é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 9 septembre 2007

United colours des hypocrites !
Gérard Cateaux


Voilà une affiche qui n'aura jamais atteint le degré de scandale soulevé par les précédentes affiches de United Colours of Benetton et qui, pourtant, chez nous, a fait l'objet de discussions au Conseil des ministres au point où elles ont été enlevées des billboards, sur ordre de quelques hypocrites d'un genre (mâle ou femelle ?) nouveau.

Les différentes campagnes d'affichages de Benetton, depuis la création du groupe publicitaire, en 1965, ont fait scandale, justement parce qu'elles se voulaient provocatrices. Derrière chacune des affiches, il y a des symboles forts qui sont censés provoquer chez l'opinion publique des réactions. Positives ou négatives, peu importe, dans la mesure où les réactions sont là. Voilà l'essentiel derrière les affichages. "Je suis un immense provocateur", chantait déjà Léo Ferré.

Du baiser du curé à une nonne, en passant par ce sein d'une noire allaitant un bébé à la peau blanche, ou encore cet homme qui étreint un sidéen sur son lit de mort, ces images - qui n'ont pas été véhiculées chez nous - ont, certes, choqué plus d'une âme sensible. Et si, choc il y a eu, c'est que pour son créateur, Oliviero Toscani, l'objectif a été atteint: pousser l'opinion à réagir !

Chez nous, les tartuffes qui ont décidé de gommer la dernière campagne de Benetton ont, par conséquence, contribué à donner plus de… publicité à une publicité qui n'en demandait pas moins pour son rayonnement.

En ce sens, le ministre James Burty David, s'exprimant dans l'édition du Mauricien d'hier matin, a raison lorsqu'il vient dénoncer "l'esprit morose et pudibond des censeurs." On peut regretter qu'il se soit manifesté sur le tard, mais force est de constater que le directeur de Communication du Parti travailliste ne saurait s'exprimer en son nom personnel, selon la formule d'usage. Pour le ministre David, je cite: "Les publicités Benetton ont l'art de provoquer. C'est une preuve que les concepteurs ont de l'imagination et de l'audace. En voulant créer une polémique autour de la récente affiche, certains esprits étroits n'ont réussi qu'à multiplier les effets de cette publicité. Tout le monde en parle. Des journaux l'ont même imprimé gratuitement. Résultat voulu pour le publicitaire…" , conclut James Burty David !

Il n'y a pas de meilleure analyse que celle de JBD: Benetton a réalisé, à Maurice, plus que ce son concepteur aurait espéré et son photographe, Oliviero Toscani, devrait être aux anges. Les critiques, eu égard à ses créations, ont pour objet à le motiver davantage si l'on en croit les réactions de ses détracteurs. "Je m'en fous, dit-il, lorsqu'on rejette mes créations. Au contraire, c'est un grand honneur qu'on me fait…"

Pour revenir, enfin, à l'affiche censurée, les féministes - dont je fais partie - devraient se réjouir, parce qu'elle symbolise la suprématie de la femme sur l'homme… Est-ce cela qui a provoqué l'ire de ces libidineux qui nous gouvernent ? Ne vivons-nous pas, après tout, dans une société matriarcale et qui faisait dire à Beaumarchais dans Le mariage de Figaro: "On vient… c'est elle, ce n'est personne. La nuit est noire en diable et me voilà faisant le sot métier de mari…"

Et si c'était, là, le message de Beaumarchais à Benetton…



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