première fois que j'aiderais le Chief
stipe. Il y a deux ans de cela, j'ai aidé le même
Alain Rousset pendant quatre journées lors desquelles,
il a bienveillamment accepté de me céder sa place
et cette année encore, il ne s'est pas fait prier. Nous
avons formé une belle équipe et les décisions
prises étaient collectives.
Que pensez-vous des courses à Maurice ?
Je crois que tout se passe dans la sérénité
et que les turfistes sont amoureux des courses de chevaux. Cela
se voit de par l'engouement de ces derniers à chaque journée
et aussi le turn-over dans le betting ring. Les
courses mauriciennes sont très disputées et c'est
cela qui fait leur beauté.
Pouvez-vous nous dire comment il se fait que vos décisions
soient toujours acceptées par les jockeys et que ces derniers
n'ont jamais été en appel ?
Nous avons pris les décisions qu'il fallait et les coupables
ont accepté leurs fautes. Ils n'étaient certainement
pas contents des décisions prises mais en acceptant le
verdict, ils ont reconnu qu'ils avaient fauté quelque part.
Et pourtant, il y a deux ans de cela, Philippe Henry et Jeffrey
Lloyd pensaient qu'ils étaient victimes de harcèlement
de votre part
L'incident avec Jeffrey Lloyd n'aura été qu'une
pure coïncidence. Mais nous nous sommes expliqués
et il faut dire que nous avions notre boulot à faire et
nous l'avons fait en notre âme et conscience. Pour moi,
tous les acteurs sont traités de la même façon.
Quelles sont vos relations avec les autres membres du panel
des commissaires ?
Je m'entends très bien avec eux car ils font leur métier
avec beaucoup de professionnalisme. C'est ce que j'apprécie
chez les commissaires mauriciens.
Allez-vous choisir votre propre panel de commissaires ou allez-vous
composer avec les membres existants ?
Je n'ai pas encore discuté de cela avec les dirigeants
du MTC mais valeur du jour, je n'ai rien à redire sur les
commissaires qui font partie du panel actuel.
Ne pensez-vous qu'ils ont un urgent besoin de suivre des cours
ou encore d'aller assister au déroulement des enquêtes
dans d'autres pays pour voir comment cela se passe ailleurs ?
Je sais que Stéphane de Chalain est employé à
plein temps et qu'il a déjà suivi des enquêtes
à Macao. Quant aux autres, il leur serait bénéfique
d'avoir cette expérience, mais il faut savoir qu'ils ne
sont pas employés à plein temps au sein le panel
des commissaires. Je compte personnellement leur faire profiter
de mon expérience et s'il le faut, former ceux qui sont
intéressés à être commissaire de courses.
Mais là encore, il faudrait que l'on en discute au plus
haut niveau. Je ferais tout ce que je pourrais pour l'avancement
des courses à Maurice.
Pensez-vous que le besoin d'avoir un "betting steward"
se fait sentir à Maurice ?
Dans les années 93-95, alors que j'exerçais à
l'Australian Jockey Club, j'étais très actif dans
le betting ring. Je m'attelais à surveiller les fluctuations.
Depuis, j'ai toujours eu un il inquisiteur sur cet aspect
de notre fonction. Valeur du jour, je ne crois pas que l'île
Maurice ait un urgent besoin d'un "betting steward"
mais cela n'empêche que l'on pourrait se pencher sur la
question.
Il existe une perception à l'effet que les commissaires
de courses à Maurice font l'objet de certaines pressions
venus de la hiérarchie. En avez-vous été
l'objet au Champ de Mars ou encore êtes-vous au courant
d'une telle chose ?
Écoutez, je suis commissaire de courses depuis 1976 et
je peux vous dire que je ne me suis jamais laissé influencé
par qui que ce soit quand il fallait prendre une décision.
Je ne sais si cela se passe au Champ de Mars mais je vous assure
que je prends mes décisions en consultation avec les membres
de mon panel et personne d'autre.
Les mauvaises langues disent que les courses sont truquées
à Maurice et que les jockeys font leurs combines dans le
jockeys room. Êtes-vous au courant de cette situation
?
Non, je ne suis pas au courant de cela mais laissez-moi vous dire
que si jamais, au cours de mon mandat, nous obtenons la preuve
que les jockeys font des combines, ils auront à s'expliquer
et nous prendrons les sanctions qui s'imposent.
Et si nous vous disons que des jockeys utilisent des portables
dans le jockeys room pour refiler des informations aux
punters
Une fois encore, nous enquêterons et prendrons les mesures
appropriées. Nous allons tout mettre en uvre pour
que cela ne se produise pas. Nous irons jusqu'à faire des
random search.
Que pensez-vous de la "Valse des jockeys" ou encore
du fait que les mêmes jockeys reviennent exercer au Champ
de Mars chaque année ?
C'est vrai que c'est un gros désavantage d'avoir les mêmes
jockeys chaque année. Il serait bon d'avoir de nouveaux
jockeys car cela permettrait au public de découvrir de
nouveaux talents. Il faudrait qu'il y ait comme à Macao
ou dans les pays du Sud-Est Asiatique, une période bien
définie pour laisser un jockey exercer à Maurice.
Pensez-vous que certaines courses à Maurice sont "truquées"
comme le dit le public ?
Vous savez, à Maurice les rumeurs se propagent tel un feu
de paille. Dès qu'un parieur perd après avoir misé
sur un cheval, il tente de trouver une excuse. En début
d'interview, j'ai dit que les courses se portent bien à
Maurice avec un engouement hors du commun du public. Ce n'est
pas facile de fixer une course et c'est le rôle du commissaire
de s'assurer que les lois soient respectées. S'il y a incartade,
nous prenons les décisions qui s'imposent. De là
à dire que les courses sont truquées je ne le pense
vraiment pas. J'ai officié à Maurice lors de plusieurs
journées et cela ne m'a vraiment pas frappé.
Dans une interview qu'il a accordée à notre confrère,
Turf Magazine, Alain Rousset a admis qu'il a vécu avec
des pressions 24h sur 24. Pensez-vous pouvoir relever ce challenge
?
J'ai été en haut de l'échelle pendant bien
des années et croyez-moi, j'adore mon métier et
je le fais avec amour.
Après tout, nous subissons tous un peu de pression dans
la vie de tous les jours.
À Maurice, les chevaux sont enfermés dans une
boîte cinq jours avant une course alors qu'il fait une chaleur
torride à Port-Louis, n'est-il pas temps que les chevaux
aient la liberté de se retrouver à la mer et d'arriver
aux courses le matin même de la course ?
Je suis entièrement d'accord mais cela prendra du temps
avant de changer la mentalité et la culture mauriciennes.
À Macao, les chevaux étaient victimes de truands
d'où la nécessité de cette pratique. Il est
dommage que le MTC ait recours à cette pratique mais il
faut admettre que c'est pour le bien même des courses car
on n'aimerait pas qu'un cheval soit dopé et participe ensuite
à une course. Il faut un contrôle sévère
pour empêcher cela. Petit à petit, les choses vont
changer mais il ne faut rien bousculer.
Quelle est votre opinion sur la fermeture des écuries
et le fait de laisser la place aux entraîneurs qui pourraient
exercer leurs chevaux ailleurs qu'a Port-Louis ?
Voyez-vous, le Champ de Mars est historique. Le monde change mais
les turfistes sont habitués à voir les chevaux à
Port-Louis et ce sera un changement de culture que de ne pas voir
les chevaux s'entraîner ou être au Champ de Mars.
Mais petit à petit, les choses changent. Il n'est pas dit
qu'un jour, les entraîneurs n'auront pas le droit d'emmener
leurs chevaux à Port-Louis le jour même d'une course.
Il est impérieux que le cheval soit présenté
"drug free" pour une épreuve. Toute la
responsabilité reposera sur les épaules de l'entraîneur.
Que pensez-vous du credit betting ?
Je ne sais pas trop comment cela se passe actuellement au Champ
de Mars, mais aussi longtemps qu'un parieur peut honorer ses dettes
envers les bookmakers, cela ne pose aucun problème. Tenez,
il y a le phone betting et cela implique qu'un parieur doit avoir
un crédit à son compte pour placer une mise. Mais
honnêtement, je ne connais pas le système mauricien
mais je vais certainement me mettre au diapason quand je serais
Chief stipe.
Comment réagissez-vous aux critiques de la presse ?
La presse a un rôle important à jouer. Les journalistes
ont le devoir d'informer le public et je pense qu'ils font très
bien leur travail. Ils ont certainement le droit de critiquer
nos décisions car après tout, ils sont aussi des
experts en la matière. Mais en tant que commissaires, nous
assumons nos responsabilités que les décisions soient
bonnes ou mauvaises. J'ai été critiqué à
travers le monde en maintes occasions, mais cela ne m'empêchera
de faire mon métier.
Propos recueillis par
Denis Pellegrin (Australie)