i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 23 septembre 2007



Maurice Allet:

"Le PMSD va rendre le poste de leader de l'opposition à Bérenger"

Le Parti Mauricien Social Démocrate a causé la surprise politique de la semaine en annonçant lundi soir qu'il se retirait du gouvernement de l'Alliance Sociale. Dans cette interview réalisée vendredi matin, Maurice Allet, leader du PMSD, explique les raisons de cette démission et remet certaines pendules à l'heure. Par ailleurs, il explique, sans aucune équivoque, la politique que son parti compte mener au sein de l'opposition.

Commençons par un rappel des faits, Maurice Allet. Pour quelle raison le PMSD a-t-il quitté l'opposition en 2006 pour entrer dans l'alliance gouvernementale ?

Après les élections de 2005, des émissaires travaillistes étaient venus me voir pour dire que le PMSD devait rejoindre le gouvernement PTr pour faire avancer le pays. J'ai beaucoup réfléchi en tenant en ligne de compte que les prochaines élections sont prévues pour 2010 et que l'électorat du PMSD - qui s'est toujours plus senti à l'aise au pouvoir que dans l'opposition - serait mieux représenté au gouvernement que dans l'opposition. Par ailleurs, il y avait le fait que l'Alliance Sociale n'avait pas réussi à faire élire un seul député de la communauté générale. Nous avons beaucoup discuté de la question au PMSD et avons décidé de faire le saut sans conditions.

Il n'avait pas été question que Maurice Allet obtienne un boutt… pardon, un portefeuille ministériel en échange de l'entrée du PMSD au gouvernement ?

Il n'a jamais été question de récompense ou de boutt et Navin Ramgoolam l'avait lui-même déclaré: le PMSD est entré au gouvernement sans conditions. Il y a eu, par la suite, des déclarations et des spéculations sur un ministère offert au PMSD dans le cadre d'un remaniement ministériel, mais il n'y avait aucune condition à l'entrée du PMSD au gouvernement. Pour être tout à fait exact, il n'y avait pas de conditions, mais nous avions convenu d'un arrangement qui n'a pas été respecté. La seule condition posée était qu'un des deux élus PMSD à la municipalité de BB/RH obtienne un mairat. Un de ces élus est un habitant de Cité Barkly et est aujourd'hui enseignant. Lui donner le mairat aurait été un signal fort sur la politique du gouvernement. Mais à la veille de l'élection municipale, j'ai eu un coup de poignard dans le dos quand le candidat du MR a été choisi au détriment de celui du PMSD. J'en ai parlé à Navin Ramgoolam qui m'a dit qu'il allait s'occuper de la question. L'année suivante, le mairat est allé à un autre membre du MR. En dehors de cet arrangement non respecté, il n'y avait aucune condition à l'entrée du PMSD au gouvernement.

C'est le PMSD qui était demandeur de cette entrée au gouvernement ?

Pas du tout. Ce sont les travaillistes qui ont fait des propositions. Je vais vous raconter comment cela s'est passé: quand il y a eu des problèmes entre le MSM et le MMM, Raschid Beebeejaun m'a téléphoné un dimanche matin pour me passer le message suivant: Navin Ramgoolam, qui était à l'étranger, voulait savoir quelle était la position du PMSD dans le conflit et m'invitait à soutenir le gouvernement. Je suis allé chez Navin Ramgoolam le soir de son arrivée et nous avons discuté jusqu'à 2h du matin. Je vous le répète: le PMSD n'était pas demandeur.

La question demeure: pourquoi le PMSD est-il entré au gouvernement ? Juste pour faire plaisir à Navin Ramgoolam ?

Nous sommes entrés au gouvernement pour défendre cette partie de l'électorat qui n'avait pas voté pour Ramgoolam: la population générale. Nous sommes également entrés au pouvoir pour faire oublier les attaques de l'Alliance Sociale contre le secteur privé pendant la campagne électorale. Je suis parvenu à aider certains de mes mandats méritants - et pas forcément PMSD - à obtenir une maison. Au niveau du recrutement, j'ai pu obtenir de l'emploi dans le gouvernement pour quelques-uns de mes mandants, ce qui n'a pas été le cas d'Eric Guimbeau à Curepipe. Au fil du temps, je me suis rendu compte qu'en ce qui concerne les emplois dans le gouvernement, le PMSD était bien moins traité que les autres partis de l'Alliance Sociale. Je suis allé me plaindre au Premier ministre et à chaque fois, il m'a rassuré et m'a demandé d'attendre et de lui donner le temps de s'occuper de ces problèmes. J'ai longtemps attendu.

Quelle est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase PMSD ?

Le langage utilisé par Navin Ramgoolam ces derniers jours contre une section de la population.

Mais, Maurice Allet, ce n'est pas la première fois depuis que le PMSD est entré au gouvernement en 2006 que Navin Ramgoolam et des membres du PTr utilisent ce "langage" et ces "arguments". Où étiez-vous les fois précédentes: en train de vous boucher les oreilles pour ne pas entendre ?

Sa déclaration d'Union Park a dépassé les bornes. Eric Guimbeau a réagi et je lui ai demandé de prendre un rendez-vous avec Navin Ramgoolam pour clarifier la situation. J'ai ensuite rencontré Ramgoolam, le jeudi, qui m'a dit qu'il n'était pas content de la réaction d'Eric Guimbeau. Je lui ai demandé un rendez-vous pour évoquer toute la question pour dissiper tous les malentendus. Il a accepté et j'ai demandé officiellement un rendez-vous. Et puis, dimanche dernier, Navin Ramgoolam a répondu à Eric Guimbeau en des termes inacceptables à Belle Rive. Mais, en fait, ce n'est pas Eric Guimbeau que Navin Ramgoolam a insulté, mais le PMSD - dont Eric est le leader adjoint - et son électorat.

Quel est votre commentaire sur la partie des déclarations de Navin Ramgoolam sur la supposée interdiction d'entrer dans une boîte de nuit ?

Est-ce parce qu'il s'agit du fils du ministre des Finances qu'il faut faire d'un incident survenu dans une boîte de nuit un problème national ? Au lieu d'aller défendre le fils Sithanen, à qui on n'a pas donné assez vite des verres propres pour boire sa vodka - à quel prix ? - , le Premier ministre aurait mieux fait de défendre ce handicapé que l'on a fait sortir de force d'un autobus. Ça, c'est un sujet d'importance nationale pour un Premier ministre, pas les déboires d'un fils à papa qui, selon mes renseignements, est loin d'être un enfant de chœur. Et voilà que pour soutenir le Premier ministre, Rama Valayden annonce qu'il va faire fermer les clubs privés comme le Mauritius Turf Club. Avant de faire de telles déclarations, Rama Valayden devrait commencer par demander à sa femme d'arrêter d'aller chercher des coupes au MTC. Alors, le gouvernement va faire fermer les clubs privés parce qu'un fils de ministre a été "faner" dans une discothèque ?

Il me semble que vous avez pris beaucoup de temps pour comprendre certaines choses très simples, Maurice Allet !

Laissez-moi vous dire qu'à chaque fois qu'il y a eu utilisation de propos graves par ses députés, nous sommes allés voir le Premier ministre pour protester. Et, à chaque fois, il nous recevait longuement, nous disait qu'il n'était pas d'accord avec ces propos et qu'il allait le faire savoir. Nous l'avons cru. Mais, ces derniers temps, ce n'est pas du langage d'un député qu'il s'agissait mais de propos tenus par Navin Ramgoolam lui-même et que toute la population a pu entendre grâce à la MBC, contre le leader adjoint du PMSD. J'ai réuni les instances du PMSD et quand nous avons étudié la manière dont le PMSD était traité au sein de l'Alliance Sociale, nous avons décidé à l'unanimité de quitter le gouvernement, de lev nou paké alé. Avant que - comme son père l'avait fait avec Gaëtan Duval - , on nous mette dehors du gouvernement avant que nous ayons le temps de démissionner.

Vous pensez que Navin Ramgoolam aurait pu faire ça ?

Après ses propos de ces dernières semaines, je m'attends à tout de sa part. N'oubliez pas que dimanche dernier, il a déclaré que le PMSD ne faisait pas partie du gouvernement alors que nous le soutenons on ne peut plus ouvertement au Parlement depuis plus d'un an et demi ! Et qu'à plusieurs reprises, il m'a personnellement dit que le PMSD allait faire partie du cabinet ministériel…

En fin de compte, et comme le créole le dit si bien, Navin Ramgoolam finn byin kouyonn ou, Maurice Allet !

Je le reconnais, mais je ne suis pas le premier. Avant moi, il y a eu Gaëtan Duval et Paul Bérenger. Mais moi, j'ai réussi à lui rendre ce qu'il avait fait à Gaëtan Duval: démissionner avant d'être mis à la porte. Cinq minutes après avoir annoncé la décision du BP du PMSD de quitter le gouvernement, Navin Ramgoolam m'a téléphoné pour me donner un rendez-vous le lendemain matin. Je lui ai dit que c'était trop tard. Dans un mariage, il faut un certain temps pour que les partenaires se comprennent, s'adaptent, avant que le couple commence à fonctionner. C'est la même chose dans une alliance politique.

Sauf que le PMSD s'est marié avec l'Alliance Sociale sans même faire un contrat de mariage et sans vérifier le contenu de la dot.

Ce qui veut dire que nous n'avons pas été des opportunistes venus chercher notre boutt. Mais quand, après tous les efforts, les époux n'arrivent pas à s'entendre, il vaut mieux divorcer. C'est ce que nous avons fait avec dignité.

Pendant cette année et demie de mariage, c'est surtout Eric Guimbeau qui est monté au front en prenant position sur de multiples sujets d'actualité. On pourrait dire que vous vous êtes cachés derrière lui ou, pour paraphraser certains, que vous avez fait travailler sa Blanc la.

On dirait que vous avez adopté le langage de Ramgoolam et des Travaillistes ! Qui a pris position dans l'Alliance gouvernementale sur la question de l'enlèvement des subsides sur les fees des examens ? Ceci étant, Eric Guimbeau est le leader adjoint du PMSD, parti où, contrairement à d'autres, le leader n'a pas le monopole des déclarations. J'aimerais faire ressortir que j'ai soutenu toutes les déclarations et prises de positions de mon adjoint.

Mais on pourrait dire la même chose de Navin Ramgoolam par rapport aux déclarations et prises de positions de la députée PTr Nita Deerpalsingh.

Savez-vous combien de fois Eric Guimbeau et moi sommes allés voir Navin Ramgoolam pour protester contre le langage et les propos de la députée que vous venez de citer ? À chaque fois, il nous a reçus longuement en nous donnant l'assurance qu'il n'était pas d'accord avec les propos de Nita Deerpalsingh. Ce n'est que depuis quelques jours qu'il parle le même langage qu'elle en public.

Lors de votre long passage dans le train gouvernemental, vous avez soutenu la politique de l'Alliance Sociale. Aujourd'hui, dans l'opposition, vous avez déjà commencé à attaquer cette politique. Quand êtes-vous politiquement sincère, Maurice Allet: quand vous êtes dans le gouvernement ou dans l'opposition ?

Je n'ai jamais hésité à dire les choses comme elles sont. Je n'ai jamais fait de déclarations contre le travail du gouvernement MSM-MMM dont nous avons fait partie. Nous avons essayé, en toute sincérité, d'aller donner un coup de main au gouvernement de l'Alliance Sociale pour le bien du pays et de notre électorat. Malheureusement, nous n'avons pas réussi, pour les raisons que vous savez.

Au niveau politique, où se situe le PMSD aujourd'hui ?

Vous êtes pressé. Nous venons tout juste de rompre avec l'Alliance Sociale et le divorce n'a même pas été officiellement prononcé…

Une réconciliation peut être envisagée ?

La question ne se pose même pas…

Le fait que le divorce n'a pas encore été officiellement prononcé n'empêche pas le PMSD de rencontrer de nouveaux prétendants. Vous avez annoncé la rupture lundi, et mercredi et jeudi, vous avez rencontré Pravind Jugnauth et Paul Bérenger. On connaissait les veuves joyeuses, il faut maintenant compter avec les divorcés pressés de se remarier !

J'aimerais dire que le gouvernement MSM-MMM dont le PMSD a fait partie a été un des meilleurs gouvernements que le pays ait connu. Il y a eu des développements indéniables dans le pays, mais malheureusement, une majorité de Mauriciens - je souligne une petite majorité - a décidé de choisir l'Alliance Sociale. Le PMSD a essayé d'apporter sa contribution au nouveau gouvernement pour les raisons que je vous ai expliquées et avec les résultats que l'on sait. Depuis les élections de 2005, il y a eu la cassure que l'on sait au niveau de l'opposition. Maintenant que nous avons quitté le gouvernement, le PMSD veut refaire l'unité au sein de l'opposition. C'est dans cette optique que j'ai eu des rencontres avec Pravind Jugnauth et Paul Bérenger à qui j'ai fait part de la nécessité de la réunification de l'opposition.

Je vous rappelle qu'en 2005, Pravind Jugnauth ne voulait pas vous donner un ticket pour les élections générales.

C'est exact. Nous avons abordé cette question et il m'a expliqué les raisons ayant motivé son attitude. J'ai bien fait comprendre à Pravind Jugnauth que le souhait du PMSD est de redonner à Paul Bérenger le poste de leader de l'opposition.

Que vous a-t-il répondu ?

Qu'il aurait souhaité que le MSM garde le poste de leader de l'opposition. Je lui ai dit que pour être honnête avec ma démarche et du fait que Bérenger a toujours tenu parole vis-à-vis du PMSD et que réunification ou pas, nous voulons lui rendre le poste de leader de l'opposition. Après cette réunion, avec Eric Guimbeau, je suis allé voir Paul Bérenger et Alan Ganoo.

Je crois qu'il est utile de rappeler qu'Eric Guimbeau avait démissionné du MMM pour se joindre au PMSD en raison de l'attitude de Paul Bérenger à son égard...

Ce sont des choses qui arrivent en politique à Maurice. Après s'être longtemps combattus, Bérenger et Jugnauth se sont bien alliés en 2005 et Vishnu Lutchmeenaraidoo vient de réintégrer le MMM. Donc, nous avons eu des discussions franches avec et le MSM et le MMM sur une réunification.

Que vous a dit Bérenger quand vous lui avez fait part de l'intention du PMSD de lui faire ce cadeau ?

Qu'il ne voulait pas avoir le poste de leader de l'opposition à n'importe quel prix mais que si c'était le vœu du PMSD, c'était une autre affaire. La position du PMSD est sans équivoque: avec ou sans alliance de l'opposition, nous soutenons Paul Bérenger.

Le PMSD imposant Bérenger comme leader de l'opposition, on aura définitivement tout vu en politique à Maurice ! Ce qui justifie les déclarations de Navin Ramgoolam selon lesquelles Bérenger serait derrière le retrait du PMSD du gouvernement.

Il est obligé de chercher un prétexte pour essayer d'expliquer ce qui s'est passé. Il ne s'attendait absolument pas à ce que le PMSD claque la porte. Il a eu un choc. Il n'est pas habitué à ce genre de chose. Au PMSD, on a de la dignité. Je ne m'appelle pas Duval mais je crois être plus l'héritier de Duval, plus un pur-sang que certains qui portent le nom. Cette décision a été prise à l'unanimité. Le PMSD ne peut pas accepter que dans un pays multiracial comme Maurice, le Premier ministre vienne justifier le contrat accordé à un agent politique en disant: "Mo pé donn sa mo bann", et attaque le secteur privé pour se justifier. Le PMSD a toujours préconisé une politique encourageant le secteur privé à travailler avec le gouvernement pour investir et créer des emplois pour permettre au pays de progresser. Nous avons toujours soutenu ouvertement le secteur privé, parce qu'il est nécessaire de lui permettre de fonctionner pour le développement du pays.

Ce retrait du gouvernement peut-il influer sur les relations PMSD-PMXD ?

Non. Pour la bonne raison qu'il n'y a pas de relations entre nos deux partis. Nous nous contentons de nous saluer poliment, sans plus.

Quelle serait votre préférence s'il fallait choisir entre une alliance PMSD-MSM et une union PMSD-MMM ?

Mon souhait est de refaire l'alliance MSM-MMM-PMSD, avec plus d'un ticket pour les bleus. Mais si on ne parvient pas à cette réunification, ma préférence irait à une alliance du PMSD avec le MMM.

Vous êtes donc partisan que l'on présente Paul Bérenger comme candidat au poste de Premier ministre aux prochaines élections ?

Paul Bérenger a déjà exercé cette fonction et aucune des composantes de l'électorat ne peut venir dire qu'il a été mal traité par rapport à d'autres ou que ses droits ont été lésés. Il n'a jamais parlé de "so bann" en opposition à d'autres communautés, lui. Je ne vois pas pourquoi je ne soutiendrai pas la candidature de Paul Bérenger au poste de Premier ministre aux prochaines élections, si c'est dans un scénario à l'israélienne avec le MSM, ou tout seul s'il n'y a pas d'alliance.

Vous pensez que réunifiée ou pas, l'opposition pourrait remporter les prochaines élections ?

Vous en doutez ? Je croyais que la décision de quitter le gouvernement aurait pu mécontenter certains. Je me trompais. Depuis lundi, je n'ai eu que des félicitations. Cela veut dire que les gens ont compris notre action et la soutiennent et que, par conséquent, ils sont contre la manière de faire du gouvernement. Et je ne vous parle pas de la colère du peuple à propos de la taxe, des augmentations de prix, des pénuries, de l'affaire Desbro, de celle de l'îlot Gabriel, la question du sucre et de l'Union Européenne. Pour moi, l'issue des prochaines élections est sans appel.

Le PMSD, avez-vous dit, est plus à l'aise au gouvernement que dans l'opposition. Alors comment vous sentez-vous depuis lundi dernier ?

Il y a gouvernement et gouvernement. Avec le MSM-MMM, il y avait de la discipline, du travail, des réalisations, des projets. Avec l'Alliance Sociale, c'est la cour du roi Pétaud: chacun fait et dit ce qu'il veut. Quand aux réalisations, vaut mieux ne pas en parler. Le PMSD est définitivement plus à l'aise dans l'opposition qu'il ne l'était jusqu'à lundi dernier au gouvernement.



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