Comment faire pour continuer à consommer de la même
façon en utilisant moins de ressources ? C'est la tâche
qui attend l'équipe dirigée par le Professeur Toolseeram
Ramjeawon et qui sera chargé de la mise en uvre d'un
programme national sur la consommation et la production durables,
placé sous l'égide d'United Nations Environment
Programme. Le ministre de l'Environnement a nommé ce professeur
dans le domaine de l'environnement et l'ingénierie et actuellement
affecté à la Faculty of Engineering de l'Université
de Maurice, pour mener à bien ce projet. Dans une interview
accordée à Week-End, il explique le pourquoi
de ce programme national et la nécessité de changer
radicalement la façon dont nous consommons et produisons
dans les différents secteurs d'activités, dont celle
de l'énergie. Il aborde en profondeur les questions liées
à l'énergie solaire qui, estime-t-il, est un "quick
win area" pour avancer dans ce sens.
Le ministère de l'Environnement en collaboration avec
le Programme des Nations Unies pour l'Environmment a lancé
cette semaine le développement d'un programme national
sur la consommation et la production durables. En quoi consiste
ce programme ?
Le Progamme d'action du Sommet Mondial du Développement
Durable a Johannesbourg en 2002 a réaffirmé l'importance
de changer les modes de production et de consommation. Il est
indispensable de modifier radicalement la façon dont les
sociétés produisent et consomment si l'on veut assurer
un développement durable. Si nous continuons sur la même
tendance de consommation, d'ici 2050 nous aurons besoin des ressources
de deux planètes Terre pour satisfaire nos besoins et nous
allons tout droit vers la catastrophe. D'où cette initiative
internationale de promouvoir la consommation et la production
durable. Maurice a été choisi par le PNUE comme
pays pilote. Il s'agit d'élaborer un plan d'action afin
de modifier les modes de consommation et de production dans notre
pays dans différents domaines, que ce soit dans l'alimentation,
le transport, l'eau, l'énergie ou l'habitat. Dans ce contexte,
les politiques et responsables ont une obligation morale d'animer
des débats sur le choix des technologies appropriées
pour le développement, et de formuler des politiques qui
réduisent la taille de nos empreintes écologiques
individuelles et collectives. Évidemment, les enjeux sont
énormes, mais une telle action politique ne peut pas se
concevoir sans le soutien de la population qui, pour le moment,
comprend très mal les différents problèmes.
Brièvement, que comprenez-vous par ce terme consommation
et la production durables ?
En deux mots, je dirai, essayer d'avoir une meilleure qualité
de vie en utilisant moins de ressources. Ou "getting more
with less". C'est-à-dire qu'il faut un découplage
entre la croissance économique et l'utilisation des ressources.
Il ne s'agit pas d'arrêter de consommer, mais plutôt
de consommer différemment.
C'est là un très grand chantier qui vous attend.
Comment allez-vous procéder pour élaborer ce plan
d'action et quelles en seront les domaines prioritaires ?
Cela se fera d'abord en consultation avec tous les stakeholders
du pays. Nous allons mettre en place un programme de consultations
élargies, qui nous permettrait de définir nos priorités.
Comme le domaine de l'énergie ou la construction ds bâtiments
""verts ", le recyclage des déchets ou nous
pourrions promouvoir par exemple le concept" d'acheter vert"
avec un labelling system. Par exemple, d'après le
Public Procurement du gouvernement, sa part de consommation est
de 15% du GDP. Le gouvernement lui-même peut changer de
mode de consommation en introduisant des critères environnementaux
dans le procurement criteria. La nouvelle ville projetée
à Highlands peut servir d'exemple. On peut commencer à
réfléchir sur son design et essayer d'atteindre
des objectifs en matière de consommation et de développement
durable. C'est-à-dire comment on va réduire la consommation
en énergie, en eau ou produire moins de déchets
etc.
Le dossier énergie sera-t-il considéré
comme une action prioritaire ?
Bien évidemment. L'énergie devrait être une
action prioritaire dans ce programme. Il faudra mettre en place
des objectifs et des indicateurs, puis développer un plan
d'action, une nouvelle politique et voir comment assurer l'"implementation
"" et le" monitoring ". Il y aura cinq domaines
prioritaires que nous allons définir et sur lesquelles
nous allons discuter lors des consultations.
Justement, nous avons publié dans notre édition
de la semaine dernière un dossier sur l'énergie
solaire et la part qu'elle occupe dans la politique énergétique
du gouvernement. Quelle place occupera-t-elle dans votre programme
?
Elle devrait occuper une place importante. Je dirai que c'est
un des" quick-win areas" pour changer de mode de consommation
à Maurice, qui est justement la promotion de l'utilisation
de l'énergie solaire. Non seulement les systèmes
solaires ne provoquent pas d'émissions, mais ils permettent
aussi d'éviter un rejet de CO2 important par rapport à
des systèmes traditionnels. Avec le solaire vous contribuez
non seulement activement à la protection de l'environnement
mais aussi au développement économique avec l'expansion
d'une industrie manufacturière et de service mais aussi
en terme d'économie sur la facture pétrolière.
À côté de nous par exemple l'île de
la Réunion a déjà fortement exploité
son potentiel solaire. Avec plus de 10.000 chauffe-eau Solaires
Individuels (CESI) installés chaque année, et actuellement
un parc de l'ordre de 70.000 CESI soit environ un foyer sur quatre
est équipé, mettant l'île de La Réunion
aux premiers rangs mondiaux des territoires les mieux équipés
en surface de panneaux solaires par habitant. Et ce sont environ
70,000 tonnes de CO2 évitées chaque année
à la Réunion. (un chauffe-eau solaire fait éviter
l'émission d'une tonne de CO2 par an, soit environ 20 tonnes
sur une durée de vie de 20 ans, équivalent à
la pollution annuelle d'une voiture). En plus ils ont développé
des installations collectives notamment dans l'hôtellerie
et dans le logement social Pendant ce temps, l'énergie
photovoltaïque connaît aussi un engouement soutenu
par des tarifs de rachat incitatif par EDF.
Aux îles Barbades, c'est 40% des maisons qui utilisent l'énergie
solaire, tandis qu'en Israël l'utilisation de l'énergie
solaire est obligatoire pour toute nouvelle construction.
Malheureusement, l'énergie solaire n'a pas vraiment décollé
à Maurice comparativement aux autres pays cités
plus haut.
Quelles en sont les raisons ?
C'est vrai qu'en dépit des avantages économiques
et environnementales de l'énergie solaire, il y a encore
des barrières qui empêchent son adoption. Cela inclut
l'investissement initial qui est relativement fort comparé
aux autres alternatives (chauffe-eau électrique ou gaz);
un manqué d'incitation financière pour les producteurs
et les consommateurs surtout de la part des institutions financières,
l'absence de building codes qui en encouragent l'utilisation,
un manque de "quality control" et un manque de connaissance
et d'appréciation des décideurs et des consommateurs.
Par exemple, il faut savoir les avantages économiques sur
le cycle de vie d'un chauffe-eau solaire. Par exemple il peut
coûter que Rs 2000 a Rs 3000 roupies pour installer un chauffe-eau
électrique, mais cela demande un investissement de près
de 10 fois supérieures à l'État pour la production
de l'électricité consommé et sa distribution.
Une des raisons de cette dépense est que ce chauffe-eau
électrique est surtout utilisé durant les ""peak
hours "où l'électricité produite pendant
cette même période est nettement plus chère.
L'utilisation des chauffe-eau électrique doit être
responsable de plus de 15% de la demande d'électricité
pendant le peak hours
Vous semblez bien avancé sur la question. Que faudrait-il
faire, selon vous, pour rendre les chauffe-eau plus accessibles
aux consommateurs ?
L'utilisation des chauffe-eau électriques va croître
sur un "business as usual" scénario avec les
désavantages du point de vue économique et environnementale.
Pour promouvoir l'énergie solaire, il faudrait par exemple
que le gouvernement et les institutions financières collaborant
en accordant des prêts logements pour donner des aides publiques
incitatives et d'autres incitations financières pour l'installation
en fonction du type de projet, c'est-à-dire un habitat
individuel ou collectif. On pourrait également développer
la qualité des installations à travers la mise en
place d'un programme de contrôle de la qualité des
installations et la formation des professionnels et informer et
sensibiliser les consommateurs, par exemple, sur les coûts
sur la durée de vie d'un chauffe-eau solaire comparativement
aux autres alternatives
Il existe d'ailleurs sous le Kyoto Protocol's Clean Development
Mechanism une possibilité de carbon trading concernant
l'installation des chauffe-eau solaire. L'émergence d'un
marché international pour le carbone offer une excellente
opportunité pour avoir des financements pour la promotion
de l'énergie solaire. Vous avez cité un exemple
concret dans votre dossier de la semaine dernière concernant
le projet de logement à Cape Town en Afrique du Sud. Ils
peuvent donc être utilisés dans les logements sociaux,
les appartements, les hôpitaux, les hôtels, voire
dans le secteur manufacturier où on peut chauffer l'eau
avant de l'utiliser dans les "boilers".
Cela relève-t-il uniquement de la responsabilité
de l'État et du CEB de promouvoir l'énergie solaire
dans un pays ?
Dans tous les pays où il y a une forte pénétration
d'énergie solaire, il y a eu un support important du gouvernement
en matière de mesures fiscales et incitatives. Donc, définitivement,
nous avons besoin d'un stronger leadership de l'État pour
mettre en place des objectifs précis qui seront atteints
avec l'aide des institutions financières. On peut par exemple
introduire des rotating loan schemes. Prenons le cas de
l'augmentation du tarif d'électricité. 1% de l'argent
obtenu de ces 15% aurait pu être utilisé pour alimenter
un fond à partir duquel des emprunts auraient pu être
accordés à un faible taux d'intérêt
aux particuliers.
Pourquoi le gouvernement est-il impliqué ? Dans les pays
avant fait des avancées significatives dans le domaine
de l'énergie solaire, les gouvernements ont introduit des
mesures fiscales. Par exemple, la Grèce permet à
une taxe payer de déduire 75% de ses investissements dans
un chauffe-eau solaire dans son income taxe à la fin de
l'année.
Pour conclure, que proposez-vous donc dans un contexte purement
mauricien ?
- Il y a plein d'exemple qu'on pourrait importer des pays ayant
fait des avancées significatives dans le domaine de l'anergie
solaire. Je pense que nous devrions commencer par développer
une politique nationale en matière d'énergie solaire
et d'établir un Road Map pour atteindre nos objectifs.
En conclusion, je dirais que le coût de l'inaction dans
le domaine de l'énergie solaire est énorme.