Écologie-Thoreau le visionnaire !
Nous traversons une période très triste, mais non
moins scandaleuse, de notre histoire. Après la tentative
avortée "d'occuper" la Vallée de Ferney,
la violence faite à l'environnement de l'île Plate,
les prédateurs qui ont pris d'assaut l'Îlot Gabriel
et y ont fait régner la loi de la tronçonneuse,
balayant flore et faune et du même coup un patrimoine dont
nous avions la charge de préserver.
Notre environnement n'a pas de prix et ne correspond pas à
une banale exploitation de l'imaginaire, dont nous déchiffrons
avec peine les abruptes conséquences. Il s'avère,
en fin de compte, à un mode d'adaptation auquel doit se
plier toute existence terrestre. Le minéral, l'aquatique,
le végétal et l'animal dépendent l'un de
l'autre dans une synergie conditionnée par le métabolisme
de l'organique avec la nature.
L'intelligence organique, celle des orages, de la sécheresse,
des cyclones et des séismes, figure les phénomènes
physico-physiologiques de l'ensemble. Nous sommes plongés
dans le lacis d'une impondérable viscosité cérébrale
dont le moindre accident modifie le sens des choses. Le chaos
se perpétue, né de l'ignorance commune que nous
cherchons en vain à dominer ou asservir.
Ceux qui militent pour la protection de l'environnement sont des
éclaireurs infatigables désignés pour nous
prémunir contre les périls attendus. Nous connaissons
de plus en plus ces malheurs, ceux éloignés de notre
territoire, tels les désastres naturels, ceux souvent proches
comme le spectre nucléaire, la désertification,
les inondations, la fonte des glaces, la montée des océans,
les tsunamis, ceux, enfin, dus à la déraison humaine
qui frappent chaque jour à nos portes..
Le danger n'est plus de manger du poisson irradié, de disperser
des virus, de polluer les rivières, d'éradiquer
les forêts, d'anéantir des espèces: le danger
est de ne plus penser. Les hommes deviennent barbares. Nous oublions
nos origines, la parole nous quitte, nous devenons les orphelins
du monde. Et, de cette barbarie universelle, naît l'irresponsabilité
qui nous ramène au point zéro de la réflexion.
Et pourtant, nous avons encore à apprendre - s'il ne serait
pas trop tard - de ces humanistes qui, aux États-Unis,
au XIXe siècle, à l'aube du monde industriel, nous
rappelaient nos origines et l'identification de l'homme à
la nature, c'est-à-dire la symbiose profonde avec notre
environnement. Parmi eux, il faut mentionner Emerson, Melville,
Twain, Whitman, ceux-là mêmes qu'on qualifiait de
"poètes du rêve", mais surtout Henry David
Thoreau, prophète d'un cataclysme écologique de
plus en plus en plus préoccupant.
Si vous n'avez pas lu les pages du Journal (1837-1861) de Thoreau,
je vous les recommande. Surtout son uvre "Walden",
en particulier, qui exprime la communion entre la nature (il y
évoque, souvent, "Mother Nature") encore innocente.
"Il faut revenir à l'intérieur de son être,
défricher son âme, retrouver les traces des tribus
indiennes, penser les forêts et les cours d'eau,"
écrivait-il dans son journal. Thoreau prônait aussi
la rébellion, le rejet de la vie frénétique
dominée par l'agitation et la productivité. Pour
Thoreau, le citoyen doit s'éveiller et lutter contre la
machine industrielle vouée à polluer notre atmosphère,
nos océans et, à travers cette agression, écraser
notre liberté.
Thoreau démodé ? Non, ses théories sont tellement
actuelles
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é d i t o r i a l
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WEEK-END --- dimanche 2 septembre 2007
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