Faits et effets…—Aberrations
Interrogations—Qui veut asphyxier la poule aux œufs d'or ?
Coups de bec dans l'eau
Faits et effets...
Aberrations
Nous sommes vraiment l'île des aberrations en sus d'être
une république bananière ce qui, entre autres, nous
a, d'ailleurs, valus d'être déclassés par
l'agence de notation Freedom House des États Unis. Prenons
un ou deux exemples : l'enlèvement par la Road Development
Authority de la publicité sur panneaux de United Colors
of Benneton. Nous pensions la RDA, qui est sous la tutelle du
vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures Publiques,
un organisme censé, sous la loi, bien agencer nos rond-points
et veiller à ce que la circulation soit la plus fluide
possible, nous ne la connaissions pas gardienne des bonnes murs
publiques. En quoi cette publicité la concerne ? Qui cela
a-t-elle dérangé ? Probablement pas ces ministres
qui voulaient légaliser la sodomie en catimini et faire
passer un Sexual Offences Bill, dont certaines clauses
ne protégeaient pas suffisamment les femmes et les mineurs.
Nous avons des raisons de penser que c'est parce que, pour une
fois, qu'un cliché montre une femme assise sur un homme,
ce qui n'a rien de bien particulier, qui a dû déranger
certains esprits rétrogrades qui y ont peut-être
vu une inacceptable suggestion de domination féminine.
Il y a eu toutes sortes d'explications oiseuses pour tenter de
justifier l'enlèvement des affiches, mais ceux qui ont
pris cette décision se cachent et n'osent même pas
venir s'expliquer au grand jour. Cela fait une bonne pub pour
Benetton qui, comme on le sait, a une culture de l'audace et de
la provocation. Il y a quelques années, cette compagnie
avait organisé une exposition à Paris où
étaient étalées sur un mur d'innombrables
photos, de sexe masculin, un véritable amusement parce
qu'il n'y avait pas un qui était identique à l'autre
et cela n'avait choqué personne. James Burty David vient
dénoncer, dans le Mauricien d'hier, l'enlèvement
de ces affiches. Il a attendu une bonne semaine alors qu'il avait
le temps d'intervenir auprès de son collègue Rashid
Beebeejaun pour que cette pub ne soit pas massacrée. Pas
étonnant que certains trouvent qu'il a l'art d'amuser la
galerie plus qu'autre chose.
Une aberration chasse l'autre. La main basse sur les îles
continue de plus belle. Après l'îlot donné
à l'agent politique pour se faire des milliers de roupies
sur nos têtes, c'est l'autre île, plate celle-là,
que Xavier Duval a confiée à son cousin, Thierry
Henry, le fils de Ghislaine Henry, accessoirement conseiller municipal
aux villes surs et qui, comme porte-parole de Discover Mauritius,
organisme gouvernemental, a eu l'ingrate tâche de venir
annoncer qu'il faut payer maintenant pour aller à l'île
Plate. Autre aberration dans l'aberration, l'arrivée de
Voice of Hindu, comblé d'éloges par le Premier ministre,
dans le débat et sur le terrain à l'îlot Gabriel.
Entre deux critiques contre les vice-Premiers ministres Beebeejaun
et Duval, il y a aussi eu, vendredi, l'annonce d'une manifestation
agressive contre George Ah Yan, porte-parole de la plate-forme
qui milite contre la privatisation de l'îlot. Et quoi encore
? Y a-t-il une milice qui fait un travail parallèle à
la police. S'il y a encore une police dans notre république,
on espère qu'elle agira pour protéger les citoyens
qui exercent leurs droits.
Dans le judiciaire aussi, les aberrations ne manquent pas. Nous
avons cette semaine vu un Attorney General se tromper de cour
lorsqu'il s'est agi d'un appel contre un jugement le condamnant
pour diffamation d'un opposant politique. C'est dans la semaine
même où il annonce en grande pompe l'arrivée
du Privy Council chez nous. Espérons que les éclaireurs
qui seront chez nous le prendront au sérieux. Lui qui dit
dans l'Express d'hier que les menaces contre les hommes
politiques sont normales. Nous savions qu'il y avait des signes
évidents qui indiquaient que nous glissions progressivement
vers un régime de tontons macoute mais l'entendre de la
bouche d'un membre du gouvernement, c'est quand même aberrant.
Sa déclaration tend à banaliser les incidents du
24 août et les menaces visant Anil Baichoo. Il faut s'interroger
sur les raisons d'une telle posture. En tout cas, cela accrédite
la thèse de l'intervention politique pour que la police
n'objecte pas à la remise en liberté sous caution
des protagonistes déjà en liberté conditionnelle.
C'est aussi une aberration que les Magistrats siégeant
en Cour Intermédiaire aient exigé la présence
de Sir Harry Tirvengadum en Cour malgré les attestations
de médecins réputés et qu'il ait été
contraint de s'y rendre en civière. Alors que dans le même
cas, les procédures contre un des protagonistes, souffrant,
a été interrompues. Les proches de l'ancien directeur
d'Air Mauritius auraient dû aller déposer la civière
au "centre des droits humains" qui se trouve à
quelques encablures de la cour Intermédiaire. Question
de donner du sens à une entreprise cosmétique. Sir
Harry est présumé innocent jusqu'à ce que
le Cour statue. Cette image de la civière met à
mal notre image de pays civilisé et du respect des droits
de la personne. Tout ce qu'on peut dire, c'est que Sir Harry a
eu moins de chance que ceux qui avaient incité des artistes
à ne "pas tire pétard mais fume pétard"
et qui ont vu leur cas rayé devant le même tribunal.
Allez dire aux mauriciens, après ça, qu'il n'y a
pas une justice à multiples vitesses à Maurice !
Des "cleaners" qui travaillent au Pre-School Trust
Fund du gouvernement qui touchent Rs 1 000 par mois. Impossible
en l'an 2007 à Maurice, diriez-vous. Mais non. Cette autre
aberration existe bel et bien dans le pays du parti de "putting
people first" et qui vous ressasse de son "early harvest"
à longueur de journée. Peut-on parler de récolte
précoce à des mères de famille qui suent
de 8 heures à 15 heures tous les jours pour cette maigre
pitance mensuelle. En tout cas, il faudra qu'elles travaillent
au moins pendant 60 ans avant de pouvoir s'offrir une montre de
Rs 900 000 comme celle qu'avait perdue Jean Suzanne le conseiller
du Premier ministre dans un hôtel du sud
.
Interrogations
Qui veut asphyxier la poule aux ufs d'or ?
Nous voilà donc partis pour écrire une variante
de l'histoire de la poule aux ufs d'or. Dans la version
originale, le benêt qui la possédait lui ouvrait
le ventre dans l'espoir vain de s'enrichir plus vite. Puisque
nous sommes, pour sûr, bien plus intelligents que ça,
nous faisons autrement: assis sur la poule, nous lui comprimons
le ventre d'une pression insoutenable, dans l'espoir de la voir
pondre plus, plus vite
L'affaire de l'îlot Gabriel est le dernier exemple en date
qui symbolise et cristallise cette attitude. Montrant à
quel point nous sommes prêts à sacrifier le bon sens,
la planification et l'intérêt commun pour satisfaire
l'immédiateté, la voracité et l'égoïsme
de certains appétits. Car comment qualifier autrement l'attitude
d'un gouvernement qui offre, à une personne qui lui est
proche, un îlot de 43 arpents pour un bail dérisoire
de Rs 60 000 par an. Personne qui s'empresse d'imposer un droit
d'entrée de Rs 400 aux touristes, et ils sont nombreux,
qui visitent l'îlot chaque jour. Privant ainsi des plaisanciers
d'un revenu. Et faisant craindre aux Mauriciens de se voir, eux
aussi, imposer à terme un droit d'entrée exorbitant
pour notre pouvoir d'achat en abrupte régression. Fausse
crainte ? Pas tant que ça. Pour interdire l'accès
à l'îlot à ceux qui, au cours de la semaine
écoulée, ont refusé de payer pour y accoster,
le dit promoteur n'a pas hésité à affirmer
que le principe du high water mark s'appliquait dans le
cas des côtes de Maurice mais pas de l'îlot Gabriel.
Et cela est très grave.
Le Code Civil définit explicitement ce qui fait partie
du domaine public, soit ce qui appartient à l'État
et à tous les citoyens de cet État. La mer fait
partie du domaine public, de même qu'une partie du littoral,
celle qui se trouve jusqu'à la limite du "high
water mark at spring tide". En d'autres mots, toute la
partie de plage qui se trouve entre la mer et l'endroit jusqu'où
monte habituellement la plus haute marée. Comment donc
ce promoteur peut-il affirmer que cette provision ne s'applique
pas à l'îlot ? N'est-il pas urgent de solliciter
à ce sujet un avis de la Cour ?
Cette urgence est d'autant plus criante que la question de la
libre circulation sur nos plages et celle du respect de l'accès
et de la jouissance du domaine public pour tous les citoyens de
l'État mauricien devient, de plus en plus, une réalité
menacée, bafouée. Et cela montre à quel point
notre vision est limitée, inadéquate, voire dangereuse,
concernant notre présent et notre avenir.
Nous aurions tout intérêt à mettre en place
une politique globale de gestion de nos îlots. Car ils offrent,
tant pour les Mauriciens que pour les touristes, et pour le monde
entier, des espaces naturels qui abritent une biodiversité
menacée et qui ont des atouts que nos côtes saturées
ne seront rapidement plus en mesure d'offrir.
Il suffit d'un petit tour sur internet pour se rendre compte de
l'attrait que présentent l'îlot Gabriel et sa voisine,
l'île Plate, pour nos visiteurs. Vantant sa nature magnifique,
ses lagons cristallins où l'on peut croiser une multitude
de poissons, voire des tortues et des hippocampes, nos visiteurs
l'opposent immanquablement à l'île aux Cerfs. Regrettant
le "surdéveloppement" de cette dernière,
et vantant l'esprit de liberté, de simplicité et
de convivialité qui préside sur l'îlot Gabriel
et l'île Plate, où ils profitent de pique-niques
en compagnie des plaisanciers locaux qui les y emmènent.
Juste à côté, l'île Plate fait, elle,
l'objet d'un bail accordé à l'organisme parapublic
Discover Mauritius, pour une exploitation éco-touristique.
Un bail également fixé à Rs 60 000 par an,
à la différence que c'est un droit d'accès
de Rs 50 qui sera demandé. Pourquoi cette différence
de prix alors que le gestionnaire de l'îlot Gabriel affirme
ne pas vouloir faire de profits mais seulement assurer les coûts
de gestion de l'îlot ? Pourquoi séparer le destin
de ces deux îlots alors que leur histoire est étroitement
liée et pourrait, justement, faire l'objet d'une exploitation
intégrée doublement intéressante ? Pour les
Mauriciens comme pour les touristes, il serait sans nul doute
passionnant de découvrir, comme l'a mis en lumière
J.M.G. Le Clézio dans son roman La Quarantaine,
que l'île Plate et l'îlot Gabriel ont été,
au 19ème siècle, des lieux où immigrants
français et coolies indiens se sont retrouvés confinés,
soumis à des quarantaines justifiées notamment par
des épidémies de variole sur les bateaux les emmenant
vers Maurice. Sur les deux îlots, des vestiges de cette
réalité demeurent, maisons et église ici,
cimetière là. Tout cela, nous l'ignorons. Pour privilégier
le profit à court terme pour quelques-uns. En faisant de
surcroît jouer l'abject ressort du communalisme
Notre richesse peut réellement se décrire comme
un uf. L'enveloppe, le blanc, c'est la nature qui nous entoure.
Le centre, le jaune, c'est nous. Notre façon d'être,
notre relation à la vie, notre rapport à l'autre,
qui sont intimement façonnés par l'environnement
et les conditions dans lesquelles nous vivons.
Comme l'uf, cette richesse est fragile.
Quand nous aurons surchargé, défiguré, asphyxié
notre environnement, quand nous serons devenus une nation d'être
stressés et agressifs parce que face aux pressions de la
vie, nous n'aurons plus pu trouver d'espace où nous détendre,
nous ressourcer, nous retrouver, que nous restera-t-il ?
Des blocs d'hôtels vides. Dont nous ne pourrons même
pas nous servir comme poulaillers
Coups de bec dans l'eau
Contrairement à ce qui se passe sous d'autres cieux, généralement
moins cléments, le temps d'une législature, les
oiseaux ne se cachent pas toujours pour mourir à Maurice
! Du moins ceux qui ne sont pas encore dans les bonnes paperasses
de l'un ou l'autre de ces courtiers sans pied-à-terre,
qui arpentent sans arrêt et sans patente les coulisses du
pouvoir et qui ont toujours un bail à offrir, à
en revendre même, disent les mauvaises langues. Sur l'île
de Paul et de Virginie (celle-ci, aux dernières nouvelles,
hier, avait échappé à une énième
tentative d'être sous-louée, de gré ou de
force !) ce pourrait être tout à fait le contraire.
Puisque, qu'ils soient faits, comme nous, de chair et d'os - et
d'ailes - ou de titane, d'acier ou d'alu, la toute récente
actualité nous a appris que ces oiseaux-là ont à
se battre aussi pour vivre. Que cette lutte pour la survie ait
lieu dans les savanes, condamnées à laisser se faufiler
inexorablement les IRS, ou sur nos îlots, - que l'archange
Gabriel, soit dit en passant, semble avoir curieusement déserté
ces jours-ci - ou encore sur le tarmac de Plaisance, qui a dû
déjà rallonger et sa piste et son appellation, pour
accueillir, dans le sillage de son anoblissement tout à
fait justifié et mérité, les bruyants Jumbo
à bosse et autres turbulents Airbus. Le modeste CATOVAIR
d'IBL - mal nommé, le pôvre : s'il était rouge,
sa carrière dans le ciel bleu des Mascareignes serait déjà
passé de l'orange au vert ! - faisant un peu tache d'huile
au milieu de ces palaces volants, ne reprendra plus son envol
pour Rodrigues et l'île de la Réunion et autre Diego
Garcia. Où l'amerloque Georges W. Bush l'aura même
coiffé au poteau cette semaine, dans une de ces arrivées
surprises, que seul peuvent encore nous concoqter, comme l'autre
dimanche au Champ de Mars, les compagnons d'écurie d'Allet
& Co. Aux dernières nouvelles, le CATOVAIR ira gonfler
la flotte du Norse Air Group en Afrique du Sud, pays voisin qui
a retrouvé, en ce qu'il s'agit de ses entrées au
moins, toutes ses couleurs
Le sympathique ministre du tourisme, XLD, qui avait déjà,
dans une rude bataille de basse-cour chez les bleus, laissé
sur le carreau son emblématique coq, au profit de son oncle
Hervé et autres Maurice Allet, a décidé,
sagement, de remonter encore un peu plus la fermeture éclair,
pour ce qu'il s'agit de nos loisirs, à nous, dont il a
charge également : "les jours du séga jupes
en l'air sont comptés", annonce-t-il, ne pipant pas
mot des nuits... Le costume de la danse nationale va donc changer
de look. L'idée - qui grandit ou rétrécit,
on ne le saura que plus tard ! - sous la supervision d'un chorégraphe
connu, est de doter notre séga d'un nouveau costume "plus
proche des origines". Terme que les nouveaux "créateurs"
mauriciens, à qui on a fait appel, ne devraient pas pour
autant suivre à la lettre. Au risque, en effet, d'imiter
ainsi, maladroitement, le tout premier d'entre eux et qui exerce,
Lui, depuis quelque deux mille ans et des poussières, et
dont le genie a su, au moins, nous débarrasser, dès
la naissance, de tout petit chiffon ou autre cache-sexe superflu
entre les jambes. Un graphiste émérite, certifié
cuvée 2007 par l'inénarrable AAA, me confiait, l'autre
jour, que si Le gars en question, contrat bien ficelé en
poche de son unique tunique, se mettait demain au service de la
Pub, c'en serait terminé avec tous ces petits créateurs
amateurs d'occasion, qui nous balancent tout, moins rien, genre
Pirelli-aux-seins-nus et autres Benneton-sur-canapé, que
le maêstro suprême ferait vite de renvoyer, illico
presto, à leurs chères et prudes études.
Mais, comme on n'arrête pas le progrès, dit-on, la
concurrence au Très Haut, ici-bas, n'a pas encore dit son
dernier mot: la première clinique in vitro, disposant
de la dernière macrotechnologie - vous voyez bien que tout
peut se recycler aujourd'hui ! - va nous prouver bientôt
qu'il ne faut plus être deux pour faire ces choses-là.
Même pas Un, fût-Il encore celui-là ! Pour
bientôt, donc, le premier Vrai Mauricien, issu de l'Anonymous
Test Tube, conçu sans foi ni loi, l'ultima Best-Loser tous
azimuts quoi ! Qui exigera sans doute, en temps et lieu, comme
tout bon citoyen d'ici, un amendement de la Constitution pour
lui rendre justice, comme dans tous les pays de droit. Qui dit:
il pourrait, tout aussi bien exiger, comme l'autre, et cela tout
naturellement, un petit vice, par-ci, un petit vice, par-là
Encore un poste clé, évidemment !
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 9 septembre 2007
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