é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 23 septembre 2007



  Taxe sur les intérêts bancaires—M. Vinod Seegum (GTU) : "Veut-on, désormais, promouvoir une culture de manze boire" ?
  Relations UE/ACP—APE : sérieuses craintes pour le thon et le textile !
  Après une quatrième enquête—L'ACIM soutient que le marché du fer est toujours perturbé


Taxe sur les intérêts bancaires

M. Vinod Seegum (GTU) : "Veut-on, désormais, promouvoir une culture de manze boire" ?

M. Vinod Seegum, président de la Government Teachers'Union (GTU) dénonce vivement la taxe sur les intérêts bancaires qui, dit-il, "décourage l'épargne. Rappelant la fable de la Cigale et de la Fourmi, il se demande si, en ce faisant, les autorités veulent, désormais, promouvoir une culture de dépenses et de manze boire."

M. Seegum explique que l'épargne nationale a toujours été la force motrice du développement national. Il rappelle que plus l'épargne s'accroît, plus la consommation baisse avec pour conséquence, une baisse de l'inflation et une diminution de la pression sur l'économie et les finances publiques.

Le président de la GTU qui regrette la disparition de la School Savings Bank qui visait, jadis, à encourager les élèves à épargner, critique le gouvernement de ne plus faire grand cas de la baisse de l'épargne nationale. Pour lui, en effet, l'imposition des intérêts bancaires portera un coup fatal à l'épargne.

Vinod Seegum qui rappelle la fable de la Cigale et de la Fourmi va jusqu'à se demander si les autorités veulent promouvoir, à la place, une "culture de dépenses et de manze boire". S'il conçoit qu'il convient de combattre l'évasion fiscale, le président de la GTU souscrit, en substance, à l'idée de ceux qui estiment que le secret bancaire est menacé avec les mesures administratives mises en place pour imposer les intérêts bancaires.

M. Seegum qui trouve qu'à travers cette mesure, le gouvernement veut "ostraciser la classe moyenne", cite le cas des Mauriciens ayant travaillé à l'étranger pendant des décennies et qui, rentrés au pays, ont déposé leurs économies en banque. Il rappelle qu'avec le National Residential Property Tax (NRPT), ceux-là ne peuvent pas envisager d'investir dans l'immobilier. Ni même de "garder l'argent sous le matelas" avec l'accroissement du nombre de vols.


Relations UE/ACP

APE : sérieuses craintes pour le thon et le textile !

L'enjeu est de taille pour Maurice. Sans un Accord de partenariat économique (APE) avec l'Union européenne (UE) au 31 décembre prochain, de sérieuses appréhensions sont entretenues quant à la compétitivité de quelque 70% des exportations mauriciennes, allant du thon de la filière du seafood hub aux produits textiles en passant par la bijouterie, sur le marché de l'UE. Des risques existent que des tarifs douaniers allant d'un minimum de 11% sur le textile à 24% sur les exportations de thon pourraient être imposés à l'entrée de ces produits en Europe dans cette éventualité.

Le coup de semonce avec l'intervention du commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, devant la Commission du Commerce international du Parlement européen, a eu pour effet de déclencher un véritable branle-bas de combat à l'hôtel du gouvernement en fin de semaine. L'une des premières décisions a été que le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, s'est vu installer à la présidence d'un comité ministériel en vue de débloquer la situation au niveau des consultations avec l'UE par rapport à l'APE.

En marge de la première réunion de ce comité ministériel qui s'est déroulée hier matin, sous la présidence de Rama Sithanen, avec pour membres les ministres des Affaires étrangères, Madan Dulloo, de l'Agro-Industrie, Arvin Boolell, de l'Industrie, Rajesh Jeetah, et de l'Attorney General, Rama Valayden, une série de consultations avec les experts mauriciens en matière de négociations au niveau de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), dont entre autres l'ambassadeur Naresh Servansingh, basé à Genève, avaient été engagées pour établir les priorités de l'heure et pour éviter un scénario catastrophe pour les exportations. L'objectif du gouvernement est de sauvegarder les acquis sur le marché d'exportation de l'UE vu que les chances pour la région de l'Eastern and Southern Africa (ESA), sous-région dans laquelle se trouve Maurice, de conclure un APE avec l'Europe dans les délais impartis sont quasi nulles.

" La situation par rapport à un APE au niveau de l'Eastern and Southern Africa est difficile. La date butoir du 31 décembre approche à grands pas. Les chances d'un accord de partenariat économique s'amenuisent. Dans ce contexte, Maurice se retrouve dans une situation compromettante. Nous ne sommes pas éligibles sous l'initiative Lamy d'everything but arms pour des exportations quota free et duty free en Europe. C'est la fin du régime de préférence commerciale. La configuration de l'Eastern and Southern Africa se présente comme suit : sur les 16 États membres de cette sous-région, nous nous retrouvons avec 12 pays moins avancés (PMA) et quatre pays non-PMA, dont entre autres le Kenya, le Zimbabwe et Maurice. Les pays moins avancés pourront prendre avantage de l'accès quota free et duty free sur le marché européen et se retrouvent nullement intéressés par la conclusion d'un accord de partenariat économique à moins que des ressources additionnelles sous le FED (Fonds européen de développement) soient mises à leur disposition. C'est ce qui explique le statu quo ", a fait comprendre le président du comité ministériel.

" C'est injuste que Maurice soit pénalisée en raison de la configuration de la sous-région. Nous avons déjà pris des décisions allant dans le sens de la réduction de nos tarifs douaniers, dont les plus élevés sont à 65%, dans le sens de l'ouverture de l'économie tout en faisant preuve d'un offensive interest au niveau des services. Maurice a déjà affiché des positions d'ouverture. Mais la situation se complique avec la présence de 12 pays moins avancés, qui n'ont nul besoin de faire des offres à l'Union européenne. Nous devons élaborer de nouvelles formules de transition ", a poursuivi le vice-Premier ministre et ministre des Finances, qui rappelle que le processus est exhaustif avec les régimes douaniers proposés à être ratifiés par chacun des 27 États membres de l'UE avant la fin de l'année.

Selon les recoupements d'informations, cette première réunion du comité ministériel s'est retrouvée en présence de deux formules pour sauver les meubles et éviter des tarifs douaniers allant de 11% à 24% sur les exportations mauriciennes, remettant en cause la compétitivité de Maurice. L'une des options privilégiées dans la conjoncture concerne un APE au niveau des États membres de la Commission de l'océan Indien (COI). La question, qui avait été évoquée au conseil des ministres de jeudi, a été soumise à un comité d'experts pour un exercice plus approfondi et des consultations avec des stakeholders au sein du secteur privé.

Cette éventualité d'un APE au niveau de la COI, avec Maurice, Madagascar, les Seychelles, les Comores et la Réunion, avait fait l'objet de ballon-sonde avec des interlocuteurs de la Commission européenne en marge des récentes consultations. Les indications sont que Bruxelles ne serait pas partisan d'une telle approche compte tenu de l'absence d'une véritable masse critique pour un tel accord. Le choix des Européens serait que Maurice doit s'accommoder avec les États membres de l'ESA, notamment le Kenya, " for sensible EPA. "

Interrogé à ce sujet lors du point de presse à la mi-journée d'hier, le ministre des Affaires étrangères a trouvé que " our preferred option is a solid bilateral agreement with the European Union which would support the radical and fundamental reforms that will make Mauritius integrate the global economy. " " We would like the countries of the region to benefit from it. Everyone is favourable to this. This is the notion of development. We would like the Economic Partnership Agreement to be successful. We would like to do it with Eastern and Southern Africa ", a déclaré Madan Dulloo. Il devait étaler son ambition visant à faire de cet APE un véritable modèle aux yeux de l'OMC.

La seconde option tournerait autour d'un APE à géométrie variable avec en première ligne les quatre pays non-PMA, soit le Kenya, Maurice, le Zimbabwe et les Seychelles, pour formuler et soumettre une offre acceptable à l'UE avec les 12 autres PMA dans la back seat position au sein de l'ESA. Cette éventualité dépendra des conclusions des négociations, qui se déroulent actuellement à Kigali, au Rwanda. Mais les dernières nouvelles de Kigali sont qu'aucun progrès notable n'a été enregistré jusqu'ici. Le ministre Dulloo fait état du soutien de Londres et de Paris aux initiatives envisagées par Maurice.

" À ce stade, aucune décision n'a été prise sur les options. Nous œuvrons pour arriver à une solution de transition permettant à des pays comme Maurice ou le Kenya de préserver leurs acquis sans toutefois affecter l'intégrité de la configuration de l'APE. Nous avons à tenir en ligne de compte les données objectives de la configuration de l'ESA, qui nous a été imposée par l'Union européenne, les intérêts des États non-PMA et veiller à ce que l'accord de partenariat économique ne soit pas contesté à l'OMC pour raisons d'incompatibilité ", a conclu Rama Sithanen.

En parallèle aux responsabilités confiées au comité technique, des contacts politiques et diplomatiques au plus haut niveau pour le marketing des options retenues sont à prévoir dans les jours à venir car il y va de l'avenir des exportations mauriciennes, qui dépendent dans une très grande mesure de l'accès au marché européen.


Le JEC se dit inquiet dans la conjoncture

Le Joint Economic Committee (JEC) ne cache pas ses inquiétudes dans la conjoncture avec d'une part l'absence de progrès au niveau de l'APE et d'autre part les menaces d'imposition de tarifs douaniers sur les exportations mauriciennes vers les pays de l'Union européenne. Le directeur du JEC, Raj Makoond, qui a participé à la première réunion du comité ministériel sur les APE présidée par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, compte reprendre contact au cours de la semaine avec les principaux stakeholders du privé pour une évaluation des options en discussions.

" Nous sommes inquiets du fait que les dispositions sur les règles d'origine sont difficiles comme elles le sont pour les tarifs douaniers. À titre d'exemple, le thon mauricien devra se battre contre les exportations extrêmement compétitives de la Thaïlande sur le marché européen. Il n'y a pas que la question des tarifs douaniers. Il y a aussi la durée de la transition et aussi ne pas se faire attaquer auprès de l'Organisation mondiale du commerce pour incompatibilité avec ses règles ", a déclaré à Week-End le directeur du JEC après les délibérations d'hier.

" En ce qui concerne les consultations au sujet de l'Accord de partenariat économique, le premier défi est de travailler les positions au sein de la sous-région de l'Eastern and Southern Africa et cela en dépit des divergences qui existent. Il y a un gros travail qui reste à faire. Par ailleurs, nous avons toujours mis l'accent sur la composante de développement de l'APE. Nos voulons faire comprendre à Bruxelles que si les supply side constraints demeurent, l'accès au marché ne sera qu'un vain concept. Il y a un véritable risque de marginalisation de la sous-région de l'Eastern and Southern Africa qu'il nous faudra éviter à tout prix ", a ajouté le président de la JEC, qui se dit confiant de voir les choses connaître une accélération dans les jours à venir, atténuant les appréhensions, même si pour certaines elles ne sont que latentes alors que pour d'autres elles sont véritablement perceptibles.


Protocole-Sucre - Boolell : " Les jours du sucre roux sont comptés ! "

Le dossier du Protocole-Sucre demeure toujours au centre des préoccupations de Maurice dans le cadre de la coopération avec l'Union européenne. Faisant le bilan des récentes discussions à Bruxelles, le ministre de l'Agro-Industrie, Arvin Boolell, qui est également le porte-parole des pays producteurs de sucre d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), est revenu, vendredi, sur le fait que l'utilisation de l'expression dénonciation du Protocole-Sucre irrite les ACP. Il a soutenu que les États ACP ne vont pas s'associer à la Commission européenne dans cette démarche. D'autre part, il a concédé que les jours du sucre roux sont comptés avec la nouvelle configuration du marché sucrier en Europe.

" Les jours du raw sugar ine fini. Nou bizin export du sucre raffiné lor ki éna prime ", a répondu le ministre Boolell à une question de Week-End au sujet de la compétitivité du sucre mauricien avec la réduction de 36% du prix garanti sous le Protocole-Sucre démantelé. Mais dans l'état des discussions entre le gouvernement et la Mauritius Sugar Producers'Associationi (MSPA), les moyens pour produire du sucre raffiné se font toujours attendre.

À ce stade, le Syndicat des Sucres, qui est en contact avec d'éventuels acheteurs étrangers de sucre raffiné de Maurice, n'est pas en mesure de conclure formellement les accords en l'absence de toute décision sur les projets de raffinerie de sucre ou encore de centrales thermiques à bagasse/charbon. " Le travail engagé au niveau du gouvernement à ce sujet se poursuit ", a indiqué le ministre aux interrogations de la presse au sujet des tergiversations notées jusqu'ici. Il n'a pas manqué de rappeler le projet de mettre en place quatre flexifactories, même si le programme de centralisation sucrière est en panne depuis plusieurs mois déjà.

Le ministre de l'Agro-Industrie a égratigné la Commission européenne en ce qui concerne le sort qui est réservé au Protocole-Sucre avec l'avènement de l'offre du 4 avril 2007 sur le market access pour les produits ACP et les accords de partenariat économique en discussions entre la Commission européenne et les six sous-régions des ACP. " Nou konpran ké tou simin mène à l'OMC, ki la compatibilité li inévitable. Mé nou agacé avek le mo dénonciation ! Ti préférable dir ène successor agreement au Protocole-Sucre ", a-t-il déclaré, ajoutant que les pays signataires du Protocole-Sucre ont donné la garantie qu'ils ne vont pas s'associer avec cette décision de la Commission européenne.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Madan Dulloo, qui s'est adressé à la presse hier, s'est évertué à vendre l'idée que la question de dénonciation du Protocole-Sucre n'est pas de mise. " Officiellement, la Commission européenne n'a pas abordé formellement cette question avec les ACP. Pourquoi devrons-nous nous en préoccuper ? ", s'est-il insurgé suite aux questions des journalistes. Il dit regretter le fait que les ACP se sont livrés mains liées avec la signature de l'Accord de Cotonou.

Mais cette prise de position du chef de la diplomatie est contredite par un document émanant du ministère de l'Agro-Industrie. " The European Community market access is tantamount to the abolition of the Sugar Protocol and the European Community has already indicated that it intends to denounce the Sugar Protocol by September 2007. However, the European Community prefers the ACP sugar producing countries to agree to jointly renounce the Sugar Protocol ", note-t-on du côté du ministère de l'Agro-Industrie.

D'autre part, les deux ministres se félicitent d'avoir pu ramener les brebis égarées vu qu'à un certain moment la solidarité intra-ACP s'effritait. Ils ont également mis l'accent sur les quatre Core Issues définis lors des discussions à Bruxelles et présentés à la Commission européenne, à savoir : (a) le prix ; (b) les quantités minimales d'accès, y compris les dispositions relatives à l'accès au marché additionnel ; (c) les mesures de sauvegarde devraient être annexées aux APE des pays du Protocole-Sucre, signifiant ainsi la transposition des avantages fondamentaux du Protocole-Sucre dans les APE et ; (d) la possibilité de vendre n'importe quel type de sucre.

En conclusion, le ministre Boolell a trouvé que dans la conjoncture " la meilleure sauvegarde des sauvegardes reste la compétitivité. " " En marge des APE, pa kapave éna vacuum. La Communauté européenne éna enn obligation politique ek morale pou vine avec enn Trade Regime. Mo pa trouv li pé vine avec enn GSP +. Ene GPS pou énan konsékans pou nou exportations ".


Après une quatrième enquête

L'ACIM soutient que le marché du fer est toujours perturbé

Au terme d'une quatrième enquête effectuée vendredi auprès de 30 quincailleries de l'île, l'Association des Consommateurs de l'île Maurice (ACIM) soutient que l'approvisionnement du marché en fer de construction est toujours perturbé.

En effet, selon l'association, 10 des 30 quincailleries sondées ne disposaient pas du tout de ce produit alors qu'aucune quincaillerie ne dispose de fers de construction de toutes les dimensions.

Selon l'ACIM, seule la compagnie Samlo ne dispose que d'un stock limité de barres de fer de 8 mm. Celles de 3/8 mm ne sont disponibles que dans seulement deux quincailleries.

L'association s'interroge, par ailleurs, sur la raison qui a motivé la décision du gouvernement annoncée par la MBC de procéder à la modification de la norme BS 4449 de 2005 à laquelle les barres de fer de construction doivent jusqu'ici répondre. Elle attend des précisions sous ce rapport avant de réagir plus en détail.



é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 23 septembre 2007