é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 14 octobre 2007

Au-delà des conflits africains: Qu'est-ce que l'âme africaine ?
Gérard Cateaux


Dans son dernier rapport, l'organisation humanitaire OXFAM, chiffre à 300 milliards de dollars US ce qu'ont coûté au continent africain les 15 dernières années de conflits armés. Ce chiffre hallucinant, compte tenu de l'extrême pauvreté à laquelle est confronté le Continent noir, s'ajoute aux multiples convoitises des nations extra-africaines pour l'exploitation de ses ressources minières et autres.

Nous avons déjà écrit, ici même, que les événements survenus en Europe de l'Est, depuis le démantèlement de l'empire soviétique, risquaient de détourner le monde, dit développé, de l'Afrique, alors que ce continent traversait, et traverse encore, une grave crise économique, politique et culturelle. L'Afrique a besoin, plus que jamais, de l'aide économique, à défaut elle risque de s'enfoncer encore plus dans des conflits qui ont parfois démarré depuis une trentaine d'années. L'Algérie, la Tunisie, la Côte-d'Ivoire, autrefois réputées stables, connaissent de graves difficultés économiques, susceptibles de déstabiliser les régimes en place. Le "miracle" ivoirien n'est plus qu'un lointain souvenir. Houphouët Boigny avait longtemps perdu l'aura qui faisait de lui le dernier "sage" de l'Afrique, après Senghor. Mais les conflits, eux, n'en finissent pas !

L'Afrique, nous le savons - et les nouvelles puissances telles que la Chine et l'Inde en savent autant que nous - possède des ressources minières non négligeables, bien qu'inégalement réparties et, à de rares exceptions près, elle n'a pas la puissance économique et politique qui fait la force de l'État moderne. Frappée de plein fouet par la crise économique, la sécheresse, l'invasion d'insectes destructeurs, elle est affaiblie par des guerres interminables, tantôt claniques, tantôt sectaires.

Mais le plus grand problème à laquelle se voit confronter l'Afrique, ce n'est plus la question d'autoritarisme de ses gouvernants, de dissolutions d'assemblées, de l'instauration de partis uniques, d'élections fictives ou de multipartisme de façade, confiscation du pouvoir par l'armée, d'internements abusifs, exécutions sommaires… C'est que, quelque part, elle a perdu son âme…

Emmanuel Ndeng en fait une illustre illustration à travers la légende des trois fils du vieillard. Il était une fois, nous raconte Ndeng, un vieillard, très pauvre, qui vivait dans un village de la forêt et qui sentait venir sa mort. Il fit venir ses trois fils pour leur dire adieu et leur donner ses derniers conseils. À l'aîné, il lui remit une hache et lui dit: "Cette hache est le symbole de la force. Prends-la et tâche d'être heureux." Au second fils, il remit une machette et une lime. Et il lui dit: "Prends cette machette, elle est le symbole de l'ardeur au travail, de la persévérance dans l'effort." Au troisième, il lui donne une houe et des graines et lui tint ces propos: "Mon enfant, avec cette houe, qui te servira à semer ces graines, tu pourras acquérir autant de biens que tu veux à condition de savoir t'en servir. Cette houe symbolise la recherche de la vérité et de la connaissance…"

Cette fable, toute africaine, ne fait plus partie de cette tradition plus que millénaire qui, en Afrique, a annoncé des lendemains si incertains, tellement changeants et qui font la part belle aux prédateurs, marchands de canons qui ont signé de stigmates profonds de cinq siècles de traites négrières et trois de colonisation, et qui perdurent… Hélas ! Au prix de la violence, du sang et des larmes… Et de 300 milliards de dollars US… !



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 14 octobre 2007