o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 2 septembre 2007



  Faits et effets— Nature Sleep
  Humeur—La République de la banane
  Carnet—Grandeur et décadence


Faits et effets...

Nature Sleep
Josie Lebrasse


Disparu. En voie d'extinction. Non, vous avez perdu. Ce n'est pas le dodo. C'est Nature Watch, cette organisation qui avait fait un énorme tapage avant les élections générales sur la vallée de Ferney. Ses dirigeants, apparemment tous bien placés - on n'ose pas parler de "boute", ce serait trop vulgaire pour ces adeptes, d'un temps de la finesse patrimoniale - ont disparu non pas dans la vallée, mais ils ont littéralement sombré dans l'oubli. On ne sait pas s'ils sont dépités par la tournure des événements avec le public auquel le privé demande Rs 90 par tête pour une visite alors que le projet antérieur prévoyait des accès ouverts et gratuits pour tout le monde dans la vallée. Mais qu'Arvin Boolell nous ait rappelé que Nature Watch existe, apparemment, et qu'elle est "well-known", de lui seul peut-être mais, pour le grand public inquiet du bradage de notre patrimoine, cet organisme devrait plutôt être aujourd'hui rebaptisé Nature Sleep. Ou, à défaut, Valley Watch et Nature Sleep.

Le jardin de Pamplemousses devient payant. On n'entend pas parler de Nature Watch. L'accès à ce jardin botanique où se trouve le Samadhi du Père de la Nation doit être payant parce qu'il faut assurer les services du Trust qui s'en occupe dont le paiement des salaires du nominé politique Chetanand Ramgoolam. Quelques millions que le gouvernement ne peut pas débourser avec nos sous de contribuables. Il faut donc nous écorcher davantage en nous faisant payer pour entrer dans le jardin. Mais, un peu plus loin, à Mapou, on peut quand même effectuer des paiements excédentaires de… Rs 14 millions pour un seul contrat de nettoyage !

Avec le Jardin de la Compagnie, totalement refait en 2002, qui va bientôt être clôturée selon un calendrier prioritaire élaboré par le Lord Maire Reza Issack, tout comme le furent aussi ses étals installés sur le ruisseau du Pouce dont la majorité demeure inoccupée, on ne doit pas s'étonner qu'un beau jour on vienne demander au public de payer pour y pénétrer sous prétexte que la mairie n'a pas assez d'argent pour entretenir ces jardins.

L'Aquatic Business Activities Bill est un texte controversé qui fait couler beaucoup d'encre depuis que nous avions révélé que des pans entiers de notre mer seront loués à bail à des promoteurs même étrangers et qu'ils seront tout bonnement retirés du domaine public. De nombreuses voix se sont exprimées pour dire non à ce projet sauf celle de Nature Watch. Le pont de Macondé, pittoresque dans cette magnifique crique qui met en relief le profil tourmenté du sud-ouest, qui fait aussi partie de notre patrimoine, ne sera pas consolidé à des coûts raisonnables et pour préserver son cachet, mais sera démoli pour une structure imposante qui bouchera la vue des flancs de montagne et de la mer. Rien du côté de Nature Watch !

Les îles et îlots tombent les uns après les autres entre les mains d'agents politiques et autres prédateurs alors que Rajesh Bhagwan les avait pratiquement tous convertis en réserves naturelles, avec ce que cela comporte comme soins à prendre pour les entretenir et empêcher leur dégradation. Là aussi silence radio de Nature Watch. L'îlot Gabriel est devenu la propriété privée d'un clan, composé de Jayraj Woochit, un activiste travailliste et de l'avoué Iqbal Dauhoo, celui-là même qui s'était signalé lors des secousses sur la profession légale occasionnées par l'enquête sur les ventes à la barre.

En terme de projet "éco-touristique", de nombreux arbres coupés pour faire place à un restaurant, ce qui permettra aux promoteurs de se faire de gros sous sur nos têtes et celles des touristes. Vu la tension qui existe autour de cet îlot, il est à parier que la situation continuera à se détériorer si le gouvernement ne revient pas sur sa décision d'accorder un bail à une compagnie privée. Le plus tôt il reprend ce qui est notre bien à tous et qu'il résilie ce bail pour le confier à une Islet Authority, composé du public et du privé, pour maintenir les îles, le mieux ce sera.

L'île aux Bénitiers dont une des conditions du bail accordé en septembre 2005 est la préservation de la réserve naturelle va aussi abriter un projet hôtelier selon ce qu'en a dit le ministre Dulull. Que représentera la plus-value pour le promoteur sur cette partie de notre patrimoine loué à Rs 40 000 l'an lorsqu'un hôtel y sera construit. La même question se pose pour l'îlot Gabriel. Est-ce normal que des bénéficiaires de terres de l'état, de tous les Mauriciens, qui n'ont aucune expérience en matière hôtelière et touristique puissent utiliser un bail pour faire d'énormes profits. C'est ça la démocratisation de l'économie. C'est le pillage de notre patrimoine.

De fortes réserves ont aussi été exprimées sur le danger de pollution que représentent les projets de Gamma Coventa et de City Power ou sur le projet de réalignement de la route côtière de Trou aux Biches alors que certains manifestaient le dimanche matin et agressaient les agents de l'ordre lorsque celle de St Félix a été déviée. On n'a pas entendu parler de Nature Watch. L'École Onésipho Beaugeard était sur le point d'être rasé. N'était l'intervention de vrais défenseurs du patrimoine. Toujours aucun écho de Nature Watch. De watch, il n'y en a plus. L'artifice médiatique pré-électoral alimenté par la com du PTr a vécu. Heureusement qu'il y a des jeunes comme Vina Ballgobin et Vassen Kaupaymootoo et d'autres, convaincus et sincères dans leur combat et qui sont de ceux qui "pa guette figir" pour revendiquer la préservation du patrimoine. Ils méritent tout notre respect.




Humeur

La République de la banane
Jean-Claude Antoine


Le fonctionnement des procédures judiciaires mauriciennes continue à interpeller. Ici même, dimanche dernier, comparaison était faite entre le traitement réservé à un automobiliste accusé d'avoir menacé des motards et celui dont ont bénéficié deux agents politiques ayant menacé, pratiquement dans les mêmes termes, un membre du Parlement et, qui plus est, membre du Conseil des ministres. On lira plus loin dans cette édition comment un architecte a été arrêté, accusé provisoirement de "larceny by person in receipt of wages" et libéré sous caution à partir d'une simple phrase extraite d'un procès-verbal d'une réunion municipale tenue en 2004.

Maurice est, dit-on, un État de droit. Avec les exemples cités, il serait peut-être utile de se demander si le droit en question n'est pas celui du plus fort.

Mais revenons à ce qui s'est passé au Parlement vendredi de la semaine dernière. Si l'ensemble des Mauriciens a été choqué que l'on puisse transformer une partie du Parlement en décor pour série télévisée de deuxième zone, il semblerait que les politiciens l'aient pris différemment. Au lieu de condamner sans réserves, ils ont essayé de se justifier ou d'en tirer un profit politique.

Pour essayer de dégager la responsabilité de son Alliance et de son parti de l'agression contre le ministre Baichoo dans la salle à manger du Parlement, Navin Ramgoolam a fait fort. Il a fait appel à un "argument" souvent utilisé par Anerood Jugnauth au cours de sa carrière politique: le plus que fameux "pas moi ça, li ça". Le problème est pour essayer de dédouaner son parti Navin Ramgoolam a fait appel à un énorme LI ça. Selon le Premier ministre, les tapeurs qui ont menacé de mort un ministre et pris à partie le Speaker de l'Assemblée Législative ne sont pas agents travaillistes mais des agents du PMSD. Pas le PM de Xavier Duval ni celui qu'a hérité Maurice Allet. Non, les fauteurs de trouble parlementaire de vendredi de la semaine dernière sont des agents du PMSD de… Gaëtan Duval ! C'est vrai que Gaëtan Duval était capable de beaucoup de choses et il s'en vantait. Mais quand même fomenter de là où il se trouve l'affaire de vendredi de la semaine dernière ! Feu le leader du PMSD a dû se retourner dans son caveau du cimetière St Jean où il repose depuis plus de dix ans. De rire. S'il faut prendre au sérieux cette remarque premierministérielle ce serait donc Gaëtan Duval qui serait le commanditaire de l'agression au Parlement ! On attend encore une mise au point de Maurice Allet pour condamner l'offense faite à son leader. Là on risque d'attendre longtemps, Maurice étant occupé depuis plus d'un an à attendre le fauteuil ministériel qu'on lui a promis pour qu'il passe de l'opposition dans le camp de la majorité… Tous cherchent à capitaliser sur ce qui s'est passé au Parlement vendredi dernier. Ramgoolam en affirmant que les agresseurs n'étaient pas des agents rouges. Bérenger en soulignant que Navin Ramgoolam n'a pas défendu avec assez de vigueur Anil Baichoo, le ministre agressé à qui l'on prête depuis deux ans l'intention de quitter le gouvernement pour l'opposition. Intention prêtée qui lui a valu d'ailleurs les menaces que l'on sait.

Engagés dans leurs tentatives de récupérer à leur profit les retombés de l'incident, les politiques ont perdu de vue l'essentiel. Depuis vendredi de la semaine dernière, le Parlement mauricien n'a rien à envier à ceux des Républiques bananières, dont certaines séquences figurent au top des bêtisiers de la télévision internationale. Après avoir été pendant des siècles l'île du sucre, Maurice est, en l'espace de quelques mois, en train de se transformer en République de la banane.




Carnet

Grandeur et décadence
Patrick Jean-Louis


Commençons par féliciter Michael Chung qui a soumis sa démission comme président de la Fédération Mauricienne de Basket-Ball (FMBB) après la débâcle des sélections nationales aux Jeux des îles de Tana. Mais il faut dire qu'il assume l'incompétence ce ceux qui étaient là avant lui et qui n'ont jamais cherché à bouger le petit doigt pour remettre cette discipline sur les rails. Malheureusement, beaucoup n'ont pas eu la même attitude que Michael Chung, car parmi les 14 autres présidents qui étaient à Tana, certains auraient dû démissionner avant même de quitter Madagascar.

Félicitons également le nouveau président de la Fédération mauricienne d'Haltérophilie (FMH), Alain Constant qui élu en petit comité samedi d'avant, s'est beaucoup appesanti, mercredi, sur la nouvelle vision et la politique d'ouverture qu'il compte mener. Nous pouvons donc imaginer que dans les jours qui viennent, Alain Constant prendra son téléphone afin de parler avec Ivan Andoin et qu'il invitera ce dernier à venir travailler pour le bien de l'haltérophilie à Maurice. Nous voulons aussi penser qu'Alain Constant n'est pas une marionnette entre les mains de Fatimah Rummun et que cette dernière, bien que son fils soit membre de ce nouveau comité, ne continuera pas à tirer les ficelles. Ni qu'elle cherchera à " caser " son fils comme elle a toujours tenté de le faire depuis 2003.

Félicitons également le ministre de la Jeunesse et des Sports, Sylvio Tang, qui a annoncé sur les ondes d'une radio privée, sa décision de déléguer un médecin à toutes les compétitions nationales. Il aura, néanmoins, fallu la mort du tireur Jean Ali Emilien dans des conditions pour le moins choquantes, pour qu'une telle décision soit prise. Nous osons penser donc que le MJS s'assurera que le centre médico-sportif dispose de suffisamment de médecins pour pouvoir mettre en pratique la décision du ministre. Nous osons aussi imaginer que dès demain, le ministre trouvera les moyens pour aider les fédérations à trouver un bien meilleur " deal " avec les compagnies d'assurance pour que tous les sportifs de ce pays puissent être assurés comme le préconise le Sports Act.

Félicitons encore une fois Sylvio Tang pour avoir décidé de rencontrer le Français Nicholas Héry et engagé des discussions sur les possibilités qui existent pour qu'il occupe le poste de directeur technique national de judo. Des voix au MJS disent que les discussions ont été positives. Souhaitons que Nicolas Hery n'aura pas à attendre des mois et des mois avant que la que la question ne soit réglée.

Félicitons le volleyeur Neeraj Moonien qui a lancé, dimanche dernier, un appel pour fonder une association de joueurs pour que ces derniers ne soient pas les premières victimes des dirigeants de l'AMVB. Imaginons que le nouveau président de l'AMVB qui a salué la démarche, ne va pas tenter de faire de cette association en devenir, un outil pour servir ses intérêts.

Félicitons aussi le président de la Fédération mauricienne de Tennis qui a reconnu, mardi, sur les ondes d'une autre radio privée, les difficultés que sa discipline éprouve pour fonctionner en accord avec le Sports Act et que le coût de la pratique du tennis à Maurice est élevé. Imaginons, de ce fait, que Jean-Michel Giraud arrive à trouver la bonne équation afin que le tennis à Maurice ne se résume pas uniquement à une affaire d'argent ni à une question de respect du Sports Act car c'est se voiler la face si l'on croit que des amendements à cette loi - ô combien nécessaires dans le cas présent - vont rehausser le niveau de notre sport. Imaginons également que Jean-Michel Giraud repensera aussi à la question de l'installation d'un centre privé sur les terres de Petit Camp et qui pour l'heure, est en opposition avec la formule des 3D sur laquelle est basé le sport mauricien. Sinon le besoin de " démocratiser ", sera davantage évoqué lorsque l'on parle du tennis mauricien.

Disons, cependant, toute notre inquiétude devant le retour en puissance des " bannis " au sein des fédérations. Le week-end dernier peut être considéré, à juste titre, comme l'un des plus noirs du sport mauricien. Samedi dernier, l'élection d'Haroon Durbass comme membre du comité directeur de la Fédération mauricienne d'Haltérophilie nous a renvoyés à la figure une triste constante. Le renouvellement est quasi-impossible dans le sport mauricien. Connu dans le monde du culturisme avec les conséquences que l'on connaît, son passage au sein de l'Association mauricienne de Badminton n'a également pas été sans heurts. Notamment avec un sévère blâme de la Fédération Internationale. Difficile aussi à comprendre le saut de Yeyha Bundhun de la fédération de tir à l'arc à celle d'haltérophilie. Il y a dans ces deux élections une logique que l'on arrive difficilement à comprendre et comment elles vont servir à la cause du sport.

Difficile aussi à comprendre la logique de l'élection, au sein de l'Association mauricienne de Volley-Ball (AMVB). Naz Teeroovengadum a été banni en premier lieu au sein de cette même AMVB, puis au sein du sport corporatif et pour terminer au sein du badminton, dans la même foulée qu'Haroon Durbass. Doit-on penser, qu'à Maurice, il est de plus en plus difficile de trouver des dirigeants sportifs, pour qu'à chaque fois, il soit nécessaire de retirer des squelettes dans les placards ?

Si tel est le cas, il va sans dire qu'à Maurice, le motto " servir le sport " n'est pas toujours LA CONDITION à être respectée pour être dirigeant sportif.

Grandeur et décadence…






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 2 septembre 2007