o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 14 octobre 2007



Faits et Effets… - Pathétique…
Humeur - La guerre des gros pois
Carnet - Le chant du cygne


Faits et effets...

Pathétique…
Josie Lebrasse


Du jamais vu dans l'histoire de l'administration économique de la République : un ministre des Finances qui est contraint d'expliquer ses mesures fiscales avant, pendant et après la présentation de ses deux budgets et le jour même de l'expiration du délai pour la soumission des feuilles d'impôt. C'est vrai qu'il y a eu une mesure de la dernière heure qui relève plus des procédés d'un État voyou que d'un régime démocratique, soit l'introduction, quinze jours seulement avant la date limite pour le paiement de l'impôt, d'une nouvelle taxe, celle qui frappe la vente des biens de la succession à des tiers.

Pour calmer la fronde de ses propres collègues qui s'en sont donnés à cœur joie en son absence au conseil des ministres il y a un peu plus de deux semaines et le tollé général dans le pays sur sa politique économique, il est venu, lundi, avec de nouveaux slogans : "big money, terroriste intellectuel, mafia et même des gens qui paient pour écrire". Vraiment n'importe quoi ! Qu'il soit en difficulté, qu'il soit nerveux, on peut comprendre, encore que cela fait partie des inconvénients d'être un homme public, mais cela ne l'autorise pas à débiter n'importe quelle ineptie.

Rama Sithanen a été ministre des Finances de 1991 à 1995 et il l'est redevenu depuis 2005. Pour justifier le caractère injuste et discriminatoire de la NRPT et la taxe sur les épargnes, il a sorti les grands mots, une rengaine cent fois ressassés. Il a tenté de nous convaincre qu'il était absolument nécessaire d'empoisonner la vie d'honnêtes salariés et récolter Rs 60 millions de NRPT et quelques autres millions au titre d'impôt sur les intérêts pour traquer des resquilleurs alors même qu'il a, lui-même, introduit l'amnistie pour les fraudeurs. Il y avait moyen de ramener les professionnels de l'évasion dans les filets de la MRA sans toutes ces inutiles tracasseries pour le simple contribuable.

"Démagogues et hypocrites" ceux qui critiquent la réforme Sithanen ? Allons donc. Ce qui fait débat, ce n'est pas la réforme, mais quelle réforme. La preuve que la réforme du ministre et de son Premier ministre est éminemment modulable est qu'ils sont revenus sur des décisions initiales annoncées comme irrévocables. Il vaut mieux ne pas retourner au détail des reculades enregistrées depuis juin 2006, du pain des écoliers à la NRPT qui ne frappe plus les bare lands en passant par les subventions sur la farine et le gaz ménager, mais c'est inacceptable que le ministre traite les critiques de sa politique de "démagogues et d'hypocrites".

Est-ce démagogique que de faire un parallèle entre la baisse avancée de la taxe des compagnies de 30% à 15% et aussi celle qui frappe les grosses cylindrées comme les Aston Martin, Porsche, Ferrari, Mercedes et BMW et la NRPT et la taxe sur les intérêts bancaires ? Traquer les resquilleurs ? D'accord, en commençant par cet agent politique de Pamplemousses/ Triolet, chauffeur d'un organisme para public qui, bénéficiaire de terres de l'État, les a revendues et réalisé une plus value de Rs 150 millions, une affaire rapportée à l'ICAC depuis belle lurette. Rien jusqu'ici !

On pourrait aussi s'intéresser de plus près au juteux per diem des ministres, officiels et autres hauts fonctionnaires, allant parfois jusqu'à Rs 40 000 par jour et qui vont directement dans leurs poches parce qu'ils vont loger et se nourrir chez des proches. Imaginez 10 missions de 5 jours chaque année pendant cinq ans, ça fait un joli pactole, non ? Quid des dettes rayées d'agents politiques à la BDM et ailleurs où le gouvernement a des intérêts ? Puisque Rama Sithanen brandit aussi cette MRA, mise sur pied par le précédent gouvernement pour être une arme efficace et indépendante dans la lutte contre la fraude fiscale, il est permis de se poser des questions sur son impartialité politique après ce qui s'est passé dans le cas d'un de ses propres cadres, Shakuntala Jugmohun, et dont la mise à pied est entachée de parti pris politique.

Il y a eu une grande tirade à deux balles à Arsenal jeudi sur les subventions et la pauvreté. Navin Ramgoolam et Rama Sithanen nous ont dit que les subsides, sur le gaz notamment, c'est pas bon, parce que cela profite tant aux pauvres qu'aux riches. Au lieu de se lamenter en public avec force trémolos dans la voix, ils auraient pu pousser un peu plus loin leur argumentation et venir nous expliquer pour quelles raisons le transport gratuit c'est pour tout le monde et surtout pour la caisse des propriétaires de bus et la pension de vieillesse, retirée des revenus dépassant Rs 20 000, a été rétablie pour tous. Alors que pour les frais d'examen, le seuil pour la subvention de l'État est limité à Rs 7 500 par ménage. Pourquoi le contribuable doit-il construire des infrastructures à hauteur de Rs 310 millions pour Tian Li qui arrive avec Rs 17 milliards plein les valises ?

Voilà un budget qui aurait pu servir à une subvention temporaire sur le lait pour les pensionnaires et autres récipiendaires de l'aide sociale et de food aid. On pourrait trouver comme ça de nombreux exemples du caractère inéquitable de la politique gouvernementale. Quant au chantage à la TVA, elle est stupide parce que cette taxe ne frappe pas les produits de consommation courante. Qui cela dérangerait qu'il y ait des taux d'imposition différenciés, selon que des produits sont considérés comme luxueux ou nécessaires. Qui cela affecterait si les grosses cylindrées qui pullulent sur nos routes congestionnées depuis l'année dernière, les écrans plasma et les bateaux de plaisance d'une certaine catégorie étaient frappés d'un taux de 20% de la TVA ? Les revenus dépasseraient largement les malheureux Rs 60 millions de la NRPT !

Rama Sithanen se trompe. Sa politique de rupture, retouchée au gré des circonstances, est trop brutale, trop injuste. Après l'épisode de la démission et de "lev paké resté" de février dernier, son soutien scandaleux à Paul Wolfowitz, contraint à la démission de la direction de la Banque mondiale après une sombre affaire de favoritisme et le tout dernier projeté lundi dernier, il est bien parti pour décrocher le trophée de l'homme le plus pathétique de l'année !

PS : Merci à ce lecteur de nous avoir signalé une omission au chapitre de la saga de "nou papi", celle qui a consisté pour Arvin Boolell de baptiser la clinique pour… chiens de Union Park, Sir Satcam Boolell. Nos remerciements aussi à Rajen Thandrayen, le secrétaire du Tiruvalluvar Circle, pour avoir dans une correspondance souligné la contribution de cette association au bien-être de l'ensemble des habitants de Beau Bassin/Rose Hill. Nous ne contestons absolument pas les mérites de l'association, nos objections portaient sur l'accent prononcé mis sur le papi de Rama Valayden.



Humeur

La guerre des gros pois
Jean-Claude Antoine


Les membres du gouvernement s'étaient moqués du député Rajesh Bhagwan quand il avait déposé sur la table du Parlement un sachet de gros pois pour parler de l'augmentation de prix de ce grain sec et la hausse du coup de la vie. Le prix de ce grain sec devait prendre l'ascenseur pour atteindre Rs 38, la livre. Une augmentation qui a conduit les marchands de rôtis à créer la formule avec carry de gros pois qui coûte Rs 2 de plus. Cette semaine, pas moins de trois ministres - ceux de la Femme, du Commerce et de la Justice - ont animé une conférence de presse pour annoncer une baisse des prix de grains secs dont les gros pois et le dholl. Au cours de cette même conférence de presse, la ministre de la Femme a annoncé la fin du "calvaire" qu'est pour les Mauriciens la pénurie du lait en poudre. Est-ce que le ministre de la Femme s'est rappelé que le responsable du "calvaire" dont elle prédisait - un peu prématurément - la fin était à côté d'elle ? Il ne faut pas oublier que la pénurie du lait en poudre est la conséquence de la politique du ministre Jeetah visant à casser le cartel des importateurs de lait en poussant la State Trading Corporation à se lancer dans l'importation de cette denrée. On connaît les résultats de cette opération: hausse des prix suivie d'une pénurie et la grossière opération du lait Amul qui a coûté quelques dizaines de millions au pays à travers la STC. L'échec de l'opération Amul ne calma pas les ardeurs du casseur de cartels. Il poussa la STC à se lancer dans l'importation du pétrole et son transport, puis celui du ciment. Ces opérations furent de retentissants fiascos. La cargaison de ciment censé éviter la pénurie arriva à Maurice après coup et fut bloquée pendant de longs jours dans le port. Une fois de plus, le pays fit les frais de cette opération à travers la STC. L'opération suivante du pourfendeur des cartels fut encore plus "réussie" que les précédentes. La politique conduite par le ministre du Commerce obligea Desbro à fermer ses portes et à licencier ses employés au profit d'une firme sud-africaine, produisit une drastique augmentation et une pénurie des fers de construction. C'est après cet épisode - douloureux pour les employés de Desbro et les Mauriciens contraints de dépasser leurs budgets de construction - que le surnom d'organisateur de pénuries fut donné au ministre du Commerce.

Mais, me direz-vous, quelle est le point commun entre le sac de gros pois de Rajesh Bhagwan et l'organisateur de pénuries ? Les gros poids justement. Parce que figurez-vous que la State Trading Corporation, qui n'arrête pas de multiplier les initiatives - souvent vouées à l'échec - s'est lancée dans l'importation des gros pois de Chine. C'est donc en tant que ministre responsable de l'organisme d'État qui importe les gros pois que le ministre Jeetah était présent à la conférence de presse de l'autre jour. Il était venu dire que l'émergence d'une compétition saine sur le marché devrait favoriser la baisse des prix des grains secs dont les gros pois. Un discours énergique gâché par de mauvais souvenirs. Ce discours, Rajesh Jeetah, l'avait tenu avant de déclarer la guerre contre les cartels d'importateurs de lait, de ciment et de fers de construction dont les victimes ont été à chaque fois les consommateurs mauriciens. C'est donc avec une inquiétude compréhensible que l'on a appris que le ministre du Commerce et la STC s'étaient lancés dans l'importation de gros pois. Est-ce que grain sec va connaître le même sort que les précédentes denrées dont le ministre du Commerce avait voulu prendre en main l'importation et la distribution ? En attendant la réponse à cette question - qui concerne beaucoup plus de Mauriciens qu'on ne le croit - une chose est certaine. En dépit de son discours encourageant la concurrence saine, Rajesh Jeetah n'aime pas la compétition. Sa STC vient de servir du papier timbré à un importateur de gros pois de longue date qui non seulement se fait fort de vendre ce grain à beaucoup moins cher que lui (Rs 15 au lieu de Rs 24) mais affirme que son produit est meilleur que celui de la STC. Devenu importateur de gros pois plus à travers la STC, le ministre Jeetah qualifie les propos de son concurrent de critique malsaine à son endroit. Son concurrent qui ne se laisse pas impressionner par les menaces ministérielles a également déposé plainte.

Après la guerre du lait Amul, celle du ciment en vrac et des fers de construction, Rajesh Jeetah vient, avec sa nouvelle moustache conquérante, de déclencher la guerre des gros pois. Espérons qu'elle ne se terminera pas, comme ses précédents combats, par des augmentations de prix et une pénurie.




Carnet

Le chant du cygne
Patrick Jean-Louis


Sylvio Tang a définitivement une grosse déficience en matière de communication. Ce n'est certainement pas un fait nouveau direz-vous, mais ce qui est déconcertant c'est que le ministre de la Jeunesse et des Sports ne semble pas se rendre compte que ce " style de management " pourrait, à terme, lui jouer des tours. Prenons, par exemple, sa décision d'utiliser les pouvoirs que lui confère la section 27 du Sports Act pour faire des " Regulations " afin de rayer d'un trait de plume une " Regulation " instituée par son ancienne collègue de Parti, Marie-Claude Arouff Parfait, la fameuse formule 75%-25%. Une formule qui visait, au départ, à forcer les équipes de disciplines collectives, en particulier le football, à avoir, au minimum, 75% de joueurs venant de la région où est basé le club et la possibilité de composer sa formation d'éléments hors régions à hauteur de 25%. Bon gré mal gré, cette formule avait commencé à trouver sa voie dans les mœurs du sport mauricien.

Certes, au départ, tout le monde était contre. Car le New Sports Act de Marie-Claude Arouff Parfait, présenté en 1999 et les " Regulations " de 2000 pour l'entrée en vigueur de la formule 75%-25% devait changer radicalement la face du football local avec notamment l'arrivée des équipes à caractère régional. La création de l'ASPL 2000 en l'an 2000 est ce que l'on pourrait appeler une parfaite illustration de l'esprit de la régionalisation, car la formation de la capitale est née à partir d'une fusion entre le Scouts Club et le Roche Bois Boy Scout. Deux formations issues de deux régions dites " particulières ".

Mais qu'est-ce qui a poussé, aujourd'hui, le ministre des Sports à changer son fusil d'épaule et prendre, pour ainsi dire, tout le monde à contre-pied en rendant caduque la section 4 (b) et (c) - nous le supposons car à ce jour, il n'y a aucun libellé des amendements proposés par Sylvio Tang en circulation ni publié dans la Government Gazette - des " Regulations " mises en vigueur en vertu de la section 18 du Sports Act 1999, aujourd'hui connu comme le Sports Act 2001.

Dans une conversation avec Week-End samedi dernier, Sylvio Tang a laissé entendre, pour justifier sa décision, que personne ne voulait plus de cette formule. Et qu'en aucun cas, sa démarche vise à mettre en doute ou en péril la régionalisation du sport. Mais que veut-il dire par " tout le monde " ? Personne ne connaît, pour l'heure, l'incidence d'une telle décision sur les sports individuels. Le ministre n'a pas cru bon de communiquer sur la pertinence de sa décision, ni sur quel constat ses conseillers et lui, se sont basés pour décider d'en finir avec cette clause de la loi.

Plus que jamais, il faut s'interroger sur les raisons qui ont conduit le ministre à venir soudainement de l'avant avec ce retrait alors qu'il est urgent de prendre une décision sur les dérogations qui ont été accordées aux fédérations en 2004. Sept ans après son introduction, la formule 75%-25% avait eu le mérite de provoquer une différence notable dans les régions. Que l'on ne vienne pas nous dire que cette décision va rehausser le niveau de sport à Maurice, en particulier celui du football, qui pour l'heure, est le plus grand bénéficiaire de cette décision. Ce serait alors la plus grande escroquerie de MJS.

Rayer d'un trait de plume cette formule mettra irrémédiablement Sylvio Tang dans une position de contradiction avec ses discours officiels, qui prônent la régionalisation. À la place, il aurait pu proposer une formule 50-50 ou 40-60 ou même une autre car il en existe. Sa décision n'est que le chant du cygne de la régionalisation à Maurice. En tant que ministre des Sports, Sylvio Tang a la responsabilité de tout faire pour emmener l'épanouissement des équipes et des clubs des régions.

Or, désormais ces derniers seront des proies idéales pour les formations à gros budget. Dans le football, on assiste déjà à ce jeu de massacre avec la complicité des dirigeants de la MFA.






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 14 octobre 2007