o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 23 septembre 2007



  Faits et effets…—Quelle hypocrisie !
  Humeur—Dérapage contrôlé
  Interrogations—À l'heure des comptes
  Coup de bec dans l'eau
  Actualités commentées—République: Il faut rendre le pouvoir au peuple
  Carnet—Ridicule


Faits et effets...

Quelle hypocrisie !
Josie Lebrasse


Lorsque Navin Ramgoolam casse du IBL et du CIEL, de préférence lors d'une cérémonie socioculturelle, il y a toujours la presse et surtout les caméras complaisantes de la MBC pour ne rien rater de sa parole dénonciatrice. Et il paraît aussi que le Premier ministre veille à ce que la MBC diffuse intégralement ses meetings publics dans les bulletins télévisés. Il avait eu 27 minutes au journal du dimanche 9 septembre pour défendre "non bann dimoune" et il a eu 21 minutes mercredi pour expliquer qu'il n'est pas communaliste parce qu'en… 1905 son père avait choisi une école catholique pour son apprentissage scolaire et il en a profité pour faire le procès d'un confrère qui avait, pourtant, entrepris d'expliquer son "message" d'Union Park.

Par contre, lorsqu'il se rend dans le cadre enchanteur de l'hôtel One and Only, où IBL a aussi des intérêts à travers Sun Resorts, pas de caméra de la MBC, pas de photographe des Government Information Services et encore moins ceux de la presse indépendante. Il semble évident qu'il a besoin de se cacher lorsqu'il trinque avec les personnes qu'il dénonce dans certains rassemblements ciblés. Il doit penser que si tout le monde sait et voit qu'il est à tu et à toi avec les Sol Kerzner, les Christian Dalais et autres Arnaud Martin, cela écornera son image de grand pourfendeur du gros capital. Que penseront "nous dimoune" si on le voyait en train de déguster une langouste avec sa coupe de rouge millésimé ? Ce serait, selon lui, le désastre et l'annulation des effets de sa campagne contre les "racistes".

Pour son dîner de lundi dernier, il était flanqué de deux des idéologues de son parti et de son gouvernement, Rajesh Jeetah et James Burty David, deux présences qui ne sont évidemment pas passées inaperçues lors de cette nuit étoilée de lundi dernier. Le ministre du Commerce et de l'Industrie était accompagné de son épouse, celle-là même dont Navin Ramgoolam a fait mention à l'occasion de son allocution mémorable d'Union Park et dont l'accès aurait été refusé dans un hôtel dont il n'a pas osé mentionner le nom. Si elle a dû patienter pour accéder à la petite porte, selon les dires de Navin Ramgoolam, c'est par la grande porte qu'elle est entrée au Touessrok lundi.

Quant à James Burty David, on ne sait pas s'il a pénétré l'enceinte de cet établissement avec la statue d'Adrien D'Epinay avec l'espoir de trouver un lieu d'accueil alternatif au Jardin de la Compagnie où il veut la déloger ou s'il était muni de son sécateur pour couper quelques fils barbelés autour de l'hôtel cinq étoiles. Il aurait été intéressant, dans un régime qui pratique vraiment la transparence, de pouvoir filmer tout ce beau monde à la table des "gran missié-là". Mais non, nous avons affaire à de fieffés hypocrites qui ont un comportement et un discours lorsqu'ils sont devant tel auditoire et qui se cachent lorsqu'ils sont en train de festoyer avec le gros capital. Alors qu'ils ameutent les médias pour toutes sortes de peccadilles et autres activités inintéressantes.

Ce n'est certainement pas une coïncidence que le Premier ministre s'arrange toujours pour ne pas être photographié ou filmé même par sa MBC lorsqu'il rencontre les tenants du gros capital. Arnaud Dalais et les sucriers ont rendez-vous avec Navin Ramgoolam au Bâtiment du Trésor. Ils sont contraints de passer par la petite porte pour être à l'abri des photographes et autres chasseurs de déclarations des médias écrits et parlés. Jacques de Navacelle, ce "pétaud" qui avait osé dire certaines vérités, contrairement à ces cireurs de pompe du privé qui fulminent en aparté mais qui sont des béni oui oui devant le prince, a bien été reçu par le Premier ministre. Mais ce n'est qu'après la rencontre que les médias ont été informés par le "service de presse" de Navin Ramgoolam de cet entretien. Encore une fois, pas de photo, pas de caméra, pas de déclaration à la presse alors que pour d'autres imbécillités, la presse est conviée.

Tout cela révèle que c'est une bande de complexés et de parvenus qui nous gouvernent. Ceux qui pensent que l'on ne peut pas exister ou s'imposer si on ne roule pas en Aston Martin et si on ne porte pas une montre à près de Rs 1 million au poignet. Le clinquant et le voyant érigés en symboles de réussite pour montrer "sa banne-là". Et ce n'est pas seulement le Premier ministre et les membres du gouvernement qui s'adonnent à ce petit jeu de cache-cache malsain ! Le leader de l'opposition en titre pour le moment a, lui aussi, décidé de prendre les Mauriciens pour des imbéciles. Nando Bodha était à Union Park le 9 septembre.

À part le fait que les téléspectateurs l'ont vu applaudir le discours du Premier ministre et du président de la République, que retient-on de lui ? C'est qu'il n'a pas condamné les propos incendiaires du Premier ministre. Rien pendant toute une semaine. Nando Bodha étant le seul leader de l'opposition de notre histoire parlementaire qui doit attendre le feu vert de son chef avant de pouvoir faire la moindre déclaration. Le plus choquant, c'est qu'en sa qualité d'ancien ministre du Tourisme, il n'ait rien trouvé à dire pour corriger la fausseté à l'effet que l'île aux Bénitiers avait été donnée à IBL. Il a même eu à répondre à des PNQ de Navin Ramgoolam sur le sujet en 2003. Il est parfaitement au courant de ce dossier et il se tait.

Avec la révélation en plein Parlement par Dharam Gokhool qu'il a eu un Private Advance Notice du leader de l'opposition, lui-même, de la PNQ qu'il allait poser sur l'université de la famille Jeetah, on est en pleine caricature parlementaire. Le plus tôt il rend son tablier, le mieux pour le fonctionnement de nos institutions démocratiques !




Humeur

Dérapage contrôlé
Jean-Claude Antoine


L'actualité locale a été marquée au cours des dernières semaines par les déclarations du Premier ministre. Ce qui m'a surpris dans cette actualité, c'est la surprise des étonnés qui se sont demandés quel était ce vecteur du chikungunya qui a piqué Navin Ramgoolam pour l'inciter à faire des dérapages. Il y en a même qui ont fait des enquêtes poussées pour connaître la réponse qui est pourtant d'une extrême simplicité. Ce dérapage était voulu. Contrôlé. Comme les précédents et avait pour objectif de détourner l'attention d'une situation gênante pour focaliser les projecteurs sur des propos provocateurs. Il faut admettre que la manœuvre a bien fonctionné un moment puisque tout le monde s'est lancé dans le débat sur l'histoire du pauvre petit Noir à qui l'on avait refusé l'entrée dans un club privé appartenant forcément - selon la logique de celui qui raconte l'histoire - à de méchants Blancs. Il va sans dire que le preux Premier ministre a promis de faire mettre un terme à ces agissements en commençant par dénoncer l'injustice. En attirant l'attention sur la supposée humiliation du pauvre Noir victime d'une politique de coloured bar, Navin Ramgoolam voulait surtout faire oublier que son gouvernement engagé à fond dans le combat contre toutes les injustices et passe-droits venait d'en commettre un superbe, de passe-droit, en accordant à un de ses agents politiques, recyclé miraculeusement dans le tourisme, un bail pour faire construire un restaurant sur une île. Lequel agent avait compris qu'il était devenu propriétaire de l'île tout entière et avait commencé à exiger un droit de débarquement sur "sa propriété". C'est en se rendant compte que la boule était trop grosse que, pour faire diversion, Navin Ramgoolam a raconté - un peu précipitamment - l'histoire du petit Noir victime de la politique ségrégationniste pratiquée dans les clubs privés. La manœuvre, car c'en était une, aurait été parfaite s'il avait fait vérifier la véracité des détails de l'histoire avant de la raconter.

Car entre ce que Navin a raconté et la vérité, révélé quelques jours après par différents témoins, il y a d'énormes différences tant dans la forme que dans le fond. Pour commencer, l'incident ne s'est pas déroulé dans un club privé mais dans une discothèque. Où pour entrer on ne montre pas patte blanche mais une carte de crédit bancaire bien garnie. L'entrée de la discothèque n'avait pas été refusée au pauvre Noir, puisque c'est à l'intérieur que l'incident s'était produit. Lequel incident peut être décrit plus comme un mouvement d'humeur du pauvre petit Noir que comme une agression contre sa personne. C'est parce qu'il trouvait qu'on tardait trop à lui apporter des verres pour boire la bouteille de vodka qu'il venait d'acheter que le pauvre petit Noir est allé faire une déclaration à la police contre la direction en faisant savoir de qui il était le fils. Pour les employés de la discothèque, habitués à gérer les caprices des fils à papa qui constituent la clientèle, la victime alléguée n'était pas considérée comme Noir mais avait un comportement de grand noir. Ce qui fait toute la différence. Mais voilà, le petit grand Noir est allé raconter l'histoire à son papa qui l'a lui-même raconté à son patron. Et comme le premier est le grand argentier et le second le Premier ministre du pays, l'incident, racontée à la manière de Navin Ramgoolam, est devenu une affaire nationale utilisée comme exemple pour dénoncer les injustices des "banne la" et faire oublier l'histoire de l'île donnée à l'agent politique.

Je fais partie de ceux qui sont convaincus que le dérapage de Navin Ramgoolam était contrôlé. À partir de ce postulat, on pourrait se demander si en rendant public l'incident en question, il n'a pas tenté de déstabiliser son ministre des Finances dont certaines mesures fiscales sont très contestées au sein du gouvernement. Car au lieu de faire du fils de Rama Sithanen un martyr en racontant l'incident Navin Ramgoolam a donné de lui l'image d'un fils à papa prétentieux. Qui, au prix de la bouteille de vodka dans les boîtes de nuit - peut facilement dépenser en une soirée une somme équivalente aux subsides sur les fees des examens de la HSC que son père a fait annuler du budget 2006/2007 pour faire des économies budgétaires. De quoi se demander si c'est vraiment pour défendre le fils du ministre des Finances que Navin Ramgoolam a fait son dérapage contrôlé dimanche de la semaine dernière à Union Park ?




Interrogations

À l'heure des comptes
Shenaz Patel


"Nous n'y pouvons rien. C'est la situation internationale qui l'exige. C'est à cause de la globalisation, que rien ne peut arrêter. Nous n'avons d'autre choix que de nous plier aux exigences du marché et de l'économie mondiales ". Combien de fois n'avons-nous, ici comme ailleurs, entendu ce refrain qui consacre l'impuissance des Etats et des gouvernements devant une situation économique et sociale en constante dégradation ?

Ici et là toutefois, de plus en plus de voix s'élèvent pour remettre en question la toute puissance du tout économique. Et elles méritent plus que jamais que l'on s'y attarde.

Dans un article intitulé A tyranny of experts, paru au cours de semaine écoulée dans The Spiked Review of Books, l'analyste économique Frank Furedi fait ainsi ressortir que depuis son apparition dans les années 90, le mot globalisation est devenu comme une sorte "d'incantation magique". Un mot utilisé pour expliquer toutes les grandes questions de notre temps. Et pour justifier notre supposée incapacité devant elles. Un mot qui sert, selon lui, à véhiculer la notion que l'ère de l'Etat souverain est révolue, que la souveraineté nationale n'a plus aucun poids dans le nouveau monde où nous vivons. Ses théoriciens affirmant que des facteurs économiques internationaux très puissants ont réduit les Etats à l'impotence, et que les gouvernements sont désormais trop faibles pour prétendre faire face à ces forces.

Est-ce vrai?

Se pose à ce stade, souligne Frank Furedi, la question de savoir si l'hégémonie aujourd'hui exercée par le concept de globalisation, n'est pas davantage imputable à une perte de confiance dans la légitimité et l'autorité de l'Etat contemporain, qu'à l'impact réel des forces économiques internationales. Une remise en question de leur autorité qui aurait poussé les élites politiques à chercher d'autres façons de légitimer leurs actions. Par exemple en mettant en avant une autorité externe.

De plus en plus, les politiques nationales sont avalisées par des conventions et institutions externes. Ainsi, les gouvernements n'ont plus à assumer la responsabilité directe de certaines initiatives et mesures. Se contentant d'affirmer qu'elles émanent d'organismes internationaux incontournables. Dans notre cas, par exemple, la Banque Mondiale ou le FMI.

"Outsourcing authority is a top-down procedural project, which breaks policymaking from democratic accountability", affirme Frank Furedi. "In recent years, it's become commonplace for governments to avoid responsibility for certain policies by claiming that the policies were imposed on them by their 'institutional obligations'. Toute ressemblance avec certains discours entendus localement…

Bref, ce que met en lumière cette analyse, c'est l'érosion de la democratic accountability. Plus précisément encore que ce que le français désigne comme la " responsabilité démocratique ", l'anglais véhicule ici la notion de l'obligation de rendre des comptes. Des comptes à la population.

On s'acheminerait donc, de plus en plus, vers la recherche de nouvelles formes d'autorité qui permettraient de se soustraire à la pression populaire.

Du coup, dans cette relation entre l'autorité internationale et le décideur politique, le citoyen ordinaire n'a plus son mot à dire. "Instead, the public is expected simply to accept and live with the wisdom of decisions taken by experts and government regulators. Expert consensus, rather than public consensus, is the driving force of new forms of governance".

Peut-on faire autrement ?

Dans un article paru le 20 septembre dernier dans la publication The Project Syndicate, le Prix Nobel d'Economie Joseph E. Stiglitz, (dont le dernier ouvrage s'intitule Making Globalization Work), nous livre une intéressante analyse intitulée The Malaysian Miracle.

Il y fait ressortir que ce pays qui a célébré, le 31 août dernier, le 50ème anniversaire de son indépendance, après plus de 400 ans de colonialisme, aurait beaucoup à enseigner au monde, sur le plan économique mais aussi sur la façon de construire "a vibrant multi-racial, multi-ethnic, multi-cultural society".

Classée parmi les pays les plus pauvres au moment de l'indépendance, la Malaisie se retrouve aujourd'hui, en termes de croissance, dans la même catégorie que la Chine, Taiwan, la Corée du Sud et la Thaïlande. Plus important, souligne Stiglitz: les bénéfices de la croissance ont été partagés.

"Malaysia has succeeded in markedly reducing the income divides that separated various ethnic groups, not by bringing the top down, but by bringing the bottom up", souligne Joseph Stiglitz.

"It invested in education and technology, pushed a high savings rate, enacted a strong and effective affirmative action program, and adopted sound macroeconomic policies", affirme le Prix Nobel d'Economie. Mais, plus important, la Malaisie aurait aussi affirmé le rôle actif du gouvernement.

"Had Malaysia followed the policies recommended by the IMF, it would have torn apart the social fabric created over the preceding four decades", dit Stiglitz. Pour qui le succès malaisien devrait être étudié à la fois par ceux qui recherchent la prospérité économique et ceux qui cherchent à comprendre "how our world can live together, not just with toleration, but also with respect, sharing their common humanity and working together to achieve common goals".

Des propos sur lesquels nous devrions sans doute méditer un instant, au milieu de la cacophonie qui nous assourdit actuellement…




Coup de bec dans l'eau


J.R.


À peine évoquées, il y a une quinzaine, quelques savoureuses chroniques de presse de notre cher Malcolm, voilà qu'une de ses plus célèbres phrases s'impose tout de go à l'actualité: "A l'île Maurice, on cultive la canne à sucre et les préjugés de couleur". Vingt-cinq ans après avoir enlevé son mimi, rangé, pour une dernière fois, sa veste blanche, accroché son feutre vert olive et déposé sa tente de raphia pour prendre congé de nous, notre génie national doit attendre encore la réalisation d'une de ses prédictions - qu'il neige au sommet du Pieter Both ! - pour revendiquer, enfin et d'outre-tombe, le droit de figurer sur un de nos billets de banque.

Il avait raison: quarante ans après l'indépendance, il faut l'avouer, le vernis mauricien n'arrive pas toujours à s'imposer, laissant entrevoir, dès les premières craquelures, des couches primaires, qui se bousculent toutes, pour remonter, à qui mieux mieux, à la surface. Étrange pays, en effet, cette île de contraste, qu'on voudrait tous arc-en-ciel, mais dont le destin est, semble-il, d'être condamné à suivre, dans le désordre, les prédictions de l'auteur de Sens Plastique. Sauf que la canne à sucre, dont on dit que sa culture rétrécit (Malcolm l'avait aussi prédit, aussi pour le nombre de ses arpents, malheur à lui !) et qui ne se prive pas, pour autant, de s'étendre en pleine journée à même la chaussée, à la vue de tous, paralysant du coup notre principal axe routier des heures durant…

La relève, pour la canne tout au moins, est quand même assurée: son frère jumeau - de conception in vitro très récente, à déconseiller fortement aux Inaccessible Rupee Savers - le IRS, sorte de plante endémique introduite il y a peu dans l'île pour pallier les intrants, de plus en plus médiocres, du sucre au profit de devises fortes, se faufile sans problème aux quatre coins de l'île. Seule condition aux bénéficiaires: montrer patte blanche et assurer, en même temps, qu'ils ne vont pas s'adonner à autre chose qu'aux 18 trous prévus sur la carte de golf. Donc, à écarter tout blanchiment de leurs erreurs passées sur ces terres fraîchement défrichées et libérées pour les accueils, avec ou sans papier, à l'opposé de ce qui se pratique dans l'Hexagone. Pour ce qui est des nouvelles donnes en émi/immigration, dont l'ADN, la MCIT dispose, à la station pilote de Midlands, de tout l'arsenal pour tirer les vers du nez de tout récalcitrant, qu'il soit maigre ou gros !

Afin d'éviter d'autres tracasseries, il faudrait, sans délai, avant même que le Pieter Both ne se décide d'exaucer le vœu de Malcolm, que toutes ces organisations socioculturelles s'entendent, une fois pour toutes. Qu'elles se mettent, au moins, d'accord sur la couleur de la neige qu'elles souhaiteraient voir au sommet de notre pic le plus connu et le plus inaccessible. Afin d'éviter à nos pouvoirs publics, à travers la SMF, ou autre Coast Guards reconvertis à l'alpinisme, faute de Tsunamis, d'avoir à assurer une permanence, comme ces marchands de glaçon râpé, qu'on retrouve à chaque recoin de nos villes et cités. Toujours prêts à asperger, selon le jour de fête, de l'avant ou l'après fête de toutes nos divinités vivantes et éteintes, le faîte même de notre Pieter Both - enneigé en avance, malgré lui, de blanc par Malcolm - de ces vulgaires colorants multicolores. Fades et minables teintes en plus, qui souffriraient difficilement la comparaison avec cette large palette de couleurs que nous offre cette diversité sociale, culturelle, linguistique unique, que ne cessent de rappeler, dans leurs discours, tous nos politiciens. Ceux en herbe, comme ceux qui disent ne pas en bouffer, ceux qui les arrachent et puis s'en vont, ou d'autres encore qui en goûtent et veulent la dépénaliser, pour retrouver, sans doute - et sans Kaya - le chemin de la lumière…

Pour éviter tout ce débat inutile, une suggestion: trouvons un nouveau nom au Pieter Both, avant qu'il n'accueille ses premiers flocons. À la clé, un dévoilement sans hélico, sans moto, donc des plus écolos ! Malcolm X ferait peut-être bien l'affaire !




Actualités commentées

République: Il faut rendre le pouvoir au peuple
Henri Marimootoo


Depuis près d'un mois, M. Angidi Chettiar est bien calé dans le fauteuil de vice-Président de la République et la polémique suscitée autour de sa reconduction à ce poste est oubliée. La brièveté de cette polémique démontre combien il peut parfois être futile de gaspiller autant d'encre autour d'un faux problème. Le choix du gouvernement bénéficiant, de surcroît, d'une majorité décisionnelle à l'Assemblée nationale pour s'imposer, il était évident que le vieux trésorier des Travaillistes était assuré de retrouver ce poste duquel il avait démissionné en 2003. Le Premier ministre a effectivement confié, samedi dernier au Domaine Les Pailles devant les membres de la Tamil League, qu'il s'était mis en tête, depuis décembre dernier, de renvoyer l'ascenseur à M. Chettiar après que celui-ci s'était conformé au mot d'ordre de son parti de refuser son approbation à la Prevention of Terrorism Act (POTA) sous le gouvernement MSM-MMM en 2003.

Le POTA est une loi controversable remise en question par nombre de militants des droits de l'homme et le Parti travailliste, qui prétendait pourtant la combattre ne s'empressera pas de l'abroger maintenant qu'il est au pouvoir. Honnêtement, nous ne voyons pas aussi trop comment M. Chettiar aurait été laissé en plan. Il s'était, après tout, sacrifié pour l'intérêt de son parti, lequel intérêt il a aussi fait passer avant celui du pays comme d'autres, dans le temps, voulaient faire primer la constitution de leur parti sur celle du pays. En sus de cela, nous ne voyons pas pourquoi M. Chettiar, tout aussi folklorique qu'il était déjà à l'époque lorsqu'il fut fait vice-Président de la République sous un gouvernement PTr-MMM après avoir joué à l'agwa (intermédiaire) pour les négociations d'alliance entre les deux partis en 1994, pouvait être devenu aussi rapidement insipide au point maintenant d'en être disqualifié ?

Chef juge et partie ?

Par contre, il est dommage que le pays n'ait pas saisi l'occasion de la polémique pour réfléchir sur ce qui pourrait être deux vrais sujets de débats. Nous avons en tête, d'abord, la farce qu'on fait dans notre pays de la séparation des pouvoirs entre l'exécutif et le judiciaire dans le contexte de la suppléance à la tête de la République. Dans sa sortie contre M. Chettiar, l'opposition MMM - sans doute beaucoup plus pour la galerie que pour autre chose - a cru bon faire du clientélisme en contre-proposant l'ancien chef juge Ariranga Pillay comme alternative. M. Pillay est à la retraite, mais Paul Bérenger s'est appuyé sur le fait qu'il avait déjà, en tant que chef juge, agi comme Président suppléant, pour proposer son nom. Voilà donc sanctifié un système préconisé par la Constitution du pays selon lequel, en l'absence simultanée au pays du Président de la République et de son adjoint, c'est le chef juge qui assume l'intérim au Réduit. Paul Bérenger a raison. C'est vrai que c'est ce que prévoit exactement la Constitution. Mais est-ce que c'est parce que la Constitution le dit que cela ne doit être pas être remis en cause dans un État qu'on prétend être un État de droit modèle ?

Beaucoup d'experts en bonne gouvernance, dont le professeur Shadrack Gutto, un haut responsable de la Commission des Droits de l'Homme de la Southern African Development Community (SADC), ont déjà pris note de cette situation impropre - inacceptable à leurs yeux - qu'un chef - juge, dont le devoir est d'être un chien de garde des institutions, devienne lui-même, ne serait-ce pour un court laps de temps, un architecte d'une société dont il est censé assurer la sauvegarde des droits. En d'autres mots, que le chef juge soit juge et partie…

Souvent, il nous est arrivé de poser la question à des avocats constitutionnalistes sur l'inconfort de cette situation et nous nous sommes entendus répondre que, premièrement, le remplacement du Président ou du vice-Président par le chef juge est une mesure de précaution visant à pallier un vide majeur au sommet de l'État. Par exemple, si les deux plus hauts personnages du Château du Réduit sont tués en même temps dans un attentat terroriste. Deuxièmement, toujours selon certains légistes, de toute façon, le chef juge, dans pareilles circonstances, n'exercerait qu'un pouvoir résiduel. À notre humble avis, c'est banaliser un réel problème de transparence fondamentale.

Conséquence d'être au Réduit au mauvais moment...

Peut-on nous donner l'assurance que jamais dans le passé, un chef juge installé dans le fauteuil de Président de la République n'a eu à arbitrer un quelconque litige entre un citoyen et une administration régionale pour ensuite voir atterrir sur son perchoir de la cour suprême une plainte en justice contestant son propre arbitrage ?

Récemment, lors d'une interview à Week-End, l'actuel chef juge fut bien amené à concéder que nous avions "touché" dans le mille quand nous nous interrogions sur la netteté de la démarche d'un chef juge/président de la République suppléant de donner son assent à la Prevention of Terrorism Act, laquelle loi pouvant ensuite être challenged devant la même cour qu'il préside. Qu'importe si ce chef juge puisse se reconnaître ici, il faut aussi qu'il se dise qu'il ne fut pas le premier à se mettre dans une telle situation fort embarrassante. Dans les années 70, un de nos plus respectés chefs juges, fut impliqué - malgré lui - dans une sombre affaire de restitution de bijoux entrés en contrebande dans le pays parce qu'il s'était retrouvé au mauvais moment au Réduit.

La suppléance du président de la République par le no. 1 du judiciaire mauricien est le prolongement d'une disposition qui existait à l'époque coloniale quand le gouverneur britannique et son secrétaire, tous deux des expatriés, choisissaient de partir en vacances en même temps sur les falaises de Douvres. Déjà, c'était à l'époque un mauvais arrangement qui pervertissait la séparation de pouvoirs entre le judiciaire et l'exécutif. N'est-il pas temps qu'on en finisse avec ? Pour plus de garantie à l'intégrité du judiciaire - afin que personne ne puisse également le moindrement supputer que suppléance au Réduit se résume à jouissance, bombance et complaisance - , ne devrait-on pas faire, par exemple, comme en France où c'est le président du Sénat, un politique, qui remplace le président de la République, généralement, lui aussi issu du sérail ? Pourquoi le président et le vice-président de la République de Maurice ne pourraient-ils pas faire de sorte que leurs absences du pays ne coïncident jamais ?

Le deuxième débat que nous avons raté avec l'épisode Chettiar porte sur une interrogation républicaine plus profonde. La République des citoyens égaux en droits s'entend. N'est-on pas arrivé enfin dans ce pays à suffisamment de maturité pour que ce soient les citoyens qui votent directement leur Président et vice-Président plutôt qu'ils aient à déléguer leur pouvoir de choisir à des parlementaires ? Quand mettrons-nous notre République à l'abri de ces parlementaires qui doivent eux-mêmes se soumettre aux caprices de leurs alliances qui se font et se défont aux rythmes des querelles partisanes ? La formule de la République mauricienne fut une affaire conclue en 1992 entre deux dirigeants, Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, dans les propres intérêts de leurs partis, et ce sont eux qui ont voulu d'une présidence à l'indienne où le citoyen délègue. C'est ce qui fait qu'à ce jour, la présidence demeure un jeu de combinaisons d'alliances de partis qui ambitionnent le pouvoir, et que le peuple s'en balance royalement que ce soit Angidi Chettiar ou quelqu'un d'autre qui se cale dans le fauteuil du Réduit. M. Chettiar, c'est maintenant le choix de Navin Ramgoolam, après avoir été, initialement, le choix de l'alliance PTr-MMM.

Si on se mettait à paraphraser Adolphe Thiers, on peut conclure "qu'il y a des fautes qu'on doit tenir pour commises et qu'on doit adopter pour point de départ de la politique du jour". Il faut rendre le pouvoir au peuple !




Carnet

Ridicule
Patrick Jean-Louis


Dans les nombreux manquements qui émaillent la carrière de Prem Jodha depuis qu'il a pris la présidence de la Mauritius Football Association (MFA), il y en a un qui prend aujourd'hui une résonance toute particulière. Avec cette décision de placer Ashok Chundunsing à la tête du Club M, nous assistons à la fin d'un film de série B ou si vous voulez d'un conte de fées imaginé depuis novembre 2006. Heureusement que le ridicule ne tue pas ! Par contre, ce qui est certain avec la nomination dans des conditions plus que troublantes, d'Ashok Chundunsing, c'est qu'elle pousse et ce de façon irréversible, la sélection nationale au fond de l'abîme.

Ashok Chundunsing entraîneur national ! Il ne manquait que cette décision pour prouver que l'équipe qui est à la tête de la MFA n'a ni direction ni projet que ce sont de court ou long terme pour le football mauricien. Sinon, Prem Jodha n'aurait certainement pas profité de l'absence des Anwar Elahee, Anoop Madhow, Vinod Persunnoo et Mustapha Chitbahal à la table de discussions, jeudi dernier, pour faire avaler la couleuvre à ses proches. Encore plus inacceptable, le président de la MFA n'a même pas pris la peine d'informer les membres du Board of Governors de cette décision, alors que ce dernier réclamait depuis des semaines, une réunion pour discuter justement de l'embauche d'un entraîneur national. Il n'est pas étonnant que depuis que la nouvelle a fait le tour de Maurice, on parle, au sein du Board of Governors, de " fer ene zanfan dans lédos ".

Mais Prem Jodha a fait mieux. En ne tenant pas informé de sa démarche le président de la commission technique de la MFA, qui n'est autre que son vice-président, Anwar Elahee, il vient créer des doutes autour de l'unanimité des membres de la fédération autour de cette nomination. L'arrivée d'Ashok Chundunsing au Football House divise plus que jamais et pourrait, à terme, mettre en danger la place de président de Prem Jodha. Surtout que beaucoup de ses membres se demandent encore pourquoi il y a eu un empressement aussi soudain qu'inattendu de nommer un entraîneur pour le Club M, alors qu'il n'y avait aucun match officiel dans les jours, ni dans les mois à venir. Tout comme certains cherchent encore à connaître les conditions d'embauche du nouvel entraîneur, ses salaires et ses objectifs pour la sélection.

Qu'on se le dise, Ashok Chundunsing n'est pas n'importe qui. Non pas sur le plan sportif, mais sur l'échiquer politique actuel. La coïncidence veut qu'il fût nommé entraîneur du Club M pour la campagne des Jeux des Îles de 1998 alors que le Parti Travailliste était au pouvoir. Doit-on ne pas voir une nouvelle coïncidence dans nommation comme entraîneur de la sélection alors que le parti de Navin Ramgoolam est à nouveau pouvoir. Comme pour prouver la connexion politique de l'entraîneur il arrive à la tête du Club M avec une casquette additionnelle, à savoir celle de conseiller du ministre… des Arts et de la Culture, Mahen Gowreesoo. Qui ne sait pas que ces conseillers nommés par les ministres sont soit des agents politiques ou des politiciens tout court, où les deux à la fois ?

Le silence de Prem Jodha et de son entourage sur cette question essentielle : quel sera l'avenir du " politicien Ashok Chundunsing ? ", est honteux. D'autant que ce silence démontre, dans une très large mesure le peu de connaissance de l'actuelle équipe dirigeante de la MFA tant de ses propres règlements que de ceux de la FIFA et de la CAF. Honteux également le silence du ministre de la Jeunesse et des Sports, Sylvio Tang. Lui qui veut relancer le football à Maurice, a raté une belle occasion d'affirmer à nouveau ses convictions à l'effet que le Club M a besoin d'un entraîneur étranger. Et dire que depuis… 2005, il est à la recherche de l'oiseau rare ! Est-ce parce qu'il s'agit d'Ashok Chundunsing qu'il reste silencieux ?

Ne nous attardons pas sur le personnage caractériel qu'est Ashok Chundunsing ni sur ses " apparitions éphémères " les samedis après-midis sur MBC 3 et encore moins sur sa contribution à l'avancement des Arts et de la Culture à Maurice. Par contre, il y a une chose que l'on sait. C'est que l'entraîneur a quitté le Club M après les JIOI de 1998 suite à une humiliation, tout comme l'a fait Sarjoo Gowreesungkur en 2007 après ceux de Madagascar. On sait aussi que ses différentes tentatives d'effectuer un retour avec des équipes de D1 se sont soldées par des échecs. Du reste, il a dû battre en retraite après une forte résistance des joueurs de l'Olympique de Moka pour la nouvelle saison. Comment aujourd'hui, Prem Jodha peut-il dire que le nouvel entraîneur du Club M apportera un nouveau souffle à cette équipe ?

Qu'il ne vienne surtout pas nous dire que le conseiller de Mahen Gowreesoo a besoin d'une seconde chance. Il a déjà laissé passer toutes ses chances. De grâce messieurs de la MFA, évitons de donner à Ashok Chundunsing comme marchepied les joueurs du Club M pour une seconde vie. Il l'a déjà trouvée depuis 2005 au ministère des Arts et de la Culture…

Patrick Jean-Louis

PS : nous apprenons que Prem Jodha a aussi décidé de mettre fin à l'existence du comité des présidents des comités régionaux. Le comité a été remplacé par une commission composée des membres nommés par ses soins, dont un certain Harry Deonarain, qui n'est même pas un élu d'un quelconque comité régional. Bel exemple de changement.






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 23 septembre 2007