Une crise sans précédent se profile en effet à
l'horizon avec les difficultés des importateurs d'approvisionner
le marché en lait en poudre. Les files d'attentes dans
les supermarchés, chaque client avec une boîte de
lait en main, caractérisent cette situation qui, selon
les indications, devrait persister au-delà du mois de septembre.
Pourquoi ? Les suppliers, principalement en Australie et
Nouvelle-Zélande, fournissent à compte goutte, alors
que les importateurs eux, font du rationnement. Le plus dur, c'est
qu'après cette traversée du désert annoncée
dans les semaines à venir, les consommateurs devront payer
le lait en poudre encore plus cher. Entre 20% et 30%. Il n'est
pas à écarter que certaines marques dépassent
la barre des Rs 200 le kilo. Les clignotants sont également
au rouge pour nombre de produits de première nécessité,
dont les céréales, le riz et l'huile de table. Les
prix d'été s'annoncent vraiment chauds !
Si vous êtes là au bon moment, vous avez un peu de
chance de vous procurer une boîte de lait dans un supermarché.
Aussitôt arrivés, les nouveaux stocks s'épuisent
en un clin d'il. En d'autres termes, c'est la politique
de "first come, first served" qui prévaut
actuellement dans les différents points de vente, alors
que certains gérants de supermarché n'autorisent
l'achat que d'une seule boîte de lait, d'autres, notamment
à Beau-Bassin, en autorisent deux par personnes.
Ce sont là des signes précurseurs d'une situation
de crise que d'aucuns qualifient déjà de "sans
précédent" et qui devrait perdurer pendant
des semaines. Le ministère du Commerce et celui de la Femme
font actuellement une enquête sur le terrain - officiellement
étude - pour déterminer le stock disponible actuellement
et les tendances observées au cours de ces derniers mois
en matière de consommation de lait. Nous en connaîtrons
peut-être les résultats dans quelques jours, mais
dans l'immédiat, les consommateurs et revendeurs sont beaucoup
plus préoccupés par ce manque sur le marché.
"Nous avons commandé 200 cartons de lait mercredi,
nous n'en avons obtenu que 40", a indiqué un responsable
de supermarché des Plaines Wilhems mercredi matin, "certains
clients ne comprennent pas et ils veulent leur lait à tout
prix. Ils sont disposés à changer de marque du moment
qu'ils peuvent s'approvisionner." Les mêmes réactions
sont observées dans d'autres régions, où
l'approvisionnement est plus difficile ou impossible: "Je
ne compte plus le nombre de fois où j'ai été
au supermarché cette semaine pour essayer d'avoir une boîte
de lait, mais en vain. Dans les boutiques, c'est peine perdue.
Ils n'en ont jamais", explique une ménagère
de la région de Flacq.
Un kilo de lait à plus de Rs 200
Les principaux importateurs indiquent que la livraison de lait
est instable depuis ces deux derniers mois. "Nous avons
passé nos commandes, mais c'est au niveau de la livraison
que le problème se pose. Nos fournisseurs ne nous livrent
pas le volume qu'il faut. Les commandes accusent du retard et
les marques n'arrivent pas toutes en même temps",
fait comprendre un des plus gros importateurs de l'île.
Selon les sources autorisées, certaines marques telles
que Farmland, Twin Cow ou encore Green Meadow seront indisponibles
pendant les quatre prochaines semaines, alors que les marques
telles que Red Cow ou Anchor seront disponibles en très
petite quantité. "Cette situation risque de persister
jusqu'à fin octobre", ajoute un importateur misant
s'approvisionnant du marché européen et australien:
"Pratiquement tous les exportateurs sont dans la même
situation. Nous n'y pouvons rien. Et les prochains stocks qui
arriveront seront accompagnés d'une nouvelle révision
de prix. Il y a une nouvelle marque de lait qui vient d'être
mis sur le marché. Le prix d'un kilo est fixé à
Rs 195. C'est pour dire que nous n'avons aucun contrôle
sur les prix."
En sus d'une pénurie annoncée, les consommateurs
ne seront pas épargnés d'une nouvelle majoration
du prix du lait en poudre vers la mi-octobre. "Ce sera
entre 20% et 30% !", confirme le Directeur d'une compagnie
importatrice. Pour conclure, plusieurs marques de lait pourraient
traverser la barre des Rs 200 le mois prochain, alors que d'autres,
dont le prix variait entre Rs 150 et Rs 160, devraient passer
à plus de Rs 180.
Les nouveaux prix d'été risquent en effet d'être
très chauds d'après les prévisions sur le
marché international. Trois produits de base sont tirés
dans la spirale inflationniste, l'huile de table, le riz et les
céréales. "La dernière révision
remonte à juillet dernier. Nous pensons qu'une nouvelle
révision interviendra le mois prochain. Ce n'est pas définitif,
mais compte tenu de la situation au niveau mondial, où
le prix du sunflower par exemple a doublé ou encore la
production de soja pour le secteur alimentaire est en baisse,
cela devrait automatiquement répercuter sur les prix,",
explique Paul Clarenc, directeur général de la Mauritius
Oil Refineries.
Les prix resteront durablement élevés
Du côté des supermarchés, on annonce déjà
que l'huile de table locale ou importée devrait enregistrer
une hausse variant entre Rs 5 et Rs 10 dès le mois prochain.
Cela s'applique également pour les céréales.
À titre d'exemple, les céréales en provenance
d'Allemagne devraient connaître une importante majoration
selon les dernières indications. Les spéculations
se multiplient actuellement sur le marché mondial. Les
stocks de blé sont actuellement au plus bas et la récolte
mondiale est prévue à la baisse pour cause de sécheresse
en Australie et en Ukraine, de pluies en Europe et la demande
croissante mondiale, où l'Inde et la Chine figurent en
pôle position. La "ruée vers les biocarburants"
n'est pas pour faciliter les choses, d'autant qu'une bonne partie
des terres qui étaient destinées à la production
alimentaire ont été converties pour la production
du "pétrole vert."
La situation s'annonce également difficile pour le riz,
qui provient majoritairement du Pakistan. Les importateurs indiquent
que la nouvelle récolte, moins généreuse,
pourrait avoir un nouvel impact sur cette denrée dans les
semaines à venir. Quoi qu'il en soit, la production agricole
dans le monde arrive difficilement à répondre à
la demande. Les différentes analyses se rejoignent donc
sur un point: les prix resteront durablement élevés
ou la tendance inflationniste enregistrée depuis ces
derniers 18 mois est loin d'être ralentie (voir bar-chart).
Et les produits les plus concernés sont ceux qui sont
le moins transformés dont, la brique de lait, le fromage,
le beurre, les pâtes, la viande, les ufs, le poulet.
Cest produits, qui viennent de connaître une augmentation
pour cause de majoration du tarif d'électricité,
ont peu de chances d'échapper à la prochaine flambée
des prix. En Europe, déjà, de grandes entreprises,
Danone, Nestlé, Lindt ou Lactalis, ont annoncé des
hausses de tarifs.