i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 2 septembre 2007



  Pravind Jugnauth : "Je l'ai déjà dit et je le répète : je souhaite que le MMM et le MSM puissent retravailler ensemble…"
  Me Michel Koenig:—"Mon père aurait changé de position sur l'Indépendance"


Pravind Jugnauth :

"Je l'ai déjà dit et je le répète : je souhaite que le MMM et le MSM puissent retravailler ensemble…"

À la place de Nando Bodha, leader de l'opposition, c'est Pravind Jugnauth, leader du MSM, qui est notre invité cette semaine. Dans cette interview réalisée vendredi après-midi, il répond à des questions sur l'actualité et sur les relations, toujours houleuses, entre le MMM et le MSM.

Il faut que les lecteurs sachent que c'est le leader de l'opposition qui avait été invité à répondre aux questions de Week-End ce dimanche. Au milieu de la semaine, il a demandé que ce soit le leader du MSM, c'est-à-dire vous, Pravind Jugnauth, qui fasse l'exercice. Est-ce que cela signifie que pour vous le leader du MSM a préséance sur le leader de l'opposition ?

Etant donné que j'ai été absent du pays pendant quelque temps, j'ai souhaité profiter de l'occasion pour faire le point sur des questions d'actualité. Nous avons discuté le leader de l'opposition et moi et sommes tombés d'accord pour que je le remplace pour l'interview, ce que vous avez accepté.

La question était : est-ce qu'au MSM le leader du parti a préséance sur le leader de l'opposition ?

Pas du tout.

Il est de plus en plus difficile de suivre vos positions politiques Pravind Jugnauth et je vous en donne deux exemples. Premièrement après avoir mené une violente campagne contre Ashock Jugnauth quand il a quitté le MSM, vous venez dire que la porte du parti lui est ouverte. Deuxième exemple : une semaine vous vous prononcez en faveur d'une alliance avec le MMM, la semaine suivante vous critiquez Paul Bérenger sur son absence au Parlement. Expliquez-moi ces prises de positions contradictoires qui laissent de plus en plus perplexe.

C'est Ashock Jugnauth qui a trouvé que le MSM et son leader n'étaient pas bons. Avec certains camarades au MSM, j'ai tout fait pour qu'il ne quitte pas le parti.

Quand il est parti, vous n'avez pas été tendre envers lui. Je me souviens de certaines phrases et de certaines affiches particulièrement blessantes.

À cette période, il était de mon devoir et de celui du MSM de réagir contre les attaques faites contre nous. Mais après cette période agitée, je pense que ceux qui ont quitté le MSM ont peut-être fini par réaliser qu'ils avaient fait un faux pas…

… est-ce que dans cette rupture les torts n'étaient pas partagés ?

Non, je ne considère pas avoir fait de faux pas dans cette affaire. Si le temps a fait son œuvre et que ceux qui sont partis réalisent leurs erreurs, je leur dis que la porte du MSM leur est ouverte.

Si j'ai bien suivi, ce sont les autres qui ont eu tort. Par conséquent, le leader du MSM ne se trompe jamais ?

Je ne peux pas affirmer de manière générale que le leader du MSM ne commet pas d'erreurs. En tant que leader et en tant que citoyen, j'ai dû, comme tout le monde, commettre certaines erreurs. Mais pas dans le cas que vous citez. En ce qui concerne Paul Bérenger, tout le monde sait comment, pourquoi et à cause de qui l'alliance MSM/MMM a éclaté. C'est vrai que j'ai déclaré souhaiter une nouvelle alliance MSM/MMM et que deux semaines plus tard j'ai critiqué Paul Bérenger. La raison en est toute simple : je n'ai pu rester tranquille face à l'attitude du leader du MMM au Parlement. Voici les faits qui m'ont forcé à réagir : Le leader de l'opposition pose une PNQ sur le scandale de la Eastern university. Bérenger, présent au Parlement, ne pose aucune question supplémentaire sur ce sujet. La semaine suivante, le MSM reçoit un message de Paul Bérenger demandant qu'aucune question ne soit posée au Parlement sur l'affaire du collège en raison de la présence du ministre du Bihar. Notre question n'avait rien à faire avec le Bihar et n'attaquait pas le gouvernement indien, comme certains l'ont déclaré. Cette question était d'une importance nationale et révélait le dysfonctionnement d'institutions mauriciennes comme le TEC et le ministère de l'Éducation et son responsable parce que les procédures n'ont pas été respectées. Le jour où la deuxième PNQ sur cette affaire est posée par le leader de l'Opposition, Paul Bérenger vient au Parlement mais s'arrange pour ne pas être présent dans l'hémicycle au moment voulu. Est-ce que cette attitude est correcte pour un leader d'un des principaux partis de l'opposition ?

Mais est-ce que ces problèmes au sein de l'opposition ne peuvent pas être réglés dans le dialogue autour d'une table au lieu d'être exposés par conférence et déclarations de presse ou à travers des meetings et des congrès nocturnes ?

Le problème est qu'il n'existe aucune ligne de communication entre le leader du MMM et moi depuis un bon bout de temps. J'aurais pour ma part souhaité que nous puissions parler pour dire les critiques et les appréciations sur les positions de nos deux partis.

Êtes-vous conscient que les Mauriciens sont de plus en plus fatigués de ces querelles entre partis de l'opposition qui ne profite qu'au gouvernement ? Vous passez plus de temps à vous battre entre vous qu'à vous opposer au gouvernement pour défendre les intérêts de ceux qui ont voté pour vos partis respectifs !

Je ne suis pas d'accord avec votre déclaration. Je crois qu'en dépit de ces querelles, l'opposition mène le combat contre le gouvernement. Nous avons mis à jour une série de scandales sans précédents dans ce pays en commençant pour des bourses indiennes attribuées à des personnes qui n'avaient même pas postulé pour les obtenir.

Restons sur les relations au sein de l'opposition. Quelle est votre position sur une éventuelle alliance ?

Je l'ai déjà dit et je le répète : je souhaite que le MMM et le MSM puissent retravailler ensemble…

… à condition que vous soyez le Premier ministre désigné de cette alliance…

… je constate qu'il y a une majorité de Mauriciens qui souhaitent une alliance MSM/MMM et qui sont conscients que pour que l'opposition mette toutes les chances de son côté, cette alliance doit présenter Pravind Jugnauth comme premier ministre.

Des rumeurs circulent ces jours-ci à l'effet que l'alliance MSM/MMM est pratiquement conclue.

J'ai appris cela en revenant au pays cette semaine. Je trouve surprenant que l'on puisse parler de négociations d'alliance MSM/MMM sur la bonne voie sans que le leader du MSM soit au courant.

Il y a quelques semaines, une information, non démentie, a été publiée dans la presse selon laquelle Lady Jugnauth aurait déclaré qu'elle, vivante, il n'y aurait pas de nouvelle alliance MSM/MMM.

Je ne suis pas au courant de cette rumeur publiée dans un journal. Il aurait fallu poser la question à la personne concernée. Ceci étant dit, je ne suis pas obligé d'avoir le même avis politique que mon père et ma mère. D'ailleurs, ceux qui me connaissent savent que je n'ai jamais hésité à afficher et à défendre mes convictions même si elles peuvent être différentes de mes proches, y compris Anerood et Sarojini Jugnauth.

Le MSM vient de perdre un ancien candidat à la députation, Kishore Pertaub, qui est passé au MMM. Comment accueillez-vous cette défection ?

Il est le seul à pouvoir expliquer pour quelle raison il a quitté le MSM pour le MMM. Le minimum auquel je m'attendais de Kishore Pertaub, c'est qu'il me rencontre pour faire part de ses divergences, des raisons qui le poussent à quitter le MSM pour le MMM. Il n'a pas eu l'élégance de le faire.

En dépit de cette défection, comment se porte le MSM ?

En très bonne santé, comme l'a démontré l'accueil reçu sur le terrain lors de notre récente série de congrès. Le parti grandit de jour en jour…

… au point d'espérer prendre le pouvoir seul un jour ?

De prendre le pouvoir demain certainement. Seuls ou pas, nous le déciderons en temps et lieu.

L'option d'une alliance avec le Ptr est une possibilité à ne pas écarter ?

L'option d'une alliance avec le PTr n'est pas considérée, valeur du jour. Notre priorité, c'est de continuer à consolider le parti et de travailler pour qu'une fois au gouvernement le MSM ait des solutions concrètes à mettre en pratique, par exemple, sur la taxation, au lieu de n'avoir que des slogans creux dont l'application est impossible comme ce fut le cas pour l'Alliance sociale. Le MSM est en train de faire appel aux compétences voulues pour préparer un programme solide et surtout réalisable. C'est un travail de réflexion qui prend du temps. Valeur du jour notre souhait en ce qui concerne les alliances, c'est le retour du MSM/MMM et je ne regarde pas ailleurs.

La semaine dernière, le MSM a boycotté la séance parlementaire afin de ne pas participer au vote pour désigner M. Angidi Chettiar au poste de vice-président de la République. Une des raisons avancées pour justifier ce boycott était le fait que le PTr avait adopté la même attitude quand le Parlement devait élire sir Anerood Jugnauth comme président de la République. Il ne s'agissait donc que d'une histoire de boycott rendu ?

Si c'est la raison qui a été avancée, c'est une mauvaise explication. Nous n'avons pas adopté la même attitude que le PTr en 2003. La position du MSM sur cette question est simple : nous avons boycotté le vote en raison de certaines déclarations de M. Angidi Chettiar notamment sur le POTA que le MSM/MMM aurait fait voter contre une communauté. C'est non seulement faux mais l'actuel vice-président, il n'y a pas d'autre manière de le dire, "pé cause n'importe". Le gouvernement MSM/MMM a voté une loi dans un contexte précis pour protéger le pays d'une éventuelle menace terroriste et non pas pour attaquer une communauté. En ce disant, M Chettiar a soutenu la position du PTr à l'époque. L'ironie de l'histoire veut que non seulement le PTr qui est au pouvoir depuis plus de deux n'a non seulement rien fait pour abroger le POTO, mais en plus il vient de l'utiliser, de manière injustifiée, dans le cas de l'affaire de l'Azaan. Ce n'était un boycott mais une réaction aux déclarations faites par M. Chettiar que nous considérons inacceptable.

Restons au Parlement, où après le vote nommant M. Chettiar au poste de vice-Président de la République, ont eu lieu des incidents qui a fait la une de l'actualité le week-end dernier.

Je trouve ce qui s'est passé au Parlement vendredi dernier inacceptable dans un pays démocratique comme Maurice. Que des tapeurs se permettent d'entrer au Parlement pour intimider et molester un parlementaire qui est plus membre du Parlement. Je trouve que le Speaker, qui a été également pris à partie, a une part de responsabilité dans l'affaire de l'incident au Parlement. Il ne faut pas oublier que le Speaker est responsable du maintien de l'ordre dans l'enceinte du Parlement et qu'il ne fera une déclaration sur cette affaire grave que… le 6 novembre.

La semaine dernière, on a entendu un agent menacer un ministre. On a déjà entendu dans le passé à l'époque du MSM des tapeurs déclarer que "gouvernement dans nous lamé" au château du Réduit. Est-ce que ce qui s'est passé au Parlement vendredi dernier n'est pas la conséquence d'un laisser-aller pratiqué par tous les gouvernements qui consiste à accorder un traitement préférentiel aux agents politiques dans les institutions de l'État.

Je crois qu'il est normal que des personnes proches des parlementaires qui souhaitent assister aux débats soient invités à le faire. À condition que les procédures en place, sous le contrôle du Speakership, soient respectées. Mais on n'a jamais assisté depuis l'indépendance à ce qui s'est passé la semaine dernière au Parlement. Nous sommes en train de dépasser toutes les limites et je condamne ce qui s'est passé contre le ministre Baichoo. Même si Anil Baichoo est un adversaire politique du MSM.

Restons dans l'actualité avec la découverte que le Mauritius Examinations Syndicate a mal corrigé les épreuves du SC l'année dernière.

Avant de répondre à cette question, permettez-moi de dire que depuis deux ans nous découvrons des scandales au-delà de l'imagination dans ce pays. Prenons l'histoire des bourses indiennes attribuées à des gens qui n'étaient même pas candidats. Il y a eu l'Eastern Univesity dont personne ne peut dire si les diplômes serviront à quelque chose. Il y a l'affaire des fers qui paralyse le secteur de la construction. Et puis maintenant on découvre qu'il y a des erreurs dans la correction des examens du secondaire qui ont fait échouer des élèves qui avaient bien travaillé ! Ceci dit, il faut reconnaître que M. Finette, le directeur du MES, aura eu le mérite de demander une enquête sur cette affaire pour situer les responsabilités. Mais le ministre de l'Éducation, qui est responsable du MES, du TEC de l'université de Maurice et de l'attribution des bourses indiennes, a un comportement je- menfoutiste inacceptable. Est-ce qu'il réalise que dans le cas des examens, il y a des enfants qui ont passé des années à apprendre, des parents qui ont fait des économies pour financer leurs études et dont les résultats ont été faussés. C'est ça, le world class education promis !!!

Face à tous ces scandales, les Mauriciens semblent blasés. Autrefois, pour moins que ça ils seraient descendus dans la rue.

Je crois qu'il existe un mécontentement général dans le pays et que, pour le moment, le Mauricien encaisse sans trop réagir. Mais il arrivera un moment où le mécontentement va exploser avec les mesures prises par le gouvernement. En attendant avec les scandales au Parlement, dans le secteur de l'Éducation, de l'Éducation et de la Police, pour ne citer que quelques exemples, le Mauricien a de moins en moins confiance dans les institutions de son pays et préfère garder pour lui son mécontentement. Je dis qu'il faut faire attention, le Mauricien paraît apathique, mais un jour viendra où perdra de sa patience.

En dépit de la montée des prix, le ministre des Fiances dit que ses mesures sont en train de donner une early harvest économique. Votre commentaire ?

Quel early harvest et pour qui ? La population, bercée par les promesses de l'Alliance sociale, s'attendait à une amélioration de ses conditions de vie pour le meilleur. C'est le pire qui est en train d'arriver. Le ministre des Finances a tourné le dos avec la population et certaines de ses mesures sont catastrophiques. Les travailleurs sont de plus en plus pauvres et la classe moyenne de plus en plus soumise à toutes sortes de pressions et le fossé entre les riches et les autres est en train de se creuser davantage.

Question classique : qu'auriez-vous fait à la place du ministre des Finances ?

Si j'étais à la place de Rama Sithanen, j'aurais accordé une compensation salariale équivalant au taux d'inflation, au minimum. Je ne l'aurais pas fait par démagogie mais en tenant compte d'une réalité fondamentale : il faut que le secteur privé investisse et crée l'emploi et amène de la richesse dans le pays, mais il ne peut le faire si la classe des travailleurs est sous pression financièrement. Rien ne peut se construire sans l'apport des travailleurs. Deuxièmement, je n'aurais pas éliminé totalement les subsides sur les denrées de base et les fees des examens. D'un côté, le ministre des Finances baisse le Corporate tax de 15% ce qui fait économiser Rs 2 milliards au secteur privé, de l'autre, il oblige les parents nécessiteux à payer les fees des examens dont les subventions ne dépassaient pas Rs 200 millions.

Les relations gouvernement secteur/privé semblent relancées. Jacques de Navacelle a été reçu par le Premier ministre et l'on annonce pour bientôt une réunion élargie gouvernement/secteur privé…

… j'en suis heureux dans la mesure où nous avons toujours dit qu'il faut qu'il y ait des relations cordiales entre le gouvernement et le secteur privé. Mais je suis étonné que la réunion entre le secteur sucrier et le gouvernement n'ait pas encore eu lieu. Et ce malgré le fait que dans le dossier sucre nous sommes très en retard. Il faut réaliser que si l'Union Européenne estime que Maurice ne satisfait pas les conditions nécessaires pour obtenir la somme promise pour le secteur sucrier, cet argent sera affecté ailleurs. Je suis étonné du silence du ministre Boolell sur la question, lui qui disait quand il était dans l'opposition que le gouvernement MSM/MMM était en train de tuer le protocole sucre.

Le même ministre de l'Agriculture a autorisé la construction d'un hôtel sur l'Îlot Gabriel. Votre réaction ?

Il faut tout d'abord dire que l'autorisation a été donnée à des petits copains politiques. J'aimerais rappeler que le ministre Bhagwan avait produit un plan détaillé que le gouvernement MSM/MMM avait adopté pour la protection des îles entourant le pays. Des décisions avaient été prises pour la protection de l'environnement et je peux vous assurer qu'elles ne recommandaient pas l'attribution d'une île à un agent politique pour y construire un restaurant ! Permettez-moi de m'étonner du silence sur l'îlot Gabriel de ces grands protecteurs de l'Environnement qui avaient fait campagne contre la vallée de Ferney. J'en profite pour me demander ce qui provoque aujourd'hui le silence des branches locales de Good Governance, de Transparency International etc., très critiques de l'action gouvernementale il y a deux ans et demi et qui nous faisaient régulièrement la leçon. Je me demande si on ne leur a pas demandé de se taire ou s'ils gardent volontairement le silence ? Ce silence n'est ni a l'avantage de ces organisations et encore moins à leurs leaders locaux.

Terminons sur la question des alliances. Ce vendredi matin, dans Mauritius Times, Vishnu Lutchmeenaraidoo affirme que Paul Bérenger est tout à fait crédible en futur Premier ministre.

J'ai lu cette interview. Tant mieux pour le MMM et pour Paul Bérenger s'ils pensent qu'ils peuvent aller seuls aux élections avec Bérenger comme Premier ministre. L'avenir nous dira si Vishnu Lutchmeenaraisoo avait raison.


Me Michel Koenig:

"Mon père aurait changé de position sur l'Indépendance"

Fils du premier leader du PMSD, Michel Koenig vit aujourd'hui à Cordoue après une carrière d'avocat en Grande-Bretagne. Dans l'interview qu'il nous a accordée en début de semaine, il propose sa théorie sur le Campment Site Tax et répond à des questions sur la politique de son père opposée à l'obtention de l'Indépendance.

Vous êtes le fils du leader du PMSD avant Gaëtan Duval et n'avez jamais fait de politique dans votre vie ?

Ce n'est pas l'envie qui m'a manqué. J'aurais pu m'être lancé dans la politique à Maurice mais les circonstances de la vie ne m'ont pas été favorables. Lorsque mon père est mort en 1968, j'aurais pu revenir pour prendre la relève. Je ne l'ai pas fait parce que j'avais entamé des négociations professionnelles avec l'ambassade de France en Grande-Bretagne et pris des engagements.

Vous avez donc fait une carrière légale en Grande-Bretagne.

J'ai commencé ma carrière à Paris où j'ai travaillé pendant sept ans avant d'aller à Londres ou j'ai été nommé avocat de l'ambassade de France.

Vous regrettez de ne pas être venu faire de la politique à Maurice ?

Ah oui ! Je dois dire que malgré le fait que je vive en Europe, mes racines sont ici où ma famille vit depuis huit générations. Je me sens tout à fait enraciné à Maurice et si j'ai l'occasion, je souhaiterais beaucoup finir mes jours ici.

Suivez-vous l'évolution de la situation à Maurice ?

Pas suffisamment pour avoir une opinion sur tous les sujets, mais assez pour savoir ce qui se passe dans le pays.

Vous reviendriez à Maurice pour intégrer le PMSD. Ou ce qui en reste ?

Pourquoi pas ? Si j'étais sûr de pouvoir recréer une partie des activités de mon père, je considérerai que c'est un devoir pour moi de le faire.

J'ai souhaité vous rencontrer sur un point précis de l'actualité locale. Vous suivez avec attention le dossier de la nouvelle taxe sur les campements, sujet qui a fait grand bruit, et vous avez une opinion précise sur la question. Quelle est-elle ?

Mon opinion se situe sur un plan précis. L'île de France a été rétrocédée à l'Angleterre en 1810 par la France. J'insiste sur le terme rétrocédé car ce n'était pas un armistice, mais la gestion de l'île qui passait sous le contrôle d'un gouverneur britannique mais assortie de conditions qui nous valent d'avoir aujourd'hui, la loi française, la langue française etc.. Tout le monde pensait alors que lors du traité devant mettre fin aux guerres napoléoniennes, l'île de France reviendrait à la France, dont elle n'était jamais sortie. Cela ne s'est pas fait pour des raisons historiques au traité de Paris en 1821. Ce fut le transfert de l'île de France telle qu'elle était à l'Angleterre avec toutes les lois françaises et surtout les lois cadres qui avaient façonné l'île dont celles concernant les pas géométriques.

Comment passe-t-on du transfert de l'île de France à l'Angleterre en 1821 pour arriver au Campment Tax de 2007 ?

Vouloir prendre des décisions qui vont à l'encontre du régime de la loi cadre qui gère, entre autres choses, les pas géométriques, c'est presque dire que l'on conteste la rétrocession de l'île à l'Angleterre. Je voudrais citer le cas de l'île de Ré où j'ai une propriété. À la fin des années soixante-dix, le Conseil Général de la Charente Maritime a décidé de construire un pont pour relier La Rochelle à l'île de Ré, que l'on ne pouvait joindre qu'à travers un bac. La décision avait été prise et les contrats signés quand la grande majorité des habitants de l'île se sont constitués en une association, à laquelle se sont joints des gens de l'autre côté, sur la terre ferme, pour s'opposer à la construction du pont. L'association a déposé une requête au tribunal administratif pour demander que l'on arrête les travaux de construction du pont afin de permettre de discuter des questions portant préjudice aux opposants. Le tribunal administratif a accédé à la demande et ordonné la suspension des travaux. Le groupe de financiers, d'industriels et de commerciaux qui faisaient construire le pont a interjeté appel devant le Conseil d'État. Ce dernier a confirmé la décision du tribunal administratif et a demandé l'ouverture d'une enquête. Il était clair dans l'esprit de tous que l'on n'allait pas empêcher la construction du pont, qui du point de vue industriel et économique représentait énormément d'avantages. Mais l'association a obtenu d'avoir le temps nécessaire pour établir un dossier établissant les préjudices qui pouvaient survenir pendant la construction sans certains amendements. Ce retard a poussé tout le monde à se précipiter à la table de discussions et l'association a fini par retirer son opposition après avoir obtenu de sérieuses concessions des promoteurs.

Vous voulez appliquer ce qui s'est produit à l'île de Ré dans l'affaire du Campment Tax 2007 à Maurice.

C'est la finalité de ma théorie. Je pense qu'il est difficile de concevoir qu'un gouvernement souverain ne puisse pas arriver à imposer une mesure fiscale sur son territoire. Mais si le temps est donné suffisamment à ceux qui s'opposent à cette taxe pour des raisons personnelles et générales, on peut trouver les concessions qui satisferont tout le monde.

Vous dites que prendre une mesure fiscale sur les pas géométriques équivaut à remettre en question la Constitution. Mais n'importe quel gouvernement qui a le nombre de voix parlementaires nécessaires peut amender la Constitution.

Je ne crois pas que ce soit le cas de l'actuel gouvernement mauricien. Mais on n'amende pas la Constitution comme ça, il faut un travail d'information et obtenir un consensus sur le changement proposé. Je crois que dans le cas du Campment Tax, et sans remettre en cause la validité de la décision qui a été prise, il faut trouver un arrangement entre les deux partis. Je crois d'ailleurs que la Cour suprême a fait savoir que dans ce cas elle souhaite un arrangement. Je crois que l'on peut retenir ce qu'il y a de bon en l'améliorant à partir des propositions de ceux qui s'y opposent.

Je suis sûr que ceux qui soutiennent la mesure du gouvernement vous diront qu'il est tout à fait normal d'adapter au prix du marché actuel la valeur locative des baux qui ont été calculés il y a plus de vingt ans.

Mon grand-père, Paul Koenig, était de son vivant le Conservateur des Bois et Forêts. Il défendait le concept des pas géométriques bec et ongles, mais tout en disant que les taux des baux étaient dérisoires. Il est temps certes de remettre ces taux au goût du jour, mais il ne faudrait pas que cette révision soit pas exagérée dans l'autre sens.

Est-ce qu'il n'y a pas dans ce dossier des éléments de passion, disons malsaine ?

Je crois que toute personne dont on attaque le taux des redevances que l'on doit payer pour obtenir un bien trouve toujours que c'est trop et cherche des motifs, avouables ou non avouables, d'essayer de les contrecarrer.

Revenons à la politique. Votre père s'était opposé à l'Indépendance de Maurice. Avec le recul du temps, peut-on dire qu'il avait tort d'avoir soutenu cette position politique ?

Mon père s'était effectivement opposé à l'indépendance. Je crois que s'il vivait aujourd'hui, et after the event, il reviendrait sur beaucoup des aspects de son opposition. C'est facile aujourd'hui de dire qu'il avait tort, mais souvenez-vous que la première conférence constitutionnelle a eu lieu en 1965. À l'époque, ce n'était pas pareil. On voit aujourd'hui les résultats de l'Indépendance, mais à l'époque il était difficile, pour ne pas dire impossible, de les imaginer. Aujourd'hui, Maurice a une réputation internationale, mais à l'époque elle n'existait même pas pour le monde entier.

Vous croyez que s'il était vivant aujourd'hui, votre père aurait changé de position par rapport à l'indépendance ?

Je le crois. Pour revenir à ce que nous disions sur le Campment Tax, je crois que mon père aurait accepté le principe de certaines décisions prises par le gouvernement travailliste, mais avec des accommodements pour tenir compte des différentes minorités. Je suis certain que mon père n'aurait jamais cédé sur les droits des minorités. Il s'est battu pour que leurs intérêts ne soient pas lésés dans le découpage des circonscriptions à la veille des élections de 1967 qui a été une des grandes questions qui le faisait s'opposer au PTr.

Comment le fils de Jules Koenig a-t-il jugé la coalition faite après l'indépendance par le PMSD dirigé par Gaëtan Duval avec le PTr de Sir Seewoosagur Ramgoolam ?

Je ne me permettrai pas de dire que Gaëtan Duval avait, comme certains l'ont dit, trahi les idéaux du PMSD, surtout qu'il n'est plus là pour se défendre. Je pense que l'un des éléments moteurs de la politique est le dialogue et que tout le bien n'est pas d'un côté et tout le mal de l'autre. Il y a autant de bons esprits et de bonne volonté d'un côté comme de l'autre. Il suffit d'avoir des gens de bien qui décident de s'asseoir et de discuter ensemble des meilleures manières de régler un problème.

Que pensez-vous de la particularité politique mauricienne que sont les soixante zéros ?

Si le découpage des circonscriptions avait été fait comme mon père et ses collaborateurs l'avaient suggéré nous n'en serions pas là. L'idée était d'avoir des circonscriptions où le système électoral aurait, avec l'inclusion d'une dose de proportionnelle, fait droit à tous les groupes ethniques de Maurice. On constate aujourd'hui les bienfaits de l'Indépendance, mais il eut fallu avoir certaines améliorations et amendements pour les minorités.

Le concept de minorités est-il le même en 2007 que du temps de votre père ?

Il y a beaucoup d'éléments de certaines minorités qui ont quitté Maurice après l'Indépendance. Mais je crois qu'il y a à Maurice des minorités qui sont défavorisées.

Dimanche dernier dans Week-End le prêtre catholique Jocelyn Grégoire plaidait pour que le Constitution reconnaisse nommément les minorités comme des entités au lieu de les regrouper sous le titre communauté générale. Que pensez-vous de cette proposition ?

Je m'étonne qu'un prêtre catholique puisse souhaiter la différenciation des éléments de la population générale alors que le message du Christ prêche l'égalité entre les hommes.



i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 2 septembre 2007