é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 2 septembre 2007

Écologie-Thoreau le visionnaire !
Gérard Cateaux


Nous traversons une période très triste, mais non moins scandaleuse, de notre histoire. Après la tentative avortée "d'occuper" la Vallée de Ferney, la violence faite à l'environnement de l'île Plate, les prédateurs qui ont pris d'assaut l'Îlot Gabriel et y ont fait régner la loi de la tronçonneuse, balayant flore et faune et du même coup un patrimoine dont nous avions la charge de préserver.

Notre environnement n'a pas de prix et ne correspond pas à une banale exploitation de l'imaginaire, dont nous déchiffrons avec peine les abruptes conséquences. Il s'avère, en fin de compte, à un mode d'adaptation auquel doit se plier toute existence terrestre. Le minéral, l'aquatique, le végétal et l'animal dépendent l'un de l'autre dans une synergie conditionnée par le métabolisme de l'organique avec la nature.

L'intelligence organique, celle des orages, de la sécheresse, des cyclones et des séismes, figure les phénomènes physico-physiologiques de l'ensemble. Nous sommes plongés dans le lacis d'une impondérable viscosité cérébrale dont le moindre accident modifie le sens des choses. Le chaos se perpétue, né de l'ignorance commune que nous cherchons en vain à dominer ou asservir.

Ceux qui militent pour la protection de l'environnement sont des éclaireurs infatigables désignés pour nous prémunir contre les périls attendus. Nous connaissons de plus en plus ces malheurs, ceux éloignés de notre territoire, tels les désastres naturels, ceux souvent proches comme le spectre nucléaire, la désertification, les inondations, la fonte des glaces, la montée des océans, les tsunamis, ceux, enfin, dus à la déraison humaine qui frappent chaque jour à nos portes..

Le danger n'est plus de manger du poisson irradié, de disperser des virus, de polluer les rivières, d'éradiquer les forêts, d'anéantir des espèces: le danger est de ne plus penser. Les hommes deviennent barbares. Nous oublions nos origines, la parole nous quitte, nous devenons les orphelins du monde. Et, de cette barbarie universelle, naît l'irresponsabilité qui nous ramène au point zéro de la réflexion.

Et pourtant, nous avons encore à apprendre - s'il ne serait pas trop tard - de ces humanistes qui, aux États-Unis, au XIXe siècle, à l'aube du monde industriel, nous rappelaient nos origines et l'identification de l'homme à la nature, c'est-à-dire la symbiose profonde avec notre environnement. Parmi eux, il faut mentionner Emerson, Melville, Twain, Whitman, ceux-là mêmes qu'on qualifiait de "poètes du rêve", mais surtout Henry David Thoreau, prophète d'un cataclysme écologique de plus en plus en plus préoccupant.

Si vous n'avez pas lu les pages du Journal (1837-1861) de Thoreau, je vous les recommande. Surtout son œuvre "Walden", en particulier, qui exprime la communion entre la nature (il y évoque, souvent, "Mother Nature") encore innocente. "Il faut revenir à l'intérieur de son être, défricher son âme, retrouver les traces des tribus indiennes, penser les forêts et les cours d'eau," écrivait-il dans son journal. Thoreau prônait aussi la rébellion, le rejet de la vie frénétique dominée par l'agitation et la productivité. Pour Thoreau, le citoyen doit s'éveiller et lutter contre la machine industrielle vouée à polluer notre atmosphère, nos océans et, à travers cette agression, écraser notre liberté.

Thoreau démodé ? Non, ses théories sont tellement actuelles…



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 2 septembre 2007