é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 30 septembre 2007

Vœux pieux à l'AG de l'ONU !
Gérard Cateaux


Chaque année, à pareille époque, chefs d'État et de gouvernements se succèdent à la tribune de l'ONU - réunie en Assemblée générale - pour exposer leurs états d'âme sur les grands sujets qui intéressent l'ensemble de la planète.

Généralement, c'est sous la forme d'une litanie de vœux pieux que les grands - et petits - de ce monde abordent les contours d'un univers de plus en plus frileux, prennent le pouls des bouleversements annoncés, constatent impuissants que la diplomatie ne répond, en réalité, qu'à une succession d'intérêts les plus divers, où pétrole et industrie d'armes constituent les vrais enjeux de la dislocation mondiale.

Prenons le cas concret de la Birmanie, dirigée par une junte militaire qui, en 1997, a renversé le résultat des urnes, où l'opposition avait été déclarée vainqueur. Aujourd'hui, on découvre avec stupeur - après avoir fermé les yeux des années durant sur ce régime d'un autre âge - des généraux régnant d'une main de fer sur le pays, tandis que la population tente d'assurer sa survie au quotidien.

Nous sommes heureux d'apprendre, par la voix du Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, qu'il a arrêté l'importation du riz de Myanmar, en 1997, dès la prise de pouvoir par la force des généraux. Un geste symbolique, certes, mais qui, au moins, tranche avec toutes ces grandes démocraties qui se targuent de dénoncer le terrorisme d'État.

Jugez-en: une motion du Conseil de Sécurité qui annonçait des sanctions contre le régime birman est bloquée par la Russie et la Chine, sous prétexte de non-ingérence dans la politique intérieure d'un État-membre. Pendant ce temps, la Russie s'ingère régulièrement dans les affaires des anciennes satellites soviétiques, comme en Georgie, en Ukraine et en Biélorussie… La Chine est un des plus gros investisseurs en Birmanie dans le domaine énergétique et un des principaux fournisseurs d'armes à la junte. Ce qui explique son veto…

L'Inde, qui compte sur la Birmanie pour résoudre ses problèmes énergétiques et pour contrer l'influence de la Chine, ferme aussi les yeux sur les atteintes aux droits de l'homme dans ce pays.

Les pays occidentaux ne sont pas en reste. La Grande-Bretagne, qui n'a jamais vraiment coupé avec son ancienne colonie, n'en a pas moins ignoré les voix des militants birmans exilés qui s'élevaient en Angleterre, encore moins freiné les investissements des sujets de sa Majesté au pays de l'opium. Contrairement aux groupes multinationaux qui, à l'instar de TotalFina Elf, Pepsi, Levi's, Carlsberg et Heineken, Reebock, C&A, Hewlett-Packard, Ericsonn, ont décidé de se retirer du champ économique birman.

Voilà 40 ans que la dictature maintient les militaires au pouvoir malgré les pressions internationales. Voilà 10 ans que la militante Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, vit en résidence surveillée à Rangoun. Un mince espoir demeure: la junte a vieilli; il est à espérer que le sursaut vienne de l'intérieur, mené par une nouvelle génération de jeunes militaires qui avanceraient la fleur au fusil… Encore un vœu pieux ?



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 30 septembre 2007