m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 14 octobre 2007



Environnement marin - Un corail de plus de mille ans à Blue Bay…
Page d'histoire - L'entente Manilall Doctor/Eugène Laurent/l'Action Libérale en faveur des masses
Le Nobel de la paix décerné conjointement à Al Gore et au GIEC


Environnement marin

Un corail de plus de mille ans à Blue Bay…

Peu de Mauriciens connaissent son existence. Un corail unique en son genre, découvert depuis quelques années à Blue Bay, a été revisité la semaine dernière par le scientifique Vassen Kauppaymutthoo. Des études approfondies seront menées pour déterminer exactement son âge er renforcer les efforts de conservation de la biodiversité marine.

La découverte est de taille. Il existe dans le parc marin de Blue Bay un corail extraordinaire d'une part par sa rareté et d'autre part par sa dimension. Il s'agit d'un corail cerveau ou " brain coral " (Lobophyllia sp.) d'un diamètre d'environ 5 mètres.

Ce corail qui fait partie du sous-ordre Faviina et de la famille Mussidae a été décrit pour la première fois dans le monde par Yabe et Sugiyama en 1936. Il est généralement de couleur bleu-gris avec des colonies constituées de quelques corallites assez larges, principalement monocentriques avec un diamètre supérieur à 40 mm. Ces corallites sont séparées des autres par des gouttières assez larges. La surface de la colonie est assez dentelée et les polypes épais. On les retrouve uniquement dans la région zoogéographique indo-pacifique ouest et en mer rouge.

Il faut mentionner que ce corail unique se trouve dans la zone de conservation stricte du Parc Marin de Blue Bay, et qu'il n'est accessible qu'après avoir obtenu l'autorisation préalable de pénétrer dans cette zone, autorisation accordée par la "Fisheries Division" du Ministère de l'Agro-Industrie et de la Pêche.

La compétition pour l'espace est une caractéristique des massifs coralliens et on peut remarquer que ce corail a tendance à être recouvert par d'autres espèces ayant un taux de croissance plus élevé comme dans la photo ci-dessous.

Ce spécimen est unique par sa taille dans cette partie de l'océan Indien en raison de son âge estimé à plus de mille ans… Ce corail est le symbole des efforts de conservation qui devraient être enclenchés afin de préserver les derniers récifs coralliens de la planète qui sont menacés par le développement touristique, la pression humaine et le réchauffement climatique.


Page d'histoire

L'entente Manilall Doctor/Eugène Laurent/l'Action Libérale en faveur des masses

Le Parti Action Libérale, la petite formation politique animée par l'ancien syndicaliste-député et ancien ministre Lutchmeeparsad Ramsahok, a orné de couronnes et de guirlandes, hier, la statue de Manilall Doctor, au Jardin de la Compagnie pour rendre hommage à cet homme indien qui s'était dévoué à organiser les masses laborieuses mauriciennes au début du siècle dernier. La démarche s'insérait dans le cadre du 100è anniversaire de la première visite de Manilall Doctor à Maurice, le 13 octobre 1907.

M. Ramsewak, on peut le lui reconnaître, s'est toujours fait un devoir de rappeler l'énorme contribution de Manilall Doctor dans l'émancipation sociale et politique des masses à Maurice. Mais - et le nom de son parti en est la preuve - il a toujours veillé à ne jamais dissocier Manilall Doctor du docteur Eugène Laurent.

Fondateur, en 1906, de l'Action Libérale, le docteur Eugène Arthur Octave Laurent et ses compagnons de lutte, dont Anatole de Boucherville, le docteur Edouard Nairac, René Mérandon et Goolam Mahammad Essac donnèrent un inoubliable coup de main à Manilall Doctor pour obtenir de meilleures conditions de vie pour les travailleurs indiens engagés et mais également pour les autres petits salariés de toutes communautés alors exploités par les capitalistes soutenus en sous-main par l'administration coloniale britannique. Outre la 3è Commission Royale, c'est l'entente parfaite de l'Action Libérale de Laurent avec Manilall Doctor qui parvint à imposer à Maurice la notion d'une banque agricole - concrétisée plus tard par la Banque Coopérative et la Banque de Développement - avec pour résultat la prospérité jusqu'à nos jours des petits planteurs de cannes, majoritairement de familles hindoues.

La visite de Manilall Doctor et son combat ont fait l'objet ces jours-ci de nombreuses activités officielles sous le patronage du gouvernement. La page d'histoire de Week-End aujourd'hui tente, elle, de susciter une autre lecture de ce combat charnière dans l'émancipation des masses. Depuis l'indépendance de Maurice, Mauriciens d'origine indienne et Mauriciens de descendances européenne et africaine se côtoient tous en se regardant en chiens de faïence. C'est une erreur. Manilall Doctor et Eugène Laurent avaient, eux, déjà compris depuis 1907 qu'ils étaient tous faits pour s'entendre, pour lutter et pour progresser ensemble…

Dans la douzième édition du Journal de la Réunion, parue en juin 1908, un article jette un regard plein d'admiration sur les événements qui se déroulent à l'île-soeur, l'île Maurice. "Tous ceux qui regardent au-delà de notre horizon suivent avec un réel intérêt le mouvement populaire et patriotique qui agite à l'heure actuelle l'île Maurice", écrit le journal. "De ce mouvement grandiose, cette lutte légale d'un petit peuple contre la majorité de son Conseil législatif, contre la majorité de ses clauses, contre les préventions de son gouverneur, sortira le relèvement de l'île-soeur ou sa déchéance définitive. C'est une lutte palpitante d'intérêt pour eux comme pour nous. Là-bas, il s'agit de l'avenir du pays, il s'agit d'une question de vie ou de mort économique et sociale, ici c'est la sympathie qui s'ébranle. C'est la communauté d'origine qui nous fait vibrer. Ce sont les liens d'affection naturelle qui nous entraînent à suivre moralement nos frères Mauriciens et de leur adresser nos souhaits de réussite. Aucun de nous ne reste indifférent à cette magnifique manifestation de l'énergie de la race. Le spectacle auquel nous assistons de loin est réconfortant pour nous", conclut le journal.

Le mouvement dont parle avec tant d'émerveillement le Journal de La Réunion a, en fait, commencé deux ans plus tôt sous le leadership d'Eugène Laurent, lequel, avec Goolam Mohammad Issac, Anatole de Boucherville et Edouard Nairac a lancé l'Action Libérale. Prenant la relève de Sir William Newton et avant celui-ci, de Rémy Ollier, Laurent et ses compagnons, soutenus par la population de couleur, les petits blancs et les Mauriciens de descendance asiatique, non-votants, se battait déjà contre une oligarchie blanche animée par le féroce Sir Henry Leclézio, grand commandeur alors du Parti de l'Ordre. Le système politique dans le pays était encore très restrictif à l'égard des masses. Quelques années plus tôt, le gouverneur britannique, Sir John Pope Hennessy, avait suspendu l'Association Française et l'Assemblée coloniale et fondé, en 1886, le Conseil législatif. Ce conseil se composait alors de 20 membres : 8 désignés parmi l'élite du Service civil, dominé par des fonctionnaires britanniques, 9 membres nominés, 10 membres élus et le gouverneur comme chef du Conseil. Seuls avaient le droit de voter les hauts fonctionnaires britanniques et les riches. William Newton, homme de couleur, combattit ce système et parvint à se faire élire 3è député de Port Louis en 1889 et, ensuite, membre de l'Exécutif du Conseil législatif en 1906. William Newton, vieillissant, céda le flambeau à Eugène Laurent.

L'arrivée de Manilall Doctor

Manilall Maganlall, plus connu comme Manilall Doctor, originaire de l'État indien de Baroda, vint à Maurice, une première fois, le 13 octobre 1907, à l'instigation du Mahatma Gandhi. Tous deux étaient membre de la société "The Servants of India". Gandhi lui-même séjourna à Maurice, du 30 octobre au 19 novembre 1901, et il fut tellement touché par les conditions de vie des travailleurs immigrants indiens et de leurs descendants qu'il repartit résolu à leur apporter son soutien.

Malgré son jeune âge, 26 ans, Manilall Doctor était déjà un homme débordant d'enthousiasme, déterminé à aider ses compatriotes établis dans l'île à sortir de leur état de sous-humains. Formé au Baroda College et au State College of Law, Manilall Doctor ne fut jamais médecin, malgré son alias, mais bien un avocat.

Manilall Doctor passa trois ans à Maurice, mais, un mois à peine après y avoir débarqué, il réalise qu'il y manque de mobilisation des laboureurs et de la masse hindoue. Il tient un grand meeting au Taher Bagh, au Champ de Mars. Deux ans plus tard, le 15 mars 1909, il dote la communauté d'un journal, The Hindoustani, pour faire passer son message. La même année, il se lança dans une série de meetings à travers l'île contre le système dit "Double cut". Ce système préconisait notamment la déduction de deux jours de travail pour chaque jour d'absence…

Mais le plus gros travail de Manilall Doctor restait encore à faire et, même si les historiens non pas beaucoup insisté sur ce fait, il comprit tout aussi vite qu'il lui fallait faire la jonction avec le mouvement populaire déjà déclenché sous la férule du docteur Laurent. C'est Manilall Doctor qui, lors d'un meeting à Rivière des Anguilles le 31 août 1909, met en branle le processus de revendication d'une Commission Royale. Il fit voter à la foule, à cette occasion, deux résolutions : d'abord en faveur d'une commission pour enquêter sur les conditions des laboureurs indiens et, ensuite, la seconde, contre la violation du contrat de ces travailleurs pour ce qui avait trait à leurs rations alimentaires. Les laboureurs étaient effectivement contraints de consommer du maïs et un riz tellement infâme que la populace lui donna le nom de "diriz pousse-femme". Nombreuses étaient en effet - paraît-il - les épouses de laboureurs qui préfèrent déserter le toit conjugal plutôt que devoir trier et préparer ce riz !

La jonction avec Laurent

Lorsque, à force de mobilisation, meetings et autres formes de pressions sur l'administration coloniale britannique, la 3e Commission Royale fut instituée, Manilall Doctor et Eugène Laurent furent les deux principaux témoins pour dénoncer les conditions de vie des laboureurs de l'industrie sucrière.

Manilall Doctor eut beaucoup de mal à se faire respecter devant cette Commission Royale, laquelle lui obligea, d'ailleurs, à enlever son turban en guise de soi-disant signe de respect avant de pouvoir déposer. Ce qu'il refuse de faire dans un premier temps avant d'en être forcé. Les commissaires britanniques s'intéressèrent à sa représentativité question de savoir s'il parlait "au nom de tous les Hindous du pays ?"

Le procès-verbal des travaux de la Commission Royale du 5 juillet est édifiant et très indicateur du compartimentage dans lequel l'administration coloniale britannique voulait enfermer les masses exploitées à l'époque avec la complicité du Parti de l'Ordre de Sir Henry Leclézio.

"Étés-vous un Hindou ?", se permit de demander le président de la commission à Manilall Doctor.

Ce dernier répondit par l'affirmatif.

"Parlez-vous pour vous-même dans ce que vous dites ou représentez-vous un nombre d'autres personnes ?

Manilall Doctor : Je représente un nombre d'autres personnes…

Le président : Selon quelle autorité ?

Manilall Doctor : Sur certains aspects que j'ai mentionnés. On m'a demandé, à la onzième heure, de vous soumettre des pétitions et ces gens m'ont demandé de vous adresser en leurs noms…

Le président : … qui sont les gens que vous représentez ? Sont-ils tous des Hindous ?

Manilall Doctor : Je ne peux pas dire qu'ils le sont tous parce que, entre 400 et 500 sans doute, m'ont directement ou indirectement demander de les représenter et d'autres ne l'ont pas fait…

Le président : Est-ce que les difficultés des petits planteurs ont déjà fait l'objet de représentations sous quelque forme auprès du gouvernement ?

Manilall Doctor : Ils ont fait cause commune à ce sujet avec un mouvement appelé Action Libérale et ils ont fait des représentations à l'effet qu'ils n'ont pas les mains libres sur la vente de leurs cannes à sucre et qu'ils rencontrent des difficultés financières. L'Action Libérale en a fait son combat…"

Eugène Laurent, en effet, battit la campagne, remua ciel et terre jusqu'à établir une carte géographique démontrant l'étendue des terres occupées dans le pays par les petits planteurs qui étaient ruinés par le système de vente de sucre de l'époque. Reconnaissant, Manilall Doctor lui renvoya l'ascenseur lors des élections générales de décembre 1910. Lors de ces élections, la population de couleurs (créoles, petits blancs sans fortune, hindous et musulmans) vota massivement contre le Parti de l'Ordre de Sir Leclézio et son oligarchie.

Lors de son dépôt de couronnes sur la statue de Manilall Doctor, M. Lutchmeeparsad Ramsewak a affirmé "rêver que les Mauriciens suivent les traces de Manilall Doctor, d'Eugène Laurent, d'Anatole de Boucherville, d'Edouard Nairac et de Goolam Mohammad Issac afin de transformer notre pays en véritable île arc-en-ciel où la direction des affaires ne serait plus réservée uniquement à une communauté ou caste précise".


Le Nobel de la paix décerné conjointement à Al Gore et au GIEC

L'ancien vice-président américain Al Gore et le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) ont obtenu, vendredi 12 octobre, le prix Nobel de la paix 2007. Le prix leur est conjointement décerné "pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l'homme et pour avoir posé les fondements pour les mesures nécessaires à la lutte contre ces changements", a déclaré, à Oslo, le président du comité Nobel norvégien, Ole Danbolt Mjoes.

Ancien vice-président de Bill Clinton et candidat démocrate malheureux à la Maison Blanche en 2000, Al Gore, 59 ans, est revenu sur le devant de la scène l'an dernier avec son livre et documentaire, Une vérité qui dérange, qui tire la sonnette d'alarme face au réchauffement de la planète. Primé aux Oscars, le film de 96 minutes a contribué à vulgariser un sujet complexe et à sensibiliser l'opinion publique à la menace climatique. "L'ex-futur président des États-Unis d'Amérique", comme Al Gore se présente avec dérision, a été consacré cette année par le magazine Time comme l'une des 100 personnalités les plus influentes au monde.

Réalisant un véritable travail de fourmi, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) expertise et compile les recherches effectuées par des milliers de scientifiques à travers le monde. Ses rapports, résultats de délicates tractations entre délégations des différents États, fournissent un solide socle de connaissances aux décideurs politiques. Parmi ses principales conclusions, le GIEC prédit une hausse de 1,8 à 4 °C de la température moyenne planétaire d'ici à 2100, un réchauffement dont l'origine "très probable" est liée à l'activité humaine. Limiter cette hausse à 2 °C aurait un coût "relativement modéré", selon les chercheurs, soit une baisse de 0,12% du taux de croissance du PIB à partir de 2030.

La distinction d'Al Gore et du GIEC parmi les 181 candidats en lice cette année lance un message fort à la communauté internationale, à quelques semaines de la conférence de Bali sur le changement climatique, qui se déroulera du 3 au 14 décembre. Celle-ci doit tracer la feuille de route pour de nouveaux engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre au-delà de 2012, après l'expiration de la première phase du protocole de Kyoto. Un texte que M. Gore a négocié pour les États-Unis, mais que George Bush n'a pas ratifié.

Le Nobel - un diplôme, une médaille d'or et un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1,09 million d'euros) - leur sera remis à Oslo le 10 décembre, date anniversaire de la mort de son fondateur, le savant et philanthrope suédois Alfred Nobel.


Les dix derniers lauréats

2007. Al Gore (États-Unis) et Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC)

2006. Muhammad Yunus (Bangladesh) et la Grameen Bank

2005. Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et son directeur, Mohamed ElBaradei (Egypte)

2004. Wangari Maathai (Kenya)

2003. Shirin Ebadi (Iran)

2002. Jimmy Carter (États-Unis)

2001. Organisation des Nations unies (ONU) et son secrétaire général, Kofi Annan (Ghana)

2000. Kim Dae-jung (Corée du Sud)

1999. Médecins sans frontières

1998. John Hume et David Trimble (Irlande du Nord/Grande-Bretagne)



m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 14 octobre 2007