o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 30 septembre 2007



Faits et effets - Dégringolade attendue
Humeur - Les déclarations du leader du MSM


Faits et effets...

Dégringolade attendue
Josie Lebrasse


Qui a été étonné de la dégringolade de 11 points de Maurice, de la 42e à la 53e place au classement de Transparency International ? Personne, puisque la spectaculaire dégringolade était attendue et que même Paul Bérenger, qui, naguère, disait ne pas trop y accorder d'attention, prévenait à une conférence de presse il y a quelques semaines qu'il ne serait pas surpris que TI downgrade Maurice compte tenu des proportions que la corruption a pris dans le pays. Il fallait, en effet, s'y attendre. Si l'année dernière, Rama Valayden et consorts s'étaient précipités pour commenter la progression de Maurice au classement et pour revendiquer la paternité des initiatives prises avant son arrivée - accidentelle - aux affaires, cette année, pas un seul commentaire sur le dernier rapport. Même pas un petit mot au Conseil des ministres; qui a, pourtant, délibéré du rapport de la Banque mondiale qui témoigne de l'amélioration du climat d'affaires dans le pays. Des affaires, il en a été question mais de l'affairisme !

L'ICAC au pas, sous tutelle de l'Alliance sociale, avec les amendements apportés au Prevention of Corruption Act fin 2005, est un échec patent. Le trio folklorique qui dirige la commission qui coûte aux contribuables Rs 100 millions annuellement aurait dû avoir déjà débarrassé le plancher. Non, le directeur se perd en conjectures et en explications stériles pour tenter de minimiser la faillite de son organisation. S'il n'a rien fait depuis près de deux ans, c'est que la loi n'est pas adéquate. Il veut des pouvoirs additionnels. Mais pour faire quoi au juste ? Il ne le dit pas. Pour mieux marcher aux ordres des politiques et suivre à la lettre les correspondances du fameux "comité scandale" dont on attend encore l'issue sur BPML, pour arrêter des opposants politiques comme dans le cas d'Ajay Gunness et bien préparer l'opinion en mettant sur le compte du Directeur des Poursuites Publiques une décision de procéder à son interpellation alors que tel n'a jamais été son intention déclarée. Anil Kumar Ujodha veut des lois. Et quoi encore? Il y a déjà le Public Procurement Bill voté depuis bientôt une année, un texte exigé par un bailleur de fonds important, celui-là, l'Union Européenne, qui n'a pas encore été proclamé. Juste sur ce dossier, Maurice mérite de perdre un point au classement de Transparency International.

Mais il y a plus grave qui justifie pleinement la descente vertigineuse du pays dans ce classement. Tout le monde sait, voit que la corruption a augmenté dans le pays. Il n'y a qu'à prendre quelques cas pour en être convaincu. Il y a eu l'affaire des Rs 50 millions de Bel Air Sugar Estate où le nom du ministre Asraf Dulull a été évoqué. À ce jour, rien du côté de l'ICAC sauf que l'on a appris qu'un proche des dénonciateurs travaillant à la commission s'est vu installer dans le fauteuil de la direction pour quelque temps. Un ministre a été dénoncé pour avoir bénéficié de faveurs de la part d'un établissement du privé. Aucune suite connue à cette dénonciation. Jack Bizlall et l'opposition ont dénoncé un voyage entrepris par le président à temps partiel, mais qui agit comme le véritable directeur du CEB à l'ICAC après une sombre affaire de billets d'avion échangés pour accommoder une petite amie lors d'un déplacement effectué à l'invitation d'un fournisseur du CEB. Rien du côté de l'ICAC. Un employé-syndicaliste de Mauritius Telecom a porté devant l'ICAC une tentative alléguée du directeur Sarat Lallah de lui accorder des faveurs en échange de sa docilité; rien du côté de l'ICAC si ce n'est que MT a même poussé l'outrecuidance jusqu'à ignorer un ordre de la cour qui exigeait un relevé des appels, nécessaire pour établir les échanges exacts entre les uns et les autres.

Il y a aussi le cas récent du député de la majorité Yatin Varma et les sollicitations en écrit de sa part de poste de conseiller légal auprès des ministres et autres organismes publics. On a fait croire qu'il n'y avait pas de lettre adressée au Medical Council, puis qu'on n'arrivait pas à l'ICAC à mettre la main sur l'original, et l'affaire était sur le point d'être bouclée. On pourrait comme ça établir une longue liste de cas connus et qui dorment dans un quelconque tiroir pour des raisons qui n'échappent à personne. Quant aux enquêtes que le gouvernement lui-même annonce en grande pompe, c'est devenu une vaste farce. Celle qui devait avoir lieu sur les fraudes à la sécurité sociale et sur le Mauritius Examinations Syndicate n'ont tout simplement jamais démarré. Le "mystère" des bourses indiennes qui a lésé des professionnels méritants et la dénonciation publique de l'implication du bureau du Premier ministre dans cette affaire n'ont pas ému l'ICAC bien que la loi prévoie qu'elle peut se saisir de n'importe quel dossier. Et ça réclame plus de pouvoirs!

Maurice a dégringolé dans le classement parce que plus qu'une perception, c'est une vraie culture aujourd'hui que d'accorder des faveurs et des contrats rien qu'aux proches, de reprendre des terres à un promoteur réunionnais connu pour les donner à deux modestes employés du secrétaire général du PTr, d'accorder des autorisations aux pires industries polluantes sans passer par des appels d'offres. On en arrive même des fois à regretter l'ancienne ICAC qui n'hésitait pas à convoquer ministres, gouverneur de la Banque de Maurice et grosses pointures du secteur privé et même haut gradé de la police dans ses locaux. Même s'il y a eu de grosses bévues, la volonté de combattre la corruption était là, visible et c'est ce qui avait permis à Maurice de grimper dans le classement de l'année dernière.

Puisqu'il est question d'indice, comment ne pas parler de celui qui classe Maurice comme le pays le mieux géré et, ce, sur la base des données de 2000 et 2005, un aspect occulté par les médias qui fonctionnent selon les dictées de Callikan. Le gouvernement s'en est approprié alors que la période sur laquelle l'indice Ibrahim s'est passé ne le concerne pas. Il devrait savoir qu'une des autorités consultées pour arriver à ce classement n'est autre que Transparency International. Ils ont été nombreux à avoir caricaturé l'ambition affichée par Paul Bérenger, lors d'une conférence de presse, le 11 octobre 2003, une semaine après son installation comme Premier ministre, "de faire de Maurice un des pays les mieux gérés au monde". Il peut quand même aujourd'hui éprouver une petite satisfaction de la reconnaissance des efforts du gouvernement entre 2000 et 2005. Ne serait-ce que sur une base régionale. C'est bien mieux que de tomber de 11 marches…




Humeur

Les déclarations du leader du MSM
Jean-Claude Antoine


Tout est décidément possible en politique à Maurice, comme vient de le démontrer le dernier rebondissement du feuilleton inépuisable. C'est donc le PMSD, son ex-ennemi mortel pendant plus d'une génération, qui va réinstaller Paul Bérenger dans le fauteuil de leader de l'opposition. Gaëtan Duval doit se trémousser dans sa dernière demeure à St-Jean. Grâce au PMSD, le leader du MMM va reprendre le poste que lui avait pris le MSM à la faveur d'un autre rebondissement du feuilleton de l'opposition. Celui au cours duquel l'oncle et le neveu s'étaient affrontés pour une histoire de préséance à un meeting du 1er-Mai.

Tout le monde avait prévu le changement de leader de l'opposition dès que Maurice Allet avait annoncé le retrait des bleus de l'alliance gouvernementale. Tous, sauf Pravind Jugnauth. Jusqu'à bout, le leader du MSM a voulu croire que la situation resterait inchangée dans l'opposition parlementaire et qu'il continuerait à la diriger à travers Nando Bodha, coincé entre un nouveau costume trop large et un leader de parti entendant faire respecter sa loi. Pravind Jugnauth l'a cru en oubliant qu'il avait créé les conditions objectives pour que le changement qu'il redoutait survienne. Comment espérer ne serait-ce qu'un instant que le PMSD soutienne le MSM alors que Pravind Jugnauth avait traité on ne peut plus cavalièrement Maurice Allet au moment de l'attribution des tickets de l'alliance MSM/MMM/PMSD pour les élections générales de 2005 ? Ce sont des phrases qu'un politicien garde soigneusement dans sa mémoire en attendant le moment propice de rendre la monnaie de sa pièce à celui qui les a prononcées. Tout comme Ashock Jugnauth doit attendre patiemment l'occasion de faire voir à son neveu de quel bois se chauffe le "gros fey" qu'il est supposé être.

Tandis que Paul Bérenger jouait à l'homme détaché de tout qui n'a rien demandé à personne mais qui finira par s'incliner devant son devoir et surtout sous le poids de l'histoire, le leader du MSM a multiplié les déclarations maladroites. Alors que Maurice Allet avait bien fait comprendre qu'avec ou sans réunification de l'opposition, les deux voix du PMSD soutiendraient Paul Bérenger, le leader du MSM a trouvé cette déclaration floue. Non seulement il a demandé des éclaircissements mais parlé de double langage bleu. Quand Bérenger a dit que face à la nouvelle situation dans l'opposition, Nando Bodha savait ce qui lui restait à faire et qu'Anerood Jugnauth devait prendre ses responsabilités, le leader du MSM a eu deux réactions pour le moins étonnantes. Il a tout d'abord dit que la déclaration de Bérenger n'était pas claire - était-ce un jeu de mots ? - car il n'avait pas dit implicitement qu'il acceptait de reprendre le poste de leader de l'opposition, d'une part. De l'autre, qu'en demandant au président de la République de prendre ses responsabilités, le leader du MMM l'avait insulté.

Finalement, de demandes de précisions en demandes d'éclaircissements, le MSM aura pris une semaine pour que son secrétaire général démissionne du poste de leader de l'opposition. Pravind Jugnauth aura beau dire que le MSM n'avait pas soif du poste de leader de l'opposition, il n'empêche qu'il a pris du temps pour rendre ce qu'il disait ne pas vouloir garder.

La conclusion de cette affaire n'a pas mis fin aux déclarations de Pravind Jugnauth, loin de là. Alors que l'opposition se retrouve avec deux voix supplémentaires au Parlement et qu'il suffirait de pas grand-chose pour faire danser le gouvernement à la rentrée, le leader du MSM déclarait hier dans une interview de presse "qu'une entente au sein de l'opposition devient de plus en plus difficile". Faut-il comprendre que l'entente au sein de l'opposition, tout comme la réunification de l'alliance MSM/MMM, passe obligatoirement par la nomination de Pravind Jugnauth au poste de leader ou de Premier ministre en raison de "la réalité électorale mauricienne". Une analyse qu'il semble partager avec la Voice of Hindu qui fait les yeux doux, ces jours-ci…

Je ne sais plus qui a dit que le retrait du PMSD du gouvernement finirait par devenir un cadeau empoisonné pour l'opposition. Au rythme où vont les choses, cette prophétie risque de se réaliser. Pas en raison du comportement des deux élus du PMSD. Grâce aux déclarations et prises de positions, de plus en plus étonnantes, du leader du MSM.





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 30 septembre 2007