L'enjeu est de taille pour Maurice. Sans un Accord de partenariat
économique (APE) avec l'Union européenne (UE) au
31 décembre prochain, de sérieuses appréhensions
sont entretenues quant à la compétitivité
de quelque 70% des exportations mauriciennes, allant du thon de
la filière du seafood hub aux produits textiles
en passant par la bijouterie, sur le marché de l'UE. Des
risques existent que des tarifs douaniers allant d'un minimum
de 11% sur le textile à 24% sur les exportations de thon
pourraient être imposés à l'entrée
de ces produits en Europe dans cette éventualité.
Le coup de semonce avec l'intervention du commissaire européen
au Commerce, Peter Mandelson, devant la Commission du Commerce
international du Parlement européen, a eu pour effet de
déclencher un véritable branle-bas de combat à
l'hôtel du gouvernement en fin de semaine. L'une des premières
décisions a été que le vice-Premier ministre
et ministre des Finances, Rama Sithanen, s'est vu installer à
la présidence d'un comité ministériel en
vue de débloquer la situation au niveau des consultations
avec l'UE par rapport à l'APE.
En marge de la première réunion de ce comité
ministériel qui s'est déroulée hier matin,
sous la présidence de Rama Sithanen, avec pour membres
les ministres des Affaires étrangères, Madan Dulloo,
de l'Agro-Industrie, Arvin Boolell, de l'Industrie, Rajesh Jeetah,
et de l'Attorney General, Rama Valayden, une série de consultations
avec les experts mauriciens en matière de négociations
au niveau de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), dont entre
autres l'ambassadeur Naresh Servansingh, basé à
Genève, avaient été engagées pour
établir les priorités de l'heure et pour éviter
un scénario catastrophe pour les exportations. L'objectif
du gouvernement est de sauvegarder les acquis sur le marché
d'exportation de l'UE vu que les chances pour la région
de l'Eastern and Southern Africa (ESA), sous-région dans
laquelle se trouve Maurice, de conclure un APE avec l'Europe dans
les délais impartis sont quasi nulles.
" La situation par rapport à un APE au niveau de
l'Eastern and Southern Africa est difficile. La date butoir du
31 décembre approche à grands pas. Les chances d'un
accord de partenariat économique s'amenuisent. Dans ce
contexte, Maurice se retrouve dans une situation compromettante.
Nous ne sommes pas éligibles sous l'initiative Lamy d'everything
but arms pour des exportations quota free et duty
free en Europe. C'est la fin du régime de préférence
commerciale. La configuration de l'Eastern and Southern Africa
se présente comme suit : sur les 16 États membres
de cette sous-région, nous nous retrouvons avec 12 pays
moins avancés (PMA) et quatre pays non-PMA, dont entre
autres le Kenya, le Zimbabwe et Maurice. Les pays moins avancés
pourront prendre avantage de l'accès quota free
et duty free sur le marché européen et se
retrouvent nullement intéressés par la conclusion
d'un accord de partenariat économique à moins que
des ressources additionnelles sous le FED (Fonds européen
de développement) soient mises à leur disposition.
C'est ce qui explique le statu quo ", a fait comprendre
le président du comité ministériel.
" C'est injuste que Maurice soit pénalisée
en raison de la configuration de la sous-région. Nous avons
déjà pris des décisions allant dans le sens
de la réduction de nos tarifs douaniers, dont les plus
élevés sont à 65%, dans le sens de l'ouverture
de l'économie tout en faisant preuve d'un offensive
interest au niveau des services. Maurice a déjà
affiché des positions d'ouverture. Mais la situation se
complique avec la présence de 12 pays moins avancés,
qui n'ont nul besoin de faire des offres à l'Union européenne.
Nous devons élaborer de nouvelles formules de transition
", a poursuivi le vice-Premier ministre et ministre des
Finances, qui rappelle que le processus est exhaustif avec les
régimes douaniers proposés à être ratifiés
par chacun des 27 États membres de l'UE avant la fin de
l'année.
Selon les recoupements d'informations, cette première réunion
du comité ministériel s'est retrouvée en
présence de deux formules pour sauver les meubles et éviter
des tarifs douaniers allant de 11% à 24% sur les exportations
mauriciennes, remettant en cause la compétitivité
de Maurice. L'une des options privilégiées dans
la conjoncture concerne un APE au niveau des États membres
de la Commission de l'océan Indien (COI). La question,
qui avait été évoquée au conseil des
ministres de jeudi, a été soumise à un comité
d'experts pour un exercice plus approfondi et des consultations
avec des stakeholders au sein du secteur privé.
Cette éventualité d'un APE au niveau de la COI,
avec Maurice, Madagascar, les Seychelles, les Comores et la Réunion,
avait fait l'objet de ballon-sonde avec des interlocuteurs de
la Commission européenne en marge des récentes consultations.
Les indications sont que Bruxelles ne serait pas partisan d'une
telle approche compte tenu de l'absence d'une véritable
masse critique pour un tel accord. Le choix des Européens
serait que Maurice doit s'accommoder avec les États membres
de l'ESA, notamment le Kenya, " for sensible EPA. "
Interrogé à ce sujet lors du point de presse à
la mi-journée d'hier, le ministre des Affaires étrangères
a trouvé que " our preferred option is a solid
bilateral agreement with the European Union which would support
the radical and fundamental reforms that will make Mauritius integrate
the global economy. " " We would like the countries
of the region to benefit from it. Everyone is favourable to this.
This is the notion of development. We would like the Economic
Partnership Agreement to be successful. We would like to do it
with Eastern and Southern Africa ", a déclaré
Madan Dulloo. Il devait étaler son ambition visant à
faire de cet APE un véritable modèle aux yeux de
l'OMC.
La seconde option tournerait autour d'un APE à géométrie
variable avec en première ligne les quatre pays non-PMA,
soit le Kenya, Maurice, le Zimbabwe et les Seychelles, pour formuler
et soumettre une offre acceptable à l'UE avec les 12 autres
PMA dans la back seat position au sein de l'ESA. Cette
éventualité dépendra des conclusions des
négociations, qui se déroulent actuellement à
Kigali, au Rwanda. Mais les dernières nouvelles de Kigali
sont qu'aucun progrès notable n'a été enregistré
jusqu'ici. Le ministre Dulloo fait état du soutien de Londres
et de Paris aux initiatives envisagées par Maurice.
" À ce stade, aucune décision n'a été
prise sur les options. Nous uvrons pour arriver à
une solution de transition permettant à des pays comme
Maurice ou le Kenya de préserver leurs acquis sans toutefois
affecter l'intégrité de la configuration de l'APE.
Nous avons à tenir en ligne de compte les données
objectives de la configuration de l'ESA, qui nous a été
imposée par l'Union européenne, les intérêts
des États non-PMA et veiller à ce que l'accord de
partenariat économique ne soit pas contesté à
l'OMC pour raisons d'incompatibilité ", a conclu
Rama Sithanen.
En parallèle aux responsabilités confiées
au comité technique, des contacts politiques et diplomatiques
au plus haut niveau pour le marketing des options retenues sont
à prévoir dans les jours à venir car il y
va de l'avenir des exportations mauriciennes, qui dépendent
dans une très grande mesure de l'accès au marché
européen.